On a échoué.. Un ancien ministre de la dictature parle
- [ 1/4/2006 ]

On a échoué..
Un ancien ministre de la dictature parledjungu_simba_charles
Le Bali ou l’autopsie d’un régime dictatorial africain

L'auteur du livre "On a échoué ", Charles Djungu-Simba, vient de la RDC Congo-Kinshasa.Le récit qu'il nous présente est une description de la dictature qui a sévi dans son pays du temps de Mobutu. Ecrit en 1991, durant les périodes chaudes de contestation du monopole du parti unique en Afrique, le livre de Charles Djungu reste toujours d'actualité quinze plus tard.
Au fil des pages, on a comme l'impression de vivre les évènements du Togo de l'avant et l'après Eyadéma .Tellement la ressemblance est notable.
Patanate - qui veut dire le pont qui unit deux rives (page 80) - est la fille métisse née de l'union de Ndalumanga et de Monique.
Dans une lettre d'une rare violence, Patanate interpelle son père sur un certain nombre de sujets liés à la vie familliale et à la politique etc.
Entre autres questions, la fille pense que son papa ne doit pas servir de caution à un régime vomi et honni. Leur abandon ( elle et sa maman) par son père la met également en colère.
Ainsi, dès les premières pages du livre de Charles Djungu-Simba, nous sommes témoins d'un conflit entre un père et sa fille, matérialisé dans une correspondance.
Le papa de Patanate est originaire du Bali qui a pour capitale Salambô. Au Bali, règne un régime de terreur, arbitraire et corrompu dirigé d'une main de fer par le Grand Caïman.
Nous supposons qu'il s'agit là d'une allusion au léopard ( Mobutu), fauve dévoreuse de son peuple comme l'est la plupart des dictateurs installés à la tête des Etats africains avec la complicité des puissances étrangères.
Bref, le Bali est une république bananière où, les dignitaires font la loi de la minorité.
Ce qui nous paraît intéressant dans le livre de Charles Djungu, c'est l'attitude du Papa de Patanate, un baron du régime. Dans sa réponse à sa fille, on découvre un homme nouveau qui change de camp et de veste. Il quitte le mal et rejoint les rangs des patriotes. L'ancien ministre écrit que le pouvoir s'arrache et que le régime du Grand Caïman a échoué.Ce système mis en place par le Grand Caïman est surtout caractérisé par la débauche et la prostitution.
Dans le livre, on peut se rendre compte de l'importance des règles de la clandestinité et surtout de l'organisation. Déjà, alors qu'il était ministre de l'intérieur, il aide et favorise l'implantation d'un organisation clandestine dénommée le Colba (page 43).Le Colba qui est un front uni s'est fixé comme objectif :
· - de combattre le mensonge,un vénin qui a paralysé le société baliloise,

"de redonner espoir aux hommes et au femmes qui connaissent par coeur le chapelet de la faim, le kaléidoscope de la misère.La prirorité, c'est de vivre, c'est de retrouver la dignité humaine, c'est nous développer, c'est développer le Bali par les Balinois et les Balinoises (page 64)
-d'expliquer aux populations que si elles ne mangent pas à leur faim, que s'ils n'arrivent pas à se soigner, à se vêtir, à envoyer leurs enfants à l'école, à l'université, c'est parce qu'une poignée de gens les exploite. Les gens qui vivent aux crochets de l'Etat, logés, nourris,enivrés, blanchis,véhiculés par l'argent des impôts que paient les paysans et les villageois.(page 65 ).

Le Colba veut faire comprendre à tous les Balinois qu'ils ont été utilisés jusqu'ici comme des cobayes pour servir toutes les aventures colonialistes... le combat politique du Colba, c'est de faire de tous les balinois de l'intérieur comme de l'extérieur des compatriotes mieux des citoyens. La démagogie, même professionnelle est fatalement désarmée devant un vrai citoyen .
· - les convaincre qu'on doit mettre fin à tout cela.
Ayant fait le constat d'échec de la dictature, l'ancien ministre a empêché la succession par le ou les fils du Grand Caïman à sa mort et favorisé l'arrivée du mouvement populaire.
La morale de l’histoire, les Togolais ne doivent-ils pas s’inspirer de tels écrits pour s’organiser ? On ne le dira jamais assez, sans organisation conséquente, il n'y aura pas de changements démocratiques. Et l’on se contentera des changements de façade comme celui qu’on a connu, après la mort de Eyadéma. L’alternance, moteur de la démocratie est toujours le fruit d’une organisation politique efficace.
Reflexion de lecture tirée de On a échoué de Charles Djungu-Simba K.
Editions L'Harmattan

Signé
GLGLI Mouta Wakilou Maurice
Bruxelles, le 03 janvier 2006




SUR LES COUPS D'ETAT
changement qui nuit, changement qui guérit.

Dans le feu de l'actualité et en rapport avec la Mauritanie, nous nous sommes permis de relire le petit livre d'entretien écrit par le journaliste malgache feu Sennen Adriamirado paru à Jeune Afrique en 1987. Sennen Adriamirado a été rédacteur en chef délégué du groupe de presse "Jeune Afrique". Il a rendu l'âme un mardi soir à l'hôpital Clamart en France. Il avait 52 ans.

Intitulé, "mon ambition pour le Niger ", le livre de Sennen Adriamirado donne la parole à l'ex-dictateur Ibrahima Maïnassarra Barré qui nous parle de lui même et surtout de son itinéraire ( enfance, formation et vie professionnelle).
L'ex-dictacteur s'explique sur un certain nombre d'actes et d'évènements politiques survenus dans son pays.
IBM, a été partie prenante de la plupart des coups de force qui ont jalonné la vie politique du Niger.Soit qu'il en a aidé à en faire (coup de force du 15 avril); soit il a en a déjoué à deux reprises en 1976 et en 1983, protégeant ainsi son camp.
En guise de récompense pour service rendu, il a obtenu les postes d'aide de camp de feu le dictateur Seyni Kountché puis celui de commandant de la garde présidentielle.Par ailleurs, soulignons que IBM a été formé par des officiers français à l'académie Militaire D'Antsirabe à Madagascar. Partout en Afrique, pour justifier le coup de force, on accuse la classe polique et on lui endosse la responsabilité.

Le livre de feu Sennen Adriamirado nous éclaire d'un jour nouveau sur la question des coups d'Etat, qui, par définition, est l'oeuvre d'une minorité qui prend le pouvoir par la force et l'exerce au détriment de la majorité.Cette forme de prise de pouvoir est souvent vantée par les compatriotes dans les discussions.

Pour beaucoup de compatriotes, les coups de force ou coup d'Etat restent l'ultime solution aux maux qui gangrènent notre société.Où est alors le peuple dans ce processus?
le peuple n'est pas associé à cette entreprise. Comment peut- on faire le bonheur d'un peuple sans le faire participer à ce que l’on fait pour lui? Un adage ne dit –il pas : ‘ce qu’on fait pour moi sans moi est fait contre moi '?
Lorsque éclate le coup d'Etat dans un pays en Afrique, tout le système néo-colonial reste en place.

En définitive, le coup d'Etat n'est qu'un changement de forme. Aussi rappelons -nous que le dictateur Eyadéma également avait perpétré un coup d'Etat. Le résultat de ce pouvoir autocratique est là sous nos yeux. Que de malheurs. Partout en Afrique où il y a eu des coups de force, on a enregistré les conséquences.
Togolais et Togolaise, à quel type des changements aspirons –nous. Méditons et- agissons.

Signé
GLGLI Mouta Wakilou Maurice
Bruxelles, le 03 janvier 2006