UNIR ( parti de la ruine), stratagème d'une conservation de pourvoir illégitime et néfaste
Au Togo, Faure Gnassingbé n'a jamais été élu.Il est Chef de l'Etat par défaut pire par usurpation.
Tout ce que nous lui demandons avec force est qu'il s'en aille et libère le jeu démocratique dans notre pays.
Le Togo ne lui doit absolument rien.En agissant ainsi, il permettra à sa progéniture et à lui même d'échapper
à la sanction de l'histoire et au Togo de prospérer.
Cette fuite en avant qui la création de UNIR en sabordant le parti fasciste RPT- une branche sur laquelle
Faure Gnassingbé s'est posé tel un oiseau rapace et vorace- n'est pas une solution.
La création de UNIR est un stratagème de conserver le pouvoir, par tous les moyens et artifices.
La refonte de l'armée mono-ethnique et son épuration ( cf affaire Kpatcha Gnassingbé et compagnies ) répondent à la macabre idée
de Faure Gnassingbé de s’éterniser au pouvoir au détriment du bien-être des Togolais.
Avec UNIR et l'armée mono-ethnique, Faure Gnassingbé s'octroi les moyens d’étouffer le mouvement démocratique togolais.
Au lieu de l'ouverture pour le vrai changement, il ouvre plutôt la porte des ténèbres.
Casser ou dissoudre le RPT aujourd'hui ne change rien du tout au quotidien de nos compatriotes lequel est caractérisé par la misère de tous genres. RPT ou UNIR c'est même pipe, même tabac.
Faure Gnassingbé prétend se démarquer de l'oeuvre ignominieuse et immonde de son feu père Etienne Eyadéma de triste mémoire.
Il ne trompe que lui-même et ceux qui veulent bien le croire et le suivre à travers ses soit- disant réformes. Une dictature de la trempe du clan des Gnassingbés ne se démocratise jamais.
Enfin l’inconscient psychique de cette dictature a parlé. Faure Gnassingbé et sa clique ont avoué à la face de monde la ruine de la nation togolaise avec la fondation de leur nouvelle formation UNIR dont l'anagramme est la ruine.
Pourtant, les acteurs d'hier ont bâti cette nation avec amour.
Maurice Mouta W.GLIGLI-AMORIN
Bruxelles, ce 23 avril 2012
Les questions migratoires et la droitisation des élites françaises
Philosophe et historien, chercheur à l’Université de Poitiers. Ces centres d’intérêts sont aujourd’hui les médias des minorités, les migrations internationales, les diasporas africaines, la géopolitique de l’Afrique, les pratiques contemporaines de l’islam en Afrique. Trois choses lui tiennent à cœur: la liberté d’expression, le respect des droits humains et des relations justes entre le Nord et le Sud de la planète.
Les élites françaises désignent dans ce texte tous les acteurs qui font l’opinion dans les médias, la politique, la recherche ou toute autre production intellectuelle. Ces hommes et femmes structurent l’opinion française sur les migrations ; ils structurent aussi le comportement des hommes ordinaires qui restituent leur pensée, dans le cercle familial, amical et les sphères de pouvoir. Ces intellectuels médiatiques, politiques, anciens et nouveaux réactionnaires, de la droite néoconservatrice et de l’extrême-droite fasciste, de la gauche caviar à la gauche halal, tous sont inscrits dans un processus identique de redéfinition de l’autre, l’immigré, celui-là même qui n’est pas français de souche. Celui-là même qui est défini par son étrangeté, une étrangeté transmissible à ses fils et petits-fils. En dissertant depuis dix ans sur notre étrangeté, ces intellectuels accompagnent le passage de nation française à l’ethnie française. Une espèce monolithique, monoculturelle et monocolore. En effet, le marqueur emblématique de la droitisation des élites françaises est la transformation du corps social en un « corps ethnique ». En une décennie (septembre 2001-septembre 2011), « l’ethnie française » est en lutte contre des ethnies barbares, noires et arabes notamment.
En cette veille d’élection présidentielle, ce texte pourrait vous accompagner dans l’isoloir. Il est volontairement didactique et récapitule à travers la saga de Sarko et Cie, l’état pitoyable des élites et décrit le processus de leur extrême-droitisation, ses ancrages, ses difficultés et ses désastres sur les personnes « issues » de l’immigration. Par conséquent, l’objet de cette contribution porte donc, sur les rapports des élites françaises aux populations dites immigrées devenues « Black de France », « Noirs de France », « afroeuropéens », Nord-africains, « Beurs », Maghrébins, ou plus essentialisant, « immigrés » ou Français « issues » de l’immigration. J’interroge de manière critique le regard des élites politiques et médiatiques sur des Français d’autres origines, cultures et croyances.
Je poursuis, également, mon interprétation phénoménologique de la discrimination et tente de comprendre les ressorts et les implications idéologiques et économiques de la résurgence de la xénophobie. L’Europe et la France sont confrontées à une crise identitaire, éthique et morale conjuguée d’une crise économique. Et l’étranger (même de nationalité française) devient le réceptacle d’une haine distillée dans des discours qui ne scandalisent plus personne. Ces discours se diffusent dans la société française, l’ethnicisent, la tribalisent et finalement la replient sur elle-même. Néanmoins, la France tribalisée et binaire crie mordicus son métissage, son vivre ensemble, ses valeurs « universelles » dont les modalités de l’évocation sonnent comme un aveu d’impuissance d’accepter l’autre, l’immigré, le Noir et l’Arabe et le Musulman. La diversité faite de Noirs et d’Arabes pose problème à la France et le nouveau visage du racisme se lit aujourd’hui dans la presse, les discours politiques et les gloses intellectuelles. Comme, il y a plus de 50 ans avec les juifs[1], la stigmatisation redevient une ressource politique[2] manipulée principalement à des fins de politique locale, de conquête et de conservation du pouvoir.
Les événements du 11 septembre 2001 ont libéré une énergie islamophobe et xénophobe planétaire avec des déclinaisons locales, nationales et régionales. Les élites françaises sont ainsi confrontées à un double dilemme, celui de la diversité d’une France mélangée, mixte, entremêlée, métisse et celui de la démolition des fondements humanistes d’une société des droits de l’homme et du respect de la dignité humaine. Dès lors, la quête de la « pureté ethnique » actuelle des élites conduit la France à l’impasse, et de ce fait, justifie en partie ses angoisses, ses peurs voire même sa surconsommation d’antidépresseurs.
1. Le contexte post-11 septembre : de l’islamophobie planétaire à la xénophobie nationale
Ces évènements dramatiques ont libéré trois formes d’énergies négatives. La première fait de la violence, la seule « règle de droit » des puissants face aux pays faibles. Désormais, chaque puissance occidentale donne libre cours à ses visées sur des pays protégés par la loi internationale. La deuxième énergie négative se déchaîne contre toutes les forces de progrès qui tentent de s’opposer au nouvel ordre mondial, à une société civile mondiale qui s’appuie sur le droit international et l’éthique humaniste pour s’opposer à la « guerre des civilisations » d’Huntington, à la théorie de l’« axe du bien et du mal » et à la « croisade » de Georges Bush et de ses amis néoconservateurs. La troisième est une énergie de l’indifférence face à des événements jadis scandaleux et la naissance d’une compassion à géométrie variable sous la menace de guerre, d’embargo, d’invasion et de spoliations.
L’Irak est aujourd’hui un pays détruit, humilié et dont les richesses sont spoliées. Au fond, c’était cela l’objectif de la guerre : ses mensonges et ses millions de vies non occidentales tuées. Cette énergie négative fait encore des ravages et l’avènement de Barack Obama n’a pas engendré de miracles. Il n’a pas non plus soldé les contentieux des States avec le monde, l’Islam et les Musulmans. Au demeurant, jamais le monde n’a connu une décennie aussi chaotique que celle qui s’achève. Cette décennie a consacré une vision binaire du monde : les bons et les méchants, le mal et le bien, les civilisés et les barbares, les envahis et les envahisseurs, les maudits et les saints etc. D’un point de vue philosophique et éthique, c’est le règne de la doxa, de la subjectivité, la médiocrité, des préjugés, des mensonges et de l’ignorance comme les outils d’un populisme du désastre. Les relations internationales entament des cycles de régressions successives. La France aussi a eu son « Irak » : la Libye. Mercenaires, barbouzes et rebelles libyens soutenus par la France et l’OTAN ont re-tribalisé la société. Le désastre est hors de France. Donc il n’existe pas. Les vies autres ne comptent pas, sauf lorsqu’elles sont évoquées par la télé, les journaux dominants et les intellectuels du sérail. La réalité nouvelle est celle voulue et délimitée par les dominants et leurs machines à écraser les aspirations des autres peuples, à les assujettir au nom de la démocratie et de la protection de civils innocents. Et ça marche.
Les « nouveaux réactionnaires »[3] et autres « islamophobes »[4] sont arrivés comme un mauvais cépage, mais aussi comme les artisans de la restriction des libertés individuelles et collectives. Depuis une décennie, la France est travaillée au corps par les idées racistes de très grande intensité et xénophobes d’anciennes et de nouvelles générations.
Quand je suis arrivé en France en 2000, on ne parlait que du Front National et ses virées meurtrières, ses propos antisémites sur les Juifs et les Arabes. Beaucoup plus sur les Juifs d’ailleurs, du meurtre de Ibrahim Ali le Comorien de Marseille, par les colleurs d’affiche du FN. En dix ans, le discours anti-juif a été mis en veille forcée à cause de l’activisme de la minorité nationale juive et d’Israël. L’énergie des antisémites s’est redéployée contre d’autres minorités dont les pays d’origines sont faibles.
Cela coïncidait aussi avec le basculement à droite de la communauté juive américaine, celle-là même qui a longtemps servi de levier, par ses activistes et ses intellectuels, à tirer sur les prédateurs des droits humains. Ce basculement a privé les autres minorités notamment noires d’un soutien théorique et de relais politiques construits par une histoire comparable des souffrances, des pogroms et des apartheids de la société occidentale. Les conflits israélo-palestiniens et le 11 septembre ont détruit ces acquis et plongé des minorités solidaires dans une sorte de concurrence victimaire.
Je me souviens encore des larmes d’Olivier Besancenot chez Ardisson, en 2003, lorsque Roger Cukierman président du CRIF a traité l’extrême gauche d’antisémite. Besancenot n’est pas un antisémite et, l’antisionisme n’est pas l’antisémitisme. Ses larmes traduisent cependant l’offensive d’intellectuels conservateurs contre la frange rebelle et anti-système de la classe politique, pour freiner ses ardeurs pro-palestiniennes et son internationalisme. Les guerres de Bush ( père et fils), les violations des droits élémentaires dans le conflits israélo-palestinien et l’émergence d’Al-qaida ont sapé les relations « évidentes » entre les opprimés Juifs, Noirs et Arabes ouvrant ainsi une saison de divorces, de relations factices et de revirements.
Le divorce idéologique des intellectuels juifs progressistes avec la gauche et les minorités noires et arabes a brisé les barrières de protection des autres minorités. Les voix sentinelles juives qui alertent l’Occident sur ses dérives sont remplacées par les alarmes de détresse et les crimes de guerres des humanitaires à Bagdad, à Gaza et au Darfour. Désormais, le Noir, l’Arabe, le Rrom, le syndicaliste, l’ouvrier, le défenseur des droits de l’homme devenaient, comme aux temps des totalitarismes, des ennemis du nouvel ordre idéologique, religieux et politique. Cela a réveillé avec force les fondamentalismes religieux, l’intolérance, l’esprit de croisade contre les Musulmans, la haine des Arabes et la xénophobie. Quant à l’antisémitisme, il est mis en veilleuse. Cependant, le potentiel antisémite de la société occidentale reste intact et peut toujours ressurgir contre la communauté juive. Le débat sur le Casher et le Halal est un exemple emblématique. Globalement, aujourd’hui, il est plus facile d’être ouvertement islamophobe qu’antisémite même si la « bête » antisémite somnole toujours dans la société occidentale.
C’est peut-être une autre leçon de la décennie qui s’achève. Et le 11 septembre a donné une sorte « permis de faire » des déclarations publiques d’islamophobie, de xénophobie sous la perception essentialisante des « Musulmans » comme responsables de cette tragédie.
Les discours sur la délinquance, la régulation de l’immigration, les banlieues, la sécurité, l’identité nationale ne sont que les sous-produits idéologiques du 11 septembre qui amplifieront la stigmatisation sociétale des Noirs, des Arabes et des Musulmans. Comme dans le cas des juifs à la veille de la seconde guerre mondiale le racisme et la xénophobie se serviront de la culture des pays d’origine, de la couleur de la peau, de la barbe, des yeux, du voile, du visage, du sexe, de la famille, des rites religieux, des lieux de cultes pour construire de nouvelles modalités d’exclusion et de stigmatisation. Et l’immigré (Arabe, Noir, Musulman etc.) devient l’ « ennemi intérieur » comme les juifs à la veille de la déportation.
De cette ambiance malsaine et maladive, la société dominante n’en a cure : elle n’est pas touchée directement par la xénophobie. Et toute la stratégie des élites de France consiste à ne pas toucher à la France « tribale » blanche. De fait, elle est hors des effets négatifs de cette stigmatisation et traiterait, par moment, Arabes et Noirs de paranoïaques face aux discriminations. Il faudra un jour mesurer l’impact psychologique de cette situation sur les enfants, les adolescents, les hommes et les femmes immigrées et descendants d’immigrés.
Le directeur du magazine Le Point, Claude Imbert tenait des propos racistes d’anthologie, le vendredi 24 octobre 2003, sur la chaîne de télévision LCI: « Il faut être honnête. Moi, je suis un peu islamophobe. Cela ne me gêne pas de le dire. (...) J’ai le droit, je ne suis pas le seul dans ce pays à penser que l’islam - je dis bien l’islam, je ne parle même pas des islamistes - en tant que religion apporte une débilité d’archaïsmes divers, apporte une manière de considérer la femme, de déclasser régulièrement la femme » et « en plus un souci de supplanter la loi des Etats par la loi du Coran, qui en effet me rend islamophobe»[5]. L’idée qui fait de l’islamophobie un « droit » et de l’islam une religion « débile et archaïque » est désormais établie dans la société française. En dix ans, de gauche à droite, j’ai entendu politiques, philosophes et journalistes, prononcer ces mots de diverses manières. L’Imbert pense aux anticléricaux d’une part et aux anti-arabes. Et quelque part, on finit par avouer qu’Imbert a simplement verbalisé la pensée de milliers de personnes « innocentes ». Cette revendication d’islamophobie assumée comprend tous les termes de la guerre de civilisations[6] d’Huntington et la théorie de l’axe du mal. Les cultures débiles contre les cultures normales, et les modernes contre les archaïques. Cette thèse ouvre le champ d’une régression théorique, idéologique et philosophique en France, mais surtout déclenche un racisme sociétal, une stigmatisation récurrente de l’Islam et des Musulmans. Et chacun se met à traquer ici et là la bête islamiste (ou islamique) et ce jusqu’au ridicule. Et des débats insipides aux problématiques racistes sur l’identité nationale sont organisés.
La décennie a montré jusqu’où des élites peuvent tomber bas. Mais elle aura aussi été celle du malaise des hommes et des femmes progressistes qui continuent de croire qu’un autre monde est possible. La campagne électorale actuelle a atteint le summum de ses usages racistes et xénophobes. Des journalistes et intellectuels en ont même fait un produit marchand, un style de vie et une « valeur médiatique » sûre garantie par l’impunité totale.
2. La xénophobie et l’impunité comme ressources politique des élites
La situation de la France paraît un peu étrange. On connaît les thèses du parti raciste et antisémite de Jean-Marie Le Pen[7]. Sa haine des Arabes, des musulmans, des immigrés et des juifs est notoire. C’est la matrice de son idéologie politique et de sa longévité dans l’arène politique française. Il était quasiment le seul sur le créneau de la xénophobie et du racisme. Mais, en 2002, il crée la surprise en arrivant au second tour de l’élection présidentielle, imposant à tous de voter pour Jacques Chirac, l’homme de droite. C’est à ce moment que prend forme idéologiquement le projet politique sarkozyste[8] : reprendre « intelligemment » les idées de Le Pen pour conquérir le pouvoir. Sarkozy s’inspire des méthodes des néoconservateurs américains auxquels il emprunte les réformes sécuritaires et la vision belliciste. Sa mécanique politique, économique et idéologique combine des idées de l’extrême-droite française et celles des néoconservateurs américains. Un mélange « intelligent » des idées de Le Pen et des conservateurs néo-pentecôtistes américains[9]. La diabolisation de l’islam, partie centrale de cette idéologie néoconservatrice, a eu un effet désastreux dans la conscience des masses occidentales. Pour ces derniers, c’est le signal explicite de la nouvelle croisade qui commence sur le chemin de Bagdad, passe par Kandahar, s’arrête en Libye et bientôt en Syrie[10]. Avec toujours les mêmes arguments : sauver les peuples arabes et musulmans « sauvages » « archaïques » et surement « débiles » (Imbert) avec main basse sur leurs ressources.
Dans cette « croisade », les élites du sérail donnèrent, depuis dix ans, le pire exemple. L’opinion française finit par s’approprier d’un racisme public devenu, finalement, un racisme d’Etat dans un pays qui prétend être la patrie des droits de l’homme et des libertés. Parce que pays de la Révolution française de 1789, de mai 1968 et de la solidarité avec le Tiers-monde. Ce pays qui a accueilli les républicains espagnols, des communistes, les islamistes iraniens, les opposants irakiens, des dissidents chinois et soviétiques. Ce pays accueillit Kateb Yacine l’écrivain, Cesare Battisti et l’Ayatollah Khomeiny. Le pays accueillit Polonais, Hongrois, Argentins, Chiliens, Arabes et Africains fuyant les persécutions. Le France qui donna régulièrement, des décennies durant, des leçons de droits de l’homme à l’Europe et au monde. La France tourne, peu à peu, le dos à cette culture fondée sur l’humanisme universel. La décennie qui s’achève est celle de l’inversion politique et sociale des idéaux fondateurs de la France. Les mouvements progressistes d’Afrique, d’Asie et d’Amérique latine sont stupéfaits face à cette régression des valeurs d’une France qui se droitise sous nos yeux.
Le procès des libertés, du tiers-mondisme et des droits de l’homme[11] est un pas en arrière symbolique de cette période de régression et de dépression des élites. Le procès de la solidarité, de la fraternité et de l’humanisme implique un procès des pauvres et des classes populaires dominées, devient ensuite celui des services sociaux, de l’assistance sociale et même de l’aide humanitaire. La France entame, ainsi, son projet de société néoconservateur. Ce projet politique, intellectuel, médiatique et économique marque est le marqueur d’une régression identitaire. Une régression qui se formule dans des mots et des politiques contre quelques minorités bien choisies.
En 2005, le thème de la délinquance et de l’insécurité refait surface come si la France n’en jamais connue. La banlieue menacerait la France de sa délinquance et son banditisme. « Les voyous vont disparaître, je mettrai les effectifs qu'il faut, mais on nettoiera la Cité des 4000 ». « Le terme "nettoyer au Kärcher" est le terme qui s'impose, parce qu'il faut nettoyer cela ». En octobre de la même année, à Argenteuil, il re-attaque les jeunes des banlieues en les traitant de racailles : « Vous en avez assez de cette bande de racailles ? Eh bien on va vous en débarrasser ». L’opinion publique « applaudit» un ministre qui protégerait la France de ses[12] banlieues. Il inaugure une ère de surveillance sécuritaire malgré des lois qui protègent les libertés individuelles et collectives. En avril 2006, il reprend les mots de Jean-Marie Le Pen pour stigmatiser les Français « issues » de l’immigration : « S'il y en a que cela gêne d'être en France, qu’il ne se gêne pas pour quitter un pays qu'ils n'aiment pas ». Plus on évolue, plus la convocation de ce registre immonde prend forme, se stylise et se virilise pour ainsi dire. Le candidat produit même un « charme scénique » tant sa théâtralisation du discours séduit les médias et une partie du peuple. Cette situation diffusera un consensus « mou » dans la société sur ces propos xénophobes à venir.[13] La société devient alors « confusément » sarkozyste.
En juin 2006, il traite de la mémoire coloniale en ces termes : « Ceux qui au lieu de se donner du mal pour gagner leur vie préfèrent chercher dans les replis de l’histoire une dette imaginaire que la France aurait contractée à leur égard et qu’à leurs yeux elle n’aurait pas réglée, ceux qui préfèrent attiser la surenchère des mémoires pour exiger une compensation que personne ne leur doit plutôt que de chercher à s’intégrer par l’effort et par le travail, ceux qui n’aiment pas la France, ceux qui exigent tout d’elle sans rien vouloir lui donner je leur dis qu’ils ne sont pas obligés de rester sur le territoire national. ». Il n’épuisera pas les thèmes binaires du « respect de la France » et de la « loyauté » des Français d’origine étrangère et de redéfinir ce que « être français », lui « issu » de l’immigration hongroise. Le candidat Sarkozy aux sommets des sondages ressort déjà un nouveau thème : la polygamie et l’excision.
En février 2007, il martèle : « Et quand on aime la France, on la respecte. On respecte ses règles, c'est-à-dire qu'on n'est pas polygame, on ne pratique pas l'excision sur ses filles, on n'égorge pas le mouton dans son appartement et respecte les règles républicaines ». Ces thèmes émergents visent spécifiquement les Français d’origine africaine. Sarkozy exhume et assume, une fois encore, les thèses racistes locales de la « France pure ». L’étranger défiguré devient ainsi l’ennemi de la France pure et blanche.
En annonçant, en 2007, la création du « Ministère de l’immigration et de l’identité nationale », il comble les électeurs FN. L’appropriation et l’instrumentalisation de cette thématique ségrégationniste, contribuera à faire couler le parti de Le Pen, qui demandait à maintes reprises de choisir « l’original » (lui) et de rejeter la « copie » (Sarkozy). L’afflux des anciens membres de l’extrême-droite vers l’UMP contraint le Front National à la faillite, à vendre son siège emblématique pour rembourser les dettes de campagne électorale. Preuve que le discours xénophobe à une fonction électorale qui marche. Et Sarkozy l’utilise mieux que les autres. La xénophobie dans ses discours se structurera autour des Africains et des Arabes et elle s’affinera, s’enrichira et parfois se complexifiera par un usage croisé de stéréotypes et de variables de la stigmatisation.[14]
Le débat sur la Burqa, les minarets suisses et sur l’identité nationale a été lancé par lui entraînant certains socialistes. Ainsi, l’ancien socialiste et ancien ministre de l’intérieur Eric Besson écrivait : « La famille musulmane est polygame et endogame; elle repose sur la loi du clan, et donne ses femmes aux cousins; elle suppose l’enfermement des filles et le choix contraint »[15].
Nicolas Sarkozy dans Le Monde du 08/12/2009 le surclasse en écrivant que : « Les peuples d'Europe sont accueillants, sont tolérants, c'est dans leur nature et dans leur culture. Mais ils ne veulent pas que leur cadre de vie, leur mode de pensée et de relations sociales soient dénaturés". "Dans notre pays, où la civilisation chrétienne a laissé une trace aussi profonde (...) tout ce qui pourrait apparaître comme un défi lancé à cet héritage et à ces valeurs condamnerait à l'échec l'instauration si nécessaire d'un islam de France. » [16]
Néanmoins, le « président des riches »[17], sait tenir sa langue face aux riches arabes et musulmans : c’est peut-être de la realpolik. Sont respectés, princes arabes et musulmans, violant gravement les droits humains élémentaires.
J’ai retenu deux citations devant le prince Alwalid Bin Talal Ben Abdulaziz Al Saoud de la république très démocratique d’Arabie Saoudite, neveu du roi Abdallah posant la première pierre de la salle des arts de l’islam du Louvre. Sarkozy était inspiré sans doute par la générosité du prince qui a offert 20 millions d’euros au Louvre ( qu’il aurait dû mettre dans l’amélioration des conditions de vie de son peuple): « La France est l’amie des pays arabes» (…) «L’islam a porté l’une des plus anciennes et plus prestigieuses civilisations dans le monde» et cette exposition est «l’occasion pour les Français et tous les visiteurs du Louvre de voir que l’islam, c’est le progrès, la science, la finesse, la modernité. (…) Le fanatisme au nom de l’islam est un dévoiement de l’islam», a-t-il dit. «Tuer au nom de l’islam, c’est bafouer l’islam» et «ne pas respecter les droits de la femme au nom de l’islam, c’est bafouer l’islam».[18]Pour l’argent saoudien, la tonalité des propos est à la fois prédicative et publicitaire, en tous les cas, élogieuse et conciliante. Ces élites du sérail manquent de courage devant les riches et l’argent des riches prédateurs du tiers-monde. Le président français a eu le même comportement devant l’Emir du Qatar, en Arabie Saoudite et devant le président libyen Mouammar Kadhafi. Il a finit par lui faire la guerre et Kadhafi en est mort. Ben Ali et Moubarak étaient traités avec plus d’égard que leurs victimes. Les ryads de Marrakech et les vacances payées par nos dictateurs valaient, souvent, plus que la vie du peuple gémissant de misère et emmuré dans ses sanglots. Ceux-là ont de moins en moins d’alliés en France et dans le monde. Le peuple n’a eu d’autre choix que de s’immoler en Tunisie pour être entendu. Aux musulmans de France, il sort le poing et aux princes arabes et musulmans, il tend la main et glorifie l’islam et la culture arabe. Il aurait fallu que le respect dû aux princes arabes soit le même pour les Musulmans et Arabes de France.
Les peuples africains en savent quelque chose sans autres formes de dessins. Entre les mallettes et les « jembés » remplis d’euros importés d’Afrique à destination des politiques français, il n’y a pas l’once d’une xénophobie. Les élites françaises adorent nos dictateurs parce qu’on peut les « dépouiller » en les prenant pour des débiles. En leur proférant, des « cher papa » comme le faisait le vieux Robert Bourgi, un autre immigré plein d’initiatives. Lorsque le journaliste Pascal Sevran écrit dans son livre Privilèges des jonquilles que « la bite des Noirs est responsable de la misère en Afrique », on s’attendait que les élites de France s’en mêlent. Rien. Lorsque Sarkozy démontre, à Dakar que « l’homme africain n’est pas suffisamment entré dans l’histoire »[19], l’Afrique crie sa rage et son incompréhension mais élites du sérail ne bougent pas.
Dans une interview au journal Haaretz, Alain Finkielkraut a affirmé que cette équipe est « black-black-black ». En un mot : l’équipe de France est trop noire. Le feu président du Conseil régional du Languedoc-Roussillon, Georges Frêche a dit propos des Noirs de l’équipe de France dans le journal Midi Libre du 16 novembre 2006 : «Dans cette équipe, il y a neuf Blacks sur onze. La normalité serait qu'il y en ait trois ou quatre. Ce serait le reflet de la société. Mais là, s'il y en a autant, c'est parce que les Blancs sont nuls. J'ai honte pour ce pays. Bientôt, il y aura onze Blacks (...) C'est comme dans d'autres secteurs : ça me peine que, pour bâtir, on soit obligé de faire venir des Estoniens, des Lituaniens, des Polonais, des Marocains, des Algériens, des Tunisiens etc. Il y a un certain nombre de gens qui ne participent pas à l'effort national (... ). J'ai honte pour les Français de souche blanche. Avoir une équipe de neuf Noirs sur onze, ça veut dire qu'une grande majorité de Français ne pratiquent plus le football à ce niveau [...]».[20]
Chacun va de sa petite formule xénophobe et je ne compte plus les attaques négrophobes ou xénophobes d’hommes intelligents. Il ne faut surtout pas penser les rééduquer. Ce n’est pas un problème pédagogique. La ministre de la Santé et des Sports a traité les membres de l’équipe de France de « caïds » durant la dernière coupe du monde en Afrique du Sud. La banlieue comme référent structurante et essentialisant devient un lieu commun chez les politiques, leurs amis journalistes et leurs intellectuels. Selon Ivan Rioufol, journaliste sur RTL, dans l’émission « On refait le monde » du 15/07/2009 « La crise des banlieues est une crise ethnique, religieuse, culturelle… »[21] On a déjà entendu ces thèses lors des émeutes des banlieues de 2005. Le philosophe français d’origine polonaise, Alain Finkielkraut disait exactement la même chose en 2005. L’académicienne française d’origine russe, Hélène Carrère d’Encausse y a même vu l’effet de la « polygamie ». Et ce sont toujours des « fils et filles d’immigrés » qui portent l’attaque en premier. On peut parler d’une véritable fixation sur le Noir comme la nouvelle figure du délinquant errant et menaçant. L’attaque des populations antillaises s’inscrit dans la même logique. Elle est complémentaire à l’attaque des Noirs dans leur ensemble. Une fois encore, il y a un déni d’histoire et de mémoire dans la mécanique de ces discours xénophobes, tolérés, épars, indépendants et dont on voudrait nous imposer qu’ils n’ont aucun liens entre eux. Christophe Barbier, directeur de la rédaction de L'Express écrivait le 18/02/2009 : « Aux Français des tropiques qui veulent travailler à l'antillaise et consommer à la métropolitaine, rappelons qu'il faut labourer la terre arable pour qu'elle lève d'autres moissons que celles du songe et que, hors de la France, les Antilles seraient au mieux une usine à touristes américains, au pire un paradis fiscal rongé par la mafia, ou un Haïti bis ravagé par des "tontons macoutes"(…)»[22]. L’insupportable devint peu à peu la norme des élites décomplexées face au racisme. Le parfumeur Jean-Paul Guerlain a déclaré sur la télévision publique France 2, le vendredi 15 octobre 2010 : « Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin.... ». Deux ans après ces propos, il n’a écopé que de 6000 euros d’amende, en mars 2012.
L’alliance militante avec la société dominante se fait attendre. Elle est morte en vérité. Les « communautés noires » de France attendaient que les élites politiques, intellectuelles et médiatiques réagissent avec une indignation spontanée, rapide et automatique que lorsque des actes antisémites sont posés. Car les racistes haïssent Juifs, Noirs et Arabes. Cette saison d’indifférence illustre une normalisation progressive du racisme anti-noir, anti-arabe et antimusulman en France. Ce consensus et ce silence face au racisme et à la xénophobie concerne bien des hommes et femmes de gauche, de droite, de centre, des humanistes et même des défenseurs des droits de l’homme. Pour le coup, Nicolas Sarkozy et sa droite ne sont pas seuls et ne peuvent être tenus responsables de l’inaction de l’opposition politique, de la presse et des intellectuels. Bref, cette « solidarité impossible » me semble plus inquiétante que le silence calculé de politiciens indignés sélectivement et électoralement.
En 2011, le printemps arabe nous surprend et n’enchante guère les élites françaises. On ne l’a pas attendu et son esthétique gène tout le monde. Les élites du sérail français n’avaient jamais prévu qu’une révolution serait faite par des filles voilées et des hommes barbus, des islamistes et des laïcs tous ensemble pour renverser la dictature. Le printemps arabe gêne les élites françaises parce qu’il est « arabe » c’est-à-dire provenant de quelque chose rendu exécrable en France. Sans oublier l’amitié de certaines personnalités et intellectuels avec des dictateurs comme Ben Ali et Hosni Moubarak. Les Arabes ont mené pourtant leur Révolution sans la tutelle paternaliste des élites françaises de tout bord prêtes à donner des leçons. Sans leurs logosabondant sur les mouvements sociaux. Sans leurs prévisions médiocres sur des sujets appréhendés à partir des préjugés sur les arabes de France. Qu’à cela ne tienne, il y eu plein d’expositions sur le printemps arabe. Ça, elles savent le faire. Le climat xénophobe entretenu depuis une décennie expliquait en partie le manque d’emballement des élites. Le « dégage » Moubarak concerne en vérité toutes les élites oppressives.
En mars 2012, la France est encore en campagne : les immigrés redeviennent à nouveau un thème central des élections. Claude Guéant parle de « supériorité des civilisations » et François Fillon d’archaïsme du Casher et du Halal. Mais très vite, ils fendent en excuses pour les Juifs et seulement collatéralement pour les Musulmans. C’est un moment édifiant de l’hypocrisie politique et du double langage raciste et xénophobe. Mais, en vérité, cela montrait que l’antisémitisme est latent dans la société et celui-ci peut ressurgir à tout moment.
On comprend alors que la droitisation de la société française tient de plusieurs cocktails d’idées dont l’antisémitisme, l’anti-arabisme, l’anticléricalisme épidermique, la xénophobie, le racisme, la négrophobie etc. C’est en fait une contre-révolution française qui détruit tous les acquis des idées humanistes et donne une dimension messianique à des entreprises liberticides et réactionnaires. La France et ses élites sont bloquées là. La France est tombée très bas. Il faut l’aider.
En finir avec la dépression militante
La France traverse une crise des élites qui se « droitisent » en développant un racisme et une xénophobie anti-immigrés faciles et impunis. Les populations visées n’ont pas de moyens de défense contre les porteurs des idéologies racistes. La solidarité avec eux devient de plus en plus périlleuse. Mais celle-ci reste nécessaire. Cette situation couvre de honte plus d’un Français. La France que j’ai découverte en 2000 était plus combative et encore plus généreuse.
J’ai plusieurs fois participé à des marches de protestation où les Arabes et les Noirs sont minoritaires et d’autres où ils sont majoritaires. Avec eux, quelques irréductibles anticapitalistes, les indécrottables anarchistes et quelques allumés qui en veulent à la France et au monde. Le sentiment de solidarité et de camaraderie était très fort. Nous finissons souvent devant un plat de couscous plein de légumes où les couleurs des mains et des doigts est celle que j’aurai voulu voir sur le drapeau français. Quelques fois, dans un resto miteux où nous refaisons le monde sans se poser la question mortelle réservée aux immigrés : « T’es d’où ? ». J’ai ressenti alors, comme Claude Mckay dans le Marseille des années 30, que la vie est là où est encore la chaleur humaine à l’image de ses doigt bariolés qui plongent et replongent dans une gamelle de couscous.
Il y a eu des jours plus heureux comme ces marches contre la guerre de Bush en 2001 à Marseille: on voyait du tout dans la rue. Des vieux, des jeunes, des Noirs, des Blancs, et de tout. On chantait l’internationale, lisait des formules anarchistes, des versets de Coran, des psaumes communistes ou d’autres formules galvanisantes. Certains marcheurs étaient ingénieux. J’avais suivi caméra au poing un enseignant à vélo, en perruque, en sandales, en chemise, en culotte, avec un gros panneau sur lequel est écrit : « Stop Bush » « Non à la Guerre ». C’était un personnage qui vous donne la pêche dans ce combat contre le nouvel ordre mondial. Il y avait des voiles, des perruques, des filles en jean, des garçons en basket et des bébés dans leurs poussettes. Sur ces poussettes étaient accrochées des messages d’espérance et de lutte. C’était comme cela que je voyais la France. Il y avait beaucoup d’enseignants comme d’habitude et je me disais : on est tous pareil. Le plus intéressant dans ces moments c’est que les gens parlent avec leur cœur et chacun avait une joie de militer, de lutter et une raison de combattre l’injustice. J’avais l’impression de n’avoir jamais été autre part que dans l’énergie de ces cortèges. J’ai souvent des larmes et de la chair de poule quand j’évoque ces instants de communion, lorsque la marée humaine multicolore inonde les artères de la ville pendant des heures. Je me sens apaisé. J’ai vu de jeunes de toutes les couleurs en transe militante au vu de cette foule de détermination sur la Cannebière. On pensait qu’on pouvait changer le monde entier avec ça. Et à chaque fois, que j’y pense je suis rempli d’une joie immense.
Après, ont succédés des jours tristes comme cette marche devant le siège de l’Union européenne à Bruxelles sur la situation au Togo où nous étions 5 : le désert. Avec nous, un drapeau et notre foi. Un vide désespérant. On a fini devant un plat de riz, à maudire l’Afrique et ses dictateurs, l’Europe et ses dirigeants hypocrites. Et partout, le désert gagne la militance. La vie devient dure. Et depuis lors, je ne revois, dans mes marches, meetings et événements récréatifs que les mêmes visages brulés par l’asphalte. Les mêmes irréductibles impuissants mais généreux éternels et à l’infini. J’avais la conviction qu’ils me défendraient avec la même énergie que je le ferais pour eux. Les mêmes irréductibles que je retrouve parfois dans des coins intimistes avec la même dégaine, la même chemise de combat portant une effigie dégarnie du « che » et un chech troué et décoloré : prêts à marcher et à se battre pour la veuve et l’orphelin. Parmi eux, certains n’ont plus de vie de famille pour cause de « militance durable ». Ces gens-là font honneur à la France et m’ont donné envie de chanter la Marseillaise !
En une décennie, j’assistais en fait à l’amenuisement de l’espace de la générosité, de la lutte, du combat et de la tolérance. L’espace de la marche fait peur aujourd’hui : ses caméras et ses immeubles restaurés, ses commerces de consommation sans raison. Des lieux où on entend des bruits de cadys, des chuchotements et des « remerciements » des caissières exténuées et payées au SMIC. La rue est devenue un espace de l’indifférence, du silence et quelques fois de la violence gratuite.
Nous souffrons tous d’une dépression militante causée par cette décennie de revirements et de contradictions. Cette décennie est celle de la déception et de l’égoïsme : la protection du confort personnel et familial et tant pis pour les migrants, les ouvriers et les gueux. Une décennie de déception et d’impuissance où le migrant est devenu synonyme d’Arabes, de Noirs, de Musulmans, de Sans-papiers, de femmes voilées, de mangeurs de halal, des intégristes, des islamistes, des Burqa, des étrangers, des voyous, des délinquants, des débiles et des archaïques. C’est la décennie des amalgames qui rendent débiles et inintelligents nos amis les plus avertis. Une décennie qui porte l’empreinte d’un désastre et dont les élites droitisées portent une grande responsabilité. Je reste optimiste que c’est de ces errances et de nos souffrances que l’humanisme sera réinventé. Le désir de sa réinvention doit être plus fort que nos égoïsmes et notre confort personnel. Il faudra alors accepter de se battre contre la droite dans les idées, dans la vie et dans les urnes.
Notes
[1] Ralph, Schor: L'antisémitisme en France dans l'entre-deux-guerres : Prélude à Vichy, Editions Complexe, 2005.
[2]Noiriel, Gérard : Immigration, antisémitisme et racisme en France : XIXe-XXe siècle : :Discours publics, humiliations privées, Hachette Littératures, 2009.
[3] Geisser, Vincent : La Nouvelle islamophobie, La Découverte, Paris, 2003.
[4] Lindenberg, Daniel : Le Rappel à l'ordre : Enquête sur les nouveaux réactionnaires, Seuil, Paris, 2002.
[6] Huntington p. Samuel : Le choc des civilisations, Odile Jacob, Paris, 2000.
[7]Lindon, Mathieu : Le Procès de Jean-Marie Lepen, Editions P.O.L., Paris, 1998.
[8] Ariès, Paul : Misère du sarkosisme, cette droite qui n'aime pas la France, éd. Parangon, 2005.
[9] Noir, Victor : Nicolas Sarkozy ou le destin de Brutus, Éditions Denoël, Paris, 2005.
[10] Frachon, Alain, & Vernet, Daniel : L'Amérique messianique : Les Guerres des néo-conservateurs, Seuil, Paris, 2004.
[11] Lindenberg, Daniel : Le procès des Lumières : Essai sur la mondialisation des idées, Seuil, 2009.
[12] Barbier, Christophe : La Saga Sarkozy, éd. L'Express, Paris, 2007.
[13] Mamère, Noël : Sarkozy, mode d'emploi, éd. Ramsay, Paris 2006.
[14] Porquet, Jean-Luc : Le Petit Démagogue, éd. La Découverte, Paris, 2007.
Collectif : Sarkozy vu d'ailleurs, numéro spécial de La Vie des Idées, Seuil, Paris, 2007.
[17] Pinçon-Charlot, Monique Pinçon, Michel : Le président des riches : Enquête sur l'oligarchie dans la France de Nicolas Sarkozy, Zones, 2010.
[19] Makhily Gassama : L'Afrique répond à Sarkozy : Contre le discours de Dakar , Philippe Rey, 2009.
La migration africaine comme tragédie et comme ressource
par Souley Hassane -
Philosophe et historien, chercheur à l’Université de Poitiers. Ces centres d’intérêts sont aujourd’hui les médias des minorités, les migrations internationales, les diasporas africaines, la géopolitique de l’Afrique, les pratiques contemporaines de l’islam en Afrique. Trois choses lui tiennent à cœur: la liberté d’expression, le respect des droits humains et des relations justes entre le Nord et le Sud de la planète.
Il y a quelques mois, je suis revenu dans mon pays, le Niger, après une dizaine d’années d’exil volontaire, d’immigration, d’exode… appelle-le comme tu veux, mais j’étais absent pour cause d’études, de convenance personnelle et de travail. Ce retour au Pays Natal est devenu une autre expérience migratoire car un autre vécu démarre aujourd'hui et fait suite à deux vécus précédents en Afrique et en France respectivement. Finalement, je deviens un confluent au lieu d’être un affluent. Phénoménologie d’une expérience migratoire.
Je me permets de faire un retour analytique sur mes dix ans passés en France, de ce que j’en tire, de ce qui restera. Ce n’est pas un bilan, mais une réflexion théorique sur « comment on devient immigré ? », « Comment on en sort dans les yeux des autres ? », « Comment on redevient soi-même, ni minoritaire, ni minorité, ni sans-papiers, ni refoulé, ni ethnique, ni banlieusard, ni « d’origine », ni migrant, ni même immigré etc. C’est une réflexion sur l’être et la condition post-migratoire. On a des sensations nouvelles que je voudrai raconter pour poser les bases d’une phénoménologie qui prend en compte les idées, les hommes et les contextes qui les produisent. J'ai la sensation étrange d’un homme re-libéré de quelque chose, re-libéré de soi-même et des autres pour profiter, enfin, de sa vie. Cette sensation est d’autant plus étrange que je ne sors ni des geôles, ni d’une campagne militaire. C’est en fait l’effet de la tragédie migratoire sur moi.
Cette réflexion interroge alors des moments et ressemble à des séquences photographiques figées dans ma mémoire et que ma condition post-migratoire me permet d’interroger. Ces moments sont constitués d’évènements qu’on oublie rarement tant ils sont fort, indélébiles, personnels et collectifs. C’est aussi un moment de démystification de l’Occident comme paradigme et horizon migratoire, de ses paillettes et ses faux fuyants. L’immigré « envouté » par le « mythe de l’Occident » s’en délivre et s’exorcise à mesure qu’il vit dans sa chair et subit les violences symboliques et les obstacles de la société. C’est l’épicentre de la tragédie migratoire, mais aussi, celui de la délivrance et de l’espérance. Je voudrais dire enfin que la sortie de la tragédie implique un retour réflexif que j’ai eu le temps de faire, de partager et surtout de mettre en débat.
Le migrant : l’objet sortilège des autres
Une de mes meilleures amies m’écrivait sur la difficulté de faire couple avec le migrant de part son « malaise identitaire » et ses « in-conformités » consubstantielles. Elle n’a pas dit exactement cela, mais ainsi que j'ai compris sa réflexion tellement elle est récurrente dans la société française et au-delà. Je l’ai entendue à plusieurs reprises : le migrant est aussi un « problème affectif » par sa double culture, ses appartenances, ses vodous, ses croyances, ses « trucs bizarres » que la société française prétend avoir dépassés. La réponse à son mail a inspiré cet article. Je commentais pour elle des photographies retrouvées récemment dans mes archives personnelles.
Je disais exactement ceci: « Je me rends compte que toutes les traces ma vie sont là. Le retour au pays natal pour ainsi dire me rend plus à même d'écrire, de penser et d'être vraiment moi-même. La migration est un exercice de l'autre et de l'ailleurs toujours très difficile, délicat et épuisant nerveusement. Je sens que plus le temps passe, plus ma "tension nerveuse migratoire" baisse et je me sens plus moi-même: j'aime ça parce que cela me ramène au temps de ces photos où ma sérénité était intacte. Je tenais simplement à partager cela avec toi. Comme, je te l'ai dit la dernière fois, je ne me suis jamais senti aussi bien que dans ce pays avec ses joies et ses peines qui sont pour moi des défis, en un mot des raisons de se battre pour gagner. La vie en France était pour moi une expérience certes intéressante (humainement et professionnellement), mais elle me demandait un investissement nerveux important qui a, pour des gens comme moi, une dimension très sacrificielle pour ainsi dire.
Elle me dit, textuellement : « J’avais envie de répondre à ce que tu me racontes là : c'est étrange parce que cette dimension "sacrificielle" de ton séjour en France je la comprenais très bien, même si tu ne me l'avais jamais expliquée aussi clairement »
Puis je lui ai répondu : « En fait, comme à mon habitude, j'essaie de penser mon parcours et mon itinéraire pour non seulement re-comprendre mais surtout pour bien profiter de la vie. J'ajoute à ta réflexion quelques éléments : je ne pense pas que la dimension "sacrificielle" de mon vécu en France soit liée simplement au fait d'être immigré. Bien au contraire, l'immigration a été pour moi une ressource et une chance immense. Mais, ce qu'il y a de sacrificiel tient au « bannissement » de mes ambitions de transformer le monde, la société, les hommes : c'est ma trame existentielle. Je ne peux exister (en tout cas je ne saurai être autre chose), sans un engagement permanent pour des causes justes et simples. Mes ambitions politiques (au sens basique et antique de Platon) sont sacrifiées sur l'autel de ma carrière ou des relations professionnelles et humaines tout aussi stimulantes qu'instables! C'est pour moi quelque chose de tragique que l'immigré n'avoue pas. Je n'arrivai pas, en France, à donner un ancrage à cette part importante de ma vie pré-migratoire et de mon être simplement. C'est comme si je devais penser (et faire) ma vie sans ce que je fus et ce que je suis. Cette amputation progressive, voulue et subie est pour moi le plus grand des sacrifices. C’est une source de névroses et de dépression indicibles. L'immigré "partagé en deux" n'est pas le problème (car je sais le faire) encore faudra-t-il comprendre où aller, avec quelles ressources intellectuelles et morales. Mais pour moi, tout cela devient aujourd’hui poétique et me donne, malgré mes identités multiples, les ressources d'une vie totalement apaisée, au soleil, dans mon pays, en gardant un amour et une amitié intenses pour les gens que j’ai connues et aimées en migration ».
Sacrifices
Immigrer impliquait pour moi de sacrifier « l’expression de mes ambitions », allais-je dire sacrifier « ce que je pense vraiment » à la place de ce que « pense l’immigré » en moi. Cette dualité conflictuelle est un réel tourment et c’est pourtant ce que je vivais sans trouver la nécessité de l’exprimer. J’ai ressenti que ma vie en France faisait table rase, à chaque fois, de ce que je suis, de ce que j’ai été et de ce que je veux être. C’est toujours à moi qu’il est dicté la direction des choses même si parfois, j’ai contribué à leur formulation. J’ai ressenti que je n’existais pas, non pas en tant qu’homme, mais en tant que « homos initiative » (sujet d’initiative). Je devais accepter d’être une « chose ». Pour parler avec mon cœur, dans ma langue maternelle, j’étais devenu l’ « aberration » de la société.
Et j’en étais bien conscient. Le migrant est une aberration nécessaire. Il a quelques droits humains, mais doit vivre et penser comme s’il a tous les droits. Ses droits écrits ne sont pas réels dans tous les cas. Les humanitaires, les organismes de charité, les religieux et les humanistes bénévoles font la médiation pour le sortir de la merde. Cette symbolique est la même qu’en zones de guerres et de conflits. L’être migrant est « divaguant », « déroutant », « déflagrant » et sa tragédie commence là.
Le migrant comme sujet et objet est en réalité dans un tourment qu’il dissimulera et en cela constitue une véritable tragédie existentielle silencieuse. La force de l’immigré, c’est de pouvoir vivre avec des tragédies, sa capacité à faire cohabiter le sourire et la rage. Je découvre aussi que « vivre chez les autres » c’est faire le « choix » du déclassement permanent. La tragédie, c’est que le migrant, contrairement à ce qu’on pense, est conscient de cette déchéance programmée. La migration comme tragédie et comme ressource, c'est aussi une entreprise de déclassement de soi. Le pays rêvé s’estompe à l’aéroport et ses contrôles de papiers, la préfecture de police et ses justificatifs renouvelables, la rue et ses regards indélicats, la vie et sa dureté exécrable. En général, après un mois, on a soit envie de rester soit envie de rentrer en Afrique. Généralement, après les formalités administratives et les questions stupides de certains agents, on se dit déjà : « tout ça pour ça ».
Alors, il faut puiser dans des ressources mentales, intellectuelles et morales, culturelles ramenées d’Afrique pour survivre à sa propre déception. La tragédie est que le migrant se sent à chaque instant poussé à la marge des marges jusqu’à atterrir dans une des banlieues pourries et emblématiques. Il est déçu du traitement réservé aux « siens » et déçu des « siens », incapables de saisir les opportunités de la société dominante. Aussi, il faut dire qu’il ne comprend pas toute la mécanique du plafond de verre. Le migrant africain est déçu de la colère des jeunes qu’il compare à une « crise mentale ». Déçu de lui-même à n’être qu’un numéro de la sécu, d’un code, d’une carte de famille « forcément » nombreuse et d’un identifiant. Ce tableau chaotique anéantit le rêve et met fin à la « saveur » primordiale de l’acte migration, de sa dimension exaltante et quasi-initiatique en Afrique.
Je trouve quelque fois que la vie de migrant a quelque chose d’héroïque. Ne peut-on pas en faire le héros des temps modernes : celui-là même qui part chercher le feu sans être sûr de le trouver ou se fait consumer par l’incendie? Celui-là même qui va à la recherche de l’eau pour mourir dans le Sahara? Le héros qui va à la recherche de la nourriture, mange peu pour que d’autres mangent des plats savoureux. Celui-là même qui est sacrifié pour que d’autres vivent. Celui-là qui choisit l’abstinence et la solitude pour que d’autres se marient et lui fassent des nièces et des neveux. En disant cela, je pense à ce lumpenprolétariat déclassé et entassé dans les foyers africains de Paris. Je lis parfois sur le visage des hommes l’anéantissement physique et l’impuissance. Ce sont là les marqueurs et les traces de leur tragédie.
La fin du rêve migratoire
En Europe et en France en particulier, il faut « tuer le rêve » pour être un vrai immigré. Cette situation d’interdiction de rêve, de sa réalisation est une dimension importante de la tragédie migratoire, loin des fantasmes du village, et plus près des préjugés de la société dominante. En un mot, j’ai l’impression que l’immigré n’est pas un homme comme les autres et sa tragédie prend une ampleur incommensurable lorsque les discours politiques et médiatiques le stigmatisent, le vilipendent, le traitent de délinquant et de fléau de tous les temps. Je me suis longtemps demandé comment, puis-je être assimilé à un fléau, à une plaie de la société française ?
Avec mon background, je pensais être plutôt un apport et un secours à une société vieillissante et moribonde. Mais non : l’immigré est un pestiféré sans distinction aucune. Au même moment, les immigrés occidentaux (experts et autres courtiers du sous-développement de l’Afrique) sont accueillis à bras ouverts en Afrique. A-t-elle vraiment besoin d’eux ? J’en doute. À l’inverse, l’Occident a besoin de la migration. Pendant longtemps cette différence de traitement a troublé mon sommeil sous le Midi de la France. Au lieu de profiter du soleil et la mer, j’ai senti le froid des visages des gens, leur absence de sincérité, leur superficialité et la marchandisation des rapports humains comme le mariage et l’amitié.
Mon retour me permet de constater que cela concerne aussi mon pays. Le migrant est rattrapé quelques fois par les phénomènes globalisés et des pratiques transnationales. Dans le regard des gens, l’immigré est « un pauvre qui fuit la misère » de son pays, mais ce même regard injuste refuse de penser que l’immigration fait suite aux pillages des pays africains par les puissances occidentales. C’est un long débat. Et que, comme les Européens au 18ème siècle, les hommes migrent pour se réaliser.
Il y a quelque chose de tragique à regarder, entendre, écouter des inepties pendant une dizaine d’années. Les anciens Africains de Marseille me disaient qu’ils vivaient cette situation depuis plus d’un demi-siècle pour certains. Comment ont-ils fait pour ne pas devenir fous ? Certains sont devenus fous, mais la plupart a abdiqué devant la tragédie. Ils l’ont acceptée, pour eux et leur familles car disent-ils, « l’immigration a quelque chose d’imparable : nous ne sommes bien ni ici ni chez nous ». La tragédie de certains se manifeste par l’isolement, l’esseulement et le déphasage technologique. La tragédie prend sur leur corps une dimension réelle et le temps les pousse vers la dépression silencieuse et la mort.
La migration comme contrariétés
Le migrant doit aussi apprendre à gérer les contrariétés. Toute sa vie, dans le « pays d’accueil », s’exerce aussi la confrontation aux contrariétés. L’immigré vit dans la contrariété permanente. Il doit pourtant garder bonne mine, bonne humeur, il doit être actif, proactif, réactif quand les autres ont droit de se déprimer, de ne pas supporter un instant d’être contrariés etc. Le regard de la société dominante soustrait de lui la possibilité de s’énerver, de pousser un coup de gueule, de se déprimer parce que lui, c’est l’homme toujours normal, parce que « content d’être en France ». Quelqu’un me suggérait d’écrire que l’immigré n’a pas le droit de se plaindre de sa journée puisqu’elle est forcément positive.
Cette situation crée une image de soi « tragique » qu’il faut pourtant accepter si l’on ne veut pas se retrouver dans un hôpital psychiatrique. Le migrant l’accepte comme une meurtrissure inavouable. Vivre sans exprimer de « vrais sentiments » nous rappelle des régimes de dictatures. En vérité, le temps de l’immigration est un temps non démocratique, un temps où tout est urgent, stressant et pressant. C’est pourquoi le plus redoutable derrière le silence suiviste du migrant, c’est une terrible explosion interne, un tsunami presque qui nous consume et envers et contre lequel il faut vivre ; avec lequel il faut embrasser les gens, leur sourire, les aider ou les aimer. Cette explosion interne, nous la cachons par un jeu de postures que j’appelle « l’alchimie migratoire », le bricolage existentiel du migrant : « Je suis ce que tu fais de moi contre mon gré ».
La migration face au mépris
« Vivre chez l’autre demande de patience ». Cet adage est millénaire dans la tradition nigérienne des migrations. Il implique que le migrant soit une personne de patience et d’endurance face au « manque de respect » consubstantiel à la migration. Il faut être capable de sursoir à sa dignité, à son ego, pour « vivre l’autre ». Les vieux Africains qui n’ont pas été en Europe restituent ici la mémoire des souffrances des parents et des familles dans le voyage. Un ancien me dit que c’est pour toutes ces raisons que les couples n’immigrent pas. « Je ne souhaite pas être humilié devant mon épouse » me dit-il. Je préfère vivre seul l’humiliation et le manque de respect, et de préférence « à l’insu de tout le monde » conclut-il. Le manque de respect de l’autre, ses crachats et ses abus sont dans le package des souffrances que le migrant « consent volontairement ». Sacré migrant ! C’est la pomme de discorde entre les différentes communautés noires en Occident, particulièrement en Europe et aux USA. Généralement, l’Africain du continent débarqué aux USA ou en France ne s’intéresse ni à la lutte des populations noires de banlieues ni même aux questions politiques et syndicales. Son « agenda migratoire » est en porte-à-faux avec celui des autres Africains d’Occident sur la lutte contre les discriminations et le racisme.
On reproche toujours aux Africains du continent leur manque d’implication et leur instrumentalisation par le système dominant pour assujettir la frange rebelle, contestataire ou ceux qui luttent pour le respect de leur dignité. Dans ce cas, les Africains d’Occident sont traités de « sauvages banlieusards » et les Africains venus du continent de véritables « agneaux » de sacrifice. Ce n’est pas seulement le système qui joue à cela, mais aussi les individus, dans les rapports quotidiens. C’est devenu un reflexe de pensée, un paradigme comportemental. Le migrant comme maillon faible de la société occidentale devient, en quelque sorte, le réceptacle des récriminations et des discriminations qui étaient jadis réservés aux Juifs, des temps sombres de l’histoire européenne. C’est ce que j’appelle « le paternalisme instrumental », un mélange contradictoire de mépris et d’amour, d’amitié superficielle et d’un désir à peine contenu d’abuser, d’être toujours au-dessus au sens propre comme au sens figuré.
Ce manque de respect « normal » (parce que tu n’es pas chez toi) rappelle vraiment le traitement administré aux Juifs durant la période médiévale. Et certaines réactions individuelles, de groupes ou de personnalité ne peuvent se comprendre que parce le racisme structurel normal opposé hier aux Juifs est aujourd’hui appliqué aux migrants, Roms, Noirs et Arabes. Sur ces groupes faibles, chacun à son petit préjugé et peut impunément les accuser ou les abuser. La tragédie des migrants africains est qu’ils savent que tout est dans ce package des souffrances qu’ils endurent pour gagner des broutilles.
La migration : une vie de colère
La vie du migrant est faite de facettes multiples. Elle est surtout faite d’une immense colère retenue et dont les flots et les torrents emportent le migrant, le noie, le submerge et le tue. En 2005, on a interprété la colère des jeunes français comme une explosion de colère. Ces jeunes réagissaient face à un cas d’injustice et cette réaction fut interprétée comme une colère passagère. Mais la colère qui explose dans le silence benêt des migrants est mille fois plus forte que cela. Les mutineries juvéniles, avec leurs accents incendiaires, ne représentent pas grand-chose face à l’océan de désespérance qui noie les initiatives, les libertés et les droits de leurs parents. Ce n’est pas tant la violation, le piétinement et l’écrasement qui suscitent un océan de colère que la résignation, voire la compréhension impuissante des migrants eux-mêmes. Au point d’interpréter la violence envers eux comme normale et la prendre avec philosophie. Parce que, « on aime la France ou on la quitte ». Ce n’est pas ce choix qui est violent, mais le fait que cette formule vient d’une société démocratique, libre, de fraternité, d’égalité, etc. La puissance de la colère des migrants provient en partie de leur rétroaction sur les faits de violence symbolique et physique qu’ils subissent. Dans cette tragédie, cette colère tourne en boucle dans la mémoire migrante et empêche de vivre normalement. Et cela, les gens en face ne le comprendront jamais.
La migration, un moment de gâchis
La migration en Occident est un temps de gâchis. Il faut avoir du « temps à perdre » dans la courte estimation de durée de vie qu’on nous affecte comme Africains et comme migrants. Le temps de la migration est un temps perdu à chercher le temps et on convient par soi-même que celui-ci est trop long. En attendant, le temps passe, l’âge avance, les amis et les parents meurent. On s’exerce souvent à la comptabilité macabre des morts au village, des morts dans le Sahara, et des morts en exil. Quand je vais à Bruxelles chez un ami, on se recueille souvent dans un des cimetières de la place où nous comptons les morts en pensant à la douleur des familles. Et parfois, on est en pleurs et en transe, où on se demande: qu’est-ce qu’on est venu chercher dans ces pays ? Et je lui dis souvent que « cette affaire » (l’immigration) est comparable à un accident de la circulation et le retour au pays à une sortie d’hôpital après une longue maladie. On sort rarement indemne, on peut y laisser la vie et chacun de nous porte une commotion ou une tumeur.
Cette image d’accident de circulation me plait beaucoup même si elle n’est qu’image. Sortir de la migration, c’est en vérité échapper à un accident. On refait toujours une visite médicale complète pour compter les pertes et les restes. Ce moment de gâchis est inavouable par le migrant. L’avouer c’est perdre la face. La migration représente paradoxalement « le tombeau de nos espérances » et la fin du projet migratoire. On a pensé le projet migratoire sans avoir mesuré l’implication et la signification du déclassement indépassable qu’il contient. Les dés sont tous pipés dans le pays de l’immigration, on s’en rend compte tardivement et parfois jamais. Notre géographie migratoire est celle de l’espérance, d’un chemin ouvert avant de découvrir toutes les impasses. C’est pour cette raison, que la France possède le taux le plus élevé de vigiles africains titulaires d’un doctorat. Ce gâchis est énorme pour le continent mais aussi pour les individus. Il faut cesser de croire que le « vigile l’a voulu ». Ce déclassement fondamental a détruit des rêves et des vies entières.
Des broutilles et des embrouilles
L’immigration est une chance. C’est vrai mais, restent à déterminer les pertes et les profits. Les projets migratoires sont des projets de vie ou de mort : ils exigent, pour être effectifs, qu’une partie du migrant « disparaisse ». La migration comme absence est déjà une « demi-mort » et quand vient l’heure du bilan financier et matériel de la migration, je conclus qu’il n'y a qu’embrouilles et broutilles. Embrouilles parce que le migrant est en brouille permanente avec les siens pour cause d’argent ou réalisations pas faites ou mal faites ; la migration est un fort moment de management des embrouilles avec ses parents, ses amis, ses frères et compatriotes laissés au pays. Car, même si le migrant n’a rien réussi, son village l’érige en chanceux et prodige. Le village, en notre absence, s'est globalisé et réclame à l’immigré le dernier cri de la technologie en même temps qu’un sac de riz. Les embrouilles s’enchaînent. L’embrouille ne s’arrête pas là. L’argent qu’il envoie péniblement peut servir à l’achat d’un bien superflu qu’il ne se payera jamais en immigration. Les embrouilles s’enchaînent. Si la téléphonie mobile et Internet ont facilité la vie des citoyens restés en Afrique, ils ont multiplié la pression sur les migrants qu’on peut désormais joindre instantanément, pour poser une demande, une récrimination et donc une embrouille. De sorte que les véritables bénéfices de la migration ne sont que des broutilles d’autant que le migrant y a sacrifié « sa vie », ses plaisirs, ses désirs, ses amours, sa famille, son histoire personnelle et ses ambitions. Et tout cela pour presque rien : il n’a pas changé le monde. Il n’a même pas changé son village.
Conclusion : le retour comme thérapie, délivrance et « décroissance »
Le retour devient une thérapie et une « décroissance ». J’ai la sensation étrange de sortir d’un cauchemar, d’un hôpital psychiatrique, ou même d’un centre de soins intensifs. Les amis qui me revoient me félicitent d’avoir échappé aux souffrances de la migration. C’est une délivrance comparable à la sortie d’un hôpital. Les « Barkas » (louanges) au Niger sont réservées aux rescapés de drames, autres crashes et tsunami. Chez moi, « se revoir après une longue séparation est une richesse ». Le retour est donc un enrichissement et une chance de revenir à la vie normale, de retour à « soi-même ». Tout d’un coup, je ne suis plus migrant, immigré, ethnique, banlieusard et sauvage. Je redeviens enfin moi-même, tel que j’étais.
Enfin, presque. Tout d’un coup, je redeviens aussi mon parcours migratoire car c’est aussi dans ce que j’ai acquis en migration que je puise les ressources pour écrire, créer ou résister. Preuve aussi que la migration est une ressource. Les réseaux professionnels avec lesquels j’interagis aujourd’hui sont ceux que j’ai construit dans mon cheminement migratoire. Et cela est plus important que l’argent qui n’a jamais été mon projet. Le retour revient à une vie simple, anonyme. Je m’adonne à des choses auxquelles je me suis censuré là-bas et que je m’autorise ici, ou aussi celles que j’ai découvertes là-bas. Les deux vies ne s’opposent pas même si je parle de tragédies. La force que j’ai, plus que certains restés au pays, c’est cette « niaque du migrant » qui me fait travailler comme si je n’avais jamais quitté l’Europe. C’est une véritable ressource pour soulever les montagnes et reverdir les déserts.
Echapper à la tragédie migratoire, permet de devenir plus fort, plus vigilent, plus ferme, plus exigent et plus rigoureux dans la vie quotidienne. La sortie de la tragédie permet de refaire la vie et le monde et cette dimension m’exalte. Je redeviens un homme normal avec des envies, des sensations, des imaginations, des désirs tout simplement. Je rêve aussi. Je profite du soleil, échange avec des hommes et des femmes et redécouvre la nature splendide de mon pays. Je reprends ainsi le contrôle de ma vie avec la certitude qu’après mon tour du monde, que mon pays est peut-être le plus beau pays de la terre.
Hommage à Adrien Akuété : Homme d'une serviabilité légendaire
Militant d'un dévouement et d'un activisme inoxydables
Créteil, le 5 mars 2012
 La sagesse biblique nous invite à méditer sur la fragilité et la brièveté de la vie humaine, notamment dans le livre de Job et les Psaumes où il est écrit :
Souviens-toi que la vie n'est qu'un souffle. Job 7, 7
L'homme est semblable à un souffle, ses jours sont comme l'ombre qui passe. Psaume 144,4
L'homme, ses jours sont comme l'herbe. Comme la fleur des champs, il fleurit. Qu'un souffle passe sur lui, il n'est plus, et le lieu qu'il occupait ne le reverra plus. Psaume 103, 15-17
Tu fais revenir l'homme à la poussière en disant "revenez, fils d'Adam". Mille ans sont à tes yeux comme le jour d'hier qui passe, comme une veille dans la nuit. Tu nous balaies comme un songe au réveil, comme une herbe qui pousse le matin. Tout de suite fleurie, elle est au crépuscule jaunie et flétrie. Comme un soupir, nos jours s'évanouissent. La durée de notre vie ? Quelque soixante-dix ans, Quatre vingt pour les plus vigoureux! Fais-nous saisir combien nos jours sont éphémères, Que nous venions de coeur à la sagesse. Psaume 90,3-6;9-10;12
Devant cette réalité indéniable de la fragilité et de la brièveté de la vie humaine, en comparaison avec les 200 milliers d'années de l'existence de l'homme moderne sur la terre, les trois milliards et demi d'années de la vie biologique sur la terre, les quatre milliard et demi d'existence de la terre nourricière, les presque quatorze milliards d'années d'existence de l'univers depuis sa création que les scientifiques appellent le big-bang, force nous est de reconnaître que, ce qui reste de la vie d'un homme, ce ne sont pas les richesses qu'il a amassées et qu'il ne peut emporter avec lui à sa mort, ni « les plaisirs et les désirs » qu'il a connu et qui, comme le dit une chanson de variété française « se diluent dans l'espace », ni même la progéniture ou les oeuvres qu'il a produites, mais la réputation avérée et vérifiable qu'il a laissée.
Sur le plan des relations humaines et sociales, tant dans son cercle familial que dans celui de ses amis ou de ses camarades des divers associations qu'il fréquentait, la réputation la plus incontestable et la plus frappante laissée par Adrien Akuété, bien au-delà des apparences d'un caractère parfois rugueux, c'est celle d'une serviabilité légendaire dont je ne connais personnellement pas de cas comparable, malgré la richesse de mes relations humaines et sociales.
Au nom de sa grande famille, répartie entre le Togo, le Bénin et la France, c'est le premier point sur lequel je tiens à lui rendre un hommage vibrant au soir de sa vie bien remplie.
Sur le plan de la défense des droits de l'homme et du combat pour la libération démocratique du Togo et toute l'Afrique, auxquels il a choisi de consacrer sa vie comme les prêtres, les religieux et les religieuses ont choisi de consacrer leur vie à Dieu et aux hommes « objet de la complaisance divine », la réputation la plus irréfutable laissée par Adrien Akuété, au delà de l'efficacité et du rendement des actions qu'il a soutenues, c'est celle d'un dévouement et et d'un activisme inoxydables et infatigable, à l'exemple d'un des modèles qu'il admirait le plus et qu'il aurait rencontré de son vivant, Ché Guévara. C'est avec ce dévouement et ce activisme qu'il a milité successivement et parfois simultanément à la FEANF (Fédération des Etudiants d'Afrique Noire en France), au CTR (Comité Togolais de Résistance), à la LTDH (Ligue Togolaise des Droits de l'Homme), à l'UFC (Union des Forces de Changement), à SYNERGIE TOGO, et plus tardivement à l'ANC (Alliance Nationale pour le Changement).
...je tiens à rendre de nouveau un hommage vibrant à Adrien Akuété pour l'exemple édifiant et stimulant de son dévouement et de son activismes inoxydable et infatigable au service de la défense des droits de l'homme et de la libération démocratique de toute l'Afrique et en particulier du Togo, en lui promettant que ses petits frères ne ménageront aucun effort de militantisme et surtout d'intelligence, pour que ses investissements et sacrifices inlassables durant des décennies portent enfin des fruits dans quelques mois, avec la grâce de Dieu.
Adieu, très cher grand frère, grand serviteur de l'humanité, grand militant devant l'Eternel, qui a tenu à nous devancer sur le chemin de l'éternité !
Pascal Kossivi ADJAMAGBO |
Notes de lecture
Et si Marx avait raison ? Tome 1 par Marco Wolf l’Harmattan 2010 252 pages
Contre les excès du libéralisme
Le marxisme, voilà qu’on le proclamait dépassé. La chute du mur de Berlin, suivie de deux ans plus tard par la fin de l’Union soviétique, était censée lui avait porté un coup de grâce. Mais Marx n’est pas responsable des crimes commis par des régimes bureaucratiques ou nationalistes qui se réclamaient abusivement de lui.
Le capitalisme ; de son côté, n’a pas changé de nature depuis un siècle’, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. Et la course au profit fait actuellement planer la menace d’une catastrophe à la fois économique et écologique, qui a peut-être déjà commencé.
Pour en finir avec ce système économique de plus en plus fou et irresponsable, il est temps de redécouvrir le marxisme – le vrai,( .....)
La crise des crédits immobiliers aux Etats-Unis s’est transformée en crise financière internationale. Mais la crise n’est pas restée cantonnée dans le monde de la finance. Partout dans le monde, des vagues de licenciements et de fermetures d’entreprises ont déferlé pendant toute cette année, succédant à ceux des années précédentes.
Contrairement à ce qui s’est passé en 1929, les gouvernements des pays industrialisés sont intervenus massivement, à partir de 2008, pour colmater les brèches du système. Partout les banques centrales ont volé au secours des banques privées, à coup de dizaines, puis de centaines de milliards d’euros ou de dollars – des chiffres qui donnent le tournis, et qui n’ont aucune signification concrète pour le commun des mortels.
L’interventionnisme étatique débridé pourrait surprendre, de la part de gouvernements qui ne juraient que par le libéralisme il y a peu, répétant à qui mieux que la meilleur façon de régler les problèmes était de laisser agir les lois du marché ;
Mais ces mêmes gouvernements sont allés bien loin dans le reniement de leur credo libéral. Eux qui privatisaient tant qu’ils pouvaient dans la période précédente, les voilà devenus des adeptes de la nationalisation, totale ou partielle, dès qu’une grande banque est menacée de faillite.
Le libéralisme n’a plus la cote. Un autre mot était devenu tabou ces dernières années : capitalisme. Il n’était plus question que de libéralisme, un terme qui était censé faire meilleur effet en jouant sur l’amalgame avec la liberté politique. A la longue, c’est pourtant l’inverse qui s’est produit, et le mot ‘libéralisme’ est devenu péjoratif pour la plupart des gens, synonyme de privatisation, dérèglement, démantèlement des services publics et remise en cause des acquis sociaux.
Les critiques contre les ‘excès’ en matière de libéralisme ne font que reprendre aujourd’hui ce que des comme Stieglitz écrivent depuis plus de dix ans : ’L’économie de marché, pour bien fonctionner, a besoin de lois et des règlements qui assurent une concurrence équitable, défendent l’environnement, protègent les consommateurs et investisseurs afin qu’ils ne soient pas volés’. (Joseph Stieglitz, quand le capitalisme perd la tête, Fayard p. 131)
L’intervention de l’Etat dans l’économie capitaliste est aussi vieille que le capitalisme lui-même.
Le livre de Patrick Artus et Marie-Paule Virard porte le titre prémonitoire Le capitalisme est en train de s’autodétruire. (La Découverte).
Ce prix Nobel d’économie rêve d’un capitalisme raisonnable, qui saurait ‘coopérer et se compléter’ avec l‘Etat. Artus et Virard, eux, rêvent de restaurer un capitalisme de l’âge d’or (qu’on a du leur conter dans leur enfance).
La crise actuelle n’est pourtant pas la première du genre, même si on n’en avait plus connu d’aussi grave depuis 1929. Les crises économiques accompagnent en fait le capitalisme depuis deux siècles et sont un des traits caractéristiques de cette forme d’économe.
On nous explique sur les médias que ce que nous sommes en train de vivre est fondamentalement une crise financière, qui va malheureusement se répercuter sur l’économie réelle et a même déjà commencé à leur faire. Mais c'est le genre d’explication qui n’explique rien. L’économie réelle avait donné de nombreux signes de mauvaise santé non seulement avant le krach boursier d’octobre 2008, mais même avant la crise des ‘subprimes’ de l’été 2007. La crise financière actuelle est autant une conséquence de cette mauvaise santé que la cause du marasme économique à venir dans les mois et les années qui viennent.
Là où les meilleurs économistes bourgeois, malgré toute leur science et leur familiarité avec le monde des affaires, en restent à l’aspect extérieur des phénomènes, le marxisme a l’incomparable avantage d’aller au fond des choses et de dévoiler les mécanismes internes de l’économie capitaliste dont la crise n’est que la conséquence ultime.
Il arrive que des économistes chevronnés, voire des grands patrons, le reconnaissent eux-mêmes, loin des oreilles indiscrètes. Le magazine économique Challenges, peu suspect de sympathies pour le marxisme, publiait ainsi en décembre 2007 une interview de Pascal Lamy, directeur de l’Organisation mondiale du commerce, reconnaissant que ‘Personne depuis Marx n’a inventé une analyse de la même importance et que ses travaux fournissent une parfaite boîte à outils intellectuelle pour analyser le capitalisme de marché d’aujourd’hui’. Même hommage de la part d’Alain Minc, ex-patron d’Air Industries et de Saint-Gobain, grand apôtre du libéralisme et de la déréglementation, affirmant dans la même revue que le marxisme donne ‘la meilleure explication du capitalisme d’aujourd’hui’.
Avant eux, Jacques Attali, ancien conseiller de Mitterrand passé au service de Sarkozy, s’est fendu d’un livre, Karl Marx ou l’esprit du monde,( Editions Fayard)dans lequel il dit sa fascination pour ‘la précision de sa pensée, la force de sa dialectique, la puissance de son raisonnement, la clarté de ses analyses’ et bien d’autres choses encore.
Hélas pour ces représentations du grand patronat, Marx ne s’en pas tenu même qu’il aurait été communiste.
Le principal mérite de l’économie de marché, paraît-il, est que ses lois reproduisent celles de la nature : la lutte de chacun contre tous, le droit du plus gros à manger le plus petit, le droit du plus faible à disparaître pour permettre à l’évolution de continuer ; et même précarité contre laquelle l’humanité se débat depuis ses origines.
Depuis ses origines, l’humanité s’est éloignée de la nature. Trop même, disent certains. Heureusement, le Medef est là aujourd’hui, pour nous en faire redécouvrir les lois et les enseignements.
L’intervention de l’Etat dans l’économie capitaliste est aussi vieille que le capitalisme lui-même – elle a commencé avant même la révolution industrielle. Sous Louis XIV, Colbert s’est rendu célèbre par sa politique de commandes publiques aux manufactures, de subsides à l’exportation et de taxes à l’importation. L’Angleterre n’a pas tardé à emboîter le pas à la France dans cette voie, et c’est avec le soutien de l’Etat que l’industrie britannique s’est développée au XVIIIe siècle, à l’abri de barrières protectionnistes dont les dernières seront abolies qu’en 1846.
Le Japon a fait encore mieux : l’industrialisation y a été réalisée par l’Etat lui-même sous l’ère du Meiji, dans le dernier tiers du XIXe siècle, avant que les entreprises créées ne soient revendues à des actionnaires.
Plus récemment, des aciéries géantes ont été créées et gérées par les Etats taïwanais et sud-coréen, pourtant fidèles alliés des USA et peu suspects de sympathies pour le socialisme.
Aux Etats-Unis, de la seconde guerre mondiale à la fin des années 1950, l’informatique fit ses premiers pas grâce au financement de l’Etat, des universités et de l’armée.
De l’Afrique à l’Asie, ce ne sont que des militaires au pouvoir comme au Pakistan ou en Birmanie, monarchies d’un autre âge comme en Arabie Saoudite, présidents à vie comme au Gabon, ou Parti unique à la mode stalinienne.
Comme en Chine, au Vietnam et en Corée du Nord. Partout la presse est muselée, les sites Internet surveillés, les opposants persécutés, les associations réduites au silence.
Même dans les pays qui peuvent donner l’apparence d’une certaine démocratie, comme l'Inde ou le Sénégal, ce n’est qu’une façade le plus souvent.
Tout le monde le sait, la corruption est la gangrène qui ronge les pays du Tiers-Monde. Du haut en bas de la société, du ministre au policier et du douanier au président, tout passe par le bakchich et le dessous-de-table.
Ce qui implique qu’en sens inverse chacun se fasse taxer, du simple citoyen qui a besoin d’un papier administratif à la multinationale qui veut signer un contrat.
Comme la nature a horreur du vide, il a bien fallu cependant remplacer le sortant par un produit nouveau. Pas tout à fait nouveau en fait, mais bon. Ca s’appelle le lobbying. Ca nous vient des USA comme son nom l’indique. Et ça n’a rien à voir ave la corruption.
C’est le gouvernement qui fabrique des clandestins. La lutte contre l’immigration, clandestine ou pas, n’est qu’un thème démagogique visant à courtiser la fraction la plus réactionnaire de l’électorat en spéculant sur ses préjugés.
Le marché n’est en fait que le régulateur de l’économie capitaliste
L’expression ‘classe ouvrière’ a une connotation restrictive en français, puisque le mot ‘ouvrier’, au sens moderne du terme, désigne celui qui travaille en usine, dans un atelier ou sur un chantier.
Chez Marx en revanche, qui écrivait en allemand, le mot utilisé était arbeiterklasse, littéralement ‘classe travailleuse’. Et s’il en va de même en anglais, où l’expression équivalente est working class… ce qui n’empêche pas des salariés anglais ou américains de se présenter aujourd’hui dans les interviews comme middle class.
On nous a pourtant rabâché pendant des années que la notion de classe sociale était dépassée, simpliste, réductionniste. Mais finalement non. C’est seulement pour la classe ouvrière qu’il en est ainsi. Pas pour la classe moyenne. La classe moyenne n’est plus ce qu’elle était.
Les crises capitalistes sont des crises de surproduction. Non pas que l’économie produise trop dans l’absolu, hypothèse absurde quand près de la moitié de l’humanité vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais c’est justement cette pauvreté qui pose problème, en limitant la demande solvable de produits de la consommation pendant que les capacités de production, elles, ne cessent d’augmenter. Cette contradiction éclate périodiquement, lorsque des secteurs de l’économie se retrouvent avec sur les bras des stocks de marchandises invendues et invendables.
On nous vante à longueur d’année les vertus de l’économie de marché. Le marché n’est en fait que le régulateur de l’économie capitaliste. Et la principale ‘vertu’ de cette régulation-là est de s’exercer après-coup, avec un décalage dans le temps pouvant atteindre des mois, voire des années. Même un défenseur de l’économie capitaliste comme Joseph Stieglitz : ’Une théorie simpliste conçoit le système économique comme un mécanisme autorégulateur : quand l’offre dépasse la demande, le prix baisse, ce qui réduit l’offre, et vice-versa. Ce type d’ajustement existe, mais il n’a pas lieu en douceur ni sans coût.’ (op, cité, p, 154)
A l’heure de la mondialisation, l’économie capitaliste reste plus que jamais marquée par cette contradiction entre ses capacités de production quasi illimitées d’un côté, et de l’autre les limites étroites de la consommation dues au faible pouvoir d’achat d’une grande partie de l’humanité.
C’est donc une parfaite ineptie que de présenter notre époque comme celle de la ‘société de consommation’, même dans les pays développés. Certes, cette société-là n’en finit pas de nous créer des besoins artificiels et de nous allécher avec de nouveaux gadgets. Elle a développé le gaspillage comme aucune autre civilisation auparavant.
La consommation, la satisfaction des besoins, n’est en rien le moteur de l’économie capitaliste. Et il n’est guère plus juste de parler à son sujet d’’économie de marché’. Le marché n’est qu’un intermédiaire dans le cycle des affaires. Le seul et unique but de cette forme d’économie, son ‘moteur’ donc, c’est le profit. C’est la course au profit qui pousse en tous lieux et par tous les temps à la réduction des salaires – ou aux délocalisations vers les pays à bas salaires, ce qui revient au même.
Ce livre bien écrit et au style alerte est un magasin d’idées fort pertinentes sur le sort qui est fait injustement à la pensée de Karl Marx.
Amady Aly DIENG
PAR HAMIDOU DIA, ECRIVAIN PHILOSOPHE
Recension du livre d’Ousmane Camara
CONTRIBUTION - M. Ousmane Camara, premier procureur de la république africain, vient de publier aux éditions Karthala ses mémoires, livre préfacé par le Doyen Amadou Aly Dieng, son ami d’enfance et compagnon de lutte en France.
Ce livre, que j‘ai lu avec une passion et un plaisir non feints, est remarquable à tous points de vue :
Il constitue un document précieux pour les historiens certes mais surtout pour les jeunes générations. En effet ces mémoires apportent un éclairage singulier à l’histoire politique du Sénégal de ces cinquante dernières années au moment où l’Afrique noire ex française fête le cinquantenaire de son indépendance.
Procureur général lors du procès Mamadou Dia, Ousmane Camara livre des informations précieuses et inédites sur ce procès, cette crise politique majeure qui a si tragiquement hypothéqué la marche victorieuse du Sénégal vers l’émergence. En effet, sur la question controversée de la tentative du coup d’état, sa réponse est sans équivoque : Si Mamadou Dia et ses proches (Babacar Ba, Valdiodio Ndiaye) ont commis beaucoup d’irrégularités constitutionnelles avec une surprenante désinvolture au nom de la primauté (non écrite) du Parti sur l’Etat), ils n’ont jamais tenté un coup d’Etat. Aussi lors du procès le procureur général, non seulement n’a requis aucune peine, mais a demandé l’acquittement pur et simple de Valdiodio Ndiaye et surtout d’Ibrahima Sar sur qui ne pesait aucune charge sérieuse.
Ancien militant du syndicalisme étudiant aussi bien au Sénégal qu’en France (il a fait partie de la direction de la FEANF) et des mouvements politiques d’émancipation politique et de lutte contre le colonialisme et pour les indépendances (il a fait partie du RDA et du PAI), le juge africain donne des indications précieuses sur ces années de braise.
Enfin, homme politique qui a fini par intégrer l’UPS en ralliant le Pouvoir, malgré la « muette désapprobation » de son ami d’enfance et compagnon de lutte, Amadou Aly Dieng qui était plutôt de l’autre côté de la barricade, et y occuper de hautes fonctions (procureur, directeur de la sureté, ministre, premier président de la Cour Suprême) le double natif de Diourbel et de Kaolack nous donne une vision plus précise des années Senghor et Diouf.
Les Mémoires d’Ousmane Camara constituent un gisement inépuisable qui permettront, à coup sûr, de mieux affiner notre Mémoire collective, en ces périodes difficiles de confusion politico-idéologique difficilement lisibles et de grandes inquiétudes en ce qu’elles montrent qui si l’histoire semble parfois se répéter ce n’est jamais sous forme d’ipséité mais d ‘analogie ; elles permettront de mieux déchiffrer nos réalités actuelles à cause de leur brûlante actualité.
On ne saurait épuiser dans une simple recension les facettes multiples de ce livre passionnant, agréable. Ce livre, par ailleurs foisonnant de multiples anecdotes parfois croustillants – autant de lucioles dans la nuit – de portraits inattendus de notre personnel politique civil et militaire dont nous découvrons des aspects inédits : Senghor, Dia, Abdoulaye Wade, Valdiodio, Babacar Ba, Boissier-Palun, Amadou Aly Dieng, Cheikh Hamidou Kane, Tamsir Ba, Jean Alfred Diallo, Amadou Fall, Iba Der Thiam, etc. Sans compter les figures attachantes de Ndiaye Sy sa protectrice et mère d’Iba Der, Ogo Kane Diallo et Ba Aly Ciré.
Personnellement, j’ai fait une grande découverte, car il semble que nos révolutionnaires de naguère, même s’ils s’étripent en prochinois ou prosoviétiques sont d’abord et avant tout des nationalistes.
En écrivant ses Mémoires, l’auteur n’avait certainement pas de prétentions littéraires mais force est de reconnaitre la qualité de la langue, parfaitement maitrisée, l’humour, l’auto-dérision par endroits et le style enlevé de l’écriture.
Avant de lire ses Mémoires, mes sentiments pour l’auteur, nourris de préjugés – celui qui a trahi le marxisme – étaient mitigés et puis il y avait dans mon souvenir cet épisode, non relaté dans le livre. Étudiants de l’AESF et militants de la Feanf, nous avions d’abord occupé le Consulat dirigé par Doudou Sala Diop, pour occuper ensuite, le 4 novembre 1980, notre ambassade à Paris, Monsieur Cissé étant ambassadeur. La discussion entre Amadou Kane (actuel PDG de la Bicis) chargé des affaires sociales et Ousmane Camara, réveillé en pleine nuit, fut orageuse. Le ministre fut intransigeant. Nous fumes brutalement délogés à 2h du matin par les forces françaises de l’ordre. Mais il y a prescription, Doyen !
Par son parcours, qui recoupe par bien des aspects celui des gens de sa génération, Ousmane Camara a mérité de la Nation. Des personnalités de son envergure ont une dette envers nous et surtout les jeunes de maintenant qu’ils ne pourront apurer qu’en écrivant leur mémoire. Je songe, entre autres, à Cheikh Hamidou Kane, Amadou Mactar Mbow, Daniel Cabou, etc.
Pr. Hamidou Dia (Ph.D) Ecrivain et philosophe
PAR BABACAR FALL
La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer.
CONTRIBUTION - Quel est le scénario catastrophe ? Nonobstant l’avis du conseil constitutionnel, Wade se présente et est élu. Il y aura des émeutes et de la violence, mais au final l’occident se résoudra à traiter avec lui. Il tiendra parce que l’appareil répressif d’Etat lui restera fidèle.
L’environnement géopolitique du Sénégal avec Al Qaïda à nos portes dans le Sahel fera que personne n’aura intérêt à une déstabilisation de ce qui restera de nos institutions même pourries par Wade.
Le Sénégal restera le Sénégal. Je suis sûr que les hommes d’Etat présents dans l’opposition s’accommoderont de quelques mois, quelques années de Wade, vieux et malade en espérant lui succéder après. Les puissances occidentales le leur demanderont.
Cela s’appelle du réalisme politique.
Et les affaires mondiales fonctionnent ainsi. Ce qui nous guette de pire, quelque soit le prochain président, c’est la crise économique ; scénario catastrophe.
Le tarissement des flux de capitaux nets ainsi que le poids de l’endettement massif auquel ce pouvoir a recouru pour financer ses projets mégalomaniaques va très vite se faire sentir.
Qui peut croire que la petite économie sénégalaise, tiendra quand la note triple A de la France sera dégradée par les agences de notation ? Qui peut croire que la parité fixe imposée à notre monnaie qui corsète notre économie et qui la protège aussi actuellement des bourrasques économiques mondiales tiendra en 2012 ?
Quel formidable échec de la GOANA, faite de rapines, de captations et de prédations des terres villageoises que la disette qui s’annonce dans les mois à venir dans les campagnes sénégalaises. La soudure sera effroyable de souffrances dans maints foyers dans les campagnes sénégalaises
Il en est de l’économie comme du reste, à la fin il faut que quelqu’un paie. Dans notre malheur, le rétablissement du fonctionnement normal de l’Etat ivoirien n’arrange pas nos affaires. Les capitaux et les investissements étrangers se tourneront vers ce pays. Il deviendra plus intéressant de prêter à la Côte d’Ivoire avec son pétrole, son cacao et ses autres productions agricoles plus demandées sur les marchés mondiaux.
Nous sommes perdants à tous les niveaux dans la compétition/comparaison avec la Côte d’ivoire
Ainsi va la mondialisation financière.
De quelque côté que l’on se tourne, l’avenir et l’héritage que nous réserve Wade et son clan sera brutal.
Dans ces conditions, le visage que donne l’opposition sénégalaise est pathétique. Et à ce rythme, elle ne tiendra pas la distance dans la campagne de chien annoncée par Wade et son clan. Elle finira en lambeaux et ce quelque soient les péripéties qui peuvent survenir après la décision du conseil constitutionnel.
Il faut faire comme si Wade était le candidat et faire campagne avec ce paramètre.
Il y a deux erreurs à ne pas faire dans une campagne électorale et l’opposition y est tombée à pieds joints.
La première, suivre les événements et de ne plus rien maîtriser des thèmes de l’actualité.
La seconde être inaudible.
Sur ces deux chapitres, l’opposition est au fond du trou. Si nous voulons gagner il faut en sortir très vite.
Et faire un choix stratégique. S’adresser au peuple souverain sénégalais. Lui seul fera l’élection. Elle ne se fera ni dans les « grands places modernes » que sont devenu les radios et télévisions. Elle ne se fera pas non plus entre Benno et Benno. Elle ne se fera pas non plus entre Moustapha, Maky, Ibrahima qui se parlent entre eux.
Quand on entre en campagne et surtout celle-ci on évite l’entre soi, on ouvre en grand portes et fenêtres et on écoute le peuple. Croyez-vous que les sénégalais connaissent Barthélemy Diaz ? Ils l’ont vu à la télé (pour les chanceux ceux qui en ont) brandir ses pistolets, jouer les bravaches. Et pour finir offrir à Wade, l’occasion de nous divertir et de railler l’opposition d’être incendiaire et irresponsable. L’effet sera dévastateur auprès de nos mamans, sœurs et cousines, frères et amis. Posez leur la question : elles vous répondront que le Sénégal et les sénégalais ne veulent que la paix. C’est une valeur éminente dans notre panthéon quelque soit la région du pays.
Le M23 a beaucoup apporté à la jeunesse urbaine de Dakar, en terme de perspectives politiques. A tous égards son rôle est comparable en Europe et aux Etats Unis au mouvement des Indignés.
Il a ouvert un débouché et offert un espace d’apprentissage de la démocratie à beaucoup d’entre eux. La déclaration lue le vendredi 23 à la place de l’Obélisque est un modèle de positionnement républicain. Sans risque de me tromper, je pense que l’espace qu’ils ont ouvert a évité des dérives violentes et orienté une grande masse de jeunes à penser jusqu’à présent, que la démocratie et l’élection au suffrage universelle est le meilleur des régimes. Mais le M 23 ne fera pas l’élection. C’est une illusion trompeuse. Le nombrilisme dakarois est un piège aussi mortel que celui que Wade nous a tendu avec cette affaire B.Diaz.
L’élection ne se fera pas non plus à coups de concours de génuflexion à Touba, Tivaouane, Kaolack ou ailleurs. Je n’ai pas vu ou entendu un citoyen sénégalais dire qu’il attend le ndigeul de son marabout pour voter. Notre peuple a changé, il a admirablement intégré le suffrage universel, un homme une voix.
Le virus de la démocratie comme la vieille taupe a frappé et ne lâchera plus.
Que faire ?
Croire à l’intelligence du peuple souverain en démocratie. Dire ce que l’on va faire s’il nous accorde ses suffrages. Une élection quelque fois se noue dès le début de la campagne.
François Hollande a gagné les primaires à gauche, en parlant de ce qu’il allait faire malgré les tombereaux d’injures et de calomnies qui lui sont tombés dessus. Malgré l’affaire DSK- il est établi qu’il y a eu plus d’articles dans la presse écrites et audiovisuelles françaises et mondiales sur le sujet que sur l’attentat du 11 septembre-, il continue à devancer le candidat Sarkozy dans les sondages.
La leçon à en tirer c’est qu’une campagne se fait avec un ou deux messages avec lesquels on sature l’opinion et l’actualité.
Ensuite on ne parle pas de l’adversaire, on se tient à son message, qu’on répète s’il le faut mille fois. Beaucoup se rappelle tous les campagnes mémorables de Senghor dans le monde paysan. Un seul mot d’ordre, une seule proposition répétée et reprise tout le temps sur le prix du quintal d’arachides.
Demandez aux ménagères de Dakar, aux paysans, aux chauffeurs de taxi, aux tailleurs, aux mécaniciens, aux enseignants, aux policiers, aux employés domestiques, à nos frères et sœurs ce qu’ils souhaitent.
Ils ne vous parleront pas de Wade spontanément, ni de Karim. Ils vous parleront de la vie chère de l’électricité et de la soudure dans les campagnes sénégalaises.
Ils voteront pour celui qui saura les rassurer et les convaincre qu’il est le meilleur candidat.
Oubliez Wade, les sénégalais connaissent mieux que nous son bilan. Parlez-leur de votre programme Moustapha, Ibrahima, Maky. En quelques mots simples.
Laisser le microcosme journalistiquee à ses débats et à ces sujets. Si ce que vous dites au peuple sénégalais est compris et s’il y adhère la presse le reprendra. C’est une loi de la communication politique.
Quand Chirac en 1995 reprend le thème de la fracture sociale dans sa campagne, tout le monde se moquait de lui. En dehors de quelques sociologues avertis personne n’avaient l’étude de la Fondation Saint-Simon. Ce thème lui a permis de se positionner contre la gauche et Balladur comme le candidat des classes populaires. Il a gagné à la surprise générale.
Les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets.
Alors il est temps pour les candidats dont j’estime la probité et la stature morale d’homme d’Etat, capables de battre Wade ou un autre candidat de rechange, de s’y mettre. Vite.
Sortir de Dakar, aller partout, parler et écouter les sénégalais à Kaolack, Thiès, Ziguinchor, Saint Louis…. Finir dans la banlieue dakaroise
Le temps en campagne est très court et on ne rattrape jamais ce qu’on a perdu au début.
Babacar FALL babfall33@gmail.com
PAR BABACAR FALL
Jeunes sénégalais, soyez réalistes, demandez l’impossible
CONTRIBUTION - Ce qui se joue sous nos yeux marquera assurément la décennie sénégalaise à venir. Sans qu’il soit besoin d’être exhaustif, dans la sociologie politique du Sénégal actuel, on peut observer deux dynamiques qui travaillent les rapports sociaux dans notre pays. Il s’agit de la transformation en profondeur de la jeunesse et de l’évolution du monde paysan.
Nous reviendrons plus longuement sur les paysans sénégalais dans une autre contribution. Remarquons simplement qu’il y a eu peu de travaux d’envergure sur le sujet, à la suite de la thèse mémorable de Pierre Pélissier « Paysans du Sénégal » qui a marqué des générations de géographes sénégalais.
Nous ne sommes pas très nombreux ceux qui ont remarqué des similitudes entre la situation de la Tunisie et celle du Sénégal. En dehors de l’effet journalistique habituel pour faire le buzz.
Le débat tunisien, sur son modèle de développement, ses réponses au chômage des jeunes pour un pays sans richesse minière, son système éducatif, sa constitution, la neutralité de l’Etat, la place des femmes est extrêmement riche. La révolution tunisienne a ouvert la voie à beaucoup de remise en cause pas seulement en Tunisie, mais sur tout le continent africain. C’est aussi cela la mondialisation, la circulation des idées à la vitesse des réseaux sociaux.
Jeunes diplômés
La révolution tunisienne a démarré avec l’immolation d’un jeune marchand ambulant de fruits et légumes, qui malgré un diplôme est réduit à cette survie par l’absence d’emploi fixe pour aider sa mère. « Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur. » C’est ce qui écrit dans les génériques de film.
Qui ne connait pas des situations comparables dans notre pays ?
La génération des étudiants des années 80 a connu les maîtrisards chômeurs qui ont fondé des boulangeries, des fabriques de glaces alimentaires, des garages auto. .. Certaines de ces expériences ont réussi, d’autres ont laissé des montagnes de dettes et resteront insolvables toute leur vie. Tout au plus, ils étaient quelques centaines en comptant très large.
Ils sont aujourd’hui, en y incluant ceux qui font leurs études à l’étranger, des milliers de jeunes diplômés (Masters 1 ou 2, MBA, Ingénieurs, médecins, pharmaciens..) qui arrivent sur le marché du travail chaque année.
A l’exception de quelques grands groupes dans les télécoms, les banques ou les assurances, ils ne trouveront aucun emploi correspondant à leur qualification, dans les conditions de la gestion libérale de l’économie par Wade, son clan et sa famille. Il leur reste l’expatriation vers le Canada, la France (que C.Guéant, Ministre de l’Intérieur, vient de fermer), les Etats Unis… Quel gâchis ! Quand on pense au coût économique de chacun de ces cursus « supportés » par les maigres ressources de la nation.
La nouvelle jeunesse urbaine diplômée
L’explosion de la démographie scolaire résulte de plusieurs facteurs dans notre pays dont l’accélération du développement des banlieues autour de Dakar et l’accès au système éducatif de néo-urbains. Ces néo-urbains qui, chaque jour grossissent les quartiers périphériques de Dakar boostent le système scolaire, de santé, de transport constituent la nouvelle ressource humaine, politique et économique du pays.
La jeunesse issue des villes périphériques de Dakar constitue la très grande majorité des diplômés.
La politique libérale la confronte dès sa sortie d’écoles, de centres de formation, d’université à la réalité du maigre marché de travail sénégalais où elle se retrouve en concurrence avec les enfants de la classe moyenne mieux intégrés dans les réseaux sociaux parentaux. Avec un capital social plus faible, elle est de fait, dans une position moins favorable pour négocier son intégration socioprofessionnelle.
Le désir de promotion sociale et professionnelle des jeunes dits de banlieue est entravé par des rapports sociaux qui les enferment dans ces territoires périphériques de Dakar. Et désormais, de façon pernicieuse, la société urbaine toute entière leur assigne le stigmate de gens de banlieue et les y enferme. Et cet amalgame auquel nous avons tous succombé, renvoie à toutes les images stéréotypées : drogues, violences, mal de vivre.
Alors que la notion de banlieue désignant des territoires ségrégués, dans les univers urbains occidentaux, n’a, à vrai dire, rien à voir avec ces villes nées dans les années 70 de l’extension de la conurbation dakaroise au-delà de l’autoroute.
Mais comme en occident, les banlieues sont tout autant une question urbaine concrète (les territoires relégués des grandes villes) qu’une construction mentale, abstraite (là où sont supposées habiter les classes pauvres).
L’opinion publique a retenu ce dernier aspect..
Et les habitants de Pikine, Guédiawaye, Parcelles, ont intégré cette image stigmatisée de leurs territoires. Pourtant elle est riche d’inventivité, de création, d’élans collectifs, d’engagements et de richesse culturelle. Le RAP, le formidable développement des écuries de lutte, ainsi que les proclamations identitaires qui les accompagnent font écho à cette assignation de stigmate, par un exercice que l’on appelle le retournement du stigmate. Qui n’a pas compris cela ne comprendra pas les conditions sociologiques de la constitution du mouvement M 23.
Peut être auront-ils une lecture différente des conditions de leur constitution, mais c’est cela qui fait la richesse du débat intellectuel. Les partis, mouvements politiques, le gouvernement, tout le monde a été littéralement soufflé par ce surgissement inattendu d’un mouvement qui a réussi à agglomérer la jeunesse urbaine diplômée de Pïkine, de Parcelles, de Guédiawaye et la jeunesse urbaine des classes moyennes dakaroises. Dans la jungle de la gestion libérale, gangrenée par la corruption et le népotisme a surgi un mouvement, expression de la jeunesse urbaine qui s’oppose, à la compétition sociale entre les jeunes eux-mêmes, au « NO FUTURE » qu’on veut leur imposer.
Ce mouvement a constitué une réponse sociale et politique au système organisé des prébendes au travers des multiples agences pour l’emploi des jeunes créées par le régime, qui a siphonné littéralement tous les flux de capitaux de la coopération internationale et du budget national destiné à cette jeunesse urbaine.
Les errements d’un vieux gâteux et de son clan ont fait le reste, dans sa tentative de rapt électoral du 23 juin, qui l’a installé au cœur du débat démocratique.
Il reste que M 23 n’est pas toute la jeunesse.
Celle des ateliers mécaniques, de menuiserie métallique et bois qui par génération spontanée occupent l’espace public. Celle des marchands ambulants, qui harcèlent les automobilistes de marchandises « tombés » des containers du port de Dakar, des marchés de nuit de Colobane, Gueule Tapée, Grand Yoff.
Ce n’est pas non plus cette multitude de jeunes des écuries de lutte que l’on voit courir, défiler fièrement derrière leur champion à l’occasion d’un combat de lutte. Ces jeunes et ceux des quartiers de la médina à Dakar nous renvoient à l’échec des modèles de développement tant antérieurs, qu’actuels. Cette jeunesse-là, c’est celle de la misère de nos arrières cours (familiales et urbaines), à qui aucune perspective n’est offerte.
Il reste que dans les statistiques dont on peut disposer, ces jeunes sont inscrits sur les listes électorales, démontrant ainsi l’adhésion aux perspectives que peut offrir la démocratie : le pouvoir choisir ses dirigeants. Le paradoxe, c’est aussi qu’à force d’être marginalisée, cette jeunesse a fini par créer à ses marges une société parallèle avec ses codes, son langage, ses valeurs, d’individualisme, de consumérisme, de relativisme, apparaissant comme la nouvelle classe dangereuse, tout autant qu’elle montre une formidable appétence à l’engagement collectif.
Ce n’est pas non plus cette jeunesse rurale, pour ce qu’il en reste encore dans la campagne sénégalaise, hors du système scolaire moderne et de l’instruction publique et du maigre service public en milieu rural.
Mais le M23 en reste l’expression politique et sociale la plus aboutie. Dans ce contexte, l’opposition n’a jamais su avoir le bon positionnement vis-à-vis de ce mouvement. Elle s’en est même, quelque fois fait le porte parole. Confiant ainsi un rôle politique (au sens de candidat au suffrage universel) à un mouvement qui, par essence, est social (au sens d’organisation).
Le jour où le M23 prétendra au suffrage universel, il changera de nature. Les jeunes citoyens qui le composent feront certainement des choix politiques différents et adhéreront chacun à des organisations et partis politiques. Il ne faut pas lui prédire cet avenir, parce qu’il en a un autre autrement plus éminent, celui de VIGIE DEMOCRATIQUE, des promesses et engagements politiques des candidats à la présidentielle.
La faillite de notre système démocratique de représentation a atteint un tel point de non retour, qu’il nous faut inventer des outils de reconstruction d’un système de participation civique.
Le réalisme politique nous oblige à anticiper la décision à venir du conseil constitutionnel qu’elle quelle soit.
Pour gagner, l’opposition doit s’adresser à la jeunesse. Elle fera l’élection comme en 2000. Lui faire des propositions, lui offrir un programme, une perspective d’avenir.
Ils (ça fait référence à qui ou à quoi ce « elles ») doivent être soumis à la critique, à l’expérimentation sociale, discutés, amendés avec tous les jeunes. Tout le monde le sait, la jeunesse n’attend pas qu’on lui promette la lune. Il est fini le temps où il fallait réinventer le monde à chaque élection. Le Sénégal est un pays pauvre, sa richesse sera la qualité de son système éducatif et de formation.
L’investissement dans la qualification de sa main d’œuvre est le meilleur atout de notre pays.
La création musicale de la jeunesse sénégalaise est parmi les plus riches du continent. Il peut en être de même dans les autres domaines, de l’activité industrielle, de l’artisanat, des nouvelles technologies. A condition d’en créer les conditions de sécurité juridique, d’environnement des affaires et d’ingénierie financière.
Notre pays dispose de compétences avérées dans tous ces domaines sur le territoire national et dans sa diaspora.
On dira à notre jeunesse : SOYEZ REALISTES, DEMANDEZ L’IMPOSSIBLE. C’est à notre portée, à condition que Vous Moustapha, Ibrahima, Macky y croyez.
Babacar FALL babfall33@gmail.com
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LES CONDITIONS QUI SOUS-TENDENT DES ÉLECTIONS DÉMOCRATIQUES AU TOGO EN TANT QUE FACTEUR DE PAIX DURABLE
INTRODUCTION
Les élections démocratiques en Afrique relèvent le plus souvent du vœu pieux: la norme que les régimes antidémocratiques imposent à leur peuple est un mélange de mascarade et de tragi-comédie sur fond de répressions sanglantes, d’exodes massifs des populations, d’affrontements tribaux et de chasses à l’homme dont les démocrates, les opposants et les défenseurs des droits humains sont les cibles. Dans beaucoup d’États, l’adhésion à la démocratie est une ruse vulgaire des régimes autocratiques militaires ou civils des anciens partis uniques ou des anciens opposants soi-disant démocrates ayant accédé au pouvoir, pour satisfaire à certaines normes politiques et conditionnalités financières internationales avec la complicité passive ou active des États démocratiques occidentaux, éternels donneurs de leçons de démocratie. L’incapacité des dirigeants adeptes de la démocrature - c’est-à-dire une dictature qui se cache sous l’apparence d’institutions démocratiques - à respecter les lois qu’ils se sont eux-mêmes donné, explique les paradoxes politiques d’un continent qui est devenu, à son corps défendant, un laboratoire de l’anti-démocratie et du fascisme tropicalisé des Guides et autres Timoniers et tout récemment de leurs rejetons, les «babies présidents» au pouvoir.
La théorie n’est jamais plus éclairante que lorsqu’elle se base sur des exemples concrets comme nous allons le faire en les prenant au Togo en particulier et en Afrique en général en guise d’illustrations de nos propos. Nous ne pouvons ignorer le contexte sociopolitique propre à chaque pays pour comprendre les difficultés à asseoir la démocratie et organiser des élections crédibles.
Pour faire comprendre à quel point de tels régimes criminogènes constituent un grave danger pour les peuples qu’ils ont pris en otage, nous allons articuler notre raisonnement autour des points suivants: 1) consensus ou imposition de la démocratie, 2) un système électoral vicié, 3) des menaces pour la paix et le développement.
1. CONSENSUS OU IMPOSITION DE LA DÉMOCRATIE
La démocratie est un régime politique qui a la particularité de fixer ses propres limites dans la loi à travers une constitution, les conditions d’accession au pouvoir par le suffrage des citoyens et le vivre-ensemble par l’égalité de tous devant la loi. Les dirigeants et les institutions caractérisées par leur indépendance sont les garants de la loi. C’est dire le rôle capital que jouent la justice et donc les institutions d’arbitrage des élections dans le régime démocratique.
Dans les États où la démocratie n’est pas le fruit d’un consensus mais d’une imposition alors que les tenants de l’ancien régime n’ont pas désarmé, le processus démocratique est parfois des plus chaotiques et se signale par une longue traînée de sang et d’indicibles souffrances pour des peuples martyrs face à des bourreaux psychopathes d’une rare cruauté. En effet, qui dit consensus dit acceptation d’une même règle du jeu. C’est comme un match de football qui verrait s’affronter deux équipes dont chacune obéirait à une règle différente et dont l’arbitre, de surcroît, serait un joueur de l’une des équipes, celle du pouvoir opposée à celle de l’opposition. Imaginez le résultat du match dans tous les cas de figures!
Les créateurs de la démocratie ont compris très tôt que le pouvoir donné aux citoyens d’élire les dirigeants de leur choix dans une compétition équitable et transparente, est non seulement une expression de la souveraineté du peuple qui est son propre maître mais aussi une soupape de sûreté qui lui permet de vider ses frustrations pacifiquement au lieu de recourir aux coups d’État et aux rébellions contre le système dont il n’aurait pas la possibilité de changer les dirigeants qui lui déplaisent à travers le vote démocratique. Changer les dirigeants, n’est pas changer le système. Voter aux élections et participer aux affaires de la cité sont des formes d’expression de la citoyenneté qui depuis la révolution française, font du citoyen un acteur de son histoire et non plus le spectateur passif de cette histoire.
Si nous prenons le cas du Togo, qui est un cas d’école, la mère des lois, la constitution, est systématiquement bafouée par la dictature militaire au pouvoir depuis 1967. Elle n’est évoquée que lorsqu’elle arrange les intérêts de l’équipe dirigeante arcboutée sur des méthodes rétrogrades d’une autre époque. La seule différence réside dans le passage d’une dictature monopartisane à une dictature qui tolère le multipartisme pour s’octroyer une fausse légitimité démocratique. Et pourtant les Togolais savent tous aujourd’hui que le multipartisme n’est pas la démocratie.
En réalité, quel sens peuvent avoir des élections organisées par une dictature qui se maintient au pouvoir de façon illégale à la force du fusil? Que valent des bulletins de vote face aux fusils qui décident du vainqueur d’une élection présidentielle? Lorsque les élections deviennent une formalité, un prétexte pour légitimer un régime illégitime quels que soient les résultats sortis des urnes, l’on est en droit de se poser des questions et de trouver les bonnes réponses. Or si la crise, provoquée par le blocage du processus démocratique par la dictature militaire dont le Rassemblement du Peuple Togolais n’est que la branche civile, perdure au Togo, cela est dû aux mauvaises réponses des politiciens de l’opposition davantage mus par l’opportunisme que par l’intérêt du peuple.
Il ne faut pas tomber dans l’angélisme, un système politique, quel qu’il soit, peut être imposé par la force. Les démocraties les plus illustres que nous connaissons sont apparues après de longues et âpres guerres civiles comme ce fut le cas en France, en Grande Bretagne et aux États-Unis d’Amérique qui ont éliminé d’anciens régimes rétrogrades comme l’absolutisme monarchique, le servage, la colonisation et l’esclavage. Dès que les rapports de force ont changé et que le système démocratique est accepté, le droit doit être le fondement de la règle du jeu. Si nous observons dans certaines démocraties que des chefs d’État, des premiers ministres et des ministres sont convoqués devant les tribunaux pour y être jugés pour corruption ou forfaiture, c’est parce que force reste à la loi dans tous les cas.
Au Togo, la corruption des dirigeants bat tous les records et pourtant, aucun n’a jamais été présenté devant les tribunaux et aucun procureur n’osera jamais le faire s’il ne reçoit l’ordre exprès du chef du pouvoir exécutif. L’ONU et Transparency International ont organisé, en vain, avec le premier ministre du gouvernement, en juin 2008, un atelier pour la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies contre la Corruption. En effet, selon le rapport annuel de l’organisation anticorruption Transparency International, le Togo a été classé 111e/180 parmi les pays les plus corrompus et en 2010, 134e/178, c’est-à-dire qu’il a fait partie des 44 pays les plus corrompus au monde! Dans ce cas de figure, la justice est utilisée comme instrument de règlement de comptes pour écarter un citoyen auquel on en veut ou un politicien devenu gênant pour le régime en place. La Commission Nationale de lutte contre la Corruption et le Sabotage Économique mise en place par le régime Eyadema, en est la parfaite illustration: les grands voleurs de la république ont l’impunité tandis que les inquisiteurs titillent le menu fretin tout en violant le code pénal et les droits de l’Homme à travers des incarcérations arbitraires!
En disant cela, nous ne nous éloignons pas de notre sujet. La formule suivante peut résumer la situation: «Dis-moi comment fonctionne le droit dans ton pays et je te dirai quel type d’élection tu organises».
Lorsque, en 1991-1992, les constituants ont introduit dans la nouvelle constitution de l’ère démocratique le verrou du second mandat présidentiel, c’est-à-dire que le chef de l’État élu n’est pas autorisé à se présenter à plus de deux mandats de cinq ans, c’était en connaissance de cause, compte tenu d’un passé politique traumatisant qui avait vu un individu confisquer le pouvoir pendant plus de vingt-quatre ans avec l’espoir d’y demeurer à vie. Ce qui fut le cas puisque le dictateur est mort dans son lit après trente-huit ans d’un règne sanguinaire et liberticide. La république fut même dévoyée puisqu’il fit offrir le pouvoir à l’un de ses fils par le clan Gnassingbe et l’état-major de l’armée comme dans une monarchie héréditaire. Politiquement, la régression renforçait le régime féodal dans lequel le monarque n’a soi-disant de comptes à rendre qu’à Dieu dont il tient sa légitimité. Eyadema n’a-t-il pas toujours dit: «Si ce que je fais est mal, que Dieu m’arrête!»? Dieu et non pas le peuple ou les institutions!
La situation paradoxale du Togo est des plus curieuses: ce sont des antidémocrates notoires nourris à la mamelle du parti unique et de la dictature militaire qui prétendent piloter une démocratie. La démocratie est d’abord une affaire de démocrates. C’est une conviction que l’on doit défendre et respecter. L’on ne bâtira pas de démocratie sans démocrates. De la démocratie, nous avons une caricature grossière, bouffonne et corrompue.
La culture de l’impunité instaurée par le régime dynastique sape les fondements du droit et transforme le Togo en un État mafieux qui œuvre à la paupérisation du peuple. L’organisation de la corruption par le pouvoir, qui permet aux policiers, gendarmes, militaires, magistrats et autres fonctionnaires véreux de rançonner impunément la population, n’offre aucun recours aux victimes des rackets. Seuls les commerçants ont la possibilité de répercuter les frais du racket sur le coût de leurs marchandises aux dépens des pauvres citoyens qui en deviennent les victimes collatérales par la réduction drastique de leur pouvoir d’achat.
La démocratie qui s’installe dans l’impunité, le déni du droit et la misère généralisée s’expose aux pires dangers. La bonne qualité de la gouvernance sociale et économique est inséparable de la démocratie soucieuse d’une équitable redistribution des richesses. C’est à cet aspect de la gouvernance que le peuple est le plus sensible. Les dirigeants fascistes le savent très bien qui décident de voler ses suffrages lors des joutes électorales pour ne pas être sanctionnés. C’est dire qu’ils estiment toujours ne pas avoir de comptes à rendre au peuple. Cette attitude ne dure que tant que les fusils servent de béquilles au pouvoir en place dont les affidés maîtrisent tout le système électoral et par conséquent l’organisation d’élections frauduleuses.
2. UN SYSTÈME ÉLECTORAL VICIÉ
Faire une politique qui refuse la démocratie, suppose la mise en place d’une organisation bien rôdée pour faire face avec efficacité aux échéances électorales perçues par les antidémocrates comme des dangers pour leur pouvoir usurpé. Que les périodes électorales soient des moments de manifestations politiques, de violence et de violations massives et répétées des droits de l’Homme, ne constituent pas une surprise pour l’observateur averti.
Après avoir testé le système électoral démocratique et perçu le pouvoir énorme qu’ont les électeurs de sanctionner les gouvernants, les ennemis de la démocratie ont décidé de travestir le système pour en truquer les résultats.
Depuis 1993, date de la première élection présidentielle pluraliste, face aux contre-mesures de l’opposition qui a vite fini par comprendre le mécanisme des fraudes électorales, le régime a essentiellement focalisé sa stratégie autour de deux fonctions, à ses yeux, capitales dans le système de contrôle et de proclamation des résultats. Il s’agit d’avoir à sa botte des individus pour présider la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) et la Cour Constitutionnelle. L’une proclame des résultats truqués et l’autre les valide. Qui ne se souvient du triste sire, président de la Cour Constitutionnelle de la Côte d’Ivoire, qui valida d’abord la fraude du dictateur Laurent Gbagbo pour ensuite valider l’élection de son opposant Lassana Ouattara après la chute du despote? Comment un juriste digne de ce nom peut-il justifier cette forfaiture? C’est dire le peu de crédit que peut avoir une justice instrumentalisée grâce au bon vouloir de magistrats corrompus et indignes dont la vraie place est en prison. La prévarication du petit juge ivoirien a valu plus de trois mille morts à son pays.
Au Togo, le 26 avril 2005, dès la proclamation des résultats fantaisistes du putsch électoral de Faure Gnassingbe, tout le pays s’enflamma d’indignation et de rage. Selon le rapport de la mission d’établissement des faits de l’Organisation des Nations Unies, présidée par le Sénégalais Doudou Diène, qui vint au Togo, à la demande de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme, l’état-major des Forces Armées Togolaises (FAT) renforça de deux mille militaires les milices du RPT, le parti au pouvoir, face aux milices de l’opposition. En 2005, pendant l’élection présidentielle togolaise, un film est passé en boucle sur toutes les télévisions et les sites internet du monde entier montrant un militaire togolais qui piquait un cent mètres olympique, une urne volée dans un bureau du quartier Bè, sous un bras!
Au Togo, les Forces Armées Togolaises demeurent un acteur majeur de la politique et des processus électoraux. Ses dirigeants perçoivent le vote libre des électeurs comme une atteinte à leur pouvoir usurpé, donc à leurs privilèges. À chaque élection organisée au Togo, des militaires se transforment en agents électoraux du parti au pouvoir ou du dictateur. Ils collent des affiches, battent campagne, utilisent le matériel roulant de l’armée pour transporter le bétail électoral, intimident les militants de l’opposition, empêchent la tenue de leurs meetings et les violentent en toute impunité. Les domiciles de certains officiers sont transformés en quartiers généraux de campagne du RPT. Dans ces conditions, la neutralité de l’armée n’a plus aucun sens. C’est un non-sens!
La compétition électorale effraie tous ceux qui ont peur de la démocratie. La compétition pour eux signifie affrontement les armes à la main. Tous les coups sont permis pour demeurer au pouvoir par tous les moyens, à tout prix!
Les populations togolaises qui vivent d’habitude en bonne intelligence, sont manipulées, embrigadées, intimidées par les mots d’ordre tribalistes qui fusent du côté du pouvoir et du côté de l’opposition. L’on fait croire aux uns que leur survie physique et économique dépend de la présence d’untel au pouvoir ou à l’assemblée nationale; aux autres dont les frustrations sont exacerbées à dessein, l’on fait croire que demain on rasera gratis lorsque leur tour sera venu d’occuper le pouvoir. Les politiciens de tous bords créent une atmosphère de vendetta peu propice à la paix et à l’avènement d’une nation au sein de l’État togolais. Point de programme dans les campagnes électorales. Rien que du dénigrement et des intimidations.
Les partis politiques, au lieu de faire de l’éducation à la démocratie en faveur de leurs militants, cultivent plutôt le clientélisme sur fond de rumeurs et de mythes visant à disqualifier les adversaires et déifier des leaders charismatiques. Même dans les bureaux de vote, il arrive que les délégués de l’opposition ne comprennent pas bien le processus de vote. Souvent, faute de vrais militants aguerris, ils recourent aux premiers venus contre des promesses de per diem. Le résultat ne se fait pas attendre: achat des délégués, incompétence, complicité de fraude. Il n’est pas rare que des partis qui ont pourtant des délégués dans des bureaux de vote aient zéro voix dans ces bureaux-là parce que leurs propres délégués n’ont pas voté pour eux! C’est le prix du clientélisme.
La culture démocratique pâtit de la course au pouvoir qui se moque de l’éducation civique du peuple. La démocratie interne au niveau des partis connaît souvent un grave déficit. C’est toujours le président-propriétaire qui a raison même quand il a tort. Le parti est son fonds de commerce. Ce qui importe, ce ne sont pas les débats mais l’opinion et l’humeur du président-propriétaire. Et gare au membre de l’organe dirigeant qui l’oublie! Il se fait vertement rappeler à l’ordre. Dans les organes dirigeants, c’est aussi le clientélisme qui prévaut autour du leader. Ceux qui ont des idées et les expriment sont parfois marginalisés voire écartés. C’est l’omerta! La loi du silence! Certaines élections internes sont entachées de magouilles et les délais de renouvellement des instances dirigeantes ne sont pas respectés, non par faute de moyens, mais par pur opportunisme lié aux humeurs capricieuses du cher leader.
Les antidémocrates se recrutent aussi au sein de l’opposition même quand elle se prétend démocratique. L’absence de culture démocratique renforce les tares du système électoral togolais à plusieurs niveaux: - Le fichier électoral: il n’est pas fiable faute de recensements périodiques de la population et du sabotage délibéré dont il fait l’objet. Le nom d’un électeur d’un bureau de vote peut être transféré dans un bureau se trouvant à une dizaine de kilomètres de son domicile: il ne le saura jamais et ne pourra donc pas voter. Il n’est pas rare de constater dans certaines zones, que la liste des électeurs dépasse celle de toute la population. Elle doit en principe être mise au jour chaque année pour intégrer les jeunes électeurs ayant l’âge de voter et radier les morts en cas d’élection surprise liée au décès ou à la démission du chef de l’État ou à la dissolution anticipée du parlement. Par exemple, lors des législatives du 14 octobre 2007, le fichier électoral ne présentait aucune garantie de fiabilité, même si les efforts de l’opposition ont mis en évidence un gonflement exagéré du fichier qui recensait 3600000 électeurs pour la présidentielle de 2005. Deux ans plus tard donc, le même fichier contenait 2975000 électeurs pour les législatives. Ce qui signifie que le système de fraude du régime militaire avait ajouté 700000 électeurs fictifs pour l’élection présidentielle sanglante et frauduleuse du 24 avril 2005; - le bulletin de vote: en raison de l’achat des bulletins de vote des adversaires, que l’électeur acheté ou menacé ne doit pas introduire dans l’urne, par les candidats aux élections, la parade la plus sûre en la matière est le bulletin de vote unique sur lequel figurent les noms et les logos de tous les candidats que la plupart des États africains ont fini par adopter. Il doit être maintenu en attendant le vote électronique en usage dans certains pays occidentaux et qui permet de proclamer les résultats quelques heures après la fermeture des bureaux de vote. - le mode de scrutin: le mode de scrutin à deux tours propre au régime semi-présidentiel copié sur le modèle français, a été modifié unilatéralement par le parlement RPT par pur opportunisme, le régime étant conscient d’être très minoritaire dans l’opinion. L’absence de référendum confirme la ruse d’un pouvoir dont l’existence repose entièrement sur la force et l’arbitraire. - la composition de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI):la composition de l’organe chargé d’organiser les élections donne lieu à des querelles et des frustrations en raison de son déséquilibre en faveur du pouvoir. Il pourrait l’être aussi en faveur de l’opposition. Les choses deviennent encore plus compliquées lorsqu’il y a des coalitions de partis en présence de part et d’autre: chacun veut sa part alors que le nombre de places est limité. Au final, certains partis ou courants ne sont pas représentés ou si peu, ce qui provoque des accusations de fraudes et de magouilles. Or il se fait que c’est en raison du manque de confiance entre les protagonistes de la joute électorale où le présumé vainqueur est presque toujours accusé de vol, que chacun tient à être présent pour surveiller les opérations de près. La collaboration au sein de la commission tourne souvent à l’affrontement voire au retrait de certains représentants de partis ou de courants. Même au niveau de la collecte des résultats et de la validité de certains bulletins de vote, la mésentente est totale, car l’un des camps se trouve défavorisé par leur annulation ou leur validation. C’est inévitable parce que des joueurs sont transformés en arbitres! Chacun cherchant à tirer la couverture à soi, la parité (qui est souvent une fausse parité à cause des partis charnières) révèle toute son iniquité. Eu égard aux dysfonctionnements liés à la composition paritaire et à la présence des politiciens comme arbitres d’une compétition politique, le bon sens impose que les membres de la CENI soient choisis en dehors des partis politiques parmi des citoyens honnêtes non affiliés à des partis politiques. - la Cour Constitutionnelle: eu égard à la corruption de l’appareil judiciaire et son instrumentalisation par le pouvoir, cette haute juridiction dont les décisions sont sans appel, se situe au sommet du mécanisme des magouilles. Ce sont les résultats frauduleux et fantaisistes qu’elle proclame en faveur du candidat et du parti au pouvoir qui enflamment le pays. La partialité des juges de cette institution ne lui confère aucun crédit auprès de la population. Elle fonctionne comme un appendice du parti au pouvoir et ce d’autant plus que plusieurs de ses membres ont occupé des postes politiques élevés dans le régime et sont connus pour leur hostilité à la démocratie. Du fait même de leur appartenance politique, il leur est difficile de déplaire au pouvoir auquel ils doivent tout et qui les a choisis, car ce serait à leurs risques et péril. Par conséquent, les membres de la Cour Constitutionnelle ne doivent pas être choisis ni par le chef de l’État ni par l’Assemblée Nationale mais exclusivement par leurs pairs magistrats en raison de leur compétence et de leur probité. - l’impunité des fraudeurs: les auteurs de dépassement de la limite des frais de campagne (souvent les candidats du pouvoir), des bourrages d’urnes, de votes multiples, de falsifications, d’achats de conscience (le riz Faure en 2010), de menaces, d’intimidations, de violence, de vandalisme, d’atteinte au droit de vote et de malversations diverses n’ont jamais été inquiétés même lorsqu’ils sont arrêtés par des électeurs et livrés à la police. Les juges de la Cour Constitutionnelle qui valident les fraudes électorales par esprit partisan n’ont jamais été déchus et traduits en justice. La culture de l’impunité est incompatible avec la sincérité des élections démocratiques. L’éducation à la culture démocratique ne peut se faire sans sanction. Il n’y a pas d’éducation sans sanction.
Voici ce que la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) et la Délégation de l’Union Européenne au Togo écrivaient dans leur rapport respectif [1] sur l’élection présidentielle du 24 avril 2005:
«Le déroulement du scrutin du 24 avril 2005 Le 24 avril 2005, les électeurs se sont mobilisés pour accomplir leur devoir de citoyen. Sur l’ensemble du territoire national, la mobilisation est partout la même, en témoignent les longues files d’attente devant les bureaux de vote. Mais très tôt, des problèmes surgissent. En effet, avant même l’ouverture de certains bureaux de vote à Lomé, et ailleurs à l’intérieur du pays, des électeurs démasquent des urnes bourrées d’avance, notamment au centre de vote du Collège Protestant, au CEG des Étoiles, à Tokoin Solidarité de Lomé, etc. À l’intérieur du pays et plus précisément à Kougnohou, dans la sous-préfecture d’Akébou, des urnes bourrées d’avance ont été retrouvées chez des enseignants et saisies par des électeurs, ensuite confiées au Lieutenant des FOSEP (Forces de Sécurité de l’Élection Présidentielle) de la localité. Par ailleurs, les Présidents de bureaux de vote ont refusé aux électeurs nouvellement inscrits lors des opérations de révision des listes électorales de voter «pour absence de registres d’émargement»; ceci avait provoqué de vives protestations de la part de tous les électeurs du centre, ce fut le cas, entre autres, dans les bureaux de vote de Tokoin Doumassessé, du Collège Protestant de Lomé (avec 14 bureaux de vote). Dans la préfecture de l’Oti, plus précisément dans la ville de Mango, des incidents ont émaillé le scrutin à cause du bourrage systématique de plusieurs urnes qui ont été démasqués par les populations qui ont vivement protesté contre ces fraudes. Au cours des opérations de vote, certains individus ont été appréhendés pour votes multiples en violation de l’article 147 du code électoral. Ils ont été confiés à la police. Au quartier des Étoiles dans la commune de Lomé, des militants du RPT (le parti au pouvoir), identifiés comme tels par les électeurs, ont été molestés pour avoir entassé dans un des bureaux de vote, des cartes d’électeurs. Nombre d’électeurs ont été surpris, après avoir voté, de constater que leur case d’émargement a été déjà signée par d’autres personnes à leur place.
D’après les témoignages reçus auprès des électeurs, voici les principales irrégularités: - existence de bureaux de vote sans localisation physique, c’est-à-dire définis juste par un nom de ville ou de quartier; - surplus de bureaux de vote par numérotation «erronée» à dessein; - ouverture des bureaux de vote avant l’heure légale de 6 H 30 dans les localités réputées proches du pouvoir RPT; - refus d’accès aux bureaux de vote de certains délégués de la coalition de 6 partis de l’opposition (ADDI, CAR, CPDA, PSR, UFC, UDS-Togo); - distribution de bulletins uniques pré-votés. - gonflement des inscrits du fait des bourrages massifs d’urnes; - distribution des cartes d’électeur sur place; - refus de donner des copies des fiches de résultats aux délégués de la coalition de 6 partis politiques de l’opposition; - renvoi des délégués de l’opposition avant le dépouillement; - enlèvement ou destruction des urnes; - émargement à la place d’électeurs fictifs.
Le Rapport confidentiel de la Délégation de l’Union européenne au Togo, les 27 et 28 avril 2005 confirme cet état de chose: «L’analyse des données sur les listes électorales et l’observation menée à petite échelle par des missions diplomatiques à Lomé et en province, conduisent à constater de nombreuses irrégularités et à renforcer les présomptions de fraudes massives. Les observations faites par le personnel des missions diplomatiques et du PNUD le jour du scrutin ont conduit à confirmer l’absence de fiabilité des listes électorales, à mettre à jour un système, semble-t-il, généralisé de faux bulletins réimprimés en faveur de candidat Faure Gnassingbe et à confirmer de nombreux cas d’enlèvements d’urnes par les militaires au moment du dépouillement (image passées sur la chaîne de télévision TV5), dans la préfecture de Tandjouaré 15 urnes sur 87 ont été saisies par les militaires). Par ailleurs dans de nombreux cas, les représentants des candidats d’opposition ont été exclus des bureaux de vote et des opérations de dépouillement ». Dans l’après-midi, après 16 heures, avant la fermeture des bureaux de vote pour les opérations de dépouillement, les réseaux téléphoniques et systèmes de connexion Internet ont été coupés. La communication n’était plus possible sur l’ensemble du territoire national.»
Il va sans dire que tous ces dérèglements qui prennent une importance capitale dans le système électoral, constituent des menaces graves pour le pays.
3. DES MENACES POUR LA PAIX ET LE DÉVELOPPEMENT
En 1991-1992, le Haut Conseil de la République (HCR), le parlement de la période de transition, prenant en compte l’expérience du vécu politique des Togolais qui ont eu à subir, contre leur gré, le règne interminable d’un dictateur et les multiples coups de force pour le déloger d’un pouvoir illégitime, ont pris la décision sage de limiter le mandat présidentiel à deux. Ceci dans le souci d’empêcher les longs règnes qui incitent à la confiscation du pouvoir et les coups d’État qui sont leur lot, sans parler des révoltes du peuple opprimé noyées dans le sang.
La limitation du mandat présidentiel visait à préserver la paix sociale tout en décrispant la vie politique. Il fallait que les présidents de la république élus pussent comprendre et accepter qu’il y a une vie de respect, de dignité et de reconnaissance après leur présidence au service du pays dans les régimes démocratiques.
En prenant la lourde responsabilité, par intérêt personnel et égoïsme, de faire sauter le verrou du second mandat, avant la présidentielle de 2003, le président Gnassingbe Eyadema a, de la sorte, manifesté son refus de la démocratie malgré le fait d’avoir juré publiquement en prenant le président français Jacques Chirac, en visite au Togo, à témoin, qu’il ne resterait pas une seule minute de plus au pouvoir après la fin de son deuxième mandat. «Parole de militaire!» a-t-il proclamé pour souligner sa bonne foi. Chaque citoyen de ce pays a pu constater par lui-même, plus tard, ce que valait la parole d’un militaire: une promesse d’ivrogne.
Je me refuse à croire que la politique ne soit que le terrain des jeux pervers de voyous et d’individus sans foi ni loi. La politique peut être autre chose lorsqu’elle est bien encadrée par la loi et des institutions qui fonctionnent dans l’esprit de la loi avec des hommes et des femmes honnêtes. Tant que la politique demeurera le lieu clos des combines et de l’enrichissement illicite sans reddition de comptes et sans transparence des voleurs de la république, elle restera l’apanage d’une mafia politico-administrative qui percevra toujours des élections transparentes et honnêtes comme une menace pour leurs intérêts mafieux et surtout leur impunité.
L’État dans lequel la justice ne fonctionne pas, expose les citoyens à nier la force de la loi et à s’adonner à la vengeance; tout le contraire de l’État de droit. L’arrestation des voleurs donne souvent lieu dans nos villes et campagnes à une justice populaire expéditive. Les citoyens ne faisant ni confiance à la police ni aux juges, tous qualifiés à tort ou à raison, par eux, indistinctement de corrompus. Cette justice populaire n’est pas une justice mais une sinistre vengeance. Sur le plan politique, nombreux sont les Togolais qui jurent que le jour où le régime militaire dictatorial sera renversé, chose que la population souhaite ardemment, ils s’adonneront à d’horribles règlements de comptes. Autrement dit, un retour à l’état d’anomie, à la barbarie.
Sur le continent africain et particulièrement au Togo, les classes déshéritées grossissent de manière inquiétante faute d’emplois ou de salaires qui leur garantissent le minimum pour leur survie. Ce sont les représentants des déshérités qui sont sur le front de toutes les manifestations politiques ou sociales. La violence est pour eux un exutoire, car ils n’ont rien à perdre et tout à gagner parce qu’ils sont au fond du trou. Ils subissent, en ruminant leur vengeance, la violence physique et la violence psychologique d’un pouvoir qui ne croit qu’à la force et à la violence pour s’imposer. Priver un peuple à la fois de travail et de liberté, expose les tenants du pouvoir à des révoltes voire à la révolution. En Libye, le colonel dictateur Kadhafi croyait naïvement qu’il suffisait de faire marcher l’État providence à coups de pétrodollars pour priver le peuple libyen de liberté. Les révoltés qu’il a traités de rats l’ont poussé à fuir et à se transformer en rat d’égout avant de subir, le 20 octobre 2011, les conséquences funestes de la justice populaire après quarante-deux ans d’une tyrannie barbare. Ses exécuteurs n’avaient aucune foi en la justice de leur pays. Si des élections démocratiques avaient existé en Libye, le peuple l’aurait chassé du pouvoir pacifiquement et il serait resté en vie.
La violence de l’équipe au pouvoir, lorsqu’elle n’est pas élue démocratiquement, est une violence illégitime qui appelle la violence de ceux qui lui résistent pour changer le pouvoir ou pour y accéder. La forme paroxysmique de cette résistance est la lutte armée. La lutte armée est toujours une tragédie pour le peuple pris entre deux feux. La conquête pacifique du pouvoir peut aussi se transformer en tragédie pour le peuple et l’opposition face à une dictature liberticide comme c’est le cas au Togo. Que de sang versé dans ce pays depuis les morts de la lagune de Bè en passant par les détenus d’Agbandi et Diguina, le massacre interethnique de Sotouboua, les expulsions criminelles et tribalistes de Bodje et Medje, les répressions sanglantes des démocrates et du peuple résistant de Bassar, Sokode, Mango, Dapaong, Atakpamé, Aného et Lomé!
La notion d’équité est importante dans un régime démocratique. C’est pourquoi toutes les couches de la population doivent être équitablement représentées à l’assemblée nationale. Or la réalité du Togo met en exergue l’inégale représentativité de certaines régions. Il suffit de relever le ratio nombre d’habitants/nombre de députés pour être édifié. La préfecture de Danyi peuplée d’un peu plus de 30000 habitants dispose à l’assemblée nationale de 2 députés alors que les préfectures de Tone, des Lacs, de Tchaoudjo, de Kloto, et de la Kozah qui ont autour de 200000 à 300000 habitants n’ont droit qu’à 3 députés, tandis que la ville de Lomé avec plus d’1 million d’habitants n’a que 5 députés. Cette représentation inéquitable remet en cause la représentativité et même la légitimité du parlement togolais.
Le contexte politique dominé par un régime militaire et des politiciens civils qui ont peur du changement pour des raisons liées aux traitements inhumains et dégradants qu’ils infligent à leurs administrés, aux violations massives et répétées des droits de l’Homme et à la corruption et surtout à la crainte de la perte de leur impunité, explique les difficultés d’une transition démocratique sanglante. Le régime militaire refuse de disparaître et ne tolère qu’un accompagnement des forces démocratiques dans des gouvernements prétendument d’union. La preuve en est que, selon tous les rapports des organisations des droits humains, il est fait état de pics très importants de violations des droits de l’Homme et de violences impliquant des militaires et les forces de l’ordre soutenant le parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple Togolais, contre les civiles soutenant la démocratie, avant, pendant et après les élections.
Dans le même ordre d’idées, le président Gnassingbe Eyadema a fait sauter le verrou du deuxième mandat présidentiel pour rester indéfiniment au pouvoir. Cette mesure a exacerbé la haine des militants de l’opposition et d’une partie très importante de la population contre le régime RPT. Cette modification unilatérale de la constitution a été un facteur de menaces contre la paix dans le pays. L’affrontement des milices de l’opposition et du RPT au cours des périodes électorales est la preuve que, au Togo, les élections, loin d’être un facteur de résolution de la crise togolaise, constituent un facteur d’exacerbation de cette crise.
Les élections démocratiques ne peuvent être un facteur de paix durable que si les conditions sont réunies sur le plan sociopolitique. Au Togo, la charrue est mise avant les bœufs. L’ancien régime n’entend pas lâcher le pouvoir parce que la peur a changé de camp. Les tenants du vieil ordre ont peur de la reddition de comptes et de la justice. C’est pourquoi des négociations doivent être engagées, non pas avec le RPT, comme cela s’est toujours fait en vain lors de 13 négociations pouvoir/opposition depuis le début du processus démocratique, mais avec les éléments militaires du clan Gnassingbe et l’état-major des Forces Armées Togolaises, seuls et vrais détenteurs du pouvoir au Togo comme ils l’ont encore démontré lors de leur coup d’État du 5 février 2005 où Faure Gnassingbe a été présenté illégalement aux Togolais comme leur nouveau président! C’est donc le retrait du pouvoir de l’armée pour devenir une armée républicaine qui permettra l’organisation d’élections apaisées au Togo. Même si par extraordinaire, le régime militaire laissait l’opposition gagner les élections et que celle-ci accédait au pouvoir, elle serait l’otage de l’armée et le nouveau président élu risquerait d’être emporté par un coup d’État ou assassiné dans les trois mois. C’est dire que des élections, même lorsqu’elles sont démocratiques, n’instaurent pas la démocratie dans un pays.
La démocratie doit faire l’objet d’un consensus au sein de la classe politique avant que toutes les forces qui aspirent au pouvoir puissent entrer dans la compétition électorale à partir des mêmes règles imposées par la loi. Vouloir les organiser à tout prix quand un camp est en armes et décidé à demeurer au pouvoir contre vents et marées, conduit le peuple à la boucherie.
Comment s’étonner alors que les dirigeants politiques togolais soient désarmés par rapport à la gouvernance politique démocratique? La conservation à tout prix d’un pouvoir dictatorial et dynastique s’oppose fondamentalement aux règles d’un régime démocratique.
Que l’on ne s’y trompe pas! La stratégie de la terreur qui dure depuis plus de deux décennies au Togo, si il n’y est pas mis fin rapidement finira par déboucher sur une guerre civile, car de plus en plus nombreux sont les Togolais qui réclament des armes pour établir l’équilibre de la terreur avec ceux qui les terrorisent en toute impunité. Lorsque la Commission d’établissement des faits des Nations Unies a reçu les témoins et les victimes de l’accession sanglante de Faure Gnassingbe au pouvoir en 2005, la plupart d’entre eux suppliaient les membres de cette commission de leur fournir des armes pour en découdre avec le régime militaire. C’était le même discours lorsqu’une délégation de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme s’est rendue au camp des réfugiés togolais d’Agamé au Bénin, les 22 et 23 février 2006.
Si les élections démocratiques sont des occasions d’affrontements violents, il ne faudrait pas que le régime en place en prenne prétexte pour les supprimer; il s’exposerait au pire. Le retour au parti unique serait une catastrophe nationale. L’échec calamiteux de la gestion de l’État par les militaires pendant près d’un demi-siècle caractérisé par la misère, l’arbitraire, la torture, les assassinats, la corruption généralisée, la faillite économique du pays (admission du Togo dans le groupe infamant des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) en 2008) et la misère du peuple togolais doit les inciter à beaucoup d’humilité et au patriotisme par l’abandon du pouvoir. Les Togolais, qui les haïssent, ont trop souffert de leur faute. L’urgence qui s’impose à la dictature militaire est l’organisation rapide de négociations entre les militaires, les partis politiques et la société civile au sujet du désengagement des Forces Armées Togolaises de la politique et du pouvoir.
CONCLUSION
Comme souligné plus haut, les élections démocratiques ne peuvent devenir un facteur de paix dans un pays en voie de démocratisation qu’à la condition qu’il se dégage un consensus national autour de la démocratie et que les Forces Armées Togolaises, par patriotisme, acceptent de quitter le pouvoir avant d’y être contraintes, malgré elles, au prix d’indicibles souffrances pour le peuple togolais martyr. Les élections togolaises s’apparentent à une guerre non déclarée et lâche, par le régime militaire, contre les forces démocratiques. La Commission Électorale Nationale Indépendante doit aussi être dépolitisée tout comme la Cour Constitutionnelle. Le verrou du second mandat présidentiel doit reprendre sa place dans la constitution pour rassurer les Togolais. La même remarque concerne la représentation équitable de toutes les populations à l’Assemblée nationale. Le mode de scrutin à deux tours doit aussi redevenir la règle.
Mais toutes ces dispositions ne serviront à rien tant que persistera une culture de l’impunité qui encourage les criminels multirécidivistes à persister dans leurs crimes abominables contre le peuple togolais. La démocratie devra se manifester par le règne de la loi, l’État de droit. Il n’y aura aucune réconciliation sans justice. En réalité, l’opération de réconciliation est toujours une manœuvre politicienne plus ou moins démagogique (exemple de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation); ce qui doit s’imposer à tous est tout simplement le respect de la loi, nous l’avons déjà souligné, pour éviter la vengeance des victimes ou de leurs proches. La réconciliation armée-nation organisée, le 27 avril 1994, par Eyadema et son premier ministre Koffigoh avec la complicité de l’évêque Philippe Fanoko Kpodzro, sans mandat du HCR, alors que la majorité de la population de Lomé était en exil au Ghana et au Bénin pour échapper aux tueurs de cette même armée, n’a été que le prélude à d’autres massacres de la population par les organisateurs de cette mascarade cynique de pseudo-réconciliation.
Faire la paix requiert beaucoup de courage et d’honnêteté. Les tenants de la dictature militaire doivent garder à l’esprit la sentence qui dit qu’un fusil à la main, tous les hommes sont égaux. Notre part de courage consiste à dire la vérité à ceux qui oppriment et exploitent le peuple togolais pendant qu’ils ont les fusils pointés sur nous. Pour leur part, les militaires doivent faire preuve de beaucoup d’humilité et de courage pour accepter d’entendre, sans se boucher les oreilles, le cri et la vérité qui sortent de la bouche de leurs victimes.
Il fallait le dire!
Lomé, Togo, Ayayi Togoata Apédo-Amah
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DICTATURE INCULTE ET ARTISTES TOGOLAIS EN DANGER. LE CAS TOGAN
Je ne connais pas personnellement l’artiste comédien Togan et ne l’ai jamais rencontré. Face à l’incurie irresponsable voire criminelle d’un soi-disant «ministre» de la culture, l’intellectuel se trouve dans l’obligation d’user de son pouvoir tribunitien pour exprimer son indignation et attirer l’attention de toute la communauté sur un cas flagrant de non-assistance à personne en danger.
Un drame douloureux a défrayé la chronique au Togo durant toute l’année 2011. Il s’agit de la grave maladie qui a invalidé l’artiste comédien Togan, vedette du feuilleton télévisé «Nubueke» diffusé par la chaîne RTDS. Suite à une grave pathologie, il a dû être opéré pour que les chirurgiens l’amputent d’une partie importante de la mâchoire inférieure. Une opération en appelant une autre, Togan doit, dans une seconde étape, subir une opération de plastie faciale en France pour la reconstitution de sa mâchoire afin qu’il puisse parler et que son visage retrouve une apparence humaine.
Si Togan avait été footballeur, le gouvernement, dans un élan démagogique avec force médiatisation, l’aurait pris en charge et évacué dans le meilleur hôpital à l’étranger. Le pouvoir inculte qui terrorise les Togolais connaît-il seulement ses artistes, ceux qui font l’honneur d’un pays couvert de honte par sa gouvernance moyenâgeuse? La longue litanie des «ministres» éphémères de la culture ont été pour la plupart des bouche-trous que le pouvoir militaire s’est senti obligé de caser au nom de la politique de la mangeoire nationale: le partage de la soupe au sommet. Même s’ils n’ont jamais lu un livre de toute leur vie! Tant pis pour les Togolais!
La galère des artistes togolais est un sujet de scandale permanent. Aucun soutien de l’État qui les méprise copieusement tout en se méfiant d’eux. Ceux qui aident le peuple à réfléchir ont toujours fait peur aux régimes policiers dont l’un des piliers est le mensonge d’État.
Dans la situation pénible de Togan, de simples citoyens ont dû le prendre en charge en se constituant en comité de soutien afin de susciter des dons pour la première opération à Lomé. La seconde, beaucoup plus onéreuse, qui doit se dérouler en France, donne lieu à des communiqués désespérés d’appel aux dons depuis plusieurs longs mois sur les médias.
Tout ce remue-ménage se passe dans l’indifférence totale d’un certain Yacoubou Hamadou, ministre de la culture invisible, inconsistant et incompétent et dont la capacité d’empathie mérite réflexion. Aux représentations théâtrales, aux expositions d’arts plastiques, aux ballets, aux dédicaces de livres, aux conférences et autres manifestations culturelles, point de ministre. Aucun Hamadou à l’appel. Inconnu au bataillon! Cette existence par le vide semble être la norme des divers ministricules qui furent en charge de la culture.
Il est même arrivé à plusieurs reprises à des artistes et des hommes de culture rendant visite à un nouveau ministre de la culture coopté à la mangeoire, de s’entendre dire: «Apprenez-moi ce qu’il faut faire, je ne connais rien dans le domaine de la culture». C’est comme si le pouvoir inculte destinait ce ministère aux cancres de la classe politique. C’est avec beaucoup d’inquiétude que nous constatons la portion congrue réservée à la culture dans le budget national. Quelques miettes. Sur le terrain de la culture, l’on ne fait pas semblant, car le vide ne se remplit pas de discours creux et débiles. La béance n’en est que plus accentuée quand les Togolais ont l’occasion de comparer la politique culturelle de leur pays avec celles des voisins du Burkina Faso, qui proclament que la culture est leur pétrole; du Bénin, du Ghana, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire.
La question mérite d’être posée: à quoi servent nos ministres de la culture? À l’époque où ce ministère était couplé avec le sport, l’essentiel des fonds allait au sport ou plus précisément au football, aux Éperviers du Togo régulièrement déplumés par leurs adversaires et qui arrivaient difficilement à enchaîner deux passes successives durant tout un match. Malgré le fiasco du football, tous les fonds continuent à lui être destinés au détriment du handball, du basketball, du ping-pong et d’autres sports qui représentent honorablement le Togo à l’étranger. Hélas, ils ne sont pas suffisamment médiatisés pour que la dictature puisse en faire une récupération politique. Affaire d’image.
Il faut donc fermer le ministère de la culture puisqu’il ne sert à rien avec des ministres complètement inutiles qui grèvent le budget national avec leurs gros salaires et leur entretien onéreux par les contribuables qui les nourrissent, les véhiculent, les logent, les torchent et les blanchissent à l’œil. Ce parasitisme ministériel est un scandale dans un pays où la plupart des habitants, du fait de la gouvernance lumineuse et géniale du clan militaire Gnassingbe, ont délaissé les trois repas quotidiens réglementaires pour s’infliger un régime minceur drastique avec un repas par jour pendant que les voleurs de la république, bedonnants comme des hippopotames, se soûlent au champagne rosé millésimé en ripaillant avec de la viande de brousse et des courtisanes aux fesses molles et aux reins accueillants. Même les pets fétides qu’ils lâchent en vibrato dégagent des relents de champagne. Akpatcho, oyé!!!
N y a-t-il pas confusion entre la culture et les mœurs florentines quand des États africains, presque tous membres des PPTE (Pays pauvres très endettés), s’érigent, d’après les statistiques, en principaux importateurs de champagne français dans le monde? Ce que le cerveau lent des kleptocrates n’arrive pas à piger, c’est le fait que l’importation massive d’armes de guerre et de champagne n’a jamais fait d’un pays sous-développé un pays émergent.
Si cela avait été le cas, nous disposerions d’hôpitaux ultramodernes pour nous soigner et il ne serait plus question d’évacuation sanitaire à l’étranger après un demi-siècle d’indépendance. Les chefs d’État africains, dans leur extrême ignarerie, n’ont jamais compris cette vérité fondamentale puisqu’ils continuent à mourir dans des lits d’hôpitaux à l’étranger, toute honte bue, voire dans l’avion qui les évacue pour l’étranger. Suivez mon regard. On se demande même si on ne les aide pas à mourir à l’étranger.
Togan est victime d’une situation d’incurie tout comme des milliers de citoyens lambda qui meurent chaque année la bouche ouverte, dans une sorte de protestation aphone, faute d’argent pour se soigner, comme des chiens crevés au fil de l’eau. S’il n’avait pas été célèbre, ferait-il encore partie des vivants? Si le ministère de la culture veut redorer son blason de souillure, il doit trouver immédiatement les fonds pour l’évacuation sanitaire, les soins et l’hébergement de Togan. Le temps lui est compté. Un simple conteneur de champagne millésimé coûte cent fois plus cher que les frais requis pour soigner l’artiste Togan.
Le prix d’importation d’une limousine de luxe dernier cri par le gouvernement suffirait à ressusciter les Nouvelles Éditions Africaines (NEA) fermées pour mauvaise gestion par les RPToches de service depuis plus d’une décennie et dont le stock de livres est abandonné à l‘appétit des rats et des cancrelats dans un débarras sordide et humide. C’est du vandalisme!
Ces gens voudraient-ils anéantir la culture qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Ne sont-ce pas les mêmes individus déhontés qui ont dansé frénétiquement le zoblazo et le cool katché avec des cris d’orfraie, des pirouettes et des sauts de cabri pour avoir été admis au sein des PPTE en 2008 pour mauvaise gouvernance et faillite? Décidément, notre pays marche sur la tête.
Les Togan, totalement démunis et sinistrés par une misère sans nom, sont des millions dans notre pays, jusqu’aux fonctionnaires de l’État sans oublier les retraités, les veuves et les orphelins clochardisés. Même leur dignité leur est arrachée du fait qu’ils sont acculés à la mendicité. Les pratiques peu orthodoxes et dégueulatoires du régime prédateur, qui cultive avec un zèle rare le sous-développement du Togo, doivent nous inciter à la résistance en dépit de tous les chants de sirène de salopards trouduculiers, ex-faux opposants vendus à l’ennemi, qui s’acharnent sur les médias, en vuvuzélistes vuvuzélés, la bouche menteuse et sucrée, à présenter un tyran sanguinaire et putschiste comme un démocrate pur jus nourri à la mamelle de la démocratie. Et pourtant, chacun sait ce que vaut la vie humaine dans la dictature liberticide des Gnassingbe père et fils où l’on présente la torture comme un simple chatouillis exercé par charité chrétienne pour le bien des suppliciés ingrats.
La culture, c’est aussi le respect scrupuleux des droits de l’Homme qui sont une avancée majeure dans l’histoire de notre espèce. C’est un saut qualificatif prodigieux hors de la barbarie. Le droit à la santé de Togan est violé par l’État qui a l’obligation de lui venir en aide comme le stipulent tous les pactes et déclarations internationaux des droits de l’Homme dont le Togo est signataire. Nous sommes dans un cas de non-assistance à personne en danger.
L’outil de travail de Togan, c’est le verbe dont il et privé. C’est ici le lieu d’attirer l’attention des Togolais sur la situation dramatique de nombreux artistes qui sont obligés volens nolens de renoncer à leur métier qui ne les nourrit pas ou si peu, pour des jobs peu valorisants qui les éloignent de leur vocation. Le dilemme qui se pose à nombre d’entre eux se situe entre la misère au pays ou l’émigration en Occident. Le Togo perd ainsi ses meilleurs artistes depuis des décennies dans l’indifférence totale de ses dirigeants. La culture fait partie de l’éducation et en tant que telle doit être financée par l’État comme l’y invite la Constitution de la République.
Il faut sauver le comédien Togan. L’État doit prendre la relève des initiatives privées qui semblent avoir atteint leurs limites. Ce geste ne devra pas s’arrêter à Togan, il devra être le début d’une réflexion sur le statut des artistes, projet en discussion depuis plusieurs années et que le gouvernement s’acharne à ignorer, afin de les mettre dans les meilleures conditions pour l’exercice de leur métier et de les faire prendre en charge par la sécurité sociale en cas de maladie.
Le ministre en charge de la culture, s’il veut cesser d’être inutile, aura à cœur de mettre cette réalisation sur son bilan désespérément et honteusement vierge.
J’ai dit et je le répète: il faut sauver Togan!
Lomé, le 3 décembre 2011
Ayayi Togoata Apédo-Amah
Le Grand Dieudonné Kabongo !
Par Freddy Mulongo, jeudi 13 octobre 2011 à 08:24
Dieudonné Kabongo connaissait tous les membres de la grande famille Mulongo. A Bruxelles, mes soeurs sont inconsolables. Alors que le 6 septembre dernier, Juvel Wetu, un apparatchick Pprdien du Joséphisme, s'était cru tout permis en nous menaçant de mort, le Pprd venait de mettre du feu au siège de l'Udps à Kinshasa, il fallait museler tout le monde ! Le 9 septembre, Dieudonné Kabongo depuis Ouagadougou au Burkina Faso où il séjournait pour le théâtre, est sorti de son silence, il nous a apporté tout son soutient et encouragement. Il s'est même autorisé à nous confier le synopsis de son film:
"Le Pacte de Bonobo", nous disant de le garder: était-ce son testament d'artiste-comédien ? Nous le rendons public, pour éviter à quelques esprits illuminés de s'approprier son oeuvre de manière posthume !
"Salut mon frère, Voici, en pièce attachée, le projet sur lequel je suis avec une très grosse ambition. Nous sommes dans une fiction mais je suis sûr qu'il a des éléments qui sautent tout de suite aux yeux. J'ai fait exprès de laisser en vie un président censé mort pour la bonne cause de l'intrigue. Je t'enverrai le traitement pour essayer de me mettre sur certains éléments qui peuvent m'aider à alimenter l'intrigue, il faut du vraisemblable. Amitiés Dieudonné Kabongo Bashila"

LE PACTE DE BONOBO (ou du Pigeon)
Synopsis
Poussé par une vague populaire acquise à ses réflexions politiques et humanistes, Mzé Arthur devient, malgré lui, le plus coriace des opposants au régime dictatorial du colonel Ifahdak Keita, jeune militaire préparé à la magistrature suprême par le président de la république qui nʼétait personne dʼautre que son père adoptif. Ce dernier fut assassiné par un de ses plus proche enfant soldat faisant partie de sa garde prétorienne.
Shaka, le rival éternel du père Keita, est accusé officiellement comme étant le commanditaire du meurtre.
Mzé Arthur est lui convaincu de lʼimplication du colonel Ifahdak dans lʼassassinat de son père adoptif, tout converge dans ce sens. Pourtant lʼex président Othello Keita, souvent contesté dans sa manière de gérer les affaires de lʼétat quʼil avait tendance à confondre avec ses affaires personnelles, avait assuré sa succession par son filleul, en manipulant les institutions.
Mzé Arthur plaide pour l'innocence de Shaka, mais Mzé Arthur fonctionne sur une deuxième mémoire qui a effacé la première suite à un long coma qui lʼa rendu amnésique.
En fait, Mzé Arthur ignore quʼil est devenu le plus grand opposant dʼun système dont il est lʼinitiateur et le maître bâtisseur.
Il va finalement retrouver sa première mémoire qui, malheureusement, ne va pas effacer la deuxième. Il va ainsi devenir le siège dʼun combat inattendu entre lui et lui-même.
Il revoit lʼimage du colonel Ifahdak tirant sur son père adptif et vidant le chargeur sur un enfant soldat de la garde rapprochée du président.
Mzé Arthur réalise quʼil est lʼancien président de la république maintenu en vie grâce au docteur Robinson S.R. avec qui il avait signé un pacte de vie ou de mort : le Pacte de Bonobo (ou du Pigeon)*.
* le pigeon ou le bonobo sont les quelques peu des rares animaux qui ne survivent pas à leur partenaire de couple.
Quand un bonobo ou un pigeon forme un couple avec un autre, la mort de lʼun entraîne celle de lʼautre.
Note d’Intention
Savoir se regarder cʼest aussi faire preuve dʼune force dʼauto-critique et de remise en question.
Mon but est donc dʼencourager nos dirigeants à devenir leurs propres critiques à lʼavantage du peuple.
Comédiens pressentis
DENZEL WASHINGTON : Le docteur Robinson S.R.
KABONGO BASHILA DIEUDONNÉ : Mzé Arthur et Othello Keita
ISSAKA SAWADOGO : Shaka
EMIL ABOSSOLO : Le colonel Ifahdak Keita
Concernant les menaces Pprdiens à mon égard, il me disait : "Cela montre qu'au Congo, on peut être menacé, arrêté ou tué parce qu'on pense différement. Moi je ne me tairais pas, Freddy il ne faut surtout pas se taire !" Après avoir demandé les nouvelles de Jean Kalama, il avait fini par m'annoncer qu'il serait de retour à Bruxelles le 9 octobre 2011.
Dieudonné Kabongo abat les masques sur Réveil-FM
Par Freddy Mulongo, vendredi 7 janvier 2011 à 09:05 :: radio :: #1223 :: rss
Premier humoriste africain à s'établir en Belgique, Dieudonné Kabongo Bashila est un Bruxellois d’adoption né au Katanga en République démocratique du Congo. C'est depuis 1970 qu'il vit à Bruxelles en Belgique. Il s'est bâti très tôt une grande notoriété en gagnant des récompenses aussi prestigieuses que le Prix du Festival du Rire de Rochefort en 1984. Il est alors propulsé aux commandes d'émissions radio et TV où il assied sa stature internationale, notamment sur TV5, tout en menant une brillante carrière en musique, au théâtre et au cinéma. Dieudonné Kabongo est tout à la fois comédien, conteur, musicien, humoriste et citoyen engagé. L’humoriste d’origine congolaise jouit d’une énorme reconnaissance internationale. Avant de monter sur les planches des salles de théâtre, Dieudonné Kabongo fut d’abord professeur de mathématique en Belgique.

Dieudonné Kabongo, Bruxellois d'adoption, premier humoriste africain à s'installer en Belgique
En 2001 à Kinshasa, il était venu visiter Réveil-FM sur le boulevard du 30 juin et nous avions déjeuné au restaurant de l'hôtel Memling après l'émission à la radio. Perdu de vue, c'est la magie de l'internet qui nous a permis de nous retrouver. Polyvalent et éclectique, Dieudonné Kabongo restera dans les annales pour les rôles qu'il a incarné dans "Le Damier, Papa National Oyé !" (1996): Pour combler une nuit blanche, le Papa-National, président-fondateur-à-vie et premier citoyen de "son" pays veut jouer aux dames contre un adversaire de taille. Il doit donc affronter un homme de la rue mais néanmoins désigné comme "champion populaire toutes catégories"…La coutume populaire consiste en un échange verbal après chaque mouvement de pion tout en respectant l'autorité du chef suprême. Mais aussi dans "Lumumba" de Raoul Peck (2000). C'est Dieudonné Kabongo qui joue le rôle de Godefroid Munongo, le gouverneur du Katanga et ennemi juré de Patrice Emery Lumumba.
Lumumba
envoyé par MataGabin. - Regardez plus de courts métrages.
1. Réveil-FM:Pourquoi les comédiens populaires, ceux qui parlent comme la rue sont très connus plus que les comédiens classiques comme vous en RDC. A quoi est dû cela ?
Dieudonné Kabongo:Je pense que le langage de la rue est celui qui touche le plus le gros de la population. Ce qui serait intéressant, c'est de jouer du sérieux avec ce langage. Le sérieux pour les valeurs qu'il véhicule et la rue pour son côté perspicace en terme de communication. Comme le bâtiment, quand la rue va, tout va. Nos rues sont malades d'anti-valeurs et, malheureusement, la majorité de la population est porteuse de ce virus de décadence et ce virus est dangereux parce qu'il donne l'impression d'un bien-être.
2. Réveil-FM: Dans le damier sorti en 1996, vous aviez interprété merveilleusement bien le rôle du maréchal Mobutu qui était un bon damier. Et en 2000, le rôle de Godefroid Munongo, gouverneur du Katanga, vous allait si bien. Vous êtes acteur-comédien, homme de culture...La politique ne t'a jamais tenté ?
Dieudonné Kabongo: La politique nous tente toujours. Il y en a qui se donnent parfois une mauvaise impression de ne point s'y intéresser alors qu'en réalité on n'y échappe pas. La pesanteur politique attire tous ceux qu'elle gère, c'est-à-dire tout le monde. C'est dans ce sens qu'au lieu de la subir, je résiste à certaines particularités avec un soucis de proposer d'autres alternatives. Celles des congolais sont surtout culturelles. Le Congolais a perdu le sens de valeurs, je dirai même de ses valeurs. D'où il serait opportun de revenir sur le rôle de la culture comme facteur d'émancipation, de valorisation et donc de développement.
3. Réveil-FM: C'est depuis 1970 que vous vivez en Belgique donc attaché à la liberté d'expression. Sans langue de bois que pensez-vous de la la situation socio-économico politique de la République démocratique du Congo, votre pays d'origine ?
Dieudonné Kabongo:Certaines personnes accrochées à la pensée biblique m'ont fait part d'un passage disant : "Le seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien " Psaume 23 je crois. J'ai rétorqué en disant : "Le Congo est mon pays, je ne manquerai de rien". C'est tellement vrai qu'il est impensable qu'un seul enfant de cette terre puisse souffrir. Ca devrait interpeller les autorités gérantes de ce pays jusqu'au point de se dire : " C'est honteux qu'un Congolais souffre, manque l'essentiel, meure anormalement, soit tué par nous-même, aille ailleurs (surtout chez l'ancien colon) pour y chercher refuge, c'est honteux que le Congo ne soit pas un label d'excellence et de qualité" Mais il faut avoir la force de s'auto flageller. Nous avons un peu perdu la valeur de la honte. Le jour que l'on valorisera la première richesse de ce pays, c'est-à-dire le Congolais lui-même, ce pays, mon pays, étonnera la terre entière. D'où le rôle prépondérant de l'enseignement et de la culture. L'efficacité est de soigner la maladie par la racine. NB : Il faut noter que culture ne veut pas dire musique, théâtre, cinéma, arts plastiques et autres expressions artistiques que, par contre, je considère comme étant les meilleurs ouvriers de la culture.
4. Réveil-FM: Pourquoi n'avons-nous pas une pléthore des réalisateurs, comédiens de renoms en RDC ? Ya-t-il un manque de créativité, inventivité ou uniquement des moyens ?
Dieudonné Kabongo: Nous avons souvent de vrais valeurs qui ne sont pas reconnues comme tel. Il y a pléthore de Balufu, de Mweze et autres qui sont reconnus ailleurs, mais il faut reconnaître qu'il n'y a pas de vraies structures cinématographiques pouvant susciter l'intérêt de candidats dans la matière audiovisuelle. Il faudra y penser car l'image est en train de devenir l'élément le plus consommé en terme de "lecture".
5. Réveil-FM: Le 30 juin 2010, le Congo a fêté son cinquantenaire. Avec beaucoup de recul, quelle est votre analyse la dessus ?
Dieudonné Kabongo:Le Congo a fêté ? On a fêté le roi Albert, Kagame et les autres invités. Le 30 juin était prétexte d'un autre ordre du jour. D'autres en ont parlé, les Congolais n'ont fait que subir les réflexions de la Belgique, de la France, des USA et peut-être même de certains pays d'Afrique, nous n'avions pas vraiment droit au chapitre. Par rapport à l'indépendance : quelle en est sa philosophie si, cinquante ans plus tard, nous sommes une quantité non négligeable qui est allé ou qui veut aller chercher refuge chez l'ancien colon ? Une réflexion à partager : " Qu'est-ce que la Belgique a pour être un pays riche et développé que le Congo n'a pas ? La Belgique a le Congo, et le Congo n'a pas le Congo "
Repères
Filmographie
1989 Ti amo 1991 La sensation de Manuel Poutte (Prix spécial du Jury du Festival de Cannes)- court métrage (1992)
1996 Le Damier
1998 Pièces d’identité
1999 vidéo Jean Baltazaarrr d'Arno et Beverly Jo Scott
2000 Lumumba de Raoul Peck
2005 Juju Factory
2005 Le Plus Beau Jour de ma vie de Julie Lipinski
2005 Les Habit neuf du Gouverneur
2005 Le Couperet de Costa-Gavras
2010 Plus belle la vie : Oncle de Djawad.
Théâtre
Méfiez-vous des tsé-tsé
Atterrissage de Kagni Alem ; Denis Mpunga
L’invisible de Philippe Blasband ; Astrid Mamina
Droits de Succession de Vincent Azé & Eric Delcourt
Message d’amitié d’Alexandre Ayawo AMORIN,
à tous ceux qui participent à la manifestation du 31 juillet 2011
J'aurais voulu être ici, parmi vous, vous qui avez choisi de sacrifier votre après-midi de dimanche, pour participer à cette manifestation d'amitié pour votre compatriote, notre frère, notre ami, notre camarade Tavio, qui a été arraché à la vie à un âge où on construit un projet de vie pour sa famille, pour son pays s'agissant de ceux qui ont choisi de servir leurs concitoyens et pour soi-même.
Je salue mon ami, mon camarade Claude Améganvi qui consacre sa vie à ce que nous appelons « combat démocratique », c'est-à-dire la bataille pour les droits de l'homme et pour la liberté sans exclusive, la lutte pour l'éveil des consciences, la guerre contre la bêtise humaine, c'est-à-dire la propension de quelques-uns à commettre des crimes là où le débat devrait départager les uns et les autres. Au détriment de sa vie de famille.
Merci à vous tous, Merci à toi Claude.
Tavio a été fauché par des gens qui détestent la vérité, la transparence, la loyauté pour son pays.
Nationaliste panafricain, issu d'une famille de nationalistes, Tavio a été élevé dans un environnement où la politique fait partie de la vie. Parce que la politique, c'est la vie.
Tavio s'est donné ce que notre grand-frère Joachim Agbobli, mort assassiné, appelait « la culture politique » pour pouvoir faire de la politique.
Ceux qui ont connu Tavio peuvent témoigner qu'il était amoureux de la vie.
Oui, il aimait la vie, il respirait la vie. Il aimait la fête.
Les Togolais l'ont découvert à l'occasion de la Conférence Nationale Souveraine de 1991, conférence que tous nous pensions être le point de départ d'un Togo fraternel, uni, prêt à affronter son destin de pays de notre temps après ces années de dictature implacable de Etienne Gnassingbé Eyadéma que nous étions pressés de voir au musée des horreurs.
Quelle naïveté.
La transition, que d'aucuns souhaitaient courte et qui devrait pré parer notre pays à entrer dans la démocratie, allait devenir pour le peuple togolais un véritable chemin de croix.
Jésus avait eu 14 stations et déjà nous trouvions cela trop long, trop injuste.
Que dire alors à celui réservé aux Togolais et qui durent des décennies.
Le Togo est comme plongé dans une espèce d'enfer. Des vies ont été fauchées par milliers, d'autres ont été à jamais brisées. La terreur a jeté nos compatriotes sur les routes de l'exode.
De retour d'une mission en Syrie, j'ai retrouvé Tavio en ville le 22 juillet en milieu de matinée, comme toujours en costume. Je l'avais trouvé emprunté, pas aussi relax que je l'ai toujours connu. Je me suis dit qu'il avait été contrarié par un de ses collègues du HCR. Et on s'est donné rendez-vous pour l'après-midi. Le rendez-vous n'eut pas lieu.
Le soir du 23 juillet 1991, j'étais devant la maison de Papa Paulin Freitas attendant qu'on vînt m'ouvrir le portail car je devais rendre visite à Elpidio Freitas. Soudain, un véhicule s'arrêta à mon niveau et une voix m'interpella : « Atavi, on a tiré sur Tavio. Ensemble avec Elpidio nous nous rendîmes au CHU Lomé Tokoin où s'était déjà rassemblé beaucoup de nos compatriotes. Il y avait beaucoup d'agitation et beaucoup de tension.
Les membres du corps médical, parmi lesquels le professeur Ahouangbévi et le Pr James accourus à son chevet, étaient harcelés par tous ceux qui étaient présents et qui voulaient avoir des nouvelles de Tavio.
Tavio fut opéré avec succès mais il n'était pas sorti d'affaire. Le lendemain, la décision fut prise de l'évacuer vers la France, où les structures médicales permettaient une meilleure prise en charge des blessés de cette nature.
Il fut transféré à Paris et c'est là où il rendit l'âme le 29 juillet 1992.
Tavio n'est pas décédé des suites de maladie ou d'un accident de la route.
Tavio ne s'est pas suicidé. Non. Il a été assassiné par des gens qui ont pris la liberté de donner aux autres la mort.
Je trouve cela terrible car la mort est irréversible.
Je ne connais aucun un être vivant, à part Notre Seigneur Jésus, qui s'est relevé après avoir été tué. Je n'en connais aucun.
Ce que nous avons vécu n'est pas la scène d'un film où, à la fin de la prise de vues, on demande aux blessés et aux morts de se relever et de rentrer chez eux.
Nous sommes dans la réalité qui fait hélas partie du quotidien des Togolais.
L'assassinat de Tavio est pour nous, est pour moi, un cauchemar.
Ce cauchemar ne prendra fin que lorsque nous saurons qui a donné l'ordre de le supprimer, qui l'a inspiré et pourquoi. Je n'aurai de cesse de traquer la vérité et le jour où je saurais tout, je me sentirais redevenu moi-même. Enfin.
Lorsque nous parlons de la fin de l'impunité, certains entendent vengeance, mise à mort des assassins.
Le fait de tuer les assassins de Tavio ne lui rendra pas la vie.
Le fait de les jeter en prison ne le ramènera pas à la vie.
Pour nous la fin de l'impunité passe par la recherche de la vérité, la contrition des auteurs des ces crimes ignobles qui ont endeuillé et qui continuent de frapper de nombreuses familles et surtout que les criminels prennent l'engagement solennel de renoncer définitivement à occire leurs compatriotes.
La politique, ce n'est pas la guerre.
Qui êtes-vous pour vous arroger le droit d'enlever à d'autres la vie ?
Oui, qui êtes-vous ?
Qui êtes-vous pour décider du sort des autres ?
Oui, qui êtes-vous ?
Il faut que cesse dans ce pays le poison de la haine que le RPT a instillé dans la population et qui pousse des Togolais à vouloir là mort d'autres Togolais.
Il faut que le changement que nous appelons de nos vœux arrive car le peuple est fatigué de subir ce régime réfractaire au droit et à la vie, ce système qui a pris en otage le Togo et les Togolais.
Nous voulons un Togo avec des citoyens libres et égaux en droit,
Un Togo avec des citoyens-patriotes.
Des hommes de talent capables de travailler à son développement.
Nous sommes fatigués de pleurer.
Nous sommes fatigués des assassins.
Nous sommes fatigués d'entendre tout le temps des menaces de mort.
Togolais debout !
Debout pour arrêter cette machine infernale.
Fait à Lomé le 31 juillet 2011
Alexandre Ayawo AMORIN
En mémoire de Ludo Martens (1946-2011)
Notre camarade Ludo Martens est décédé dans la nuit du dimanche 5 juin, des suites d’une longue maladie. Ludo a été à la base de la fondation du Parti du Travail de Belgique (PTB), dont il a longtemps été président. Il était connu pour être assidu et très rigoureux: « Pas de demi-mesure. On doit placer la barre très haut, étudier et travailler avec sérieux. » Mais cela ne l’empêchait nullement de reconnaître ses erreurs. Il était toujours ouvert à toutes les expériences, sur toute la planète. Ludo Martens avait 65 ans. Il laisse derrière lui deux enfants : Amada et Jokoba.
Le Bureau du PTB
Ludo Martens (1946-2011)
Fils aîné d’un fabricant de meuble, Ludo Martens a grandi dans la petite commune de Wingene, en Flandre occidentale. À l’école, il se passionne pour la langue et devient rédacteur en chef du journal pour l’ABN (Algemeen Beschaafd Nederlands, le néerlandais standard). Cet amour de la langue lui est resté dans le style qui sera le sien par la suite. Décrire des engagements, les gens et leur milieu de vie, la petite résistance populaire, les défaites, les révoltes, les petites et grandes victoires. C’est avec ce talent qu’il a rédigé plus tard en français « Abo, une femme du Congo », un livre littéraire sur la résistance à la dictature impitoyable de Mobutu. Ludo a su entraîner le lecteur dans sa propre sympathie pour une femme du peuple qui, à travers la lutte de Pierre Mulele contre la dictature, est passée à l’avant-plan de la scène politique. La Nouvelle Scène Internationale mettra plus tard le livre en scène, faisant accompagner le spectacle des percussions de Chris Joris, ami de l’amateur de jazz qu’était Ludo Martens. Écrire, c’est s’engager. En 1994, en compagnie du poète afro-américain Amiri Baraka (LeRoi Jones), il a organisé des lectures sur « l’art dans un monde qui vire à droite ». Les lectures ont abouti à un « Manifeste pour une poésie internationaliste » dont le rêve est de « lier en un contre-courant les poètes engagés du monde entier ».
Ludo, fondateur du Mouvement syndical étudiant
En 1965, le jeune étudiant Ludo Martens s’est rendu à Louvain pour étudier la médecine. C’est un engagement social. Il était bourré de talent et tant ses condisciples que les professeurs ont vu en lui un excellent médecin, plein d’avenir. Mais il en ira autrement car Ludo n’est pas l’homme à vouloir se bâtir une carrière universitaire tranquille. Il est devenu actif dans la principale organisation étudiante de l’époque, la Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond (KVHV, Union catholique flamande des étudiants du supérieur). En compagnie, entre autres, de Walter De Bock et Paul Goossens (tous deux par la suite à la base de la création du quotidien De Morgen), et de Herwig Lerouge, il a commencé à mobiliser le mouvement étudiant dans une autre direction. Contre les idées conservatrices et étriquées, Ludo Martens a su lui donner une direction progressiste, ouverte et internationaliste. Le courant progressiste grandissant se traduit dans le Studentenvakbeweging (SVB, Syndicat des étudiants). L’haïssable « Walen buiten » (Les Wallons dehors) est remplacé par « Bourgeois buiten ». C’est non seulement l’establishment catholique francophone, qui est visé, mais aussi la bourgeoisie flamande. Le caractère élitiste de l’université flamande, où l’on ne rencontre quasiment pas d’enfants de familles ouvrières, est aussi dans le collimateur.
Cette position est restée sur l’estomac du clergé, des autorités académiques et de la droite nationaliste. Tout a été mis en œuvre pour faire disparaître le groupe qui entoure Ludo du mouvement et du journal qu’il dirige, « Ons Leven » (Notre vie). Ils y arrivent finalement après la parution d’un numéro de « Ons Leven » qui dénonçait la pédophilie au sein de l’Église. À l’époque, ce sujet était tellement tabou que les autorités universitaires purent utiliser ces articles comme prétexte pour exclure Ludo de l’université.
Contre tout ce qui nous divise : contre le nationalisme et le racisme
La lutte contre le nationalisme borné dans notre pays a constitué dès ce moment un fil rouge dans l’existence de Ludo Martens. Derrière le séparatisme se cache un agenda antisocial et antisyndical dangereux, l’entendra-t-on souvent dire. Et quand d’autres partis, les uns après les autres, se sont scinds sur base linguistique, il a maintenu le PTB comme seul parti uni dont les membres de toutes les régions collaborent à la réalisation du même idéal.
Ludo Martens n’a pas seulement combattu le nationalisme étroit, mais également le racisme qui divise aussi le peuple. À l’université, il a élargi le mouvement à la question de la libération des Noirs aux États-Unis. Et, bien plus tard, après le premier « dimanche noir » de 1991 – percée électorale du Vlaams Blok –, il était un de ceux à l’initiative du mouvement pour l’égalité des droits. Avec Objectif 479 917, il a soutenu la collecte de signatures pour le droit à la nationalité belge pour les immigrés séjournant en Belgique depuis 5 ans au moins. Autant de signatures que n’en a récolté l’extrême droite aux élections. Alors que les pessimistes disaient que c’était impossible, des milliers de militants de tous horizons et de tous âges ont arpenté les rues. Ils ont finalement collecté plus d’un million de signatures. En compagnie de dix jeunes immigrées, Ludo a écrit le livre « Tien gekleurde meisjes » (Dix filles en couleurs) en tant qu’arme dans la lutte contre le racisme.
Travailleurs – étudiants : un seul front
Les rencontres de la période de Mai 68 ont influencé sa pensée et ses actes de façon décisive. À Berlin, il avait rencontré des étudiants marxistes allemands qui l’ont mis en contact avec les textes de Marx et de Lénine. C’est ainsi que Ludo a également inspiré le Syndicat des étudiants et qu’il est parvenu à ouvrir le regard des étudiants au monde du travail : Travailleurs – Étudiants : un seul front !
Ludo expliquait souvent que la véritable liberté des intellectuels consistait à comprendre comment cette société était constituée, d’où provenait l’injustice, quelles étaient les lois de l’histoire et du changement et, dès lors, comment agir ensuite. Quand les travailleurs de l’usine ABR à Louvain se sont mis en grève, les jeunes étudiants du SVB se sont déclarés solidaires de leur action. C’est toute une révolution, dans l’université de droite. Car, dix ans plus tôt à peine, les membres du KVHV avaient encore servi de troupes de choc contre les piquets de grève de 1960-1961 (contre la loi unique). Le syndicat étudiant a su renverser la vapeur et bien des mouvements de solidarité suivront, entre autres, avec les travailleurs de Ford Genk.
Après son expulsion de l’Université de Louvain, Ludo Martens s’est rendu à l’Université de Gand, où se poursuivait le mouvement étudiant. Il est devenu l’un des dirigeants de la lutte contre la censure à l’université. Le Gentse Studentenbeweging (GSB, Syndicat des étudiants de Gand) avec, entre autres, Renaat Willockx et Bob Roeck, a bien vite rallié le mouvement global pour une université démocratique et a développé une solidarité active avec les travailleurs.
La fondation d’un parti ouvrier
Ludo a pris conscience que, pour les étudiants, le choix déterminant de leur vie se posait surtout à la fin de leurs études. Quel choix d’existence ? Comment maintenir son engagement social ? Dans ce débat entre les étudiants de gauche, l’influence de Ludo Martens a été importante. Ensemble, ils ont étudié entre autres l’ouvrage « Que faire ? » de Lénine. Et plusieurs jeunes ont décidé d’aller travailler en usine. Mais, une fois dans l’usine, qu’y faire ? En janvier 1970, quelque 25 000 mineurs se sont lancés dans une grève sauvage de six semaines. Face à l’influence nationaliste de la Volksunie dans les charbonnages, a été fondé Mijnwerkerswacht, un comité de grève au sein duquel se retrouvaient de jeunes mineurs, des étudiants à la fibre sociale et des membres du Syndicat des étudiants. Kris Hertogen s’y est révélé en tant que figure de proue. À l’arrière-plan d’une grève pénible et longue, un autre débat a fait rage. Devions-nous fonder partout de nouveaux comités de grève pour en arriver à la mise sur pied d’un syndicat combatif ? Ou devions-nous tenter de traduire de façon durable en un parti ouvrier la fusion entre le mouvement ouvrier et le mouvement des étudiants engagés ? Après bien des discussions et sous l’influence de Ludo Martens, on a choisi de fonder un nouveau parti. Un parti de la classe ouvrière, et non un syndicat. Avec un journal national – qui allait devenir l’actuel Solidaire – et non pas un bulletin se contentant de coordonner simplement des expériences. « Tout le pouvoir aux ouvriers », TPO (« Alle macht aan de arbeiders », AMADA), était né. Au bout de dix années de travaux préparatoires, il sera finalement rebaptisé PTB en 1979. Un parti au service du peuple, telle est son ambition. C’est également de ce concept qu’en 1971 est née l’asbl Médecine pour le Peuple, avec Kris Merckx qui a lancé une maison médicale de soins de première ligne pratiquant la médecine gratuite dans les quartiers ouvriers de Hoboken. Le PTB compte aujourd’hui plus de 4 500 membres, il est actif dans 30 villes et dans 120 entreprises et bureaux, tant en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. Depuis, Médecine pour le Peuple compte 11 centres de médecine de première ligne, employant 60 médecins et soignant plus de 25 000 patients. Dans son ouvrage, « Le parti de la révolution », Ludo Martens a livré l’héritage de plus de trente années d’expérience de la lutte pour la fondation d’un parti communiste ouvrier.
Assidu et à cheval sur le travail d’étude
Au sein du jeune parti, Ludo insistait sur l’étude assidue et concrète, sur base des faits. Il a mené la lutte contre le discours creux et dogmatique qu’on entend parfois. Il faut avoir l’esprit ouvert et il convient d’apprendre ce qui doit être appris, disait-il souvent. Ainsi, en 1985, il a décrit dans « Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice Lumumba » la vie du révolutionnaire congolais Pierre Mulele. Il a consulté de nombreux experts, même certains avec qui il différait fondamentalement d’avis. Il reprendra ce style plus tard dans son travail sur Kabila. Il a écouté pas moins de 1 500 témoins et a tout noté avec minutie, de sa minuscule écriture si typique. Ludo était assidu et très sévère. Pas de demi-mesure, chacun doit tenter de se surpasser. On doit placer la barre très haut, étudier et travailler avec sérieux. Telle était sa vision de la politique pour former des responsables du parti.
Ludo était sévère, souvent opiniâtre, mais cela ne le dérangeait nullement de reconnaître ses propres erreurs. Quand la grève des mineurs de 1971 n’a pas été reconnue par les syndicats, cela a mené le jeune parti en devenir à suivre une voie hostile aux syndicats. Mais la grève des ouvriers des chantiers navals Boel, à Tamise, a prouvé qu’il pouvait en être autrement : une délégation syndicale combative et démocratique, en front uni, bénéficie du soutien de tous les travailleurs. Cette expérience a convaincu Ludo d’aborder le débat pour changer de ligne politique. Pas d’antisyndicalisme, mais un renforcement des forces progressistes au sein même du syndicat. Il s’agit de protéger le mouvement syndical contre les attaques de la droite et de l’establishment et de tirer un enseignement des expériences et corriger les erreurs.
La contre-révolution de velours
Dans les années 1960, les jeunes fondateurs du PTB ont assisté à l’effritement progressif des principes marxistes en Union soviétique. Ils ont vu le régime s’éloigner du peuple et s’octroyer de plus en plus de privilèges. Ils ont vu la solidarité internationale s’évaporer au profit d’une politique de conciliation avec l’impérialisme. Le révisionnisme du Parti communiste de l’Union soviétique était fustigé et cela a souvent débouché sur de vifs débats avec le Parti communiste belge. Sous l’influence de la Chine, on est même allé jusqu’à prétendre que l’Union soviétique s’était irrémédiablement engagée sur la mauvaise voie et qu’elle avait adopté un comportement impérialiste. Lorsqu’au milieu des années 1980, à Moscou, le débat est lancé, Ludo n’a pas hésité à réexaminer de manière critique les idées du parti. Il a continué de critiquer le statisme du système et l’érosion des principes, mais a proposé une analyse de la réalité plus nuancée, qui ne se limitait pas à une analyse simpliste ou gauchiste. Si le capitalisme réussit à réellement s’introduire en Union soviétique, c’est une catastrophe non seulement pour les millions de personnes qui vivent à l’Est, mais aussi pour le mouvement ouvrier chez nous, disait-il. C’est là le principal constat du livre « La contre-révolution de velours », un ouvrage qui offre une analyse minutieuse de cette révolution « douce » qui s’opère à l’Est. Si dans d’autres livres et articles, Ludo a défendu les réalisations des différents pays socialistes qui, selon lui, étaient remarquables et exemplaires, il cherchait également à savoir quelles sont les causes de la dégradation qui a mené à l’effondrement du socialisme à l’Est. Ces analyses ont contribué à aider les communistes du monde entier à dresser le bilan de la première expérience en matière de construction du socialisme dans l’histoire contemporaine. Cette position se retrouve également à la base de l’organisation annuelle du Séminaire Communiste International, un événement qui, en cette époque de mondialisation, a pour objectif de contribuer à faciliter les échanges entre partis communistes et à renforcer le mouvement communiste mondial.
Travailler avec des personnes qui ont des idées différentes
Ses principes, Ludo n’y a jamais renoncé. A Louvain, il a appris à diriger un grand mouvement. Il a appris à conclure des alliances, à travailler avec des gens qui ont des idées différentes des siennes. Lorsqu’en 1986, le quotidien De Morgen se trouvait dans les difficultés jusqu’au cou, il a lancé un appel à soutenir le journal et a décidé d’engager tout le parti dans cette campagne. Même si de nombreuses personnes ne partagaient pas les opinions de Ludo, tous ont été témoins du respect dont il a fait preuve dans la coopération. Cela a également été un fil conducteur pour ses actions au sein du parti. Ne jamais fuir la discussion, toujours rester calme (une tranquillité qui fait grimper certains au plafond), mais en même temps toujours avoir des arguments et remettre en question ses idées. Une divergence d’opinion est une divergence d’opinion, rien de plus. Ludo a toujours cherché une manière d’offrir à chacun la place qui lui permet de donner le meilleur de lui-même. Il était convaincu que le fait d’être capable de travailler avec des personnes issues de milieux différents et dotées de capacités différentes a permis à notre organisation de rester unie, alors que la plupart des organisations nées après Mai 68 ont disparu au bout de quelques années en raison de tensions et conflits internes.
Lors des différents congrès du parti, Ludo Martens a toujours été réélu président. Non seulement pour ses mérites, mais aussi pour les projets et les impulsions avec lesquels il a orienté le parti. Il était un homme profondément ambitieux. Pourtant, en 1999, il a demandé à la direction du parti s’il pouvait concentrer ses activités militantes au Congo. Cela a été l’occasion de permettre à d’autres camarades de diriger le parti. Entre 1999 et 2003, le parti a été sous la direction de Nadine Rosa-Rosso, secrétaire générale. En 2004, le parti a été dirigé par la Direction Journalière composée de Baudouin Deckers, Lydie Neufcourt et Peter Mertens. En 2008, Peter Mertens est élu nouveau président du parti par le congrès.
Ce qui est sans doute moins connu, c’est que Ludo a lui-même posé la première pierre pour le renouveau du parti. En 1999, avant de partir pour le Congo, après les mauvais résultats électoraux du PTB, il a rédigé une étude considérable sur le sectarisme profondément ancré à l’époque au PTB. Selon lui, le parti devait se défaire de son attitude de donneur de leçons et du « j’ai toujours raison ». Il devait devenir un parti moderne, ouvert, sans renier ses principes. C’est le renouveau qui a été approfondi entre 2004 et 2008, aboutissant au 8e Congrès du PTB. Depuis lors, le PTB a grandi jusqu’à atteindre aujourd’hui 4 500 membres.
Congo : rendre l’Histoire à ceux qui la font
Derrière l’apparence parfois sévère de Ludo se cachait un homme toujours ouvert à toutes les expériences de toute la planète. C’est d’ailleurs dans des discussions avec les étudiants latino-américains de Louvain que Ludo et la génération de gauche d’alors ont appris à connaître la lutte de Che Guevara et les expériences de Mao Zedong dans la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme. Cette solidarité internationale inconditionnelle, qui s’est exprimée pleinement aussi dans la solidarité avec le peuple vietnamien, était une caractéristique de Ludo. Le leader étudiant des années 1960, qui avait les capacités de se faire une carrière bourgeoise (et, parmi ses compagnons de route de Mai 68, plus d’un a fini par prendre cette voie), a fait le choix d’une vie simple. Il ne s’est pas laissé séduire par les gros salaires ou par les signes extérieurs de richesse. Son regard était à la mesure du monde, son style de vie était modeste.
Il en est de même au Congo, où il a passé depuis 1999 ses dix dernières années de vie active. En 1968, le jeune Ludo était déjà convaincu que nous avons, en tant que révolutionnaires et anticolonialistes, le devoir de soutenir la libération du peuple congolais. Le colonialisme belge a été particulièrement cruel ; il n’avait donné aux Congolais aucune possibilité de faire des études. C’est une des sources de la situation catastrophique de ce riche pays d’Afrique. Le manque de cadres a permis à Mobutu de créer dans sa période au pouvoir une couche de politiciens corrompus qui étaient toujours disposés à livrer à des entreprises occidentales les richesses de leur pays. Ludo s’est engagé dans l’aide active à la libération. Il a soutenu des Congolais qui cherchaient à sortir leur pays du marasme ; il les a aidé à retrouver confiance en eux-mêmes, à regarder avec fierté leur propre histoire, à redécouvrir le passé révolutionnaire du Congo. Il a voulu rendre l’Histoire à ceux qui la font. C’était l’objectif de ses livres sur Pierre Mulele, sur Léonie Abo et sur Laurent Désiré Kabila, dont les experts reconnaissent le sérieux et les opposants la redoutable efficacité. La maladie l’a, hélas, empêché d’achever ce travail. Maintenant, c’est malheureusement à nous de rendre l’Histoire à Ludo. Mais ses livres, les organisations qu’il a aidé à mettre sur pied et les milliers de militants qu’il a inspirés dans le monde forment une base solide pour continuer la lutte de libération.
Commémoration le 26 juin
La cérémonie de commémoration aura lieu le dimanche 26 juin de 11 h à 13 h à l’Auditorium du Passage 44, boulevard du Jardin Botanique, 44, 1000 Bruxelles.
L'Avenir (Kinshasa-RDC) :: "Ludo Martens a tiré sa révérence"
Un des rédacteurs en chef d'un des journaux les plus lus à Kinshasa rend hommage à l'ex-président et fondateur du PTB.
Joachim Diana G.
Le président du Parti du Travail Belge (Ptb), Ludo Martens n’est plus. Le Che européen a quitté ce monde le 5 juin dernier à 1 heure, heure de Bruxelles. Comme tout homme qui aura passé l’essentiel de son temps sur cette terre des hommes à rendre service, il n’a pas eu une mort agitée. C’est un saint homme dont le témoignage d’amour pour les autres n’a pas besoin d’une longue enquête pour reconnaître ses mérites à ciel ouvert avant de le « canoniser ». Ludo Martens s’en est allé paisiblement sans transition entre le sommeil et la mort. Son corps est gardé à la morgue de Ste Gertrude à Bruxelles.
Le programme des obsèques sera rendu public dans les heures qui viennent. A Kinshasa où Ludo Martens est un fils du pays à la manière de Ernesto Che Guevara à Cuba, il est prévu également une manifestation, une « messe » des nationalistes de la gauche congolaise. Tous ceux qui ont aimé et travaillé avec Ludo Martens lui rendront les derniers hommages. Ce sera l’occasion de dire à tous ceux que Ludo Martens a encouragés et soutenus dans leur foi dans la lutte anti-impérialiste, que Ludo est mort, mais il est vivant parmi nous dans la lutte contre la domination et les inégalités. Son exemple, selon lequel on peut vivre pour les autres, doit servir de serment à la chancelante lutte anti-impérialiste en Rdc. Ludo est un témoignage de vie pour quiconque recherche la meilleure façon de se mettre au service d’une vie meilleure pour tous.
Campagne de diabolisation
Pour son engagement au Congo, il a eu à supporter des coups qu’il a encaissés en lieu et place de nous Congolais parfois distraits par l’événementiel et le bassement matériel. Dans ce monde dominé par des intérêts égoïstes, très peu comprenaient pourquoi ce blanc au cœur noir avait quitté son pays pour vivre dans les quartiers populaires de Kinshasa. En effet, Ludo a vécu à Matonge et avait son champ d’action à Masina, à Kimbaseke, au Camp Luka, bref dans la périphérie périphérique de Kinshasa. Pour certains, il venait chercher fortune. « Pauvres fous qui croient que rien n’est grand parce que eux-mêmes sont petits ». Ces critiques, ces insinuations, venaient essentiellement des milieux de la presse belge dont le but inavoué était de démobiliser autour de Ludo Martens en le diabolisant. Combatif, il a eu à remettre les auteurs de ces insinuations à leur place : « Il ne me serait jamais venu à l’esprit de demander le moindre centime à un pays qui a été pillé, ruiné et anéanti par l’Occident et son bichon Mobutu. Le responsable des finances du Parti du Travail de Belgique sait que mon travail au Congo coûte plus de 300.000 francs par an, payés par les cotisations des travailleurs, infirmières, employés, professeurs et médecins belges… ».
Un homme des cités populaires
En effet, il s’installait toujours un centre d’attraction, partout où s’installait Ludo Martens. Car, il savait créer une vie publique pour une bonne éducation politique. Ludo Martens apprenait, en effet, aux Congolais à se fabriquer une armure contre toute forme d’exploitation. Il les aidait à aller de l’assistance à la libération. Cette lutte ne pouvait pas plaire à ceux qui voulaient créer en Rdc les conditions d’assistance permanente et éternelle, donnant ainsi aux Congolais l’image dramatique d’un mendiant qui se sert d’un bol en or massif pour demander de l’aumône. Pour ce faire, Ludo Martens a travaillé dur sous le soleil caniculaire de Kinshasa ou d’autres provinces de la Rdc. Il fait ici son propre témoignage : « J’ai donné des dizaines de conférences dans les quartiers populaires de Kinshasa, de Kikwit et de Lubumbashi.
En trois ans, j’ai donné quelque 20 heures d’interviews aux deux télévisions nationales et à celles de Lubumbashi et Kikwit ». Ludo Martens n’a jamais eu des gardes même pendant des périodes troubles où il n’était pas facile d’être blanc dans les rues de Kinshasa. Son discours accroche au point de devenir subversif pour les partisans du néocolonial, parmi lesquels Huismans à qui Ludo Martens fait cette remarque : « Monsieur Huismans peut aller demander, à peu près partout au Congo, ce que les gens des « cités » pensent de mes exposés. Si cela le tente, il pourrait organiser une confrontation entre son informateur « congolais » Mayele et moi-même, dans n’importe quel quartier populaire de Kinshasa. Il verra ce qui inquiète le plus « les Congolais » : mon analyse de la guerre au Congo ou le rôle que le sieur Mayele a joué en faveur des agresseurs rwandais… ». Et Ludo de poursuivre : « Huismans s’est également entretenu avec un « coopérant » qui prétend qu’à Kinshasa et Lubumbashi, Ludo Martens « excite contre les Belges, et surtout contre les Américains, les jeunes chômeurs qui suivent des formations dans les Comités du Pouvoir populaire ». Suite à ces « excitations » de ma part, des « jeunes en colère » auraient « agressé des journalistes belges qui accompagnaient Louis Michel » aux funérailles de Kabila ». Comme on le voit Ludo Martens, prophète de la lutte anti-impérialiste, a été plus d’une fois, le bouc-émissaire des valets du néocolonialisme dont l’arme, on s’en souvient, c’est la diabolisation en touchant la corde sensible de l’opinion impérialiste. C’est ainsi que, dans un pays où les dirigeants affichaient les attitudes anti-impérialistes, il fallait un bouc-émissaire, quelqu’un pour payer à la place de tous.
Ludo n’a jamais eu besoin de s’offrir en martyr, mais en combattant contre toute injustice, même celles qui le frappaient lui. Il s’inscrit en faux contre certaines critiques : « J’ai écrit des centaines de pages et tenu des dizaines de conférences autour d’un seul thème central. Le Congo se trouve aujourd’hui dans une situation de destruction presque complète et de misère criarde parce que, depuis son indépendance, il a toujours été dominé et exploité par les multinationales et banques occidentales. Parce qu’il a été dirigé par des politiciens congolais qui n’ont donné qu’une façade noire à la continuation du contrôle par l’impérialisme. Le Congo ne sortira de l’enfer inhumain dans lequel il est plongé aujourd’hui que lorsqu’il aura mis en place un pouvoir politique nationaliste fort. Ce n’est qu’en organisant et en mobilisant toute la population que l’on assurera l’indépendance et la souveraineté du Congo et que l’on pourra entamer un développement économique qui résoudra vraiment les problèmes économiques et culturels des masses populaires ».
Le discours de Ludo Martens sur base d’une conscience historique lucide, est différent de celui de tous ceux qui réfléchissent au jour le jour, au gré de ce qu’ils ont dans le ventre, ceux qui font aujourd’hui une critique à la surface sur la situation de la Rdc. Autant Ludo Martens était convaincu par le travail politique, l’homme peut tout changer le destin de son pays, jusqu’à soulever des montagnes, autant il avait conscience des obstacles à franchir face à l’impérialisme à la peau dure et aux impérialistes sans cesse aux aguets contre tout discours de changement. Que son âme repose en paix.
Ludo Martens, mémoire de la gauche congolaise, a disparu
Colette Braeckman, journaliste au Soir, rend hommage à l'ex-président et fondateur du PTB, sur son blog.
Colette Braeckman
A première vue, Ludo Martens qu’une longue maladie vient d’emporter, avait tout du moine : la sobriété de l’existence, la rigueur de l’engagement politique, l’obstination dans sa recherche intellectuelle et journalistique. D’autres diront sans doute ce que furent ses débuts d’étudiant d’extrême gauche ; sa présidence du PTB (parti du travail de Belgique) sera analysée par les militants, les amis et les adversaires, ses choix politiques seront étudiés par les historiens des mouvements progressistes en Belgique.
Mais pour les Congolais et ceux qui s’intéressent à l’Afrique, Ludo Martens est surtout l’auteur d’ouvrages qui sont devenus des références et qui retracent la vie et le combat de Pierre Mulele ainsi que l’existence de son épouse Léonie Abo. Il fallait avoir une mentalité de moine pour pouvoir retracer ainsi, minutieusement, sur des centaines de pages, l’itinéraire de Pierre Mulele, le plus résolu, le plus dénigré et le plus prophétique des compagnons de Patrice Lumumba. Avec patience, Ludi Martens a retrouvé et fait parler les témoins de l’époque, retracé les circonstances de la trahison dont Mulele fut la victime, décrit le militantisme de son épouse et la dureté de ses conditions de vie durant la période glaciaire du mobutisme, où tous les espoirs des Congolais furent mis en hibernation…
Dans son dernier et monumental ouvrage, consacré à Laurent Désiré Kabila et la révolution congolaise, Ludo Martens a édifié une véritable cathédrale de papier à la mémoire du président assassiné, retraçant son idéologie et décrivant ce « pouvoir populaire » qu’il voulut institutionnaliser, décrivant avec force détails sa vie en exil puis les circonstances de son retour au pouvoir. Les historiens classiques butineront dans l’œuvre de Ludo Martens nombre d’informations de première main, les militants y trouveront matière à se révolter ou à s’engager davantage, les Congolais y découvriront des fragments occultés de leur histoire…
L’œuvre de Ludo Martens n’était pas seulement intellectuelle : dans ce pays où il résida longtemps, il tissa de nombreux liens, ouvrit de nombreux esprits et sut transmettre son amitié militante et son savoir. Lorsqu’un homme tel que Ludo Martens vient à disparaître, on peut craindre que s’engloutissent des pans entiers de l’histoire. Heureusement cet homme talentueux et scrupuleux à la fois avait eu le soin de coucher dans des livres et des dossiers l’essentiel de son savoir. Une autre histoire du Congo est ainsi demeurée disponible et perpétuera sa mémoire…
http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2011/06/07/ludo-martens-memoire-de-la-gauche-congolaise-a-disparu/
Togo: Bob Akitani est décédé le 16 mai 2011 dans sa 81e année
Bob Akitani est représentatif non seulement d’une famille politique, mais de toutes les luttes, de tous les sacrifices, de toutes les aspirations du plus grand nombre de citoyens togolais au cours de ces quarante dernières années. Il incarne les valeurs fondamentales de la démocratie et des droits de l’Homme et aura à assumer des responsabilités éminentes et historiques, au quotidien, dans la pratique, au plus haut niveau de l’Etat, dans un pays qui a passé des décennies dans les ténèbres de l’autocratie et de l’obscurantisme. Il rassure au plan moral et a d'énormes défis à relever à ce niveau. Nous aurons l’occasion de revenir sur l’enjeu majeur que constituent les questions éthiques dans notre pays où la décadence morale a atteint, sous l’impulsion du pouvoir, des proportions réellement tragiques pour l’avenir du pays de nos aïeux.
Bob AKITANI Bob Emmanuel Akakpovi est né le 18 Juillet 19030 à Aného dans la Préfecture des Lacs. De nationalité togolaise il est marié et père de cinq enfants. Il est Ingénieur à la retraite.
1- Etudes Secondaires - Diplômes obtenus Bac. 1ère partie (Série Moderne) en 1949 à Paris (France) Bac. 2ème partie (Série Maths Elémentaires) en 1950 à Paris
2- Etudes Supérieures en France : 1950 - 1959 2.1- 1950-1951: Classe de Maths Supérieures au Lycée Henri IV à Paris 2.2- Universitaire - Facultés des Sciences : Paris et Poitiers Diplôme: Licencié ès-Sciences Mathématiques (équivalence actuelle. Maîtrise de Mathématiques) 2.3- Grande Ecole: ENSP.M. (Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs) A Rueil-Malmaison; Option : Forage et Exploitation des Gisements Diplôme. Ingénieur E.N.S.P.M (Promotion 1959)
3- Activités Professionnelles 3.1- Sept 1959 - Déc. 1960: Ingénieur de Forage à la SPS (Société des Pétroles du Sénégal)Société Privée filiale de la BP - France au Sénégal 3.2- Fonction Publique Togolaise: 3 21- Janv 1961 - Nov. 1969 : Directeur Adjoint puis Directeur des Mines et de la Géologie N.B. Stage dans les mines: 6 (six) mois (Avril - Oct. 1964) au Québec (Canada) et au Chili 32.2- de 1963 à 1969 : Co-Directeur du Projet des Nations-Unies de Recherches Minières et des Eaux Souterraines 32.3- Nov. 1969 - Mars 1974 : Conseiller Technique du Ministre des Mines 32.4- Mars 1974 - Mars 1981 : Membre du Directoire (Secrétaire Général) de la CT.M.B. devenue O.T.P. (Office Togolais des Phosphates) 3.3- Alors « Ingénieur de Classe Exceptionnelle du Cadre des Fonctionnaires des Mines et de la Géologie », désirant s'occuper autrement, sur sa demande, est retraité de la Fonction Publique à compter du 1er Jan 1983 3.4- Actuellement, Directeur de SARIV, une SARL opérant dans le domaine de l'Energie Solaire
4- Langues écrites et parlées: Français - Anglais
Cadre Politique 1- dans les années 1950, en France : - militant de l'Association des Etudiants Togolais en France (" Jeune Togo") ; - militant de la Fédération des Etudiants d" Afrique Noire en France ("FEANF") ; 1957 - 1958 . Président du "Jeune Togo" ; c'est à son initiative qu'une délégation des Etudiants a été envoyée oeuvrer aux côtés des Partis Nationalistes au Togo lors des historiques élections législatives du 27 Avril 1958.
2- rentrée au Togo en Déc. 1960 , membre et militant du Parti "UNITE TOGOLAISE" à partir de Février 1961 ;
3- militant et membre fondateur du Parti Union des Forces de Changement (U.F.C.), dont il était actuellement Premier Vice-Président et candidat à l'élection présidentielle de 2005.
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Togo: Bob Akitani est décédé le 16 mai 2011 dans sa 81e année
Bob Akitani est représentatif non seulement d’une famille politique, mais de toutes les luttes, de tous les sacrifices, de toutes les aspirations du plus grand nombre de citoyens togolais au cours de ces quarante dernières années. Il incarne les valeurs fondamentales de la démocratie et des droits de l’Homme et aura à assumer des responsabilités éminentes et historiques, au quotidien, dans la pratique, au plus haut niveau de l’Etat, dans un pays qui a passé des décennies dans les ténèbres de l’autocratie et de l’obscurantisme. Il rassure au plan moral et a d'énormes défis à relever à ce niveau. Nous aurons l’occasion de revenir sur l’enjeu majeur que constituent les questions éthiques dans notre pays où la décadence morale a atteint, sous l’impulsion du pouvoir, des proportions réellement tragiques pour l’avenir du pays de nos aïeux.
Bob AKITANI Bob Emmanuel Akakpovi est né le 18 Juillet 19030 à Aného dans la Préfecture des Lacs. De nationalité togolaise il est marié et père de cinq enfants. Il est Ingénieur à la retraite.
1- Etudes Secondaires - Diplômes obtenus
Bac. 1ère partie (Série Moderne) en 1949 à Paris (France)
Bac. 2ème partie (Série Maths Elémentaires) en 1950 à Paris
2- Etudes Supérieures en France : 1950 - 1959
2.1- 1950-1951: Classe de Maths Supérieures au Lycée Henri IV à Paris
2.2- Universitaire - Facultés des Sciences : Paris et Poitiers
Diplôme: Licencié ès-Sciences Mathématiques (équivalence actuelle. Maîtrise de
Mathématiques)
2.3- Grande Ecole: ENSP.M. (Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs) A Rueil-Malmaison; Option : Forage et Exploitation des Gisements
Diplôme. Ingénieur E.N.S.P.M (Promotion 1959)
3- Activités Professionnelles
3.1- Sept 1959 - Déc. 1960: Ingénieur de Forage à la SPS (Société des Pétroles du Sénégal)Société Privée filiale de la BP - France au Sénégal
3.2- Fonction Publique Togolaise:
3 21- Janv 1961 - Nov. 1969 : Directeur Adjoint puis Directeur des Mines et de la Géologie
N.B. Stage dans les mines: 6 (six) mois (Avril - Oct. 1964) au Québec (Canada) et au Chili
32.2- de 1963 à 1969 : Co-Directeur du Projet des Nations-Unies de Recherches Minières et des Eaux Souterraines
32.3- Nov. 1969 - Mars 1974 : Conseiller Technique du Ministre des Mines
32.4- Mars 1974 - Mars 1981 : Membre du Directoire (Secrétaire Général) de la CT.M.B. devenue O.T.P. (Office Togolais des Phosphates)
3.3- Alors « Ingénieur de Classe Exceptionnelle du Cadre des Fonctionnaires des Mines et de la Géologie », désirant s'occuper autrement, sur sa demande, est retraité de la Fonction Publique à compter du 1er Jan 1983
3.4- Actuellement, Directeur de SARIV, une SARL opérant dans le domaine de l'Energie Solaire
4- Langues écrites et parlées: Français - Anglais
Cadre Politique
1- dans les années 1950, en France :
- militant de l'Association des Etudiants Togolais en France (" Jeune Togo") ;
- militant de la Fédération des Etudiants d" Afrique Noire en France ("FEANF") ;
1957 - 1958 . Président du "Jeune Togo" ; c'est à son initiative qu'une délégation des Etudiants a été envoyée oeuvrer aux côtés des Partis Nationalistes au Togo lors des historiques élections législatives du 27 Avril 1958.
2- rentrée au Togo en Déc. 1960 ,
membre et militant du Parti "UNITE TOGOLAISE" à partir de Février 1961 ;
3- militant et membre fondateur du Parti Union des Forces de Changement (U.F.C.), dont il était actuellement Premier Vice-Président et candidat à l'élection présidentielle de 2005.