Notes de lecture
Et si Marx avait raison ? Tome 1 par Marco Wolf l’Harmattan 2010 252 pages
Contre les excès du libéralisme
Le marxisme, voilà qu’on le proclamait dépassé. La chute du mur de Berlin, suivie de deux ans plus tard par la fin de l’Union soviétique, était censée lui avait porté un coup de grâce. Mais Marx n’est pas responsable des crimes commis par des régimes bureaucratiques ou nationalistes qui se réclamaient abusivement de lui.
Le capitalisme ; de son côté, n’a pas changé de nature depuis un siècle’, contrairement à ce qu’on veut nous faire croire. Et la course au profit fait actuellement planer la menace d’une catastrophe à la fois économique et écologique, qui a peut-être déjà commencé.
Pour en finir avec ce système économique de plus en plus fou et irresponsable, il est temps de redécouvrir le marxisme – le vrai,( .....)
La crise des crédits immobiliers aux Etats-Unis s’est transformée en crise financière internationale. Mais la crise n’est pas restée cantonnée dans le monde de la finance. Partout dans le monde, des vagues de licenciements et de fermetures d’entreprises ont déferlé pendant toute cette année, succédant à ceux des années précédentes.
Contrairement à ce qui s’est passé en 1929, les gouvernements des pays industrialisés sont intervenus massivement, à partir de 2008, pour colmater les brèches du système. Partout les banques centrales ont volé au secours des banques privées, à coup de dizaines, puis de centaines de milliards d’euros ou de dollars – des chiffres qui donnent le tournis, et qui n’ont aucune signification concrète pour le commun des mortels.
L’interventionnisme étatique débridé pourrait surprendre, de la part de gouvernements qui ne juraient que par le libéralisme il y a peu, répétant à qui mieux que la meilleur façon de régler les problèmes était de laisser agir les lois du marché ;
Mais ces mêmes gouvernements sont allés bien loin dans le reniement de leur credo libéral. Eux qui privatisaient tant qu’ils pouvaient dans la période précédente, les voilà devenus des adeptes de la nationalisation, totale ou partielle, dès qu’une grande banque est menacée de faillite.
Le libéralisme n’a plus la cote. Un autre mot était devenu tabou ces dernières années : capitalisme. Il n’était plus question que de libéralisme, un terme qui était censé faire meilleur effet en jouant sur l’amalgame avec la liberté politique. A la longue, c’est pourtant l’inverse qui s’est produit, et le mot ‘libéralisme’ est devenu péjoratif pour la plupart des gens, synonyme de privatisation, dérèglement, démantèlement des services publics et remise en cause des acquis sociaux.
Les critiques contre les ‘excès’ en matière de libéralisme ne font que reprendre aujourd’hui ce que des comme Stieglitz écrivent depuis plus de dix ans : ’L’économie de marché, pour bien fonctionner, a besoin de lois et des règlements qui assurent une concurrence équitable, défendent l’environnement, protègent les consommateurs et investisseurs afin qu’ils ne soient pas volés’. (Joseph Stieglitz, quand le capitalisme perd la tête, Fayard p. 131)
L’intervention de l’Etat dans l’économie capitaliste est aussi vieille que le capitalisme lui-même.
Le livre de Patrick Artus et Marie-Paule Virard porte le titre prémonitoire Le capitalisme est en train de s’autodétruire. (La Découverte).
Ce prix Nobel d’économie rêve d’un capitalisme raisonnable, qui saurait ‘coopérer et se compléter’ avec l‘Etat. Artus et Virard, eux, rêvent de restaurer un capitalisme de l’âge d’or (qu’on a du leur conter dans leur enfance).
La crise actuelle n’est pourtant pas la première du genre, même si on n’en avait plus connu d’aussi grave depuis 1929. Les crises économiques accompagnent en fait le capitalisme depuis deux siècles et sont un des traits caractéristiques de cette forme d’économe.
On nous explique sur les médias que ce que nous sommes en train de vivre est fondamentalement une crise financière, qui va malheureusement se répercuter sur l’économie réelle et a même déjà commencé à leur faire. Mais c'est le genre d’explication qui n’explique rien. L’économie réelle avait donné de nombreux signes de mauvaise santé non seulement avant le krach boursier d’octobre 2008, mais même avant la crise des ‘subprimes’ de l’été 2007. La crise financière actuelle est autant une conséquence de cette mauvaise santé que la cause du marasme économique à venir dans les mois et les années qui viennent.
Là où les meilleurs économistes bourgeois, malgré toute leur science et leur familiarité avec le monde des affaires, en restent à l’aspect extérieur des phénomènes, le marxisme a l’incomparable avantage d’aller au fond des choses et de dévoiler les mécanismes internes de l’économie capitaliste dont la crise n’est que la conséquence ultime.
Il arrive que des économistes chevronnés, voire des grands patrons, le reconnaissent eux-mêmes, loin des oreilles indiscrètes. Le magazine économique Challenges, peu suspect de sympathies pour le marxisme, publiait ainsi en décembre 2007 une interview de Pascal Lamy, directeur de l’Organisation mondiale du commerce, reconnaissant que ‘Personne depuis Marx n’a inventé une analyse de la même importance et que ses travaux fournissent une parfaite boîte à outils intellectuelle pour analyser le capitalisme de marché d’aujourd’hui’. Même hommage de la part d’Alain Minc, ex-patron d’Air Industries et de Saint-Gobain, grand apôtre du libéralisme et de la déréglementation, affirmant dans la même revue que le marxisme donne ‘la meilleure explication du capitalisme d’aujourd’hui’.
Avant eux, Jacques Attali, ancien conseiller de Mitterrand passé au service de Sarkozy, s’est fendu d’un livre, Karl Marx ou l’esprit du monde,( Editions Fayard)dans lequel il dit sa fascination pour ‘la précision de sa pensée, la force de sa dialectique, la puissance de son raisonnement, la clarté de ses analyses’ et bien d’autres choses encore.
Hélas pour ces représentations du grand patronat, Marx ne s’en pas tenu même qu’il aurait été communiste.
Le principal mérite de l’économie de marché, paraît-il, est que ses lois reproduisent celles de la nature : la lutte de chacun contre tous, le droit du plus gros à manger le plus petit, le droit du plus faible à disparaître pour permettre à l’évolution de continuer ; et même précarité contre laquelle l’humanité se débat depuis ses origines.
Depuis ses origines, l’humanité s’est éloignée de la nature. Trop même, disent certains. Heureusement, le Medef est là aujourd’hui, pour nous en faire redécouvrir les lois et les enseignements.
L’intervention de l’Etat dans l’économie capitaliste est aussi vieille que le capitalisme lui-même – elle a commencé avant même la révolution industrielle. Sous Louis XIV, Colbert s’est rendu célèbre par sa politique de commandes publiques aux manufactures, de subsides à l’exportation et de taxes à l’importation. L’Angleterre n’a pas tardé à emboîter le pas à la France dans cette voie, et c’est avec le soutien de l’Etat que l’industrie britannique s’est développée au XVIIIe siècle, à l’abri de barrières protectionnistes dont les dernières seront abolies qu’en 1846.
Le Japon a fait encore mieux : l’industrialisation y a été réalisée par l’Etat lui-même sous l’ère du Meiji, dans le dernier tiers du XIXe siècle, avant que les entreprises créées ne soient revendues à des actionnaires.
Plus récemment, des aciéries géantes ont été créées et gérées par les Etats taïwanais et sud-coréen, pourtant fidèles alliés des USA et peu suspects de sympathies pour le socialisme.
Aux Etats-Unis, de la seconde guerre mondiale à la fin des années 1950, l’informatique fit ses premiers pas grâce au financement de l’Etat, des universités et de l’armée.
De l’Afrique à l’Asie, ce ne sont que des militaires au pouvoir comme au Pakistan ou en Birmanie, monarchies d’un autre âge comme en Arabie Saoudite, présidents à vie comme au Gabon, ou Parti unique à la mode stalinienne.
Comme en Chine, au Vietnam et en Corée du Nord. Partout la presse est muselée, les sites Internet surveillés, les opposants persécutés, les associations réduites au silence.
Même dans les pays qui peuvent donner l’apparence d’une certaine démocratie, comme l'Inde ou le Sénégal, ce n’est qu’une façade le plus souvent.
Tout le monde le sait, la corruption est la gangrène qui ronge les pays du Tiers-Monde. Du haut en bas de la société, du ministre au policier et du douanier au président, tout passe par le bakchich et le dessous-de-table.
Ce qui implique qu’en sens inverse chacun se fasse taxer, du simple citoyen qui a besoin d’un papier administratif à la multinationale qui veut signer un contrat.
Comme la nature a horreur du vide, il a bien fallu cependant remplacer le sortant par un produit nouveau. Pas tout à fait nouveau en fait, mais bon. Ca s’appelle le lobbying. Ca nous vient des USA comme son nom l’indique. Et ça n’a rien à voir ave la corruption.
C’est le gouvernement qui fabrique des clandestins. La lutte contre l’immigration, clandestine ou pas, n’est qu’un thème démagogique visant à courtiser la fraction la plus réactionnaire de l’électorat en spéculant sur ses préjugés.
Le marché n’est en fait que le régulateur de l’économie capitaliste
L’expression ‘classe ouvrière’ a une connotation restrictive en français, puisque le mot ‘ouvrier’, au sens moderne du terme, désigne celui qui travaille en usine, dans un atelier ou sur un chantier.
Chez Marx en revanche, qui écrivait en allemand, le mot utilisé était arbeiterklasse, littéralement ‘classe travailleuse’. Et s’il en va de même en anglais, où l’expression équivalente est working class… ce qui n’empêche pas des salariés anglais ou américains de se présenter aujourd’hui dans les interviews comme middle class.
On nous a pourtant rabâché pendant des années que la notion de classe sociale était dépassée, simpliste, réductionniste. Mais finalement non. C’est seulement pour la classe ouvrière qu’il en est ainsi. Pas pour la classe moyenne. La classe moyenne n’est plus ce qu’elle était.
Les crises capitalistes sont des crises de surproduction. Non pas que l’économie produise trop dans l’absolu, hypothèse absurde quand près de la moitié de l’humanité vit en dessous du seuil de pauvreté. Mais c’est justement cette pauvreté qui pose problème, en limitant la demande solvable de produits de la consommation pendant que les capacités de production, elles, ne cessent d’augmenter. Cette contradiction éclate périodiquement, lorsque des secteurs de l’économie se retrouvent avec sur les bras des stocks de marchandises invendues et invendables.
On nous vante à longueur d’année les vertus de l’économie de marché. Le marché n’est en fait que le régulateur de l’économie capitaliste. Et la principale ‘vertu’ de cette régulation-là est de s’exercer après-coup, avec un décalage dans le temps pouvant atteindre des mois, voire des années. Même un défenseur de l’économie capitaliste comme Joseph Stieglitz : ’Une théorie simpliste conçoit le système économique comme un mécanisme autorégulateur : quand l’offre dépasse la demande, le prix baisse, ce qui réduit l’offre, et vice-versa. Ce type d’ajustement existe, mais il n’a pas lieu en douceur ni sans coût.’ (op, cité, p, 154)
A l’heure de la mondialisation, l’économie capitaliste reste plus que jamais marquée par cette contradiction entre ses capacités de production quasi illimitées d’un côté, et de l’autre les limites étroites de la consommation dues au faible pouvoir d’achat d’une grande partie de l’humanité.
C’est donc une parfaite ineptie que de présenter notre époque comme celle de la ‘société de consommation’, même dans les pays développés. Certes, cette société-là n’en finit pas de nous créer des besoins artificiels et de nous allécher avec de nouveaux gadgets. Elle a développé le gaspillage comme aucune autre civilisation auparavant.
La consommation, la satisfaction des besoins, n’est en rien le moteur de l’économie capitaliste. Et il n’est guère plus juste de parler à son sujet d’’économie de marché’. Le marché n’est qu’un intermédiaire dans le cycle des affaires. Le seul et unique but de cette forme d’économie, son ‘moteur’ donc, c’est le profit. C’est la course au profit qui pousse en tous lieux et par tous les temps à la réduction des salaires – ou aux délocalisations vers les pays à bas salaires, ce qui revient au même.
Ce livre bien écrit et au style alerte est un magasin d’idées fort pertinentes sur le sort qui est fait injustement à la pensée de Karl Marx.
Amady Aly DIENG
PAR HAMIDOU DIA, ECRIVAIN PHILOSOPHE
Recension du livre d’Ousmane Camara
CONTRIBUTION - M. Ousmane Camara, premier procureur de la république africain, vient de publier aux éditions Karthala ses mémoires, livre préfacé par le Doyen Amadou Aly Dieng, son ami d’enfance et compagnon de lutte en France.
Ce livre, que j‘ai lu avec une passion et un plaisir non feints, est remarquable à tous points de vue :
Il constitue un document précieux pour les historiens certes mais surtout pour les jeunes générations. En effet ces mémoires apportent un éclairage singulier à l’histoire politique du Sénégal de ces cinquante dernières années au moment où l’Afrique noire ex française fête le cinquantenaire de son indépendance.
Procureur général lors du procès Mamadou Dia, Ousmane Camara livre des informations précieuses et inédites sur ce procès, cette crise politique majeure qui a si tragiquement hypothéqué la marche victorieuse du Sénégal vers l’émergence. En effet, sur la question controversée de la tentative du coup d’état, sa réponse est sans équivoque : Si Mamadou Dia et ses proches (Babacar Ba, Valdiodio Ndiaye) ont commis beaucoup d’irrégularités constitutionnelles avec une surprenante désinvolture au nom de la primauté (non écrite) du Parti sur l’Etat), ils n’ont jamais tenté un coup d’Etat. Aussi lors du procès le procureur général, non seulement n’a requis aucune peine, mais a demandé l’acquittement pur et simple de Valdiodio Ndiaye et surtout d’Ibrahima Sar sur qui ne pesait aucune charge sérieuse.
Ancien militant du syndicalisme étudiant aussi bien au Sénégal qu’en France (il a fait partie de la direction de la FEANF) et des mouvements politiques d’émancipation politique et de lutte contre le colonialisme et pour les indépendances (il a fait partie du RDA et du PAI), le juge africain donne des indications précieuses sur ces années de braise.
Enfin, homme politique qui a fini par intégrer l’UPS en ralliant le Pouvoir, malgré la « muette désapprobation » de son ami d’enfance et compagnon de lutte, Amadou Aly Dieng qui était plutôt de l’autre côté de la barricade, et y occuper de hautes fonctions (procureur, directeur de la sureté, ministre, premier président de la Cour Suprême) le double natif de Diourbel et de Kaolack nous donne une vision plus précise des années Senghor et Diouf.
Les Mémoires d’Ousmane Camara constituent un gisement inépuisable qui permettront, à coup sûr, de mieux affiner notre Mémoire collective, en ces périodes difficiles de confusion politico-idéologique difficilement lisibles et de grandes inquiétudes en ce qu’elles montrent qui si l’histoire semble parfois se répéter ce n’est jamais sous forme d’ipséité mais d ‘analogie ; elles permettront de mieux déchiffrer nos réalités actuelles à cause de leur brûlante actualité.
On ne saurait épuiser dans une simple recension les facettes multiples de ce livre passionnant, agréable. Ce livre, par ailleurs foisonnant de multiples anecdotes parfois croustillants – autant de lucioles dans la nuit – de portraits inattendus de notre personnel politique civil et militaire dont nous découvrons des aspects inédits : Senghor, Dia, Abdoulaye Wade, Valdiodio, Babacar Ba, Boissier-Palun, Amadou Aly Dieng, Cheikh Hamidou Kane, Tamsir Ba, Jean Alfred Diallo, Amadou Fall, Iba Der Thiam, etc. Sans compter les figures attachantes de Ndiaye Sy sa protectrice et mère d’Iba Der, Ogo Kane Diallo et Ba Aly Ciré.
Personnellement, j’ai fait une grande découverte, car il semble que nos révolutionnaires de naguère, même s’ils s’étripent en prochinois ou prosoviétiques sont d’abord et avant tout des nationalistes.
En écrivant ses Mémoires, l’auteur n’avait certainement pas de prétentions littéraires mais force est de reconnaitre la qualité de la langue, parfaitement maitrisée, l’humour, l’auto-dérision par endroits et le style enlevé de l’écriture.
Avant de lire ses Mémoires, mes sentiments pour l’auteur, nourris de préjugés – celui qui a trahi le marxisme – étaient mitigés et puis il y avait dans mon souvenir cet épisode, non relaté dans le livre. Étudiants de l’AESF et militants de la Feanf, nous avions d’abord occupé le Consulat dirigé par Doudou Sala Diop, pour occuper ensuite, le 4 novembre 1980, notre ambassade à Paris, Monsieur Cissé étant ambassadeur. La discussion entre Amadou Kane (actuel PDG de la Bicis) chargé des affaires sociales et Ousmane Camara, réveillé en pleine nuit, fut orageuse. Le ministre fut intransigeant. Nous fumes brutalement délogés à 2h du matin par les forces françaises de l’ordre. Mais il y a prescription, Doyen !
Par son parcours, qui recoupe par bien des aspects celui des gens de sa génération, Ousmane Camara a mérité de la Nation. Des personnalités de son envergure ont une dette envers nous et surtout les jeunes de maintenant qu’ils ne pourront apurer qu’en écrivant leur mémoire. Je songe, entre autres, à Cheikh Hamidou Kane, Amadou Mactar Mbow, Daniel Cabou, etc.
Pr. Hamidou Dia (Ph.D) Ecrivain et philosophe
PAR BABACAR FALL
La catastrophe imminente et les moyens de la conjurer.
CONTRIBUTION - Quel est le scénario catastrophe ? Nonobstant l’avis du conseil constitutionnel, Wade se présente et est élu. Il y aura des émeutes et de la violence, mais au final l’occident se résoudra à traiter avec lui. Il tiendra parce que l’appareil répressif d’Etat lui restera fidèle.
L’environnement géopolitique du Sénégal avec Al Qaïda à nos portes dans le Sahel fera que personne n’aura intérêt à une déstabilisation de ce qui restera de nos institutions même pourries par Wade.
Le Sénégal restera le Sénégal. Je suis sûr que les hommes d’Etat présents dans l’opposition s’accommoderont de quelques mois, quelques années de Wade, vieux et malade en espérant lui succéder après. Les puissances occidentales le leur demanderont.
Cela s’appelle du réalisme politique.
Et les affaires mondiales fonctionnent ainsi. Ce qui nous guette de pire, quelque soit le prochain président, c’est la crise économique ; scénario catastrophe.
Le tarissement des flux de capitaux nets ainsi que le poids de l’endettement massif auquel ce pouvoir a recouru pour financer ses projets mégalomaniaques va très vite se faire sentir.
Qui peut croire que la petite économie sénégalaise, tiendra quand la note triple A de la France sera dégradée par les agences de notation ? Qui peut croire que la parité fixe imposée à notre monnaie qui corsète notre économie et qui la protège aussi actuellement des bourrasques économiques mondiales tiendra en 2012 ?
Quel formidable échec de la GOANA, faite de rapines, de captations et de prédations des terres villageoises que la disette qui s’annonce dans les mois à venir dans les campagnes sénégalaises. La soudure sera effroyable de souffrances dans maints foyers dans les campagnes sénégalaises
Il en est de l’économie comme du reste, à la fin il faut que quelqu’un paie. Dans notre malheur, le rétablissement du fonctionnement normal de l’Etat ivoirien n’arrange pas nos affaires. Les capitaux et les investissements étrangers se tourneront vers ce pays. Il deviendra plus intéressant de prêter à la Côte d’Ivoire avec son pétrole, son cacao et ses autres productions agricoles plus demandées sur les marchés mondiaux.
Nous sommes perdants à tous les niveaux dans la compétition/comparaison avec la Côte d’ivoire
Ainsi va la mondialisation financière.
De quelque côté que l’on se tourne, l’avenir et l’héritage que nous réserve Wade et son clan sera brutal.
Dans ces conditions, le visage que donne l’opposition sénégalaise est pathétique. Et à ce rythme, elle ne tiendra pas la distance dans la campagne de chien annoncée par Wade et son clan. Elle finira en lambeaux et ce quelque soient les péripéties qui peuvent survenir après la décision du conseil constitutionnel.
Il faut faire comme si Wade était le candidat et faire campagne avec ce paramètre.
Il y a deux erreurs à ne pas faire dans une campagne électorale et l’opposition y est tombée à pieds joints.
La première, suivre les événements et de ne plus rien maîtriser des thèmes de l’actualité.
La seconde être inaudible.
Sur ces deux chapitres, l’opposition est au fond du trou. Si nous voulons gagner il faut en sortir très vite.
Et faire un choix stratégique. S’adresser au peuple souverain sénégalais. Lui seul fera l’élection. Elle ne se fera ni dans les « grands places modernes » que sont devenu les radios et télévisions. Elle ne se fera pas non plus entre Benno et Benno. Elle ne se fera pas non plus entre Moustapha, Maky, Ibrahima qui se parlent entre eux.
Quand on entre en campagne et surtout celle-ci on évite l’entre soi, on ouvre en grand portes et fenêtres et on écoute le peuple. Croyez-vous que les sénégalais connaissent Barthélemy Diaz ? Ils l’ont vu à la télé (pour les chanceux ceux qui en ont) brandir ses pistolets, jouer les bravaches. Et pour finir offrir à Wade, l’occasion de nous divertir et de railler l’opposition d’être incendiaire et irresponsable. L’effet sera dévastateur auprès de nos mamans, sœurs et cousines, frères et amis. Posez leur la question : elles vous répondront que le Sénégal et les sénégalais ne veulent que la paix. C’est une valeur éminente dans notre panthéon quelque soit la région du pays.
Le M23 a beaucoup apporté à la jeunesse urbaine de Dakar, en terme de perspectives politiques. A tous égards son rôle est comparable en Europe et aux Etats Unis au mouvement des Indignés.
Il a ouvert un débouché et offert un espace d’apprentissage de la démocratie à beaucoup d’entre eux. La déclaration lue le vendredi 23 à la place de l’Obélisque est un modèle de positionnement républicain. Sans risque de me tromper, je pense que l’espace qu’ils ont ouvert a évité des dérives violentes et orienté une grande masse de jeunes à penser jusqu’à présent, que la démocratie et l’élection au suffrage universelle est le meilleur des régimes. Mais le M 23 ne fera pas l’élection. C’est une illusion trompeuse. Le nombrilisme dakarois est un piège aussi mortel que celui que Wade nous a tendu avec cette affaire B.Diaz.
L’élection ne se fera pas non plus à coups de concours de génuflexion à Touba, Tivaouane, Kaolack ou ailleurs. Je n’ai pas vu ou entendu un citoyen sénégalais dire qu’il attend le ndigeul de son marabout pour voter. Notre peuple a changé, il a admirablement intégré le suffrage universel, un homme une voix.
Le virus de la démocratie comme la vieille taupe a frappé et ne lâchera plus.
Que faire ?
Croire à l’intelligence du peuple souverain en démocratie. Dire ce que l’on va faire s’il nous accorde ses suffrages. Une élection quelque fois se noue dès le début de la campagne.
François Hollande a gagné les primaires à gauche, en parlant de ce qu’il allait faire malgré les tombereaux d’injures et de calomnies qui lui sont tombés dessus. Malgré l’affaire DSK- il est établi qu’il y a eu plus d’articles dans la presse écrites et audiovisuelles françaises et mondiales sur le sujet que sur l’attentat du 11 septembre-, il continue à devancer le candidat Sarkozy dans les sondages.
La leçon à en tirer c’est qu’une campagne se fait avec un ou deux messages avec lesquels on sature l’opinion et l’actualité.
Ensuite on ne parle pas de l’adversaire, on se tient à son message, qu’on répète s’il le faut mille fois. Beaucoup se rappelle tous les campagnes mémorables de Senghor dans le monde paysan. Un seul mot d’ordre, une seule proposition répétée et reprise tout le temps sur le prix du quintal d’arachides.
Demandez aux ménagères de Dakar, aux paysans, aux chauffeurs de taxi, aux tailleurs, aux mécaniciens, aux enseignants, aux policiers, aux employés domestiques, à nos frères et sœurs ce qu’ils souhaitent.
Ils ne vous parleront pas de Wade spontanément, ni de Karim. Ils vous parleront de la vie chère de l’électricité et de la soudure dans les campagnes sénégalaises.
Ils voteront pour celui qui saura les rassurer et les convaincre qu’il est le meilleur candidat.
Oubliez Wade, les sénégalais connaissent mieux que nous son bilan. Parlez-leur de votre programme Moustapha, Ibrahima, Maky. En quelques mots simples.
Laisser le microcosme journalistiquee à ses débats et à ces sujets. Si ce que vous dites au peuple sénégalais est compris et s’il y adhère la presse le reprendra. C’est une loi de la communication politique.
Quand Chirac en 1995 reprend le thème de la fracture sociale dans sa campagne, tout le monde se moquait de lui. En dehors de quelques sociologues avertis personne n’avaient l’étude de la Fondation Saint-Simon. Ce thème lui a permis de se positionner contre la gauche et Balladur comme le candidat des classes populaires. Il a gagné à la surprise générale.
Les mêmes causes produisent souvent les mêmes effets.
Alors il est temps pour les candidats dont j’estime la probité et la stature morale d’homme d’Etat, capables de battre Wade ou un autre candidat de rechange, de s’y mettre. Vite.
Sortir de Dakar, aller partout, parler et écouter les sénégalais à Kaolack, Thiès, Ziguinchor, Saint Louis…. Finir dans la banlieue dakaroise
Le temps en campagne est très court et on ne rattrape jamais ce qu’on a perdu au début.
Babacar FALL babfall33@gmail.com
PAR BABACAR FALL
Jeunes sénégalais, soyez réalistes, demandez l’impossible
CONTRIBUTION - Ce qui se joue sous nos yeux marquera assurément la décennie sénégalaise à venir. Sans qu’il soit besoin d’être exhaustif, dans la sociologie politique du Sénégal actuel, on peut observer deux dynamiques qui travaillent les rapports sociaux dans notre pays. Il s’agit de la transformation en profondeur de la jeunesse et de l’évolution du monde paysan.
Nous reviendrons plus longuement sur les paysans sénégalais dans une autre contribution. Remarquons simplement qu’il y a eu peu de travaux d’envergure sur le sujet, à la suite de la thèse mémorable de Pierre Pélissier « Paysans du Sénégal » qui a marqué des générations de géographes sénégalais.
Nous ne sommes pas très nombreux ceux qui ont remarqué des similitudes entre la situation de la Tunisie et celle du Sénégal. En dehors de l’effet journalistique habituel pour faire le buzz.
Le débat tunisien, sur son modèle de développement, ses réponses au chômage des jeunes pour un pays sans richesse minière, son système éducatif, sa constitution, la neutralité de l’Etat, la place des femmes est extrêmement riche. La révolution tunisienne a ouvert la voie à beaucoup de remise en cause pas seulement en Tunisie, mais sur tout le continent africain. C’est aussi cela la mondialisation, la circulation des idées à la vitesse des réseaux sociaux.
Jeunes diplômés
La révolution tunisienne a démarré avec l’immolation d’un jeune marchand ambulant de fruits et légumes, qui malgré un diplôme est réduit à cette survie par l’absence d’emploi fixe pour aider sa mère. « Toute ressemblance avec des personnages existant ou ayant existé serait fortuite et indépendante de la volonté de l’auteur. » C’est ce qui écrit dans les génériques de film.
Qui ne connait pas des situations comparables dans notre pays ?
La génération des étudiants des années 80 a connu les maîtrisards chômeurs qui ont fondé des boulangeries, des fabriques de glaces alimentaires, des garages auto. .. Certaines de ces expériences ont réussi, d’autres ont laissé des montagnes de dettes et resteront insolvables toute leur vie. Tout au plus, ils étaient quelques centaines en comptant très large.
Ils sont aujourd’hui, en y incluant ceux qui font leurs études à l’étranger, des milliers de jeunes diplômés (Masters 1 ou 2, MBA, Ingénieurs, médecins, pharmaciens..) qui arrivent sur le marché du travail chaque année.
A l’exception de quelques grands groupes dans les télécoms, les banques ou les assurances, ils ne trouveront aucun emploi correspondant à leur qualification, dans les conditions de la gestion libérale de l’économie par Wade, son clan et sa famille. Il leur reste l’expatriation vers le Canada, la France (que C.Guéant, Ministre de l’Intérieur, vient de fermer), les Etats Unis… Quel gâchis ! Quand on pense au coût économique de chacun de ces cursus « supportés » par les maigres ressources de la nation.
La nouvelle jeunesse urbaine diplômée
L’explosion de la démographie scolaire résulte de plusieurs facteurs dans notre pays dont l’accélération du développement des banlieues autour de Dakar et l’accès au système éducatif de néo-urbains. Ces néo-urbains qui, chaque jour grossissent les quartiers périphériques de Dakar boostent le système scolaire, de santé, de transport constituent la nouvelle ressource humaine, politique et économique du pays.
La jeunesse issue des villes périphériques de Dakar constitue la très grande majorité des diplômés.
La politique libérale la confronte dès sa sortie d’écoles, de centres de formation, d’université à la réalité du maigre marché de travail sénégalais où elle se retrouve en concurrence avec les enfants de la classe moyenne mieux intégrés dans les réseaux sociaux parentaux. Avec un capital social plus faible, elle est de fait, dans une position moins favorable pour négocier son intégration socioprofessionnelle.
Le désir de promotion sociale et professionnelle des jeunes dits de banlieue est entravé par des rapports sociaux qui les enferment dans ces territoires périphériques de Dakar. Et désormais, de façon pernicieuse, la société urbaine toute entière leur assigne le stigmate de gens de banlieue et les y enferme. Et cet amalgame auquel nous avons tous succombé, renvoie à toutes les images stéréotypées : drogues, violences, mal de vivre.
Alors que la notion de banlieue désignant des territoires ségrégués, dans les univers urbains occidentaux, n’a, à vrai dire, rien à voir avec ces villes nées dans les années 70 de l’extension de la conurbation dakaroise au-delà de l’autoroute.
Mais comme en occident, les banlieues sont tout autant une question urbaine concrète (les territoires relégués des grandes villes) qu’une construction mentale, abstraite (là où sont supposées habiter les classes pauvres).
L’opinion publique a retenu ce dernier aspect..
Et les habitants de Pikine, Guédiawaye, Parcelles, ont intégré cette image stigmatisée de leurs territoires. Pourtant elle est riche d’inventivité, de création, d’élans collectifs, d’engagements et de richesse culturelle. Le RAP, le formidable développement des écuries de lutte, ainsi que les proclamations identitaires qui les accompagnent font écho à cette assignation de stigmate, par un exercice que l’on appelle le retournement du stigmate. Qui n’a pas compris cela ne comprendra pas les conditions sociologiques de la constitution du mouvement M 23.
Peut être auront-ils une lecture différente des conditions de leur constitution, mais c’est cela qui fait la richesse du débat intellectuel. Les partis, mouvements politiques, le gouvernement, tout le monde a été littéralement soufflé par ce surgissement inattendu d’un mouvement qui a réussi à agglomérer la jeunesse urbaine diplômée de Pïkine, de Parcelles, de Guédiawaye et la jeunesse urbaine des classes moyennes dakaroises. Dans la jungle de la gestion libérale, gangrenée par la corruption et le népotisme a surgi un mouvement, expression de la jeunesse urbaine qui s’oppose, à la compétition sociale entre les jeunes eux-mêmes, au « NO FUTURE » qu’on veut leur imposer.
Ce mouvement a constitué une réponse sociale et politique au système organisé des prébendes au travers des multiples agences pour l’emploi des jeunes créées par le régime, qui a siphonné littéralement tous les flux de capitaux de la coopération internationale et du budget national destiné à cette jeunesse urbaine.
Les errements d’un vieux gâteux et de son clan ont fait le reste, dans sa tentative de rapt électoral du 23 juin, qui l’a installé au cœur du débat démocratique.
Il reste que M 23 n’est pas toute la jeunesse.
Celle des ateliers mécaniques, de menuiserie métallique et bois qui par génération spontanée occupent l’espace public. Celle des marchands ambulants, qui harcèlent les automobilistes de marchandises « tombés » des containers du port de Dakar, des marchés de nuit de Colobane, Gueule Tapée, Grand Yoff.
Ce n’est pas non plus cette multitude de jeunes des écuries de lutte que l’on voit courir, défiler fièrement derrière leur champion à l’occasion d’un combat de lutte. Ces jeunes et ceux des quartiers de la médina à Dakar nous renvoient à l’échec des modèles de développement tant antérieurs, qu’actuels. Cette jeunesse-là, c’est celle de la misère de nos arrières cours (familiales et urbaines), à qui aucune perspective n’est offerte.
Il reste que dans les statistiques dont on peut disposer, ces jeunes sont inscrits sur les listes électorales, démontrant ainsi l’adhésion aux perspectives que peut offrir la démocratie : le pouvoir choisir ses dirigeants. Le paradoxe, c’est aussi qu’à force d’être marginalisée, cette jeunesse a fini par créer à ses marges une société parallèle avec ses codes, son langage, ses valeurs, d’individualisme, de consumérisme, de relativisme, apparaissant comme la nouvelle classe dangereuse, tout autant qu’elle montre une formidable appétence à l’engagement collectif.
Ce n’est pas non plus cette jeunesse rurale, pour ce qu’il en reste encore dans la campagne sénégalaise, hors du système scolaire moderne et de l’instruction publique et du maigre service public en milieu rural.
Mais le M23 en reste l’expression politique et sociale la plus aboutie. Dans ce contexte, l’opposition n’a jamais su avoir le bon positionnement vis-à-vis de ce mouvement. Elle s’en est même, quelque fois fait le porte parole. Confiant ainsi un rôle politique (au sens de candidat au suffrage universel) à un mouvement qui, par essence, est social (au sens d’organisation).
Le jour où le M23 prétendra au suffrage universel, il changera de nature. Les jeunes citoyens qui le composent feront certainement des choix politiques différents et adhéreront chacun à des organisations et partis politiques. Il ne faut pas lui prédire cet avenir, parce qu’il en a un autre autrement plus éminent, celui de VIGIE DEMOCRATIQUE, des promesses et engagements politiques des candidats à la présidentielle.
La faillite de notre système démocratique de représentation a atteint un tel point de non retour, qu’il nous faut inventer des outils de reconstruction d’un système de participation civique.
Le réalisme politique nous oblige à anticiper la décision à venir du conseil constitutionnel qu’elle quelle soit.
Pour gagner, l’opposition doit s’adresser à la jeunesse. Elle fera l’élection comme en 2000. Lui faire des propositions, lui offrir un programme, une perspective d’avenir.
Ils (ça fait référence à qui ou à quoi ce « elles ») doivent être soumis à la critique, à l’expérimentation sociale, discutés, amendés avec tous les jeunes. Tout le monde le sait, la jeunesse n’attend pas qu’on lui promette la lune. Il est fini le temps où il fallait réinventer le monde à chaque élection. Le Sénégal est un pays pauvre, sa richesse sera la qualité de son système éducatif et de formation.
L’investissement dans la qualification de sa main d’œuvre est le meilleur atout de notre pays.
La création musicale de la jeunesse sénégalaise est parmi les plus riches du continent. Il peut en être de même dans les autres domaines, de l’activité industrielle, de l’artisanat, des nouvelles technologies. A condition d’en créer les conditions de sécurité juridique, d’environnement des affaires et d’ingénierie financière.
Notre pays dispose de compétences avérées dans tous ces domaines sur le territoire national et dans sa diaspora.
On dira à notre jeunesse : SOYEZ REALISTES, DEMANDEZ L’IMPOSSIBLE. C’est à notre portée, à condition que Vous Moustapha, Ibrahima, Macky y croyez.
Babacar FALL babfall33@gmail.com
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LES CONDITIONS QUI SOUS-TENDENT DES ÉLECTIONS DÉMOCRATIQUES AU TOGO EN TANT QUE FACTEUR DE PAIX DURABLE
INTRODUCTION
Les élections démocratiques en Afrique relèvent le plus souvent du vœu pieux: la norme que les régimes antidémocratiques imposent à leur peuple est un mélange de mascarade et de tragi-comédie sur fond de répressions sanglantes, d’exodes massifs des populations, d’affrontements tribaux et de chasses à l’homme dont les démocrates, les opposants et les défenseurs des droits humains sont les cibles. Dans beaucoup d’États, l’adhésion à la démocratie est une ruse vulgaire des régimes autocratiques militaires ou civils des anciens partis uniques ou des anciens opposants soi-disant démocrates ayant accédé au pouvoir, pour satisfaire à certaines normes politiques et conditionnalités financières internationales avec la complicité passive ou active des États démocratiques occidentaux, éternels donneurs de leçons de démocratie. L’incapacité des dirigeants adeptes de la démocrature - c’est-à-dire une dictature qui se cache sous l’apparence d’institutions démocratiques - à respecter les lois qu’ils se sont eux-mêmes donné, explique les paradoxes politiques d’un continent qui est devenu, à son corps défendant, un laboratoire de l’anti-démocratie et du fascisme tropicalisé des Guides et autres Timoniers et tout récemment de leurs rejetons, les «babies présidents» au pouvoir.
La théorie n’est jamais plus éclairante que lorsqu’elle se base sur des exemples concrets comme nous allons le faire en les prenant au Togo en particulier et en Afrique en général en guise d’illustrations de nos propos. Nous ne pouvons ignorer le contexte sociopolitique propre à chaque pays pour comprendre les difficultés à asseoir la démocratie et organiser des élections crédibles.
Pour faire comprendre à quel point de tels régimes criminogènes constituent un grave danger pour les peuples qu’ils ont pris en otage, nous allons articuler notre raisonnement autour des points suivants: 1) consensus ou imposition de la démocratie, 2) un système électoral vicié, 3) des menaces pour la paix et le développement.
1. CONSENSUS OU IMPOSITION DE LA DÉMOCRATIE
La démocratie est un régime politique qui a la particularité de fixer ses propres limites dans la loi à travers une constitution, les conditions d’accession au pouvoir par le suffrage des citoyens et le vivre-ensemble par l’égalité de tous devant la loi. Les dirigeants et les institutions caractérisées par leur indépendance sont les garants de la loi. C’est dire le rôle capital que jouent la justice et donc les institutions d’arbitrage des élections dans le régime démocratique.
Dans les États où la démocratie n’est pas le fruit d’un consensus mais d’une imposition alors que les tenants de l’ancien régime n’ont pas désarmé, le processus démocratique est parfois des plus chaotiques et se signale par une longue traînée de sang et d’indicibles souffrances pour des peuples martyrs face à des bourreaux psychopathes d’une rare cruauté. En effet, qui dit consensus dit acceptation d’une même règle du jeu. C’est comme un match de football qui verrait s’affronter deux équipes dont chacune obéirait à une règle différente et dont l’arbitre, de surcroît, serait un joueur de l’une des équipes, celle du pouvoir opposée à celle de l’opposition. Imaginez le résultat du match dans tous les cas de figures!
Les créateurs de la démocratie ont compris très tôt que le pouvoir donné aux citoyens d’élire les dirigeants de leur choix dans une compétition équitable et transparente, est non seulement une expression de la souveraineté du peuple qui est son propre maître mais aussi une soupape de sûreté qui lui permet de vider ses frustrations pacifiquement au lieu de recourir aux coups d’État et aux rébellions contre le système dont il n’aurait pas la possibilité de changer les dirigeants qui lui déplaisent à travers le vote démocratique. Changer les dirigeants, n’est pas changer le système. Voter aux élections et participer aux affaires de la cité sont des formes d’expression de la citoyenneté qui depuis la révolution française, font du citoyen un acteur de son histoire et non plus le spectateur passif de cette histoire.
Si nous prenons le cas du Togo, qui est un cas d’école, la mère des lois, la constitution, est systématiquement bafouée par la dictature militaire au pouvoir depuis 1967. Elle n’est évoquée que lorsqu’elle arrange les intérêts de l’équipe dirigeante arcboutée sur des méthodes rétrogrades d’une autre époque. La seule différence réside dans le passage d’une dictature monopartisane à une dictature qui tolère le multipartisme pour s’octroyer une fausse légitimité démocratique. Et pourtant les Togolais savent tous aujourd’hui que le multipartisme n’est pas la démocratie.
En réalité, quel sens peuvent avoir des élections organisées par une dictature qui se maintient au pouvoir de façon illégale à la force du fusil? Que valent des bulletins de vote face aux fusils qui décident du vainqueur d’une élection présidentielle? Lorsque les élections deviennent une formalité, un prétexte pour légitimer un régime illégitime quels que soient les résultats sortis des urnes, l’on est en droit de se poser des questions et de trouver les bonnes réponses. Or si la crise, provoquée par le blocage du processus démocratique par la dictature militaire dont le Rassemblement du Peuple Togolais n’est que la branche civile, perdure au Togo, cela est dû aux mauvaises réponses des politiciens de l’opposition davantage mus par l’opportunisme que par l’intérêt du peuple.
Il ne faut pas tomber dans l’angélisme, un système politique, quel qu’il soit, peut être imposé par la force. Les démocraties les plus illustres que nous connaissons sont apparues après de longues et âpres guerres civiles comme ce fut le cas en France, en Grande Bretagne et aux États-Unis d’Amérique qui ont éliminé d’anciens régimes rétrogrades comme l’absolutisme monarchique, le servage, la colonisation et l’esclavage. Dès que les rapports de force ont changé et que le système démocratique est accepté, le droit doit être le fondement de la règle du jeu. Si nous observons dans certaines démocraties que des chefs d’État, des premiers ministres et des ministres sont convoqués devant les tribunaux pour y être jugés pour corruption ou forfaiture, c’est parce que force reste à la loi dans tous les cas.
Au Togo, la corruption des dirigeants bat tous les records et pourtant, aucun n’a jamais été présenté devant les tribunaux et aucun procureur n’osera jamais le faire s’il ne reçoit l’ordre exprès du chef du pouvoir exécutif. L’ONU et Transparency International ont organisé, en vain, avec le premier ministre du gouvernement, en juin 2008, un atelier pour la mise en œuvre de la Convention des Nations Unies contre la Corruption. En effet, selon le rapport annuel de l’organisation anticorruption Transparency International, le Togo a été classé 111e/180 parmi les pays les plus corrompus et en 2010, 134e/178, c’est-à-dire qu’il a fait partie des 44 pays les plus corrompus au monde! Dans ce cas de figure, la justice est utilisée comme instrument de règlement de comptes pour écarter un citoyen auquel on en veut ou un politicien devenu gênant pour le régime en place. La Commission Nationale de lutte contre la Corruption et le Sabotage Économique mise en place par le régime Eyadema, en est la parfaite illustration: les grands voleurs de la république ont l’impunité tandis que les inquisiteurs titillent le menu fretin tout en violant le code pénal et les droits de l’Homme à travers des incarcérations arbitraires!
En disant cela, nous ne nous éloignons pas de notre sujet. La formule suivante peut résumer la situation: «Dis-moi comment fonctionne le droit dans ton pays et je te dirai quel type d’élection tu organises».
Lorsque, en 1991-1992, les constituants ont introduit dans la nouvelle constitution de l’ère démocratique le verrou du second mandat présidentiel, c’est-à-dire que le chef de l’État élu n’est pas autorisé à se présenter à plus de deux mandats de cinq ans, c’était en connaissance de cause, compte tenu d’un passé politique traumatisant qui avait vu un individu confisquer le pouvoir pendant plus de vingt-quatre ans avec l’espoir d’y demeurer à vie. Ce qui fut le cas puisque le dictateur est mort dans son lit après trente-huit ans d’un règne sanguinaire et liberticide. La république fut même dévoyée puisqu’il fit offrir le pouvoir à l’un de ses fils par le clan Gnassingbe et l’état-major de l’armée comme dans une monarchie héréditaire. Politiquement, la régression renforçait le régime féodal dans lequel le monarque n’a soi-disant de comptes à rendre qu’à Dieu dont il tient sa légitimité. Eyadema n’a-t-il pas toujours dit: «Si ce que je fais est mal, que Dieu m’arrête!»? Dieu et non pas le peuple ou les institutions!
La situation paradoxale du Togo est des plus curieuses: ce sont des antidémocrates notoires nourris à la mamelle du parti unique et de la dictature militaire qui prétendent piloter une démocratie. La démocratie est d’abord une affaire de démocrates. C’est une conviction que l’on doit défendre et respecter. L’on ne bâtira pas de démocratie sans démocrates. De la démocratie, nous avons une caricature grossière, bouffonne et corrompue.
La culture de l’impunité instaurée par le régime dynastique sape les fondements du droit et transforme le Togo en un État mafieux qui œuvre à la paupérisation du peuple. L’organisation de la corruption par le pouvoir, qui permet aux policiers, gendarmes, militaires, magistrats et autres fonctionnaires véreux de rançonner impunément la population, n’offre aucun recours aux victimes des rackets. Seuls les commerçants ont la possibilité de répercuter les frais du racket sur le coût de leurs marchandises aux dépens des pauvres citoyens qui en deviennent les victimes collatérales par la réduction drastique de leur pouvoir d’achat.
La démocratie qui s’installe dans l’impunité, le déni du droit et la misère généralisée s’expose aux pires dangers. La bonne qualité de la gouvernance sociale et économique est inséparable de la démocratie soucieuse d’une équitable redistribution des richesses. C’est à cet aspect de la gouvernance que le peuple est le plus sensible. Les dirigeants fascistes le savent très bien qui décident de voler ses suffrages lors des joutes électorales pour ne pas être sanctionnés. C’est dire qu’ils estiment toujours ne pas avoir de comptes à rendre au peuple. Cette attitude ne dure que tant que les fusils servent de béquilles au pouvoir en place dont les affidés maîtrisent tout le système électoral et par conséquent l’organisation d’élections frauduleuses.
2. UN SYSTÈME ÉLECTORAL VICIÉ
Faire une politique qui refuse la démocratie, suppose la mise en place d’une organisation bien rôdée pour faire face avec efficacité aux échéances électorales perçues par les antidémocrates comme des dangers pour leur pouvoir usurpé. Que les périodes électorales soient des moments de manifestations politiques, de violence et de violations massives et répétées des droits de l’Homme, ne constituent pas une surprise pour l’observateur averti.
Après avoir testé le système électoral démocratique et perçu le pouvoir énorme qu’ont les électeurs de sanctionner les gouvernants, les ennemis de la démocratie ont décidé de travestir le système pour en truquer les résultats.
Depuis 1993, date de la première élection présidentielle pluraliste, face aux contre-mesures de l’opposition qui a vite fini par comprendre le mécanisme des fraudes électorales, le régime a essentiellement focalisé sa stratégie autour de deux fonctions, à ses yeux, capitales dans le système de contrôle et de proclamation des résultats. Il s’agit d’avoir à sa botte des individus pour présider la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI) et la Cour Constitutionnelle. L’une proclame des résultats truqués et l’autre les valide. Qui ne se souvient du triste sire, président de la Cour Constitutionnelle de la Côte d’Ivoire, qui valida d’abord la fraude du dictateur Laurent Gbagbo pour ensuite valider l’élection de son opposant Lassana Ouattara après la chute du despote? Comment un juriste digne de ce nom peut-il justifier cette forfaiture? C’est dire le peu de crédit que peut avoir une justice instrumentalisée grâce au bon vouloir de magistrats corrompus et indignes dont la vraie place est en prison. La prévarication du petit juge ivoirien a valu plus de trois mille morts à son pays.
Au Togo, le 26 avril 2005, dès la proclamation des résultats fantaisistes du putsch électoral de Faure Gnassingbe, tout le pays s’enflamma d’indignation et de rage. Selon le rapport de la mission d’établissement des faits de l’Organisation des Nations Unies, présidée par le Sénégalais Doudou Diène, qui vint au Togo, à la demande de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme, l’état-major des Forces Armées Togolaises (FAT) renforça de deux mille militaires les milices du RPT, le parti au pouvoir, face aux milices de l’opposition. En 2005, pendant l’élection présidentielle togolaise, un film est passé en boucle sur toutes les télévisions et les sites internet du monde entier montrant un militaire togolais qui piquait un cent mètres olympique, une urne volée dans un bureau du quartier Bè, sous un bras!
Au Togo, les Forces Armées Togolaises demeurent un acteur majeur de la politique et des processus électoraux. Ses dirigeants perçoivent le vote libre des électeurs comme une atteinte à leur pouvoir usurpé, donc à leurs privilèges. À chaque élection organisée au Togo, des militaires se transforment en agents électoraux du parti au pouvoir ou du dictateur. Ils collent des affiches, battent campagne, utilisent le matériel roulant de l’armée pour transporter le bétail électoral, intimident les militants de l’opposition, empêchent la tenue de leurs meetings et les violentent en toute impunité. Les domiciles de certains officiers sont transformés en quartiers généraux de campagne du RPT. Dans ces conditions, la neutralité de l’armée n’a plus aucun sens. C’est un non-sens!
La compétition électorale effraie tous ceux qui ont peur de la démocratie. La compétition pour eux signifie affrontement les armes à la main. Tous les coups sont permis pour demeurer au pouvoir par tous les moyens, à tout prix!
Les populations togolaises qui vivent d’habitude en bonne intelligence, sont manipulées, embrigadées, intimidées par les mots d’ordre tribalistes qui fusent du côté du pouvoir et du côté de l’opposition. L’on fait croire aux uns que leur survie physique et économique dépend de la présence d’untel au pouvoir ou à l’assemblée nationale; aux autres dont les frustrations sont exacerbées à dessein, l’on fait croire que demain on rasera gratis lorsque leur tour sera venu d’occuper le pouvoir. Les politiciens de tous bords créent une atmosphère de vendetta peu propice à la paix et à l’avènement d’une nation au sein de l’État togolais. Point de programme dans les campagnes électorales. Rien que du dénigrement et des intimidations.
Les partis politiques, au lieu de faire de l’éducation à la démocratie en faveur de leurs militants, cultivent plutôt le clientélisme sur fond de rumeurs et de mythes visant à disqualifier les adversaires et déifier des leaders charismatiques. Même dans les bureaux de vote, il arrive que les délégués de l’opposition ne comprennent pas bien le processus de vote. Souvent, faute de vrais militants aguerris, ils recourent aux premiers venus contre des promesses de per diem. Le résultat ne se fait pas attendre: achat des délégués, incompétence, complicité de fraude. Il n’est pas rare que des partis qui ont pourtant des délégués dans des bureaux de vote aient zéro voix dans ces bureaux-là parce que leurs propres délégués n’ont pas voté pour eux! C’est le prix du clientélisme.
La culture démocratique pâtit de la course au pouvoir qui se moque de l’éducation civique du peuple. La démocratie interne au niveau des partis connaît souvent un grave déficit. C’est toujours le président-propriétaire qui a raison même quand il a tort. Le parti est son fonds de commerce. Ce qui importe, ce ne sont pas les débats mais l’opinion et l’humeur du président-propriétaire. Et gare au membre de l’organe dirigeant qui l’oublie! Il se fait vertement rappeler à l’ordre. Dans les organes dirigeants, c’est aussi le clientélisme qui prévaut autour du leader. Ceux qui ont des idées et les expriment sont parfois marginalisés voire écartés. C’est l’omerta! La loi du silence! Certaines élections internes sont entachées de magouilles et les délais de renouvellement des instances dirigeantes ne sont pas respectés, non par faute de moyens, mais par pur opportunisme lié aux humeurs capricieuses du cher leader.
Les antidémocrates se recrutent aussi au sein de l’opposition même quand elle se prétend démocratique. L’absence de culture démocratique renforce les tares du système électoral togolais à plusieurs niveaux: - Le fichier électoral: il n’est pas fiable faute de recensements périodiques de la population et du sabotage délibéré dont il fait l’objet. Le nom d’un électeur d’un bureau de vote peut être transféré dans un bureau se trouvant à une dizaine de kilomètres de son domicile: il ne le saura jamais et ne pourra donc pas voter. Il n’est pas rare de constater dans certaines zones, que la liste des électeurs dépasse celle de toute la population. Elle doit en principe être mise au jour chaque année pour intégrer les jeunes électeurs ayant l’âge de voter et radier les morts en cas d’élection surprise liée au décès ou à la démission du chef de l’État ou à la dissolution anticipée du parlement. Par exemple, lors des législatives du 14 octobre 2007, le fichier électoral ne présentait aucune garantie de fiabilité, même si les efforts de l’opposition ont mis en évidence un gonflement exagéré du fichier qui recensait 3600000 électeurs pour la présidentielle de 2005. Deux ans plus tard donc, le même fichier contenait 2975000 électeurs pour les législatives. Ce qui signifie que le système de fraude du régime militaire avait ajouté 700000 électeurs fictifs pour l’élection présidentielle sanglante et frauduleuse du 24 avril 2005; - le bulletin de vote: en raison de l’achat des bulletins de vote des adversaires, que l’électeur acheté ou menacé ne doit pas introduire dans l’urne, par les candidats aux élections, la parade la plus sûre en la matière est le bulletin de vote unique sur lequel figurent les noms et les logos de tous les candidats que la plupart des États africains ont fini par adopter. Il doit être maintenu en attendant le vote électronique en usage dans certains pays occidentaux et qui permet de proclamer les résultats quelques heures après la fermeture des bureaux de vote. - le mode de scrutin: le mode de scrutin à deux tours propre au régime semi-présidentiel copié sur le modèle français, a été modifié unilatéralement par le parlement RPT par pur opportunisme, le régime étant conscient d’être très minoritaire dans l’opinion. L’absence de référendum confirme la ruse d’un pouvoir dont l’existence repose entièrement sur la force et l’arbitraire. - la composition de la Commission Électorale Nationale Indépendante (CENI):la composition de l’organe chargé d’organiser les élections donne lieu à des querelles et des frustrations en raison de son déséquilibre en faveur du pouvoir. Il pourrait l’être aussi en faveur de l’opposition. Les choses deviennent encore plus compliquées lorsqu’il y a des coalitions de partis en présence de part et d’autre: chacun veut sa part alors que le nombre de places est limité. Au final, certains partis ou courants ne sont pas représentés ou si peu, ce qui provoque des accusations de fraudes et de magouilles. Or il se fait que c’est en raison du manque de confiance entre les protagonistes de la joute électorale où le présumé vainqueur est presque toujours accusé de vol, que chacun tient à être présent pour surveiller les opérations de près. La collaboration au sein de la commission tourne souvent à l’affrontement voire au retrait de certains représentants de partis ou de courants. Même au niveau de la collecte des résultats et de la validité de certains bulletins de vote, la mésentente est totale, car l’un des camps se trouve défavorisé par leur annulation ou leur validation. C’est inévitable parce que des joueurs sont transformés en arbitres! Chacun cherchant à tirer la couverture à soi, la parité (qui est souvent une fausse parité à cause des partis charnières) révèle toute son iniquité. Eu égard aux dysfonctionnements liés à la composition paritaire et à la présence des politiciens comme arbitres d’une compétition politique, le bon sens impose que les membres de la CENI soient choisis en dehors des partis politiques parmi des citoyens honnêtes non affiliés à des partis politiques. - la Cour Constitutionnelle: eu égard à la corruption de l’appareil judiciaire et son instrumentalisation par le pouvoir, cette haute juridiction dont les décisions sont sans appel, se situe au sommet du mécanisme des magouilles. Ce sont les résultats frauduleux et fantaisistes qu’elle proclame en faveur du candidat et du parti au pouvoir qui enflamment le pays. La partialité des juges de cette institution ne lui confère aucun crédit auprès de la population. Elle fonctionne comme un appendice du parti au pouvoir et ce d’autant plus que plusieurs de ses membres ont occupé des postes politiques élevés dans le régime et sont connus pour leur hostilité à la démocratie. Du fait même de leur appartenance politique, il leur est difficile de déplaire au pouvoir auquel ils doivent tout et qui les a choisis, car ce serait à leurs risques et péril. Par conséquent, les membres de la Cour Constitutionnelle ne doivent pas être choisis ni par le chef de l’État ni par l’Assemblée Nationale mais exclusivement par leurs pairs magistrats en raison de leur compétence et de leur probité. - l’impunité des fraudeurs: les auteurs de dépassement de la limite des frais de campagne (souvent les candidats du pouvoir), des bourrages d’urnes, de votes multiples, de falsifications, d’achats de conscience (le riz Faure en 2010), de menaces, d’intimidations, de violence, de vandalisme, d’atteinte au droit de vote et de malversations diverses n’ont jamais été inquiétés même lorsqu’ils sont arrêtés par des électeurs et livrés à la police. Les juges de la Cour Constitutionnelle qui valident les fraudes électorales par esprit partisan n’ont jamais été déchus et traduits en justice. La culture de l’impunité est incompatible avec la sincérité des élections démocratiques. L’éducation à la culture démocratique ne peut se faire sans sanction. Il n’y a pas d’éducation sans sanction.
Voici ce que la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme (LTDH) et la Délégation de l’Union Européenne au Togo écrivaient dans leur rapport respectif [1] sur l’élection présidentielle du 24 avril 2005:
«Le déroulement du scrutin du 24 avril 2005 Le 24 avril 2005, les électeurs se sont mobilisés pour accomplir leur devoir de citoyen. Sur l’ensemble du territoire national, la mobilisation est partout la même, en témoignent les longues files d’attente devant les bureaux de vote. Mais très tôt, des problèmes surgissent. En effet, avant même l’ouverture de certains bureaux de vote à Lomé, et ailleurs à l’intérieur du pays, des électeurs démasquent des urnes bourrées d’avance, notamment au centre de vote du Collège Protestant, au CEG des Étoiles, à Tokoin Solidarité de Lomé, etc. À l’intérieur du pays et plus précisément à Kougnohou, dans la sous-préfecture d’Akébou, des urnes bourrées d’avance ont été retrouvées chez des enseignants et saisies par des électeurs, ensuite confiées au Lieutenant des FOSEP (Forces de Sécurité de l’Élection Présidentielle) de la localité. Par ailleurs, les Présidents de bureaux de vote ont refusé aux électeurs nouvellement inscrits lors des opérations de révision des listes électorales de voter «pour absence de registres d’émargement»; ceci avait provoqué de vives protestations de la part de tous les électeurs du centre, ce fut le cas, entre autres, dans les bureaux de vote de Tokoin Doumassessé, du Collège Protestant de Lomé (avec 14 bureaux de vote). Dans la préfecture de l’Oti, plus précisément dans la ville de Mango, des incidents ont émaillé le scrutin à cause du bourrage systématique de plusieurs urnes qui ont été démasqués par les populations qui ont vivement protesté contre ces fraudes. Au cours des opérations de vote, certains individus ont été appréhendés pour votes multiples en violation de l’article 147 du code électoral. Ils ont été confiés à la police. Au quartier des Étoiles dans la commune de Lomé, des militants du RPT (le parti au pouvoir), identifiés comme tels par les électeurs, ont été molestés pour avoir entassé dans un des bureaux de vote, des cartes d’électeurs. Nombre d’électeurs ont été surpris, après avoir voté, de constater que leur case d’émargement a été déjà signée par d’autres personnes à leur place.
D’après les témoignages reçus auprès des électeurs, voici les principales irrégularités: - existence de bureaux de vote sans localisation physique, c’est-à-dire définis juste par un nom de ville ou de quartier; - surplus de bureaux de vote par numérotation «erronée» à dessein; - ouverture des bureaux de vote avant l’heure légale de 6 H 30 dans les localités réputées proches du pouvoir RPT; - refus d’accès aux bureaux de vote de certains délégués de la coalition de 6 partis de l’opposition (ADDI, CAR, CPDA, PSR, UFC, UDS-Togo); - distribution de bulletins uniques pré-votés. - gonflement des inscrits du fait des bourrages massifs d’urnes; - distribution des cartes d’électeur sur place; - refus de donner des copies des fiches de résultats aux délégués de la coalition de 6 partis politiques de l’opposition; - renvoi des délégués de l’opposition avant le dépouillement; - enlèvement ou destruction des urnes; - émargement à la place d’électeurs fictifs.
Le Rapport confidentiel de la Délégation de l’Union européenne au Togo, les 27 et 28 avril 2005 confirme cet état de chose: «L’analyse des données sur les listes électorales et l’observation menée à petite échelle par des missions diplomatiques à Lomé et en province, conduisent à constater de nombreuses irrégularités et à renforcer les présomptions de fraudes massives. Les observations faites par le personnel des missions diplomatiques et du PNUD le jour du scrutin ont conduit à confirmer l’absence de fiabilité des listes électorales, à mettre à jour un système, semble-t-il, généralisé de faux bulletins réimprimés en faveur de candidat Faure Gnassingbe et à confirmer de nombreux cas d’enlèvements d’urnes par les militaires au moment du dépouillement (image passées sur la chaîne de télévision TV5), dans la préfecture de Tandjouaré 15 urnes sur 87 ont été saisies par les militaires). Par ailleurs dans de nombreux cas, les représentants des candidats d’opposition ont été exclus des bureaux de vote et des opérations de dépouillement ». Dans l’après-midi, après 16 heures, avant la fermeture des bureaux de vote pour les opérations de dépouillement, les réseaux téléphoniques et systèmes de connexion Internet ont été coupés. La communication n’était plus possible sur l’ensemble du territoire national.»
Il va sans dire que tous ces dérèglements qui prennent une importance capitale dans le système électoral, constituent des menaces graves pour le pays.
3. DES MENACES POUR LA PAIX ET LE DÉVELOPPEMENT
En 1991-1992, le Haut Conseil de la République (HCR), le parlement de la période de transition, prenant en compte l’expérience du vécu politique des Togolais qui ont eu à subir, contre leur gré, le règne interminable d’un dictateur et les multiples coups de force pour le déloger d’un pouvoir illégitime, ont pris la décision sage de limiter le mandat présidentiel à deux. Ceci dans le souci d’empêcher les longs règnes qui incitent à la confiscation du pouvoir et les coups d’État qui sont leur lot, sans parler des révoltes du peuple opprimé noyées dans le sang.
La limitation du mandat présidentiel visait à préserver la paix sociale tout en décrispant la vie politique. Il fallait que les présidents de la république élus pussent comprendre et accepter qu’il y a une vie de respect, de dignité et de reconnaissance après leur présidence au service du pays dans les régimes démocratiques.
En prenant la lourde responsabilité, par intérêt personnel et égoïsme, de faire sauter le verrou du second mandat, avant la présidentielle de 2003, le président Gnassingbe Eyadema a, de la sorte, manifesté son refus de la démocratie malgré le fait d’avoir juré publiquement en prenant le président français Jacques Chirac, en visite au Togo, à témoin, qu’il ne resterait pas une seule minute de plus au pouvoir après la fin de son deuxième mandat. «Parole de militaire!» a-t-il proclamé pour souligner sa bonne foi. Chaque citoyen de ce pays a pu constater par lui-même, plus tard, ce que valait la parole d’un militaire: une promesse d’ivrogne.
Je me refuse à croire que la politique ne soit que le terrain des jeux pervers de voyous et d’individus sans foi ni loi. La politique peut être autre chose lorsqu’elle est bien encadrée par la loi et des institutions qui fonctionnent dans l’esprit de la loi avec des hommes et des femmes honnêtes. Tant que la politique demeurera le lieu clos des combines et de l’enrichissement illicite sans reddition de comptes et sans transparence des voleurs de la république, elle restera l’apanage d’une mafia politico-administrative qui percevra toujours des élections transparentes et honnêtes comme une menace pour leurs intérêts mafieux et surtout leur impunité.
L’État dans lequel la justice ne fonctionne pas, expose les citoyens à nier la force de la loi et à s’adonner à la vengeance; tout le contraire de l’État de droit. L’arrestation des voleurs donne souvent lieu dans nos villes et campagnes à une justice populaire expéditive. Les citoyens ne faisant ni confiance à la police ni aux juges, tous qualifiés à tort ou à raison, par eux, indistinctement de corrompus. Cette justice populaire n’est pas une justice mais une sinistre vengeance. Sur le plan politique, nombreux sont les Togolais qui jurent que le jour où le régime militaire dictatorial sera renversé, chose que la population souhaite ardemment, ils s’adonneront à d’horribles règlements de comptes. Autrement dit, un retour à l’état d’anomie, à la barbarie.
Sur le continent africain et particulièrement au Togo, les classes déshéritées grossissent de manière inquiétante faute d’emplois ou de salaires qui leur garantissent le minimum pour leur survie. Ce sont les représentants des déshérités qui sont sur le front de toutes les manifestations politiques ou sociales. La violence est pour eux un exutoire, car ils n’ont rien à perdre et tout à gagner parce qu’ils sont au fond du trou. Ils subissent, en ruminant leur vengeance, la violence physique et la violence psychologique d’un pouvoir qui ne croit qu’à la force et à la violence pour s’imposer. Priver un peuple à la fois de travail et de liberté, expose les tenants du pouvoir à des révoltes voire à la révolution. En Libye, le colonel dictateur Kadhafi croyait naïvement qu’il suffisait de faire marcher l’État providence à coups de pétrodollars pour priver le peuple libyen de liberté. Les révoltés qu’il a traités de rats l’ont poussé à fuir et à se transformer en rat d’égout avant de subir, le 20 octobre 2011, les conséquences funestes de la justice populaire après quarante-deux ans d’une tyrannie barbare. Ses exécuteurs n’avaient aucune foi en la justice de leur pays. Si des élections démocratiques avaient existé en Libye, le peuple l’aurait chassé du pouvoir pacifiquement et il serait resté en vie.
La violence de l’équipe au pouvoir, lorsqu’elle n’est pas élue démocratiquement, est une violence illégitime qui appelle la violence de ceux qui lui résistent pour changer le pouvoir ou pour y accéder. La forme paroxysmique de cette résistance est la lutte armée. La lutte armée est toujours une tragédie pour le peuple pris entre deux feux. La conquête pacifique du pouvoir peut aussi se transformer en tragédie pour le peuple et l’opposition face à une dictature liberticide comme c’est le cas au Togo. Que de sang versé dans ce pays depuis les morts de la lagune de Bè en passant par les détenus d’Agbandi et Diguina, le massacre interethnique de Sotouboua, les expulsions criminelles et tribalistes de Bodje et Medje, les répressions sanglantes des démocrates et du peuple résistant de Bassar, Sokode, Mango, Dapaong, Atakpamé, Aného et Lomé!
La notion d’équité est importante dans un régime démocratique. C’est pourquoi toutes les couches de la population doivent être équitablement représentées à l’assemblée nationale. Or la réalité du Togo met en exergue l’inégale représentativité de certaines régions. Il suffit de relever le ratio nombre d’habitants/nombre de députés pour être édifié. La préfecture de Danyi peuplée d’un peu plus de 30000 habitants dispose à l’assemblée nationale de 2 députés alors que les préfectures de Tone, des Lacs, de Tchaoudjo, de Kloto, et de la Kozah qui ont autour de 200000 à 300000 habitants n’ont droit qu’à 3 députés, tandis que la ville de Lomé avec plus d’1 million d’habitants n’a que 5 députés. Cette représentation inéquitable remet en cause la représentativité et même la légitimité du parlement togolais.
Le contexte politique dominé par un régime militaire et des politiciens civils qui ont peur du changement pour des raisons liées aux traitements inhumains et dégradants qu’ils infligent à leurs administrés, aux violations massives et répétées des droits de l’Homme et à la corruption et surtout à la crainte de la perte de leur impunité, explique les difficultés d’une transition démocratique sanglante. Le régime militaire refuse de disparaître et ne tolère qu’un accompagnement des forces démocratiques dans des gouvernements prétendument d’union. La preuve en est que, selon tous les rapports des organisations des droits humains, il est fait état de pics très importants de violations des droits de l’Homme et de violences impliquant des militaires et les forces de l’ordre soutenant le parti au pouvoir, le Rassemblement du Peuple Togolais, contre les civiles soutenant la démocratie, avant, pendant et après les élections.
Dans le même ordre d’idées, le président Gnassingbe Eyadema a fait sauter le verrou du deuxième mandat présidentiel pour rester indéfiniment au pouvoir. Cette mesure a exacerbé la haine des militants de l’opposition et d’une partie très importante de la population contre le régime RPT. Cette modification unilatérale de la constitution a été un facteur de menaces contre la paix dans le pays. L’affrontement des milices de l’opposition et du RPT au cours des périodes électorales est la preuve que, au Togo, les élections, loin d’être un facteur de résolution de la crise togolaise, constituent un facteur d’exacerbation de cette crise.
Les élections démocratiques ne peuvent être un facteur de paix durable que si les conditions sont réunies sur le plan sociopolitique. Au Togo, la charrue est mise avant les bœufs. L’ancien régime n’entend pas lâcher le pouvoir parce que la peur a changé de camp. Les tenants du vieil ordre ont peur de la reddition de comptes et de la justice. C’est pourquoi des négociations doivent être engagées, non pas avec le RPT, comme cela s’est toujours fait en vain lors de 13 négociations pouvoir/opposition depuis le début du processus démocratique, mais avec les éléments militaires du clan Gnassingbe et l’état-major des Forces Armées Togolaises, seuls et vrais détenteurs du pouvoir au Togo comme ils l’ont encore démontré lors de leur coup d’État du 5 février 2005 où Faure Gnassingbe a été présenté illégalement aux Togolais comme leur nouveau président! C’est donc le retrait du pouvoir de l’armée pour devenir une armée républicaine qui permettra l’organisation d’élections apaisées au Togo. Même si par extraordinaire, le régime militaire laissait l’opposition gagner les élections et que celle-ci accédait au pouvoir, elle serait l’otage de l’armée et le nouveau président élu risquerait d’être emporté par un coup d’État ou assassiné dans les trois mois. C’est dire que des élections, même lorsqu’elles sont démocratiques, n’instaurent pas la démocratie dans un pays.
La démocratie doit faire l’objet d’un consensus au sein de la classe politique avant que toutes les forces qui aspirent au pouvoir puissent entrer dans la compétition électorale à partir des mêmes règles imposées par la loi. Vouloir les organiser à tout prix quand un camp est en armes et décidé à demeurer au pouvoir contre vents et marées, conduit le peuple à la boucherie.
Comment s’étonner alors que les dirigeants politiques togolais soient désarmés par rapport à la gouvernance politique démocratique? La conservation à tout prix d’un pouvoir dictatorial et dynastique s’oppose fondamentalement aux règles d’un régime démocratique.
Que l’on ne s’y trompe pas! La stratégie de la terreur qui dure depuis plus de deux décennies au Togo, si il n’y est pas mis fin rapidement finira par déboucher sur une guerre civile, car de plus en plus nombreux sont les Togolais qui réclament des armes pour établir l’équilibre de la terreur avec ceux qui les terrorisent en toute impunité. Lorsque la Commission d’établissement des faits des Nations Unies a reçu les témoins et les victimes de l’accession sanglante de Faure Gnassingbe au pouvoir en 2005, la plupart d’entre eux suppliaient les membres de cette commission de leur fournir des armes pour en découdre avec le régime militaire. C’était le même discours lorsqu’une délégation de la Ligue Togolaise des Droits de l’Homme s’est rendue au camp des réfugiés togolais d’Agamé au Bénin, les 22 et 23 février 2006.
Si les élections démocratiques sont des occasions d’affrontements violents, il ne faudrait pas que le régime en place en prenne prétexte pour les supprimer; il s’exposerait au pire. Le retour au parti unique serait une catastrophe nationale. L’échec calamiteux de la gestion de l’État par les militaires pendant près d’un demi-siècle caractérisé par la misère, l’arbitraire, la torture, les assassinats, la corruption généralisée, la faillite économique du pays (admission du Togo dans le groupe infamant des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) en 2008) et la misère du peuple togolais doit les inciter à beaucoup d’humilité et au patriotisme par l’abandon du pouvoir. Les Togolais, qui les haïssent, ont trop souffert de leur faute. L’urgence qui s’impose à la dictature militaire est l’organisation rapide de négociations entre les militaires, les partis politiques et la société civile au sujet du désengagement des Forces Armées Togolaises de la politique et du pouvoir.
CONCLUSION
Comme souligné plus haut, les élections démocratiques ne peuvent devenir un facteur de paix dans un pays en voie de démocratisation qu’à la condition qu’il se dégage un consensus national autour de la démocratie et que les Forces Armées Togolaises, par patriotisme, acceptent de quitter le pouvoir avant d’y être contraintes, malgré elles, au prix d’indicibles souffrances pour le peuple togolais martyr. Les élections togolaises s’apparentent à une guerre non déclarée et lâche, par le régime militaire, contre les forces démocratiques. La Commission Électorale Nationale Indépendante doit aussi être dépolitisée tout comme la Cour Constitutionnelle. Le verrou du second mandat présidentiel doit reprendre sa place dans la constitution pour rassurer les Togolais. La même remarque concerne la représentation équitable de toutes les populations à l’Assemblée nationale. Le mode de scrutin à deux tours doit aussi redevenir la règle.
Mais toutes ces dispositions ne serviront à rien tant que persistera une culture de l’impunité qui encourage les criminels multirécidivistes à persister dans leurs crimes abominables contre le peuple togolais. La démocratie devra se manifester par le règne de la loi, l’État de droit. Il n’y aura aucune réconciliation sans justice. En réalité, l’opération de réconciliation est toujours une manœuvre politicienne plus ou moins démagogique (exemple de la Commission Vérité, Justice et Réconciliation); ce qui doit s’imposer à tous est tout simplement le respect de la loi, nous l’avons déjà souligné, pour éviter la vengeance des victimes ou de leurs proches. La réconciliation armée-nation organisée, le 27 avril 1994, par Eyadema et son premier ministre Koffigoh avec la complicité de l’évêque Philippe Fanoko Kpodzro, sans mandat du HCR, alors que la majorité de la population de Lomé était en exil au Ghana et au Bénin pour échapper aux tueurs de cette même armée, n’a été que le prélude à d’autres massacres de la population par les organisateurs de cette mascarade cynique de pseudo-réconciliation.
Faire la paix requiert beaucoup de courage et d’honnêteté. Les tenants de la dictature militaire doivent garder à l’esprit la sentence qui dit qu’un fusil à la main, tous les hommes sont égaux. Notre part de courage consiste à dire la vérité à ceux qui oppriment et exploitent le peuple togolais pendant qu’ils ont les fusils pointés sur nous. Pour leur part, les militaires doivent faire preuve de beaucoup d’humilité et de courage pour accepter d’entendre, sans se boucher les oreilles, le cri et la vérité qui sortent de la bouche de leurs victimes.
Il fallait le dire!
Lomé, Togo, Ayayi Togoata Apédo-Amah
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DICTATURE INCULTE ET ARTISTES TOGOLAIS EN DANGER. LE CAS TOGAN
Je ne connais pas personnellement l’artiste comédien Togan et ne l’ai jamais rencontré. Face à l’incurie irresponsable voire criminelle d’un soi-disant «ministre» de la culture, l’intellectuel se trouve dans l’obligation d’user de son pouvoir tribunitien pour exprimer son indignation et attirer l’attention de toute la communauté sur un cas flagrant de non-assistance à personne en danger.
Un drame douloureux a défrayé la chronique au Togo durant toute l’année 2011. Il s’agit de la grave maladie qui a invalidé l’artiste comédien Togan, vedette du feuilleton télévisé «Nubueke» diffusé par la chaîne RTDS. Suite à une grave pathologie, il a dû être opéré pour que les chirurgiens l’amputent d’une partie importante de la mâchoire inférieure. Une opération en appelant une autre, Togan doit, dans une seconde étape, subir une opération de plastie faciale en France pour la reconstitution de sa mâchoire afin qu’il puisse parler et que son visage retrouve une apparence humaine.
Si Togan avait été footballeur, le gouvernement, dans un élan démagogique avec force médiatisation, l’aurait pris en charge et évacué dans le meilleur hôpital à l’étranger. Le pouvoir inculte qui terrorise les Togolais connaît-il seulement ses artistes, ceux qui font l’honneur d’un pays couvert de honte par sa gouvernance moyenâgeuse? La longue litanie des «ministres» éphémères de la culture ont été pour la plupart des bouche-trous que le pouvoir militaire s’est senti obligé de caser au nom de la politique de la mangeoire nationale: le partage de la soupe au sommet. Même s’ils n’ont jamais lu un livre de toute leur vie! Tant pis pour les Togolais!
La galère des artistes togolais est un sujet de scandale permanent. Aucun soutien de l’État qui les méprise copieusement tout en se méfiant d’eux. Ceux qui aident le peuple à réfléchir ont toujours fait peur aux régimes policiers dont l’un des piliers est le mensonge d’État.
Dans la situation pénible de Togan, de simples citoyens ont dû le prendre en charge en se constituant en comité de soutien afin de susciter des dons pour la première opération à Lomé. La seconde, beaucoup plus onéreuse, qui doit se dérouler en France, donne lieu à des communiqués désespérés d’appel aux dons depuis plusieurs longs mois sur les médias.
Tout ce remue-ménage se passe dans l’indifférence totale d’un certain Yacoubou Hamadou, ministre de la culture invisible, inconsistant et incompétent et dont la capacité d’empathie mérite réflexion. Aux représentations théâtrales, aux expositions d’arts plastiques, aux ballets, aux dédicaces de livres, aux conférences et autres manifestations culturelles, point de ministre. Aucun Hamadou à l’appel. Inconnu au bataillon! Cette existence par le vide semble être la norme des divers ministricules qui furent en charge de la culture.
Il est même arrivé à plusieurs reprises à des artistes et des hommes de culture rendant visite à un nouveau ministre de la culture coopté à la mangeoire, de s’entendre dire: «Apprenez-moi ce qu’il faut faire, je ne connais rien dans le domaine de la culture». C’est comme si le pouvoir inculte destinait ce ministère aux cancres de la classe politique. C’est avec beaucoup d’inquiétude que nous constatons la portion congrue réservée à la culture dans le budget national. Quelques miettes. Sur le terrain de la culture, l’on ne fait pas semblant, car le vide ne se remplit pas de discours creux et débiles. La béance n’en est que plus accentuée quand les Togolais ont l’occasion de comparer la politique culturelle de leur pays avec celles des voisins du Burkina Faso, qui proclament que la culture est leur pétrole; du Bénin, du Ghana, du Nigeria et de la Côte d’Ivoire.
La question mérite d’être posée: à quoi servent nos ministres de la culture? À l’époque où ce ministère était couplé avec le sport, l’essentiel des fonds allait au sport ou plus précisément au football, aux Éperviers du Togo régulièrement déplumés par leurs adversaires et qui arrivaient difficilement à enchaîner deux passes successives durant tout un match. Malgré le fiasco du football, tous les fonds continuent à lui être destinés au détriment du handball, du basketball, du ping-pong et d’autres sports qui représentent honorablement le Togo à l’étranger. Hélas, ils ne sont pas suffisamment médiatisés pour que la dictature puisse en faire une récupération politique. Affaire d’image.
Il faut donc fermer le ministère de la culture puisqu’il ne sert à rien avec des ministres complètement inutiles qui grèvent le budget national avec leurs gros salaires et leur entretien onéreux par les contribuables qui les nourrissent, les véhiculent, les logent, les torchent et les blanchissent à l’œil. Ce parasitisme ministériel est un scandale dans un pays où la plupart des habitants, du fait de la gouvernance lumineuse et géniale du clan militaire Gnassingbe, ont délaissé les trois repas quotidiens réglementaires pour s’infliger un régime minceur drastique avec un repas par jour pendant que les voleurs de la république, bedonnants comme des hippopotames, se soûlent au champagne rosé millésimé en ripaillant avec de la viande de brousse et des courtisanes aux fesses molles et aux reins accueillants. Même les pets fétides qu’ils lâchent en vibrato dégagent des relents de champagne. Akpatcho, oyé!!!
N y a-t-il pas confusion entre la culture et les mœurs florentines quand des États africains, presque tous membres des PPTE (Pays pauvres très endettés), s’érigent, d’après les statistiques, en principaux importateurs de champagne français dans le monde? Ce que le cerveau lent des kleptocrates n’arrive pas à piger, c’est le fait que l’importation massive d’armes de guerre et de champagne n’a jamais fait d’un pays sous-développé un pays émergent.
Si cela avait été le cas, nous disposerions d’hôpitaux ultramodernes pour nous soigner et il ne serait plus question d’évacuation sanitaire à l’étranger après un demi-siècle d’indépendance. Les chefs d’État africains, dans leur extrême ignarerie, n’ont jamais compris cette vérité fondamentale puisqu’ils continuent à mourir dans des lits d’hôpitaux à l’étranger, toute honte bue, voire dans l’avion qui les évacue pour l’étranger. Suivez mon regard. On se demande même si on ne les aide pas à mourir à l’étranger.
Togan est victime d’une situation d’incurie tout comme des milliers de citoyens lambda qui meurent chaque année la bouche ouverte, dans une sorte de protestation aphone, faute d’argent pour se soigner, comme des chiens crevés au fil de l’eau. S’il n’avait pas été célèbre, ferait-il encore partie des vivants? Si le ministère de la culture veut redorer son blason de souillure, il doit trouver immédiatement les fonds pour l’évacuation sanitaire, les soins et l’hébergement de Togan. Le temps lui est compté. Un simple conteneur de champagne millésimé coûte cent fois plus cher que les frais requis pour soigner l’artiste Togan.
Le prix d’importation d’une limousine de luxe dernier cri par le gouvernement suffirait à ressusciter les Nouvelles Éditions Africaines (NEA) fermées pour mauvaise gestion par les RPToches de service depuis plus d’une décennie et dont le stock de livres est abandonné à l‘appétit des rats et des cancrelats dans un débarras sordide et humide. C’est du vandalisme!
Ces gens voudraient-ils anéantir la culture qu’ils ne s’y prendraient pas autrement. Ne sont-ce pas les mêmes individus déhontés qui ont dansé frénétiquement le zoblazo et le cool katché avec des cris d’orfraie, des pirouettes et des sauts de cabri pour avoir été admis au sein des PPTE en 2008 pour mauvaise gouvernance et faillite? Décidément, notre pays marche sur la tête.
Les Togan, totalement démunis et sinistrés par une misère sans nom, sont des millions dans notre pays, jusqu’aux fonctionnaires de l’État sans oublier les retraités, les veuves et les orphelins clochardisés. Même leur dignité leur est arrachée du fait qu’ils sont acculés à la mendicité. Les pratiques peu orthodoxes et dégueulatoires du régime prédateur, qui cultive avec un zèle rare le sous-développement du Togo, doivent nous inciter à la résistance en dépit de tous les chants de sirène de salopards trouduculiers, ex-faux opposants vendus à l’ennemi, qui s’acharnent sur les médias, en vuvuzélistes vuvuzélés, la bouche menteuse et sucrée, à présenter un tyran sanguinaire et putschiste comme un démocrate pur jus nourri à la mamelle de la démocratie. Et pourtant, chacun sait ce que vaut la vie humaine dans la dictature liberticide des Gnassingbe père et fils où l’on présente la torture comme un simple chatouillis exercé par charité chrétienne pour le bien des suppliciés ingrats.
La culture, c’est aussi le respect scrupuleux des droits de l’Homme qui sont une avancée majeure dans l’histoire de notre espèce. C’est un saut qualificatif prodigieux hors de la barbarie. Le droit à la santé de Togan est violé par l’État qui a l’obligation de lui venir en aide comme le stipulent tous les pactes et déclarations internationaux des droits de l’Homme dont le Togo est signataire. Nous sommes dans un cas de non-assistance à personne en danger.
L’outil de travail de Togan, c’est le verbe dont il et privé. C’est ici le lieu d’attirer l’attention des Togolais sur la situation dramatique de nombreux artistes qui sont obligés volens nolens de renoncer à leur métier qui ne les nourrit pas ou si peu, pour des jobs peu valorisants qui les éloignent de leur vocation. Le dilemme qui se pose à nombre d’entre eux se situe entre la misère au pays ou l’émigration en Occident. Le Togo perd ainsi ses meilleurs artistes depuis des décennies dans l’indifférence totale de ses dirigeants. La culture fait partie de l’éducation et en tant que telle doit être financée par l’État comme l’y invite la Constitution de la République.
Il faut sauver le comédien Togan. L’État doit prendre la relève des initiatives privées qui semblent avoir atteint leurs limites. Ce geste ne devra pas s’arrêter à Togan, il devra être le début d’une réflexion sur le statut des artistes, projet en discussion depuis plusieurs années et que le gouvernement s’acharne à ignorer, afin de les mettre dans les meilleures conditions pour l’exercice de leur métier et de les faire prendre en charge par la sécurité sociale en cas de maladie.
Le ministre en charge de la culture, s’il veut cesser d’être inutile, aura à cœur de mettre cette réalisation sur son bilan désespérément et honteusement vierge.
J’ai dit et je le répète: il faut sauver Togan!
Lomé, le 3 décembre 2011
Ayayi Togoata Apédo-Amah
Le Grand Dieudonné Kabongo !
Par Freddy Mulongo, jeudi 13 octobre 2011 à 08:24
Dieudonné Kabongo connaissait tous les membres de la grande famille Mulongo. A Bruxelles, mes soeurs sont inconsolables. Alors que le 6 septembre dernier, Juvel Wetu, un apparatchick Pprdien du Joséphisme, s'était cru tout permis en nous menaçant de mort, le Pprd venait de mettre du feu au siège de l'Udps à Kinshasa, il fallait museler tout le monde ! Le 9 septembre, Dieudonné Kabongo depuis Ouagadougou au Burkina Faso où il séjournait pour le théâtre, est sorti de son silence, il nous a apporté tout son soutient et encouragement. Il s'est même autorisé à nous confier le synopsis de son film:
"Le Pacte de Bonobo", nous disant de le garder: était-ce son testament d'artiste-comédien ? Nous le rendons public, pour éviter à quelques esprits illuminés de s'approprier son oeuvre de manière posthume !
"Salut mon frère, Voici, en pièce attachée, le projet sur lequel je suis avec une très grosse ambition. Nous sommes dans une fiction mais je suis sûr qu'il a des éléments qui sautent tout de suite aux yeux. J'ai fait exprès de laisser en vie un président censé mort pour la bonne cause de l'intrigue. Je t'enverrai le traitement pour essayer de me mettre sur certains éléments qui peuvent m'aider à alimenter l'intrigue, il faut du vraisemblable. Amitiés Dieudonné Kabongo Bashila"

LE PACTE DE BONOBO (ou du Pigeon)
Synopsis
Poussé par une vague populaire acquise à ses réflexions politiques et humanistes, Mzé Arthur devient, malgré lui, le plus coriace des opposants au régime dictatorial du colonel Ifahdak Keita, jeune militaire préparé à la magistrature suprême par le président de la république qui nʼétait personne dʼautre que son père adoptif. Ce dernier fut assassiné par un de ses plus proche enfant soldat faisant partie de sa garde prétorienne.
Shaka, le rival éternel du père Keita, est accusé officiellement comme étant le commanditaire du meurtre.
Mzé Arthur est lui convaincu de lʼimplication du colonel Ifahdak dans lʼassassinat de son père adoptif, tout converge dans ce sens. Pourtant lʼex président Othello Keita, souvent contesté dans sa manière de gérer les affaires de lʼétat quʼil avait tendance à confondre avec ses affaires personnelles, avait assuré sa succession par son filleul, en manipulant les institutions.
Mzé Arthur plaide pour l'innocence de Shaka, mais Mzé Arthur fonctionne sur une deuxième mémoire qui a effacé la première suite à un long coma qui lʼa rendu amnésique.
En fait, Mzé Arthur ignore quʼil est devenu le plus grand opposant dʼun système dont il est lʼinitiateur et le maître bâtisseur.
Il va finalement retrouver sa première mémoire qui, malheureusement, ne va pas effacer la deuxième. Il va ainsi devenir le siège dʼun combat inattendu entre lui et lui-même.
Il revoit lʼimage du colonel Ifahdak tirant sur son père adptif et vidant le chargeur sur un enfant soldat de la garde rapprochée du président.
Mzé Arthur réalise quʼil est lʼancien président de la république maintenu en vie grâce au docteur Robinson S.R. avec qui il avait signé un pacte de vie ou de mort : le Pacte de Bonobo (ou du Pigeon)*.
* le pigeon ou le bonobo sont les quelques peu des rares animaux qui ne survivent pas à leur partenaire de couple.
Quand un bonobo ou un pigeon forme un couple avec un autre, la mort de lʼun entraîne celle de lʼautre.
Note d’Intention
Savoir se regarder cʼest aussi faire preuve dʼune force dʼauto-critique et de remise en question.
Mon but est donc dʼencourager nos dirigeants à devenir leurs propres critiques à lʼavantage du peuple.
Comédiens pressentis
DENZEL WASHINGTON : Le docteur Robinson S.R.
KABONGO BASHILA DIEUDONNÉ : Mzé Arthur et Othello Keita
ISSAKA SAWADOGO : Shaka
EMIL ABOSSOLO : Le colonel Ifahdak Keita
Concernant les menaces Pprdiens à mon égard, il me disait : "Cela montre qu'au Congo, on peut être menacé, arrêté ou tué parce qu'on pense différement. Moi je ne me tairais pas, Freddy il ne faut surtout pas se taire !" Après avoir demandé les nouvelles de Jean Kalama, il avait fini par m'annoncer qu'il serait de retour à Bruxelles le 9 octobre 2011.
Dieudonné Kabongo abat les masques sur Réveil-FM
Par Freddy Mulongo, vendredi 7 janvier 2011 à 09:05 :: radio :: #1223 :: rss
Premier humoriste africain à s'établir en Belgique, Dieudonné Kabongo Bashila est un Bruxellois d’adoption né au Katanga en République démocratique du Congo. C'est depuis 1970 qu'il vit à Bruxelles en Belgique. Il s'est bâti très tôt une grande notoriété en gagnant des récompenses aussi prestigieuses que le Prix du Festival du Rire de Rochefort en 1984. Il est alors propulsé aux commandes d'émissions radio et TV où il assied sa stature internationale, notamment sur TV5, tout en menant une brillante carrière en musique, au théâtre et au cinéma. Dieudonné Kabongo est tout à la fois comédien, conteur, musicien, humoriste et citoyen engagé. L’humoriste d’origine congolaise jouit d’une énorme reconnaissance internationale. Avant de monter sur les planches des salles de théâtre, Dieudonné Kabongo fut d’abord professeur de mathématique en Belgique.

Dieudonné Kabongo, Bruxellois d'adoption, premier humoriste africain à s'installer en Belgique
En 2001 à Kinshasa, il était venu visiter Réveil-FM sur le boulevard du 30 juin et nous avions déjeuné au restaurant de l'hôtel Memling après l'émission à la radio. Perdu de vue, c'est la magie de l'internet qui nous a permis de nous retrouver. Polyvalent et éclectique, Dieudonné Kabongo restera dans les annales pour les rôles qu'il a incarné dans "Le Damier, Papa National Oyé !" (1996): Pour combler une nuit blanche, le Papa-National, président-fondateur-à-vie et premier citoyen de "son" pays veut jouer aux dames contre un adversaire de taille. Il doit donc affronter un homme de la rue mais néanmoins désigné comme "champion populaire toutes catégories"…La coutume populaire consiste en un échange verbal après chaque mouvement de pion tout en respectant l'autorité du chef suprême. Mais aussi dans "Lumumba" de Raoul Peck (2000). C'est Dieudonné Kabongo qui joue le rôle de Godefroid Munongo, le gouverneur du Katanga et ennemi juré de Patrice Emery Lumumba.
Lumumba
envoyé par MataGabin. - Regardez plus de courts métrages.
1. Réveil-FM:Pourquoi les comédiens populaires, ceux qui parlent comme la rue sont très connus plus que les comédiens classiques comme vous en RDC. A quoi est dû cela ?
Dieudonné Kabongo:Je pense que le langage de la rue est celui qui touche le plus le gros de la population. Ce qui serait intéressant, c'est de jouer du sérieux avec ce langage. Le sérieux pour les valeurs qu'il véhicule et la rue pour son côté perspicace en terme de communication. Comme le bâtiment, quand la rue va, tout va. Nos rues sont malades d'anti-valeurs et, malheureusement, la majorité de la population est porteuse de ce virus de décadence et ce virus est dangereux parce qu'il donne l'impression d'un bien-être.
2. Réveil-FM: Dans le damier sorti en 1996, vous aviez interprété merveilleusement bien le rôle du maréchal Mobutu qui était un bon damier. Et en 2000, le rôle de Godefroid Munongo, gouverneur du Katanga, vous allait si bien. Vous êtes acteur-comédien, homme de culture...La politique ne t'a jamais tenté ?
Dieudonné Kabongo: La politique nous tente toujours. Il y en a qui se donnent parfois une mauvaise impression de ne point s'y intéresser alors qu'en réalité on n'y échappe pas. La pesanteur politique attire tous ceux qu'elle gère, c'est-à-dire tout le monde. C'est dans ce sens qu'au lieu de la subir, je résiste à certaines particularités avec un soucis de proposer d'autres alternatives. Celles des congolais sont surtout culturelles. Le Congolais a perdu le sens de valeurs, je dirai même de ses valeurs. D'où il serait opportun de revenir sur le rôle de la culture comme facteur d'émancipation, de valorisation et donc de développement.
3. Réveil-FM: C'est depuis 1970 que vous vivez en Belgique donc attaché à la liberté d'expression. Sans langue de bois que pensez-vous de la la situation socio-économico politique de la République démocratique du Congo, votre pays d'origine ?
Dieudonné Kabongo:Certaines personnes accrochées à la pensée biblique m'ont fait part d'un passage disant : "Le seigneur est mon berger, je ne manquerai de rien " Psaume 23 je crois. J'ai rétorqué en disant : "Le Congo est mon pays, je ne manquerai de rien". C'est tellement vrai qu'il est impensable qu'un seul enfant de cette terre puisse souffrir. Ca devrait interpeller les autorités gérantes de ce pays jusqu'au point de se dire : " C'est honteux qu'un Congolais souffre, manque l'essentiel, meure anormalement, soit tué par nous-même, aille ailleurs (surtout chez l'ancien colon) pour y chercher refuge, c'est honteux que le Congo ne soit pas un label d'excellence et de qualité" Mais il faut avoir la force de s'auto flageller. Nous avons un peu perdu la valeur de la honte. Le jour que l'on valorisera la première richesse de ce pays, c'est-à-dire le Congolais lui-même, ce pays, mon pays, étonnera la terre entière. D'où le rôle prépondérant de l'enseignement et de la culture. L'efficacité est de soigner la maladie par la racine. NB : Il faut noter que culture ne veut pas dire musique, théâtre, cinéma, arts plastiques et autres expressions artistiques que, par contre, je considère comme étant les meilleurs ouvriers de la culture.
4. Réveil-FM: Pourquoi n'avons-nous pas une pléthore des réalisateurs, comédiens de renoms en RDC ? Ya-t-il un manque de créativité, inventivité ou uniquement des moyens ?
Dieudonné Kabongo: Nous avons souvent de vrais valeurs qui ne sont pas reconnues comme tel. Il y a pléthore de Balufu, de Mweze et autres qui sont reconnus ailleurs, mais il faut reconnaître qu'il n'y a pas de vraies structures cinématographiques pouvant susciter l'intérêt de candidats dans la matière audiovisuelle. Il faudra y penser car l'image est en train de devenir l'élément le plus consommé en terme de "lecture".
5. Réveil-FM: Le 30 juin 2010, le Congo a fêté son cinquantenaire. Avec beaucoup de recul, quelle est votre analyse la dessus ?
Dieudonné Kabongo:Le Congo a fêté ? On a fêté le roi Albert, Kagame et les autres invités. Le 30 juin était prétexte d'un autre ordre du jour. D'autres en ont parlé, les Congolais n'ont fait que subir les réflexions de la Belgique, de la France, des USA et peut-être même de certains pays d'Afrique, nous n'avions pas vraiment droit au chapitre. Par rapport à l'indépendance : quelle en est sa philosophie si, cinquante ans plus tard, nous sommes une quantité non négligeable qui est allé ou qui veut aller chercher refuge chez l'ancien colon ? Une réflexion à partager : " Qu'est-ce que la Belgique a pour être un pays riche et développé que le Congo n'a pas ? La Belgique a le Congo, et le Congo n'a pas le Congo "
Repères
Filmographie
1989 Ti amo 1991 La sensation de Manuel Poutte (Prix spécial du Jury du Festival de Cannes)- court métrage (1992)
1996 Le Damier
1998 Pièces d’identité
1999 vidéo Jean Baltazaarrr d'Arno et Beverly Jo Scott
2000 Lumumba de Raoul Peck
2005 Juju Factory
2005 Le Plus Beau Jour de ma vie de Julie Lipinski
2005 Les Habit neuf du Gouverneur
2005 Le Couperet de Costa-Gavras
2010 Plus belle la vie : Oncle de Djawad.
Théâtre
Méfiez-vous des tsé-tsé
Atterrissage de Kagni Alem ; Denis Mpunga
L’invisible de Philippe Blasband ; Astrid Mamina
Droits de Succession de Vincent Azé & Eric Delcourt
Message d’amitié d’Alexandre Ayawo AMORIN,
à tous ceux qui participent à la manifestation du 31 juillet 2011
J'aurais voulu être ici, parmi vous, vous qui avez choisi de sacrifier votre après-midi de dimanche, pour participer à cette manifestation d'amitié pour votre compatriote, notre frère, notre ami, notre camarade Tavio, qui a été arraché à la vie à un âge où on construit un projet de vie pour sa famille, pour son pays s'agissant de ceux qui ont choisi de servir leurs concitoyens et pour soi-même.
Je salue mon ami, mon camarade Claude Améganvi qui consacre sa vie à ce que nous appelons « combat démocratique », c'est-à-dire la bataille pour les droits de l'homme et pour la liberté sans exclusive, la lutte pour l'éveil des consciences, la guerre contre la bêtise humaine, c'est-à-dire la propension de quelques-uns à commettre des crimes là où le débat devrait départager les uns et les autres. Au détriment de sa vie de famille.
Merci à vous tous, Merci à toi Claude.
Tavio a été fauché par des gens qui détestent la vérité, la transparence, la loyauté pour son pays.
Nationaliste panafricain, issu d'une famille de nationalistes, Tavio a été élevé dans un environnement où la politique fait partie de la vie. Parce que la politique, c'est la vie.
Tavio s'est donné ce que notre grand-frère Joachim Agbobli, mort assassiné, appelait « la culture politique » pour pouvoir faire de la politique.
Ceux qui ont connu Tavio peuvent témoigner qu'il était amoureux de la vie.
Oui, il aimait la vie, il respirait la vie. Il aimait la fête.
Les Togolais l'ont découvert à l'occasion de la Conférence Nationale Souveraine de 1991, conférence que tous nous pensions être le point de départ d'un Togo fraternel, uni, prêt à affronter son destin de pays de notre temps après ces années de dictature implacable de Etienne Gnassingbé Eyadéma que nous étions pressés de voir au musée des horreurs.
Quelle naïveté.
La transition, que d'aucuns souhaitaient courte et qui devrait pré parer notre pays à entrer dans la démocratie, allait devenir pour le peuple togolais un véritable chemin de croix.
Jésus avait eu 14 stations et déjà nous trouvions cela trop long, trop injuste.
Que dire alors à celui réservé aux Togolais et qui durent des décennies.
Le Togo est comme plongé dans une espèce d'enfer. Des vies ont été fauchées par milliers, d'autres ont été à jamais brisées. La terreur a jeté nos compatriotes sur les routes de l'exode.
De retour d'une mission en Syrie, j'ai retrouvé Tavio en ville le 22 juillet en milieu de matinée, comme toujours en costume. Je l'avais trouvé emprunté, pas aussi relax que je l'ai toujours connu. Je me suis dit qu'il avait été contrarié par un de ses collègues du HCR. Et on s'est donné rendez-vous pour l'après-midi. Le rendez-vous n'eut pas lieu.
Le soir du 23 juillet 1991, j'étais devant la maison de Papa Paulin Freitas attendant qu'on vînt m'ouvrir le portail car je devais rendre visite à Elpidio Freitas. Soudain, un véhicule s'arrêta à mon niveau et une voix m'interpella : « Atavi, on a tiré sur Tavio. Ensemble avec Elpidio nous nous rendîmes au CHU Lomé Tokoin où s'était déjà rassemblé beaucoup de nos compatriotes. Il y avait beaucoup d'agitation et beaucoup de tension.
Les membres du corps médical, parmi lesquels le professeur Ahouangbévi et le Pr James accourus à son chevet, étaient harcelés par tous ceux qui étaient présents et qui voulaient avoir des nouvelles de Tavio.
Tavio fut opéré avec succès mais il n'était pas sorti d'affaire. Le lendemain, la décision fut prise de l'évacuer vers la France, où les structures médicales permettaient une meilleure prise en charge des blessés de cette nature.
Il fut transféré à Paris et c'est là où il rendit l'âme le 29 juillet 1992.
Tavio n'est pas décédé des suites de maladie ou d'un accident de la route.
Tavio ne s'est pas suicidé. Non. Il a été assassiné par des gens qui ont pris la liberté de donner aux autres la mort.
Je trouve cela terrible car la mort est irréversible.
Je ne connais aucun un être vivant, à part Notre Seigneur Jésus, qui s'est relevé après avoir été tué. Je n'en connais aucun.
Ce que nous avons vécu n'est pas la scène d'un film où, à la fin de la prise de vues, on demande aux blessés et aux morts de se relever et de rentrer chez eux.
Nous sommes dans la réalité qui fait hélas partie du quotidien des Togolais.
L'assassinat de Tavio est pour nous, est pour moi, un cauchemar.
Ce cauchemar ne prendra fin que lorsque nous saurons qui a donné l'ordre de le supprimer, qui l'a inspiré et pourquoi. Je n'aurai de cesse de traquer la vérité et le jour où je saurais tout, je me sentirais redevenu moi-même. Enfin.
Lorsque nous parlons de la fin de l'impunité, certains entendent vengeance, mise à mort des assassins.
Le fait de tuer les assassins de Tavio ne lui rendra pas la vie.
Le fait de les jeter en prison ne le ramènera pas à la vie.
Pour nous la fin de l'impunité passe par la recherche de la vérité, la contrition des auteurs des ces crimes ignobles qui ont endeuillé et qui continuent de frapper de nombreuses familles et surtout que les criminels prennent l'engagement solennel de renoncer définitivement à occire leurs compatriotes.
La politique, ce n'est pas la guerre.
Qui êtes-vous pour vous arroger le droit d'enlever à d'autres la vie ?
Oui, qui êtes-vous ?
Qui êtes-vous pour décider du sort des autres ?
Oui, qui êtes-vous ?
Il faut que cesse dans ce pays le poison de la haine que le RPT a instillé dans la population et qui pousse des Togolais à vouloir là mort d'autres Togolais.
Il faut que le changement que nous appelons de nos vœux arrive car le peuple est fatigué de subir ce régime réfractaire au droit et à la vie, ce système qui a pris en otage le Togo et les Togolais.
Nous voulons un Togo avec des citoyens libres et égaux en droit,
Un Togo avec des citoyens-patriotes.
Des hommes de talent capables de travailler à son développement.
Nous sommes fatigués de pleurer.
Nous sommes fatigués des assassins.
Nous sommes fatigués d'entendre tout le temps des menaces de mort.
Togolais debout !
Debout pour arrêter cette machine infernale.
Fait à Lomé le 31 juillet 2011
Alexandre Ayawo AMORIN
En mémoire de Ludo Martens (1946-2011)
Notre camarade Ludo Martens est décédé dans la nuit du dimanche 5 juin, des suites d’une longue maladie. Ludo a été à la base de la fondation du Parti du Travail de Belgique (PTB), dont il a longtemps été président. Il était connu pour être assidu et très rigoureux: « Pas de demi-mesure. On doit placer la barre très haut, étudier et travailler avec sérieux. » Mais cela ne l’empêchait nullement de reconnaître ses erreurs. Il était toujours ouvert à toutes les expériences, sur toute la planète. Ludo Martens avait 65 ans. Il laisse derrière lui deux enfants : Amada et Jokoba.
Le Bureau du PTB
Ludo Martens (1946-2011)
Fils aîné d’un fabricant de meuble, Ludo Martens a grandi dans la petite commune de Wingene, en Flandre occidentale. À l’école, il se passionne pour la langue et devient rédacteur en chef du journal pour l’ABN (Algemeen Beschaafd Nederlands, le néerlandais standard). Cet amour de la langue lui est resté dans le style qui sera le sien par la suite. Décrire des engagements, les gens et leur milieu de vie, la petite résistance populaire, les défaites, les révoltes, les petites et grandes victoires. C’est avec ce talent qu’il a rédigé plus tard en français « Abo, une femme du Congo », un livre littéraire sur la résistance à la dictature impitoyable de Mobutu. Ludo a su entraîner le lecteur dans sa propre sympathie pour une femme du peuple qui, à travers la lutte de Pierre Mulele contre la dictature, est passée à l’avant-plan de la scène politique. La Nouvelle Scène Internationale mettra plus tard le livre en scène, faisant accompagner le spectacle des percussions de Chris Joris, ami de l’amateur de jazz qu’était Ludo Martens. Écrire, c’est s’engager. En 1994, en compagnie du poète afro-américain Amiri Baraka (LeRoi Jones), il a organisé des lectures sur « l’art dans un monde qui vire à droite ». Les lectures ont abouti à un « Manifeste pour une poésie internationaliste » dont le rêve est de « lier en un contre-courant les poètes engagés du monde entier ».
Ludo, fondateur du Mouvement syndical étudiant
En 1965, le jeune étudiant Ludo Martens s’est rendu à Louvain pour étudier la médecine. C’est un engagement social. Il était bourré de talent et tant ses condisciples que les professeurs ont vu en lui un excellent médecin, plein d’avenir. Mais il en ira autrement car Ludo n’est pas l’homme à vouloir se bâtir une carrière universitaire tranquille. Il est devenu actif dans la principale organisation étudiante de l’époque, la Katholiek Vlaams Hoogstudentenverbond (KVHV, Union catholique flamande des étudiants du supérieur). En compagnie, entre autres, de Walter De Bock et Paul Goossens (tous deux par la suite à la base de la création du quotidien De Morgen), et de Herwig Lerouge, il a commencé à mobiliser le mouvement étudiant dans une autre direction. Contre les idées conservatrices et étriquées, Ludo Martens a su lui donner une direction progressiste, ouverte et internationaliste. Le courant progressiste grandissant se traduit dans le Studentenvakbeweging (SVB, Syndicat des étudiants). L’haïssable « Walen buiten » (Les Wallons dehors) est remplacé par « Bourgeois buiten ». C’est non seulement l’establishment catholique francophone, qui est visé, mais aussi la bourgeoisie flamande. Le caractère élitiste de l’université flamande, où l’on ne rencontre quasiment pas d’enfants de familles ouvrières, est aussi dans le collimateur.
Cette position est restée sur l’estomac du clergé, des autorités académiques et de la droite nationaliste. Tout a été mis en œuvre pour faire disparaître le groupe qui entoure Ludo du mouvement et du journal qu’il dirige, « Ons Leven » (Notre vie). Ils y arrivent finalement après la parution d’un numéro de « Ons Leven » qui dénonçait la pédophilie au sein de l’Église. À l’époque, ce sujet était tellement tabou que les autorités universitaires purent utiliser ces articles comme prétexte pour exclure Ludo de l’université.
Contre tout ce qui nous divise : contre le nationalisme et le racisme
La lutte contre le nationalisme borné dans notre pays a constitué dès ce moment un fil rouge dans l’existence de Ludo Martens. Derrière le séparatisme se cache un agenda antisocial et antisyndical dangereux, l’entendra-t-on souvent dire. Et quand d’autres partis, les uns après les autres, se sont scinds sur base linguistique, il a maintenu le PTB comme seul parti uni dont les membres de toutes les régions collaborent à la réalisation du même idéal.
Ludo Martens n’a pas seulement combattu le nationalisme étroit, mais également le racisme qui divise aussi le peuple. À l’université, il a élargi le mouvement à la question de la libération des Noirs aux États-Unis. Et, bien plus tard, après le premier « dimanche noir » de 1991 – percée électorale du Vlaams Blok –, il était un de ceux à l’initiative du mouvement pour l’égalité des droits. Avec Objectif 479 917, il a soutenu la collecte de signatures pour le droit à la nationalité belge pour les immigrés séjournant en Belgique depuis 5 ans au moins. Autant de signatures que n’en a récolté l’extrême droite aux élections. Alors que les pessimistes disaient que c’était impossible, des milliers de militants de tous horizons et de tous âges ont arpenté les rues. Ils ont finalement collecté plus d’un million de signatures. En compagnie de dix jeunes immigrées, Ludo a écrit le livre « Tien gekleurde meisjes » (Dix filles en couleurs) en tant qu’arme dans la lutte contre le racisme.
Travailleurs – étudiants : un seul front
Les rencontres de la période de Mai 68 ont influencé sa pensée et ses actes de façon décisive. À Berlin, il avait rencontré des étudiants marxistes allemands qui l’ont mis en contact avec les textes de Marx et de Lénine. C’est ainsi que Ludo a également inspiré le Syndicat des étudiants et qu’il est parvenu à ouvrir le regard des étudiants au monde du travail : Travailleurs – Étudiants : un seul front !
Ludo expliquait souvent que la véritable liberté des intellectuels consistait à comprendre comment cette société était constituée, d’où provenait l’injustice, quelles étaient les lois de l’histoire et du changement et, dès lors, comment agir ensuite. Quand les travailleurs de l’usine ABR à Louvain se sont mis en grève, les jeunes étudiants du SVB se sont déclarés solidaires de leur action. C’est toute une révolution, dans l’université de droite. Car, dix ans plus tôt à peine, les membres du KVHV avaient encore servi de troupes de choc contre les piquets de grève de 1960-1961 (contre la loi unique). Le syndicat étudiant a su renverser la vapeur et bien des mouvements de solidarité suivront, entre autres, avec les travailleurs de Ford Genk.
Après son expulsion de l’Université de Louvain, Ludo Martens s’est rendu à l’Université de Gand, où se poursuivait le mouvement étudiant. Il est devenu l’un des dirigeants de la lutte contre la censure à l’université. Le Gentse Studentenbeweging (GSB, Syndicat des étudiants de Gand) avec, entre autres, Renaat Willockx et Bob Roeck, a bien vite rallié le mouvement global pour une université démocratique et a développé une solidarité active avec les travailleurs.
La fondation d’un parti ouvrier
Ludo a pris conscience que, pour les étudiants, le choix déterminant de leur vie se posait surtout à la fin de leurs études. Quel choix d’existence ? Comment maintenir son engagement social ? Dans ce débat entre les étudiants de gauche, l’influence de Ludo Martens a été importante. Ensemble, ils ont étudié entre autres l’ouvrage « Que faire ? » de Lénine. Et plusieurs jeunes ont décidé d’aller travailler en usine. Mais, une fois dans l’usine, qu’y faire ? En janvier 1970, quelque 25 000 mineurs se sont lancés dans une grève sauvage de six semaines. Face à l’influence nationaliste de la Volksunie dans les charbonnages, a été fondé Mijnwerkerswacht, un comité de grève au sein duquel se retrouvaient de jeunes mineurs, des étudiants à la fibre sociale et des membres du Syndicat des étudiants. Kris Hertogen s’y est révélé en tant que figure de proue. À l’arrière-plan d’une grève pénible et longue, un autre débat a fait rage. Devions-nous fonder partout de nouveaux comités de grève pour en arriver à la mise sur pied d’un syndicat combatif ? Ou devions-nous tenter de traduire de façon durable en un parti ouvrier la fusion entre le mouvement ouvrier et le mouvement des étudiants engagés ? Après bien des discussions et sous l’influence de Ludo Martens, on a choisi de fonder un nouveau parti. Un parti de la classe ouvrière, et non un syndicat. Avec un journal national – qui allait devenir l’actuel Solidaire – et non pas un bulletin se contentant de coordonner simplement des expériences. « Tout le pouvoir aux ouvriers », TPO (« Alle macht aan de arbeiders », AMADA), était né. Au bout de dix années de travaux préparatoires, il sera finalement rebaptisé PTB en 1979. Un parti au service du peuple, telle est son ambition. C’est également de ce concept qu’en 1971 est née l’asbl Médecine pour le Peuple, avec Kris Merckx qui a lancé une maison médicale de soins de première ligne pratiquant la médecine gratuite dans les quartiers ouvriers de Hoboken. Le PTB compte aujourd’hui plus de 4 500 membres, il est actif dans 30 villes et dans 120 entreprises et bureaux, tant en Wallonie et à Bruxelles qu’en Flandre. Depuis, Médecine pour le Peuple compte 11 centres de médecine de première ligne, employant 60 médecins et soignant plus de 25 000 patients. Dans son ouvrage, « Le parti de la révolution », Ludo Martens a livré l’héritage de plus de trente années d’expérience de la lutte pour la fondation d’un parti communiste ouvrier.
Assidu et à cheval sur le travail d’étude
Au sein du jeune parti, Ludo insistait sur l’étude assidue et concrète, sur base des faits. Il a mené la lutte contre le discours creux et dogmatique qu’on entend parfois. Il faut avoir l’esprit ouvert et il convient d’apprendre ce qui doit être appris, disait-il souvent. Ainsi, en 1985, il a décrit dans « Pierre Mulele ou la seconde vie de Patrice Lumumba » la vie du révolutionnaire congolais Pierre Mulele. Il a consulté de nombreux experts, même certains avec qui il différait fondamentalement d’avis. Il reprendra ce style plus tard dans son travail sur Kabila. Il a écouté pas moins de 1 500 témoins et a tout noté avec minutie, de sa minuscule écriture si typique. Ludo était assidu et très sévère. Pas de demi-mesure, chacun doit tenter de se surpasser. On doit placer la barre très haut, étudier et travailler avec sérieux. Telle était sa vision de la politique pour former des responsables du parti.
Ludo était sévère, souvent opiniâtre, mais cela ne le dérangeait nullement de reconnaître ses propres erreurs. Quand la grève des mineurs de 1971 n’a pas été reconnue par les syndicats, cela a mené le jeune parti en devenir à suivre une voie hostile aux syndicats. Mais la grève des ouvriers des chantiers navals Boel, à Tamise, a prouvé qu’il pouvait en être autrement : une délégation syndicale combative et démocratique, en front uni, bénéficie du soutien de tous les travailleurs. Cette expérience a convaincu Ludo d’aborder le débat pour changer de ligne politique. Pas d’antisyndicalisme, mais un renforcement des forces progressistes au sein même du syndicat. Il s’agit de protéger le mouvement syndical contre les attaques de la droite et de l’establishment et de tirer un enseignement des expériences et corriger les erreurs.
La contre-révolution de velours
Dans les années 1960, les jeunes fondateurs du PTB ont assisté à l’effritement progressif des principes marxistes en Union soviétique. Ils ont vu le régime s’éloigner du peuple et s’octroyer de plus en plus de privilèges. Ils ont vu la solidarité internationale s’évaporer au profit d’une politique de conciliation avec l’impérialisme. Le révisionnisme du Parti communiste de l’Union soviétique était fustigé et cela a souvent débouché sur de vifs débats avec le Parti communiste belge. Sous l’influence de la Chine, on est même allé jusqu’à prétendre que l’Union soviétique s’était irrémédiablement engagée sur la mauvaise voie et qu’elle avait adopté un comportement impérialiste. Lorsqu’au milieu des années 1980, à Moscou, le débat est lancé, Ludo n’a pas hésité à réexaminer de manière critique les idées du parti. Il a continué de critiquer le statisme du système et l’érosion des principes, mais a proposé une analyse de la réalité plus nuancée, qui ne se limitait pas à une analyse simpliste ou gauchiste. Si le capitalisme réussit à réellement s’introduire en Union soviétique, c’est une catastrophe non seulement pour les millions de personnes qui vivent à l’Est, mais aussi pour le mouvement ouvrier chez nous, disait-il. C’est là le principal constat du livre « La contre-révolution de velours », un ouvrage qui offre une analyse minutieuse de cette révolution « douce » qui s’opère à l’Est. Si dans d’autres livres et articles, Ludo a défendu les réalisations des différents pays socialistes qui, selon lui, étaient remarquables et exemplaires, il cherchait également à savoir quelles sont les causes de la dégradation qui a mené à l’effondrement du socialisme à l’Est. Ces analyses ont contribué à aider les communistes du monde entier à dresser le bilan de la première expérience en matière de construction du socialisme dans l’histoire contemporaine. Cette position se retrouve également à la base de l’organisation annuelle du Séminaire Communiste International, un événement qui, en cette époque de mondialisation, a pour objectif de contribuer à faciliter les échanges entre partis communistes et à renforcer le mouvement communiste mondial.
Travailler avec des personnes qui ont des idées différentes
Ses principes, Ludo n’y a jamais renoncé. A Louvain, il a appris à diriger un grand mouvement. Il a appris à conclure des alliances, à travailler avec des gens qui ont des idées différentes des siennes. Lorsqu’en 1986, le quotidien De Morgen se trouvait dans les difficultés jusqu’au cou, il a lancé un appel à soutenir le journal et a décidé d’engager tout le parti dans cette campagne. Même si de nombreuses personnes ne partagaient pas les opinions de Ludo, tous ont été témoins du respect dont il a fait preuve dans la coopération. Cela a également été un fil conducteur pour ses actions au sein du parti. Ne jamais fuir la discussion, toujours rester calme (une tranquillité qui fait grimper certains au plafond), mais en même temps toujours avoir des arguments et remettre en question ses idées. Une divergence d’opinion est une divergence d’opinion, rien de plus. Ludo a toujours cherché une manière d’offrir à chacun la place qui lui permet de donner le meilleur de lui-même. Il était convaincu que le fait d’être capable de travailler avec des personnes issues de milieux différents et dotées de capacités différentes a permis à notre organisation de rester unie, alors que la plupart des organisations nées après Mai 68 ont disparu au bout de quelques années en raison de tensions et conflits internes.
Lors des différents congrès du parti, Ludo Martens a toujours été réélu président. Non seulement pour ses mérites, mais aussi pour les projets et les impulsions avec lesquels il a orienté le parti. Il était un homme profondément ambitieux. Pourtant, en 1999, il a demandé à la direction du parti s’il pouvait concentrer ses activités militantes au Congo. Cela a été l’occasion de permettre à d’autres camarades de diriger le parti. Entre 1999 et 2003, le parti a été sous la direction de Nadine Rosa-Rosso, secrétaire générale. En 2004, le parti a été dirigé par la Direction Journalière composée de Baudouin Deckers, Lydie Neufcourt et Peter Mertens. En 2008, Peter Mertens est élu nouveau président du parti par le congrès.
Ce qui est sans doute moins connu, c’est que Ludo a lui-même posé la première pierre pour le renouveau du parti. En 1999, avant de partir pour le Congo, après les mauvais résultats électoraux du PTB, il a rédigé une étude considérable sur le sectarisme profondément ancré à l’époque au PTB. Selon lui, le parti devait se défaire de son attitude de donneur de leçons et du « j’ai toujours raison ». Il devait devenir un parti moderne, ouvert, sans renier ses principes. C’est le renouveau qui a été approfondi entre 2004 et 2008, aboutissant au 8e Congrès du PTB. Depuis lors, le PTB a grandi jusqu’à atteindre aujourd’hui 4 500 membres.
Congo : rendre l’Histoire à ceux qui la font
Derrière l’apparence parfois sévère de Ludo se cachait un homme toujours ouvert à toutes les expériences de toute la planète. C’est d’ailleurs dans des discussions avec les étudiants latino-américains de Louvain que Ludo et la génération de gauche d’alors ont appris à connaître la lutte de Che Guevara et les expériences de Mao Zedong dans la lutte contre le colonialisme et l’impérialisme. Cette solidarité internationale inconditionnelle, qui s’est exprimée pleinement aussi dans la solidarité avec le peuple vietnamien, était une caractéristique de Ludo. Le leader étudiant des années 1960, qui avait les capacités de se faire une carrière bourgeoise (et, parmi ses compagnons de route de Mai 68, plus d’un a fini par prendre cette voie), a fait le choix d’une vie simple. Il ne s’est pas laissé séduire par les gros salaires ou par les signes extérieurs de richesse. Son regard était à la mesure du monde, son style de vie était modeste.
Il en est de même au Congo, où il a passé depuis 1999 ses dix dernières années de vie active. En 1968, le jeune Ludo était déjà convaincu que nous avons, en tant que révolutionnaires et anticolonialistes, le devoir de soutenir la libération du peuple congolais. Le colonialisme belge a été particulièrement cruel ; il n’avait donné aux Congolais aucune possibilité de faire des études. C’est une des sources de la situation catastrophique de ce riche pays d’Afrique. Le manque de cadres a permis à Mobutu de créer dans sa période au pouvoir une couche de politiciens corrompus qui étaient toujours disposés à livrer à des entreprises occidentales les richesses de leur pays. Ludo s’est engagé dans l’aide active à la libération. Il a soutenu des Congolais qui cherchaient à sortir leur pays du marasme ; il les a aidé à retrouver confiance en eux-mêmes, à regarder avec fierté leur propre histoire, à redécouvrir le passé révolutionnaire du Congo. Il a voulu rendre l’Histoire à ceux qui la font. C’était l’objectif de ses livres sur Pierre Mulele, sur Léonie Abo et sur Laurent Désiré Kabila, dont les experts reconnaissent le sérieux et les opposants la redoutable efficacité. La maladie l’a, hélas, empêché d’achever ce travail. Maintenant, c’est malheureusement à nous de rendre l’Histoire à Ludo. Mais ses livres, les organisations qu’il a aidé à mettre sur pied et les milliers de militants qu’il a inspirés dans le monde forment une base solide pour continuer la lutte de libération.
Commémoration le 26 juin
La cérémonie de commémoration aura lieu le dimanche 26 juin de 11 h à 13 h à l’Auditorium du Passage 44, boulevard du Jardin Botanique, 44, 1000 Bruxelles.
L'Avenir (Kinshasa-RDC) :: "Ludo Martens a tiré sa révérence"
Un des rédacteurs en chef d'un des journaux les plus lus à Kinshasa rend hommage à l'ex-président et fondateur du PTB.
Joachim Diana G.
Le président du Parti du Travail Belge (Ptb), Ludo Martens n’est plus. Le Che européen a quitté ce monde le 5 juin dernier à 1 heure, heure de Bruxelles. Comme tout homme qui aura passé l’essentiel de son temps sur cette terre des hommes à rendre service, il n’a pas eu une mort agitée. C’est un saint homme dont le témoignage d’amour pour les autres n’a pas besoin d’une longue enquête pour reconnaître ses mérites à ciel ouvert avant de le « canoniser ». Ludo Martens s’en est allé paisiblement sans transition entre le sommeil et la mort. Son corps est gardé à la morgue de Ste Gertrude à Bruxelles.
Le programme des obsèques sera rendu public dans les heures qui viennent. A Kinshasa où Ludo Martens est un fils du pays à la manière de Ernesto Che Guevara à Cuba, il est prévu également une manifestation, une « messe » des nationalistes de la gauche congolaise. Tous ceux qui ont aimé et travaillé avec Ludo Martens lui rendront les derniers hommages. Ce sera l’occasion de dire à tous ceux que Ludo Martens a encouragés et soutenus dans leur foi dans la lutte anti-impérialiste, que Ludo est mort, mais il est vivant parmi nous dans la lutte contre la domination et les inégalités. Son exemple, selon lequel on peut vivre pour les autres, doit servir de serment à la chancelante lutte anti-impérialiste en Rdc. Ludo est un témoignage de vie pour quiconque recherche la meilleure façon de se mettre au service d’une vie meilleure pour tous.
Campagne de diabolisation
Pour son engagement au Congo, il a eu à supporter des coups qu’il a encaissés en lieu et place de nous Congolais parfois distraits par l’événementiel et le bassement matériel. Dans ce monde dominé par des intérêts égoïstes, très peu comprenaient pourquoi ce blanc au cœur noir avait quitté son pays pour vivre dans les quartiers populaires de Kinshasa. En effet, Ludo a vécu à Matonge et avait son champ d’action à Masina, à Kimbaseke, au Camp Luka, bref dans la périphérie périphérique de Kinshasa. Pour certains, il venait chercher fortune. « Pauvres fous qui croient que rien n’est grand parce que eux-mêmes sont petits ». Ces critiques, ces insinuations, venaient essentiellement des milieux de la presse belge dont le but inavoué était de démobiliser autour de Ludo Martens en le diabolisant. Combatif, il a eu à remettre les auteurs de ces insinuations à leur place : « Il ne me serait jamais venu à l’esprit de demander le moindre centime à un pays qui a été pillé, ruiné et anéanti par l’Occident et son bichon Mobutu. Le responsable des finances du Parti du Travail de Belgique sait que mon travail au Congo coûte plus de 300.000 francs par an, payés par les cotisations des travailleurs, infirmières, employés, professeurs et médecins belges… ».
Un homme des cités populaires
En effet, il s’installait toujours un centre d’attraction, partout où s’installait Ludo Martens. Car, il savait créer une vie publique pour une bonne éducation politique. Ludo Martens apprenait, en effet, aux Congolais à se fabriquer une armure contre toute forme d’exploitation. Il les aidait à aller de l’assistance à la libération. Cette lutte ne pouvait pas plaire à ceux qui voulaient créer en Rdc les conditions d’assistance permanente et éternelle, donnant ainsi aux Congolais l’image dramatique d’un mendiant qui se sert d’un bol en or massif pour demander de l’aumône. Pour ce faire, Ludo Martens a travaillé dur sous le soleil caniculaire de Kinshasa ou d’autres provinces de la Rdc. Il fait ici son propre témoignage : « J’ai donné des dizaines de conférences dans les quartiers populaires de Kinshasa, de Kikwit et de Lubumbashi.
En trois ans, j’ai donné quelque 20 heures d’interviews aux deux télévisions nationales et à celles de Lubumbashi et Kikwit ». Ludo Martens n’a jamais eu des gardes même pendant des périodes troubles où il n’était pas facile d’être blanc dans les rues de Kinshasa. Son discours accroche au point de devenir subversif pour les partisans du néocolonial, parmi lesquels Huismans à qui Ludo Martens fait cette remarque : « Monsieur Huismans peut aller demander, à peu près partout au Congo, ce que les gens des « cités » pensent de mes exposés. Si cela le tente, il pourrait organiser une confrontation entre son informateur « congolais » Mayele et moi-même, dans n’importe quel quartier populaire de Kinshasa. Il verra ce qui inquiète le plus « les Congolais » : mon analyse de la guerre au Congo ou le rôle que le sieur Mayele a joué en faveur des agresseurs rwandais… ». Et Ludo de poursuivre : « Huismans s’est également entretenu avec un « coopérant » qui prétend qu’à Kinshasa et Lubumbashi, Ludo Martens « excite contre les Belges, et surtout contre les Américains, les jeunes chômeurs qui suivent des formations dans les Comités du Pouvoir populaire ». Suite à ces « excitations » de ma part, des « jeunes en colère » auraient « agressé des journalistes belges qui accompagnaient Louis Michel » aux funérailles de Kabila ». Comme on le voit Ludo Martens, prophète de la lutte anti-impérialiste, a été plus d’une fois, le bouc-émissaire des valets du néocolonialisme dont l’arme, on s’en souvient, c’est la diabolisation en touchant la corde sensible de l’opinion impérialiste. C’est ainsi que, dans un pays où les dirigeants affichaient les attitudes anti-impérialistes, il fallait un bouc-émissaire, quelqu’un pour payer à la place de tous.
Ludo n’a jamais eu besoin de s’offrir en martyr, mais en combattant contre toute injustice, même celles qui le frappaient lui. Il s’inscrit en faux contre certaines critiques : « J’ai écrit des centaines de pages et tenu des dizaines de conférences autour d’un seul thème central. Le Congo se trouve aujourd’hui dans une situation de destruction presque complète et de misère criarde parce que, depuis son indépendance, il a toujours été dominé et exploité par les multinationales et banques occidentales. Parce qu’il a été dirigé par des politiciens congolais qui n’ont donné qu’une façade noire à la continuation du contrôle par l’impérialisme. Le Congo ne sortira de l’enfer inhumain dans lequel il est plongé aujourd’hui que lorsqu’il aura mis en place un pouvoir politique nationaliste fort. Ce n’est qu’en organisant et en mobilisant toute la population que l’on assurera l’indépendance et la souveraineté du Congo et que l’on pourra entamer un développement économique qui résoudra vraiment les problèmes économiques et culturels des masses populaires ».
Le discours de Ludo Martens sur base d’une conscience historique lucide, est différent de celui de tous ceux qui réfléchissent au jour le jour, au gré de ce qu’ils ont dans le ventre, ceux qui font aujourd’hui une critique à la surface sur la situation de la Rdc. Autant Ludo Martens était convaincu par le travail politique, l’homme peut tout changer le destin de son pays, jusqu’à soulever des montagnes, autant il avait conscience des obstacles à franchir face à l’impérialisme à la peau dure et aux impérialistes sans cesse aux aguets contre tout discours de changement. Que son âme repose en paix.
Ludo Martens, mémoire de la gauche congolaise, a disparu
Colette Braeckman, journaliste au Soir, rend hommage à l'ex-président et fondateur du PTB, sur son blog.
Colette Braeckman
A première vue, Ludo Martens qu’une longue maladie vient d’emporter, avait tout du moine : la sobriété de l’existence, la rigueur de l’engagement politique, l’obstination dans sa recherche intellectuelle et journalistique. D’autres diront sans doute ce que furent ses débuts d’étudiant d’extrême gauche ; sa présidence du PTB (parti du travail de Belgique) sera analysée par les militants, les amis et les adversaires, ses choix politiques seront étudiés par les historiens des mouvements progressistes en Belgique.
Mais pour les Congolais et ceux qui s’intéressent à l’Afrique, Ludo Martens est surtout l’auteur d’ouvrages qui sont devenus des références et qui retracent la vie et le combat de Pierre Mulele ainsi que l’existence de son épouse Léonie Abo. Il fallait avoir une mentalité de moine pour pouvoir retracer ainsi, minutieusement, sur des centaines de pages, l’itinéraire de Pierre Mulele, le plus résolu, le plus dénigré et le plus prophétique des compagnons de Patrice Lumumba. Avec patience, Ludi Martens a retrouvé et fait parler les témoins de l’époque, retracé les circonstances de la trahison dont Mulele fut la victime, décrit le militantisme de son épouse et la dureté de ses conditions de vie durant la période glaciaire du mobutisme, où tous les espoirs des Congolais furent mis en hibernation…
Dans son dernier et monumental ouvrage, consacré à Laurent Désiré Kabila et la révolution congolaise, Ludo Martens a édifié une véritable cathédrale de papier à la mémoire du président assassiné, retraçant son idéologie et décrivant ce « pouvoir populaire » qu’il voulut institutionnaliser, décrivant avec force détails sa vie en exil puis les circonstances de son retour au pouvoir. Les historiens classiques butineront dans l’œuvre de Ludo Martens nombre d’informations de première main, les militants y trouveront matière à se révolter ou à s’engager davantage, les Congolais y découvriront des fragments occultés de leur histoire…
L’œuvre de Ludo Martens n’était pas seulement intellectuelle : dans ce pays où il résida longtemps, il tissa de nombreux liens, ouvrit de nombreux esprits et sut transmettre son amitié militante et son savoir. Lorsqu’un homme tel que Ludo Martens vient à disparaître, on peut craindre que s’engloutissent des pans entiers de l’histoire. Heureusement cet homme talentueux et scrupuleux à la fois avait eu le soin de coucher dans des livres et des dossiers l’essentiel de son savoir. Une autre histoire du Congo est ainsi demeurée disponible et perpétuera sa mémoire…
http://blog.lesoir.be/colette-braeckman/2011/06/07/ludo-martens-memoire-de-la-gauche-congolaise-a-disparu/
Togo: Bob Akitani est décédé le 16 mai 2011 dans sa 81e année
Bob Akitani est représentatif non seulement d’une famille politique, mais de toutes les luttes, de tous les sacrifices, de toutes les aspirations du plus grand nombre de citoyens togolais au cours de ces quarante dernières années. Il incarne les valeurs fondamentales de la démocratie et des droits de l’Homme et aura à assumer des responsabilités éminentes et historiques, au quotidien, dans la pratique, au plus haut niveau de l’Etat, dans un pays qui a passé des décennies dans les ténèbres de l’autocratie et de l’obscurantisme. Il rassure au plan moral et a d'énormes défis à relever à ce niveau. Nous aurons l’occasion de revenir sur l’enjeu majeur que constituent les questions éthiques dans notre pays où la décadence morale a atteint, sous l’impulsion du pouvoir, des proportions réellement tragiques pour l’avenir du pays de nos aïeux.
Bob AKITANI Bob Emmanuel Akakpovi est né le 18 Juillet 19030 à Aného dans la Préfecture des Lacs. De nationalité togolaise il est marié et père de cinq enfants. Il est Ingénieur à la retraite.
1- Etudes Secondaires - Diplômes obtenus Bac. 1ère partie (Série Moderne) en 1949 à Paris (France) Bac. 2ème partie (Série Maths Elémentaires) en 1950 à Paris
2- Etudes Supérieures en France : 1950 - 1959 2.1- 1950-1951: Classe de Maths Supérieures au Lycée Henri IV à Paris 2.2- Universitaire - Facultés des Sciences : Paris et Poitiers Diplôme: Licencié ès-Sciences Mathématiques (équivalence actuelle. Maîtrise de Mathématiques) 2.3- Grande Ecole: ENSP.M. (Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs) A Rueil-Malmaison; Option : Forage et Exploitation des Gisements Diplôme. Ingénieur E.N.S.P.M (Promotion 1959)
3- Activités Professionnelles 3.1- Sept 1959 - Déc. 1960: Ingénieur de Forage à la SPS (Société des Pétroles du Sénégal)Société Privée filiale de la BP - France au Sénégal 3.2- Fonction Publique Togolaise: 3 21- Janv 1961 - Nov. 1969 : Directeur Adjoint puis Directeur des Mines et de la Géologie N.B. Stage dans les mines: 6 (six) mois (Avril - Oct. 1964) au Québec (Canada) et au Chili 32.2- de 1963 à 1969 : Co-Directeur du Projet des Nations-Unies de Recherches Minières et des Eaux Souterraines 32.3- Nov. 1969 - Mars 1974 : Conseiller Technique du Ministre des Mines 32.4- Mars 1974 - Mars 1981 : Membre du Directoire (Secrétaire Général) de la CT.M.B. devenue O.T.P. (Office Togolais des Phosphates) 3.3- Alors « Ingénieur de Classe Exceptionnelle du Cadre des Fonctionnaires des Mines et de la Géologie », désirant s'occuper autrement, sur sa demande, est retraité de la Fonction Publique à compter du 1er Jan 1983 3.4- Actuellement, Directeur de SARIV, une SARL opérant dans le domaine de l'Energie Solaire
4- Langues écrites et parlées: Français - Anglais
Cadre Politique 1- dans les années 1950, en France : - militant de l'Association des Etudiants Togolais en France (" Jeune Togo") ; - militant de la Fédération des Etudiants d" Afrique Noire en France ("FEANF") ; 1957 - 1958 . Président du "Jeune Togo" ; c'est à son initiative qu'une délégation des Etudiants a été envoyée oeuvrer aux côtés des Partis Nationalistes au Togo lors des historiques élections législatives du 27 Avril 1958.
2- rentrée au Togo en Déc. 1960 , membre et militant du Parti "UNITE TOGOLAISE" à partir de Février 1961 ;
3- militant et membre fondateur du Parti Union des Forces de Changement (U.F.C.), dont il était actuellement Premier Vice-Président et candidat à l'élection présidentielle de 2005.
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Togo: Bob Akitani est décédé le 16 mai 2011 dans sa 81e année
Bob Akitani est représentatif non seulement d’une famille politique, mais de toutes les luttes, de tous les sacrifices, de toutes les aspirations du plus grand nombre de citoyens togolais au cours de ces quarante dernières années. Il incarne les valeurs fondamentales de la démocratie et des droits de l’Homme et aura à assumer des responsabilités éminentes et historiques, au quotidien, dans la pratique, au plus haut niveau de l’Etat, dans un pays qui a passé des décennies dans les ténèbres de l’autocratie et de l’obscurantisme. Il rassure au plan moral et a d'énormes défis à relever à ce niveau. Nous aurons l’occasion de revenir sur l’enjeu majeur que constituent les questions éthiques dans notre pays où la décadence morale a atteint, sous l’impulsion du pouvoir, des proportions réellement tragiques pour l’avenir du pays de nos aïeux.
Bob AKITANI Bob Emmanuel Akakpovi est né le 18 Juillet 19030 à Aného dans la Préfecture des Lacs. De nationalité togolaise il est marié et père de cinq enfants. Il est Ingénieur à la retraite.
1- Etudes Secondaires - Diplômes obtenus
Bac. 1ère partie (Série Moderne) en 1949 à Paris (France)
Bac. 2ème partie (Série Maths Elémentaires) en 1950 à Paris
2- Etudes Supérieures en France : 1950 - 1959
2.1- 1950-1951: Classe de Maths Supérieures au Lycée Henri IV à Paris
2.2- Universitaire - Facultés des Sciences : Paris et Poitiers
Diplôme: Licencié ès-Sciences Mathématiques (équivalence actuelle. Maîtrise de
Mathématiques)
2.3- Grande Ecole: ENSP.M. (Ecole Nationale Supérieure du Pétrole et des Moteurs) A Rueil-Malmaison; Option : Forage et Exploitation des Gisements
Diplôme. Ingénieur E.N.S.P.M (Promotion 1959)
3- Activités Professionnelles
3.1- Sept 1959 - Déc. 1960: Ingénieur de Forage à la SPS (Société des Pétroles du Sénégal)Société Privée filiale de la BP - France au Sénégal
3.2- Fonction Publique Togolaise:
3 21- Janv 1961 - Nov. 1969 : Directeur Adjoint puis Directeur des Mines et de la Géologie
N.B. Stage dans les mines: 6 (six) mois (Avril - Oct. 1964) au Québec (Canada) et au Chili
32.2- de 1963 à 1969 : Co-Directeur du Projet des Nations-Unies de Recherches Minières et des Eaux Souterraines
32.3- Nov. 1969 - Mars 1974 : Conseiller Technique du Ministre des Mines
32.4- Mars 1974 - Mars 1981 : Membre du Directoire (Secrétaire Général) de la CT.M.B. devenue O.T.P. (Office Togolais des Phosphates)
3.3- Alors « Ingénieur de Classe Exceptionnelle du Cadre des Fonctionnaires des Mines et de la Géologie », désirant s'occuper autrement, sur sa demande, est retraité de la Fonction Publique à compter du 1er Jan 1983
3.4- Actuellement, Directeur de SARIV, une SARL opérant dans le domaine de l'Energie Solaire
4- Langues écrites et parlées: Français - Anglais
Cadre Politique
1- dans les années 1950, en France :
- militant de l'Association des Etudiants Togolais en France (" Jeune Togo") ;
- militant de la Fédération des Etudiants d" Afrique Noire en France ("FEANF") ;
1957 - 1958 . Président du "Jeune Togo" ; c'est à son initiative qu'une délégation des Etudiants a été envoyée oeuvrer aux côtés des Partis Nationalistes au Togo lors des historiques élections législatives du 27 Avril 1958.
2- rentrée au Togo en Déc. 1960 ,
membre et militant du Parti "UNITE TOGOLAISE" à partir de Février 1961 ;
3- militant et membre fondateur du Parti Union des Forces de Changement (U.F.C.), dont il était actuellement Premier Vice-Président et candidat à l'élection présidentielle de 2005.

Ingrid Ataféinam Awadé: La régente du Togo
VENDREDI, 22 AVRIL 2011 09:24
Argent, pouvoir, corruption, maraboutage, pillage: Enquête sur une mafia au cœur de l’économie togolaise
Ingrid Ataféinam Awadé est incontestablement la femme la plus puissante du Togo aujourd’hui à la faveur de ses relations intimes avec Faure Gnassingbé. Née le 3 mars 1973 d’une famille modeste, d’un père enseignant et directeur d’école, elle fit ses études primaires et secondaires à Kara. Un de ses camarades de classe aujourd’hui à l’extérieur du pays se rappelle l’image d’une fille très agitée mais intelligente qui fréquentait l’EPP Karozo encore appelée EPP Chaminade que dirigeait son père Awadé Tchaa. Nous sommes dans les années 1985. Ce souvenir si proche est aussi lointain car la belle (sic) Ingrid a grandi, mieux, a mûri au point d’être aujourd’hui la femme la plus incontournable de la galaxie de Faure Gnassingbé capable de faire et de défaire les hommes et les femmes du système. Un privilège impensable et inimaginable du vivant de Gnassingbé Eyadema.
Diplomée en Sciences de gestion et nantie d’un DESS en contrôle de gestion et système d’information, elle débarque au Togo dans les années 1998. Très vite elle fut présentée par un membre de sa famille, Général de son état, à Alexis Lamsey Looky comme expert comptable. A l’époque on cherchait au sein du pouvoir à faire la promotion des filles du Nord et principalement de Kara. C’est donc Alexis Lamseh Looky à l’époque DG de l’UTB qui se chargea d’intégrer progressivement Ingrid Awadé et Nathalie Bitho, alors Mme Atchollé dans le système financier. Elle gravit rapidement les marches, travaille au Fonds GARI qu’elle quitte le 30 avril 2003. Elle s’occupera ensuite de la SGI (Société de gestion et d’intermédiation), une filiale de la BRVM (Bourse régionale des valeurs mobilières) basée à Abidjan, poste qu’elle cumulera avec celui du DG des impôts jusqu’en 2008 avant de le céder à un de ses proches, Assigbi Mensah. Elle a profité de sa position de première responsable de la SGI-Togo pour faire le tour de plusieurs barons du RPT civils comme militaires et les convaincre d’investir des centaines de millions dans la BRVM.
De la présidence à la DGI, une montée en puissance
Lorsque le 5 février 2005 le général Eyadema quitta le monde des vivants, la nomenklatura RPT au lieu d’organiser une succession respectant la Constitution, alla chercher un certain Faure Gnassingbé qu’on imposa à la suite d’un tripatouillage constitutionnel unique au monde. Le règne des jeunes loups venait ainsi de commencer, pour le plus grand malheur du RPT et des Togolais. C’est alors que dame Ingrid réussit on ne sait trop de quelle manière, à se glisser dans le cabinet présidentiel au poste de conseillère financière de Faure Gnassingbé. De sources concordantes, elle aurait été introduite dans le circuit par un baron aujourd’hui en disgrâce.
Au lendemain de sa prise sanglante du pouvoir, Faure Gnassingbé était soucieux d’asseoir son règne. Il se débarrassa en douceur de certains collaborateurs de son défunt père, notamment au niveau des régies financières et des sociétés d’Etat. C’est alors qu’Ingrid Ataféinam Awadé fut catapultée en juin 2006 à la Direction Générale des Impôts en remplacement du Colonel De Souza Galley. Dès sa prise de fonction, elle se charge d’asseoir son autorité par des affectations expéditives, punitives et fantaisistes des cadres des services des impôts et du recrutement par vague de ses proches.
Dans la guerre de tranchée pour le contrôle du pouvoir qui oppose Faure à son frère cadet Kpatcha Gnassingbé, Ingrid Awadé qui était précédemment amie du député de la Kozah avant de rallier le palais de la Marina, se chargea de neutraliser les soutiens financiers de l’ex-ministre de la Défense. C’est ainsi qu’elle déclara la guerre sous le couvert de redressement fiscal à des entreprises ou sociétés de Libanais proches de Kpatcha. Bassam El Najar, Ramco et bien d’autres sont passés à la trappe. Cette supposée traque des investisseurs véreux et faux payeurs n’était qu’un prétexte, puisque une fois ces sociétés démantelées, les amis et proches de Faure Gnassingbé prennent la relève avec les mêmes pratiques mafieuses.
Ingrid Awadé, ses hommes, ses méthodes et le pillage organisé de l’économie togolaise
Après avoir démantelé le réseau de Kpatcha Gnassingbé, Ingrid Awadé s’est empressée de mettre le sien en place. Pour la circonstance, elle s’entoure d’une brochette de personnes d’horizon divers. A plusieurs reprises, «La Lettre du Continent» a mentionné dans ses révélations Kpatcha Bassayi, le directeur de l’entreprise de BTP CENTRO, Germain Meba de CIB-INTA, Docteur Michel Kodom propriétaire d’une clinique de la place et responsable de l’ONG AIMES-Afrique. Notre confrère mentionne également le commissaire divisionnaire AHARH Ahawaré, directeur de la documentation nationale et bien d’autres personnes.
Des rumeurs dans les milieux des BTP non confirmées par nos investigations font état de ce que le matériel lourd dont dispose l’entreprise CENTRO serait une propriété de celle qu’on surnomme la «dame de fer». On comprend alors pourquoi la plupart des grands chantiers ne tombent que dans l’escarcelle de CENTRO, notamment le siège de la DGI en face de l’Ambassade des USA qui aurait coûté plus de 8 milliards de FCFA. C’est également à cette entreprise que revient souvent la construction des palais du jeune monarque disséminés, sur l’ensemble du territoire national, particulièrement à Cacaveli, Agou, Blitta, Kouméa, Défalé, Dapaong. Les plans de ces palaces sont conçus par une jeune architecte du nom de Limazié travaillant à CENTRO. Selon des indiscrétions, le palais d’Agou aurait couté plus de 2 milliards de francs CFA mais aurait été construit avec du matériel de qualité douteuse. C’est d’ailleurs à l’entreprise CENTRO qu’est revenue la construction de plusieurs villas luxueuses à la cité OUA où doivent être hébergés les chefs d’Etat attendus pour le 51è anniversaire de l’indépendance du Togo le 27 avril prochain. L’architecture intérieure, notamment la décoration et l’ameublement est revenue à une société de la même Ingrid gérée par sa petite sœur Abidé Awadé résidant au Canada.
Germain Meba, Directeur général de CIB-INTA et le Docteur Michel Kodom propriétaire de la clinique Immaculée Conception et responsable de AIMES-Afrique sont choyés dans la galaxie Ingrid. Le premier a une exclusivité sur le marché des produits informatiques et des nouvelles technologies appliquées. Quant au second, il est à la tête d’une clinique où l’ensemble du matériel, à en croire certaines sources, serait financé par la Directrice générale des impôts. Il en est de même de l’ONG AIMES-Afrique dont le matériel serait de dernière génération alors que le gouvernement peine à trouver les moyens pour doter les hôpitaux de matériels adéquats. Le Docteur Kodom n’est pas le seul à être dans les bonnes grâces d’Ingrid Awadé. Sa femme d’origine Ghanéenne se voit régulièrement confier le juteux marché de commande des pagnes qui servent à habiller les populations lors des festivités organisées par le pouvoir de Faure. Pagnes de qualité douteuse qu’elle commande au Ghana avec à la clé une facture très salée.
Dans une récente révélation, «La Lettre du Continent» a rapporté qu’Ingrid Awadé intervient également dans la sécurité de son «ami» Faure Gnassingbé. Pour la circonstance, elle s’attache les services du commissaire divisionnaire AHARH Ahawaré, directeur du service de la documentation nationale et de certains officiers israéliens actifs à la présidence appartenant au réseau du sulfureux Charles Debbasch. Ce commissaire divisionnaire responsable du club de basket Swallows dont Ingrid est membre, reste toujours, selon certaines sources, le premier responsable des RG (Renseignements généraux).
A l’égard de tous ces gens, Ingrid Awadé sait être généreuse. En guise de récompense aux multiples services rendus, elle les arrose de biens matériels, notamment de somptueuses villas par dizaine, des terrains, des voitures de luxe, des comptes bancaires garnis et même des appartements à l’extérieur. Certains de ses proches dont les épouses sont devenues des commerçantes bénéficient de passe-droits pour déverser sur le marché togolais des tonnes de marchandises sans payer les impôts et les taxes douanières. Selon des sources généralement bien informées, la Directrice générale des impôts aurait offert récemment à l’épouse d’un de ses proches une voiture de luxe de marque Lexus et une Peugeot 607 au fils de la même personne élève dans un lycée de la place. Elle sait également entretenir les hauts gradés de l’armée (chefs corps, chefs de renseignement, responsables des forces de sécurité) à qui elle envoie de temps à autre des millions de francs.
Nos investigations nous ont conduit au ministère de l’Economie et des Finances où Ingrid Awadé tient les locataires des lieux en respect, en commençant par le premier responsable Adji Ottèth Ayassor. Ce dernier qui donne l’impression d’un homme de rigueur reçoit paradoxalement ses ordres de sa subordonnée, c’est-à-dire de la Directrice des impôts qu’il appelle volontiers «Maman». La dernière illustration est cette fameuse décision d’envoyer les agents des impôts au cordon douanier pour prélever directement la TVA, une décision suscitée sans doute par la Directrice des impôts. Au sein du ministère de l’Economie et des Finances, certains cadres sont scandalisés par l’assujettissement du ministre à la Directrice. Cette dernière n’hésite pas à distribuer à la fin de chaque semaine des billets de banque à certains agents du ministère afin que les dossiers venant des impôts soient traités avec diligence. Quant aux autres services de l’Etat qui ne mouillent pas les cadres dudit ministère, leurs dossiers traînent souvent dans les tiroirs.
Ingrid Awadé, c’est aussi la fuite organisée des capitaux vers l’extérieur. Depuis son arrestation à l’aéroport de Paris Roissy Charles de Gaulle en 2007 avec une forte somme d’argent avant d’être relâchée suite à l’intervention de la présidence togolaise, elle s’est désormais tournée vers les pays peu regardants sur l’origine des centaines de millions qui arrivent sur leur territoire. Pour ce faire, Dubaï est devenu la destination privilégiée. D’importantes sommes d’argent quittent le Togo chaque semaine en direction de ce pays ou vers d’autres destinations comme le Canada où réside la petite sœur de la Directrice des impôts.Une fuite importante de capitaux qui échappe curieusement à la fameuse ANR qui s’acharne sur de pauvres commerçants qui gagnent leur argent à la sueur de leur front. Comment peut-on oublier que c’est elle qui signe les titres fonciers? Elle profite de sa santé financière pour collectionner les immeubles sur l’ensemble du territoire national. A Kara, on dénonce une spéculation foncière tous azimuts à laquelle elle et sa famille se livrent en achetant à tour de bras les terrains bâtis et non bâtis dans la ville. Ingrid déteste le RPT et pousse constamment Faure à créer son parti
C’est une évidence qu’entre Ingrid Awadé et le RPT, ce n’est pas le grand amour, pour ne pas dire que la «dame de fer» voue une antipathie au vieux parti qui a porté Faure Gnassingbé au pouvoir en 2005. Selon toujours «La Lettre du Continent», au lendemain des élections législatives et après l’embastillement de Kpatcha Gnassingbé, elle projetait de créer un parti pro Faure Gnassingbé afin de se débarrasser du lourd passé politique hérité de feu Eyadema. Mais ce projet qui date de l’arrivée de Faure Gnassingbé au pouvoir a foiré à plusieurs reprises par la volonté des caciques du régime. Mais selon des sources crédibles, l’idée ne serait pas définitivement rangée au placard.
Pour les campagnes électorales dans lesquelles elle joue un rôle majeur, elle prive le RPT de moyens et s’appuie sur son propre réseau d’associations et d’obligés. On évoque l’association d’un de ses proches Noel D’Poukn, responsable du matériel à la direction des impôts, propriétaire d’une agence de communication. En moins de deux ans, ce jeune est devenu un Crésus de la place. On cite également le frère cadet d’un proche d’Ingrid, avocat de son état qui aurait abandonné son travail en Suisse pour s’établir à Lomé où il obtient le juteux marché de la confection des Tee-shirt pour les grandes manifestations du pouvoir. Toujours pour les activités politiques, il ne faut pas oublier de mentionner la fameuse ONG NAFA qui dit être dans la micro finance. C’est dans les sacs de jute que le Béninois qui dirige cette ONG prend régulièrement sa part du gâteau togolais, c’est-à-dire des billets de banque. Il faut ajouter à cette liste d’autres obligés qui sillonnent régulièrement le territoire national avec des centaines de millions dans des mallettes. A défaut de créer un parti pour son «ami», Ingrid Awadé utilise l’arme financière contre le RPT dont la trésorière Ibrahima Méimounatou serait sa rivale dans un autre registre.
Toutes les activités que nous venons de mentionner sont financées par les recettes des impôts ponctionnées directement à la source et des centaines de millions perçus dans les sociétés d’Etat. Rien d’étonnant lorsqu’on sait qu’a chaque année, le budget national du Togo est toujours squelettique alors que le pays regorge d’énormes potentialités. L’économiste Michel Nadim Khalife déclarait dans une analyse que chaque année environ 300 milliards de francs CFA quittent le Togo pour des destinations inconnues.
Ingrid Awadé généreuse et dangereuse
Ingrid Awadé sait entretenir ses amis, ses proches et ses obligés en les couvrant de bien matériels mais aussi en leur offrant des facilités pour s’enrichir à une vitesse exponentielle. La plupart de ses fidèles sont devenus, comme elle, en l’espace de quelques années, des millionnaires. Mais elle aime aussi se faire respecter. Comme on le dit, le pouvoir est au bout de l’argent. Dans le harem du «jeune prince» où gravitent plusieurs prétendantes, dame Ingrid Awadé joue son va-tout et n’hésite pas à créer des ennuis à ses adversaires et à ses concurrentes (sic). Sylvestre Mensah l’oncle de Faure Gnassingbé, député à l’Assemblée nationale et proche de la Directrice des impôts l’a appris à ses dépens. Il a été sommé de vider en trois jours la luxueuse villa d’Ingrid qu’il occupait à la résidence de la caisse. Son crime est d’avoir représenté Faure Gnassingbé au baptême d’un enfant d’une de ses rivales.
Quelques mois auparavant lors de son 47è anniversaire, le sieur Sylvestre Mensah aurait reçu de la même dame, selon nos sources, une forte somme d’argent et des cartons de champagne. Un autre directeur d’une société d’Etat a failli perdre son poste après avoir accordé un marché de publicité à une rivale de la «dame de fer». Elle s’est également brouillée sans que l’on ne sache pourquoi avec sa camarade Nathalie Bitho. Conséquence, cette dernière a été virée du gouvernement. Marquant «le prince» à la culotte, elle s’occupe de la commande de ses effets personnels. Femme de pouvoir, elle adore le champagne, particulièrement la marque adorée de son «ami», le Taitingher vendu à plus de 1200 euros la bouteille. Selon des sources concordantes, elle en ingurgite des fois au point de rentrer dans un état second. Autre illustration de sa prodigalité et de son emprise sur son prince charmant et les biens de l’Etat, il nous revient que le chocolat qu’elle consomme se commande depuis Paris et lorsque le stock finit, c’est avec, tenez-vous bien, l’avion présidentiel qu’elle va s’approvisionner. Dans l’entourage même de Faure, elle règle ses comptes à tous ceux qui osent l’importuner. Ce n’est pas Gilbert Bawara qui nous démentirait. De même que d’autres barons civils comme militaires tombés aujourd’hui en disgrâce. Pour sa propre protection et sa puissance, elle affectionne des marabouts nationaux comme internationaux qui défilent toute l’année à son domicile.
Le dossier sur les méthodes, les pratiques, les réseaux mafieux de celle qui se prénomme officieusement première dame nous prendrait des pages entières. L’essentiel à retenir est que sortie de nulle part, issue d’une famille plus ou moins modeste, elle a réussi en 5 ans de règne de Faure Gnassingbé à changer de statut social pour devenir une milliardaire dans un pays où plus de 62% de la population vit sous le seuil de pauvreté. Ange noir ou démon blanc, nymphomane ou femme de caractère, jusqu’où ira Ingrid Atafeinam Awadé dans sa recherche effrénée du pouvoir, de l’argent et de la puissance? Cette question reste une préoccupation majeure de la plupart des barons du RPT relégués aux oubliettes de l’histoire et surtout des opérateurs économiques victimes permanentes des règlements de comptes sous le couvert de redressement fiscal.
Ferdi-Nando Alternative
09/04/11/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE SAMEDI (CongoForum)
La maigre presse de ce jour s’intéresse principalement à deux sujets qui passionneront tout le monde : l’argent et les femmes. On dénonce l’option que le Parlement voudrait prendre en fixant la caution à 100.000 USD pour les candidats à la Magistrature suprême et à 5.000 USD pour les candidats députés nationaux. On se penche aussi sur la revisitation des lois sur les violences sexuelles
Election présidentielle
Après le coup réussi de la révision constitutionnelle, le Parlement prépare une nouvelle bombe, rapporte Le Potentiel dans son article de tête intitulé : «La caution de l’exclusion, 100 mille USD pour la présidentielle, 5 mille pour les législatives ». Qui a dit qu’en RDC, les élections étaient ouvertes à tout le Congolais, s’interroge ce quotidien. Selon le confrère, le projet de loi électorale, bientôt en examen, planterait le décor de l’exclusion aux prochains scrutins. Pour prétendre au poste de candidat président de la République, les candidats doivent payer une caution non remboursable de 100.000 USD, contre 50.000 en 2006. Des candidats députés nationaux, il sera exigé 5.000 USD de caution, contre 250 en 2006, soit une augmentation de 2.000%. Le Potentiel souligne que seuls les riches- en tout cas ceux qui ont pu amasser de l’argent durant ces cinq dernières années- auront voix au chapitre. Les pauvres n’auront que leurs yeux pour pleurer, devant se limiter au simple rôle d’électeurs.
Que faire, alors ? En encadré, Le Potentiel reprend un passage de l’article du professeur Auguste Mampuya Kanunk’a-Tshiabo publié dans la presse congolaise en début de ce mois d’avril sous le titre : « Le secret éventré : une loi électorale partisane ». On peut le trouver aussi dans le n° 31 de la série « Elections africaines » de Dialogue, téléchargeable à http://www.congoforum.be/fr/nieuwsdetail.asp?subitem=1&newsid=176075&Actualiteit=selected «Quelle attitude adopter ? Il est clair que les forces du changement ont intérêt à combattre ce système, même s’il se peut qu’il fonctionne en faveur des forces progressistes, jouant un vilain tour à ses concepteurs ; il faut le combattre sur des bases éthiques à cause de son iniquité et de son immoralité. Déjà, j’informe que certains partis alliés au sein de l’AMP avaient rejeté ces propositions qui leur étaient présentées et les discussions s’étaient terminées en queue de poisson, le texte retenu actuellement étant la volonté unilatérale des stratèges et calculateurs du parti kabiliste. C’est peut-être la raison pour laquelle, comme punition, ils ont vu qu’a été décrétée, sans les consulter, leur fusion sous la domination du PPRD, dans un mouvement (MP) et non plus dans une alliance (AMP). Je suis convaincu que beaucoup de démocrates sincères de tous bords, après avoir compris les implications de ce système injuste, réducteur et corrupteur de la représentation nationale, s’y opposeront. Vous voyez comment l’envie du lucre transforme en une clique de chasseurs de primes, des dirigeants se contentant d’être seulement un groupe de jouisseurs impénitents, comment les législateurs devant exprimer la volonté générale légifèrent pour eux-mêmes (« l’autolégislation »). Vous voyez comment et pourquoi l’envie fait que, pour certains, la politique, parce qu’elle seule paie bien, est une profession de carrière, un job à conserver et à se réserver ad vitam aeternam et pour lequel peu importe l’incompétence ou l’absence d’intégrité morale alors que le seul idéal c’est le fric et l’enrichissement, peu importent les valeurs « républicaines » ou la « démocratie ». Les « représentants » devenant comploteurs contre l’Etat, la république, la démocratie et le peuple! C’est la raison pour laquelle le RADER s’appelle Rupture et Renouveau, prône et propose de casser ce système. Quand une classe politique atteint un tel degré d’insensibilité, d’égoïsme, d’immoralité et de nuisance, il n’y a plus qu’une seule solution ou plutôt qu’un seul remède : un coup de pied dans la fourmilière ; les élections prochaines en donnent l’occasion et l’opportunité au peuple ainsi trahi ».
Malheureusement, le Potentiel gâche son excellent article par une conclusion ridicule : « Comment peut-on, par ce temps de crise, réclamer 100.000 USD aux candidats président de la République, et la faramineuse caution de 5.000 USD aux candidats députés nationaux, lorsque l’Etat congolais, dans les mêmes circonstances de temps et de lieu, a dû, pour des impératifs financiers, ramener le scrutin présidentiel (à un tour) ». Ridicule, car personne n’a jamais cru aux « motifs d’économie » avancés par Lambert Mende – et reposant d’ailleurs sur des chiffres dont le caractère fantaisiste était dénoncé par la presse dès le lendemain – et que depuis lors, avec le projet de « désaccoupler » présidentielle et législatives, on propose de remettre une élection là où, soi-disant par économie, on en a supprimé une ! Il faudrait quand même avoir la décence, après avoir publié un article intelligent, de ne pas y ajouter une conclusion qui semble prendre le lecteur pour un imbécile. Tout le monde sait que l’élection à tour unique a pour seul motif de faciliter la réélection de Kabila. On devrait avoir la décence de le dire, si du moins on a la prétention d’informer. Ridicule aussi car l’égalité entre citoyens ne se marchande pas. Il est inadmissible d’exiger d’un candidat n’importe quelle condition, autre que d’appartenir à la nation. Prétendre exiger d’un citoyen qu’il satisfasse à n’importe quelle autre condition revient à créer une classe de privilégiés et est donc contraire à cette égalité.
Genre
La Référence + consacre sa manchette à la revisitation des lois sur les violences sexuelles et titre à la Une « ‘Femme Plus’ saisit le Parlement ». En effet, cette Asbl a déposé un mémorandum revendiquant la revisitation des lois sur les violences sexuelles ainsi que l’effectivité de mise en œuvre du plan d’action de la stratégie nationale de lutte contre les violences basées sur la Genre (SNVBG). Pour « Femmes Plus », il faut que les deux chambres du Parlement élargissent le champ d’application de ces lois à toutes les formes de violences basées sur le Genre compte tenu de l’évolution du concept de violence sexuelle.
© CongoForum, le samedi 9 avril 2011
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08/04/11/ REVUE DE LA PRESSE CONGOLAISE DE CE VENDREDI (CongoForum)
Processus électoral, expulsion des étrangers en séjour illégal en RDC, bras de fer ministre du Portefeuille- Procureur général de la République sur l’affaire Somikivu contre Krall Métal Congo…. Le mémorandum de l’UDPS à la Ceni, le procès Chebeya autant de sujets abordés par la presse congolaise.
Elections/Majorité
La mutation de l’AMP en MP a inspiré au Climat Tempéré un amusant BILLET à base zoologique : « MP : serpent plutôt que papillon ! »
Chaude cérémonie rituelle mardi dernier, au Vélodrome de Kintambo, pour marquer la naissance solennelle de la MP « Majorité Présidentielle », en remplacement de l’Alliance de la Majorité Présidentielle. A ce rendez-vous, du bien beau monde : une trentaine de partis politiques, beaucoup de personnalités indépendantes et un certain nombre d’ONGs. Grosse ambiance de spectacle sons et couleurs : chants, musique, éclats de voix, drapeaux multicolores identifiant les partis, enchevêtrements de limousines de toutes marques. La chanteuse Tshala Mwuana est là pour mettre le feu à la baraque. Sourde aux vociférations des « Bana Congo » qui ont juré d’en faire baver à tous les musiciens congolais fichés pro-Kabila, lors de leurs déplacements sur la place de Bruxelles, de Paris ou de Londres, la Mamu nationale entend assumer ses convictions. Dans ce genre de réunion, il faut également compter le patriarche Yerodia Abdoulaye Ndombasi. Le sénateur, qui a fait vœu de ne jamais ouvrir la bouche dans l’hémicycle, est ici dans son élément. Il représente Joseph Kabila, l’autorité morale de la MP. C’est lui qui prend acte de l’acte d’allégeance de tous à Joseph Kabila et les remercie en son nom. Mais qu’est-ce donc que cette MP ? Pour la définir, l’officiant, Koyagialo Gbase te Gerengbo, a une démarche qui souligne toute la surenchère qui a accompagné l’enfantement de cette nouvelle structure. Il s’appesantit en effet sur ce qu’elle n’est pas. La MP n’est donc pas un méga parti politique qui avale tous les autres partis de l’alliance. Elle n’opère pas par fusion et les partis existants peuvent continuer à l'être. La MP n’est pas exclusive. La MP ainsi constituée ne ferme pas ses portes, les autres formations politiques, personnalités et associations qui ne prennent pas le départ solennel de ce jour auront le loisir d'embarquer quand ils le voudront. La MP ne vient pas imposer un système électoral à liste unique ; chaque parti sera libre de constituer, selon sa volonté, sa liste personnelle. Alors qu’est-elle, la MP ? La charte fondatrice indique que la MP, c’est « l’AMP transformée en une nouvelle plate-forme. Elle est constituée des formations politiques, des personnalités politiques indépendantes et de structures associées signataires de la Charte de l’Alliance de la Majorité Présidentielle ainsi que de toute formation politique, personnalité politique indépendante ou structure associée qui adhère à la présente Charte ». Motivation principale : « une ferme volonté de requalifier notre action, de créer et d’asseoir une synergie autour des convergences qui nous unissent pour parachever la recomposition de la Nation », mais aussi « la nécessité de redynamiser l’action des forces politiques et sociales attachées à la vision de pacification, de bonne gouvernance et de reconstruction du Président Joseph Kabila Kabange, Autorité Morale de Majorité Présidentielle ». C’est comme qui dirait : on reprend les mêmes et on recommence. C’est clair, autant l’AMP était « une plateforme électorale pour la conquête du pouvoir afin de gouverner ensemble », autant la MP est « une plateforme électorale pour la conservation du pouvoir afin de continuer à gouverner ensemble ». Il s’agit plus d’un renouvellement que d’un changement. C’est plus une question de forme que de fond, d’unité que d’identité. La MP n’a pas su redéfinir un profil idéologique de la famille politique du chef de l’Etat. Une analyste politique belge Colette Braeckman constatait :« Les ralliements motivés par le partage du pouvoir, ont rendu peu lisible l’idéologie de la « famille présidentielle », ont permis la réhabilitation et la montée en influence de nombreux mobutistes et ouvert la voie à la circulation d’ « enveloppes » afin de convaincre les hésitants et les tièdes ». En sera-t-il désormais autrement ?
De l’AMP à la MP, ce qui vient de se passer rappelle plus la mue du serpent que la transformation de la chenille. On le sait, une fois arrivée à son plein développement, la chenille s’enveloppe dans un cocon afin de se transformer en chrysalide qui va à son tour devenir le papillon. Quant au serpent, il ne change pas. Il mue pour restaurer sa peau et pour grandir. Car, il ne peut grandir dans une peau qui devient trop petite. L’AMP muant en MP a connu des turbulences. Elle a connu la fronde des députés qui ont créé le courant dit ‘‘des rénovateurs’’. Elle a connu la grosse crise de la création par quatre gros calibres - Kamitatu, Mbusa, Endundo et Bahati - de la Convention des libéraux progressistes. Une terrible épreuve qui eut le don de mettre l’imperturbable Kabila hors de ses gonds. Sans parler des contestations et agitations ayant marqué l’élaboration de la charte de la nouvelle plateforme. Oui, l’AMP a tangué par moments. Ne sont-ce pas là des phénomènes rappelant justement la mue du serpent ! Aux dires des scientifiques, cette période est caractérisée chez ce reptile par plusieurs signes : anorexie, perte de couleurs, nervosité, agressivité, irritabilité. Les mêmes scientifiques indiquent également qu’il peut y avoir de mauvaises mues. A la MP, personne ne voudrait en entendre parler. Une seule devise : tous pour un !
Elections/CENI
Le Palmarès consacre sa manchette au calendrier électoral. La Commission électorale nationale indépendante remet la classe politique à l’ordre, constate le confrère. L’institution chargée d’organiser les élections a tenu à préciser à la classe politique qu’elle n’entend nullement coétablir le nouveau calendrier électoral avec cette dernière. Les consultations entreprises avec les opérateurs politiques ont avant tout une valeur symbolique. D’une façon ou d’une autre, le nouveau calendrier ne manquera pas de froisser certaines susceptibilités. Pour le Bureau de la CENI, les données techniques du terrain vont l’emporter sur les considérations politiques.
« A quelques mois des élections : Beaucoup de doutes » constate Le Climat Tempéré
Aux termes de la Constitution, le président de la République doit être élu 90 jours avant la fin de son mandat. Ce qui fixe comme date butoir constitutionnelle le 6 septembre 2011 et l’entrée en fonction le 6 décembre 2011. Tout indique que ce timing constitutionnel ne pourra pas être tenu, même si la volonté affichée est de ne pas dépasser la date du 6 décembre car, au-delà, l’on entrera dans une turbulence politique autour de la légitimité des institutions. Après le conclave de la CENI à, Lubumbashi, le président de la CENI, Daniel Ngoy Mulunda, a promis que le nouveau calendrier électoral sera publié cette semaine. Le temps de consulter d’abord et de recueillir les avis et considérations des partenaires clés que sont le gouvernement, les partis politiques et les autres acteurs impliqués dans le processus électoral. Ce que l’on sait d’ores et déjà, c’est que la CENI est butée à de grosses difficultés par rapport à la mise en œuvre du calendrier de Lubumbashi. Raison pour laquelle, il est important qu’elle partage avec les acteurs du processus électoral afin de réunir le plus grand consensus possible autour des modalités de tenue des élections. On le sait en effet, les tout premiers intéressés dans les élections sont, d’une part, les politiciens, qui doivent se soumettre au verdict du peuple, et d’autre part, le peuple qui doit périodiquement identifier ses représentants et sanctionner. Le nouveau calendrier se base, indiquent des sources, sur l’organisation des élections présidentielles et législatives en novembre 2011. L’on sait qu’il pèse sur ces élections des défis financiers et techniques énormes. Le président Ngoy Mulunda a parlé « d’implications légales et budgétaires très considérables ». Les futures élections risquent de coûter plus cher encore que les précédentes. Pour 2006-2007, le budget était de quelque 550 millions USD, financés notamment par les partenaires extérieurs. Cette fois, les montants prévus pourraient dépasser les 700 millions de dollars.
L’opération de révision du fichier électoral se poursuit dans les six provinces congolaises, où elle a été lancée simultanément le 2 avril. A en croire le vice- président de la Commission nationale électorale (Ceni), Jacques Ndjoli, le départ de l’opération a été très satisfaisant dans les 6 provinces. «Nonobstant les contraintes de premier jour qui sont plus souvent d’ordre protocolaire et puis les machines qui sont, pour la première fois, mises en marche,» a dit Jacques Djoli, l’enrôlement des électeurs s’est bien déroulé dans ces provinces.
Au premier jour, la Ceni a estimé que les premiers résultats atteints, en terme d’électeurs inscrits, sont «relativement bons»: Kasaï oriental: 60% des résultats attendus ; Nord-Kivu: 55% ; Bandundu: 23% ; Equateur: 21% ; Sud-Kivu: 20% ; Province Orientale: 10%. Pour autant, la tâche est rude. Il reste plusieurs défis techniques à franchir : l’adoption de la loi électorale, l’inscription des candidats, l’impression des bulletins de vote et leur acheminement dans les bureaux de vote. Dans un pays aussi vaste que le Congo, cela sous-entend d’importants moyens logistiques. La CENI a lancé un cri de détresse vers les bailleurs de fonds. Sera-t-il entendu ? Tout est là.
(La question de la logistique est loin d’être dépourvue de signification politique. Lenteurs, difficultés et coûts sont bien sûr liés à ce que l’on met derrière la constatation pudique « le Congo est vaste » et qui est que le Congo n’a pratiquement plus de moyens de communication. Or, les transports, pour les appeler par leur nom, sont l’un des éléments des fameux « 5 chantiers » de Kabila. Et comme c’est un élément qui se photographie facilement, il figure largement dans le matraquage publicitaire préélectoral. Devoir dire ouvertement : « Il y aura beaucoup de problèmes parce que le manque de routes, de chemins de fer, de ports, etc… va nous forcer à dépenser des sommes énormes en avions et hélicoptère… » revient à reconnaître que les quelques kilomètres d’asphalte si généreusement photographiés repr »sentent très peu de réalisations, en cinq ans, en proportion des besoins réels. Fait par la CENI, donc par Ngoy Mulunda, copain et parent de JKK cette constatation prend bien sûr un relief particulier ! NdlR)
Si les contraintes financières et techniques ne permettaient pas de tenir les délais, l’on reviendrait à une solution que le conclave de Lubumbashi a pourtant rejetée : le découplage des élections présidentielles, qui seraient organisées en novembre, et les élections législatives, qui interviendraient quelques mois après. Une perspective que l’on ne peut envisager que par la voie du consensus.
D’autre part, constate le Climat « L’insécurité se porte bien ».
Le gouvernement de la République reste confronté à la question de l’insécurité que l’on n’a jamais réussi à éradiquer. Il est impossible de parier que les élections pourront se dérouler sur l’ensemble du pays. Par exemple, récemment, à Sapa Kalau et Pakuba, deux localités situées au sud-est de Beni, les habitants de ces deux localités ont vidé leurs maisons pour fuir les opérations ‘’Ruwenzori’’ des FARDC contre les ADF/Nalu et les groupes armés congolais réfractaires. Et du coup, l’opération de la révision du fichier électoral y a été ajournée. Les agents de la Commission électorale nationale indépendante qui accompagnaient les kits électoraux dans le centre d’inscription à Supa Kalau, ont été priés par la police de retourner à Beni ville, en attendant que la situation soit maîtrisée par les FARDC qui y sont mobilisées pour mettre hors d’état de nuire les ADF/Nalu et les groupes congolais réfractaires actifs dans cette partie du pays. Cette situation va se reproduire sans doute à travers plusieurs contrées.
A l’Ouest, la MONUSCO indique que la province de l’Equateur reste encore marquée par la poursuite des efforts de consolidation de la réconciliation entre Monzaya et Enyele. Aussi, en vue d’une stabilisation à long terme de la province et dans la perspective d’un retour des réfugiés, des policiers sont en train d’être déployés dans les localités de Dongo, Enyele, Imese et les villages environnants.
En Province Orientale, les populations restent sous la menace des attaques des rebelles LRA dans quelques territoires du Haut Uélé et du Bas Uélé. La MONUSCO y mène encore des opérations pour restaurer la confiance des populations, encourager le retour des déplacés et dissuader de nouvelles attaques de la LRA.
En Ituri, quelques groupes résiduels des milices continuent à opérer et à semer la terreur.
Dans le Nord-Kivu, les territoires de Walikale, Rutshuru et de Lubero restent encore fragiles. De nombreux incidents y sont régulièrement signalés, mettant en cause les Forces démocratiques de Libération du Rwanda (FDLR) et autres groupes armés. Dans les territoires de Lubero et de Rutshuru, des accrochages entre les groupes d’auto-défense et les FDLR sont signalés. Tous ces incidents ont souvent provoqué des déplacements de populations craignant des représailles.
Dans le Sud-Kivu, la situation sécuritaire reste dominée par les harcèlements des FDLR et des ADF/NALU, de même que des Maï-Maï.Comment peut-on espérer préparer et tenir des élections avec un tel tableau sécuritaire !
Enfin, il y a la question de l’Egalité des chances. L’on reste toujours préoccupé par la différence de traitements des acteurs politiques du fait d’une politique de deux poids deux mesures. Les partis politiques de l’opposition continuent à revendiquer l’accès équitable aux médias publics et la liberté de réunions et de manifestations politiques. D’autre part, après avoir été jetées aux calendes grecques depuis le processus électoral d 2006, les élections locales, prévues en 2013 par le calendrier initial de la CEI, semblent toujours constituer la dernière des préoccupations. Conséquence, les autorités locales, tout comme les autorités des districts, sont nommées par le gouvernement central. Elles sont de l’obédience du pouvoir en place. Les comportements de ces autorités ont un côté partisan qui ne garantit nullement l’intérêt de tous et l’impartialité. De façon générale, les services républicains ont tendance à fonctionner comme des services partisans, dans la mesure où les dirigeants sont nommés sur base de considérations liées à l’appartenance politique.
« En tout état de cause, à quelques mois des élections, l’état des lieux et des institutions est plutôt préoccupant. Si on ajoute à tout ceci la surchauffe due au mécontentement social notamment dans l’enseignement et la Fonction publique, il ne semble pas du tout patent que les Congolaises et Congolais soient dans des conditions les plus idoines permettant de voir venir les élections avec assurance et sérénité » conclut Le Climat Tempéré.
L’Avenir rapporte que l’Afrique du Sud prône le changement dans la continuité. En effet, l’ambassadeur extraordinaire et plénipotentiaire de la République d’Afrique du Sud près la RDC, JN Mashimbye, a réitéré l’engagement de son pays à soutenir les élections prochaines en RDC. Prônant le changement dans la continuité, l’Afrique du Sud rappelle ses diverses réalisations en faveur de la RDC, depuis avant le dialogue intercongolais, pour démontrer le niveau de coopération qui existe entre les deux peuples. C’était à l’occasion d’une conférence de presse tenue jeudi en sa résidence officielle.
Elections/UDPS
« Calendrier électoral, les observations de l’Udps », affiche à la Une Le Phare. Me Jacquemain Shabani Lukoo, secrétaire général de l’Udps, s’est rendu jeudi 07 avril 2011, avec une délégation des combattants de son parti au siège de la CENI pour y déposer les remarques et observations faites par la hiérarchie de cette formation politique sur un Projet de calendrier électoral balisant les échéances de 2011. Ce document contient les avis et considérations de l’UDPS sur le projet du calendrier électoral en RDC, selon Le Phare. Elle relève que la tendance va dans le sens de la violation du délai constitutionnel, violation que ce parti ne peut cautionner. Le secrétaire général de ce parti, Jacquemin Shabani, accompagné d’une poignée de combattants, a déposé, jeudi 7 avril, à la Ceni, le document signé par son président national, Etienne Tshisekedi. Au plan technique, écrit le journal, l’UDPS déplore le mauvais fonctionnement des kits pour l’enrôlement des électeurs. Au plan politique, ce parti relève que la date de l’élection présidentielle n’est pas conforme au délai constitutionnel. L’UDPS fait remarquer que l’élection présidentielle devait être organisée 90 jours avant l’expiration du mandat présidentiel, c’est-à-dire au plus tard le 9 septembre 2011. Enfin, au plan financier, l’UDPS constate que le gouvernement n’a pas toujours rendu disponibles les fonds nécessaires aux opérations préélectorales et électorales. On s’achemine vers l’échec du processus électoral en cours. En clair, le pays est en train de cheminer vers une nouvelle dictature, conclut Le Phare.
La Tempête des Tropiques s’intéresse elle aussi à l’UDPS dans la perspective des élections de 2011. Selon ce quotidien, la commission électorale-direction générale de campagne de ce parti a élu, jeudi 7 avril, son bureau définitif. Ce bureau sera conduit par Alexis Mutanda, ancien secrétaire général de l’UDPS. D’où le titre du journal: «Voici l’homme choisi pour la victoire de Tshisekedi.» Ce dernier et trente quatre autres membres vont s’occuper de toutes les matières liées au processus électoral et des élections internes du parti, renseigne La Tempête des Tropiques.
Divers
L’assaut final pour le bradage du portefeuille de l’Etat a été lancé, note à la Une Le Potentiel : « Pillage organisé du portefeuille de l’Etat ». Le quotidien de l’avenue Bas- Congo rapporte que vingt entreprises publiques transformées en sociétés commerciales doivent ouvrir leur capital aux privés. Belle occasion offerte à ceux qui se sont enrichis aux mamelles de l’Etat de blanchir leur argent sale. Le bal des charognards est ouvert. Au grand dam du peuple congolais, toujours médusé. Parmi ces entreprises, on peut citer la Regideso, la Snel, Cohydro, Sonas etc.
« 8 Libanais et 163 Ouest- africains expulsés », rattrapés par la tolérance zéro, annonce La Prospérité. Il leur est reproché entre autres, le trafic d’influence, la maffia…Parmi eux, le tristement célèbre Ghassan, un personnage qui s’est illustré, rappelle ce journal, dans la spoliation des espaces verts, l’occupation anarchique du Park de Boeck, des constructions sur des terrains relevant du patrimoine public. Il serait impliqué dans plusieurs dossiers dont celui des magasins pavillonnaires qui, à une certaine période, avait fait grand bruit à Kinshasa.
Le Potentiel s’intéresse à la suite du procès Chebeya: «les parties civiles réclament plus de 600 millions de dollars à l’Etat.»Tous calculs faits, les veuves de Chebeya et de Bazana, leurs enfants, leurs frères et sœurs ainsi que les ONG «La Voix des Sans Voix (VSV) » et le «Réseau national des associations des droits de l’Homme au Congo (Renadhoc)» exigent 687 millions de dollars américains des dommages et intérêts aux préposés de l’Etat congolais impliqués dans l’assassinat de ces deux défenseurs des droits de l’Homme.
Forum des As, qui affiche le même titre en manchette, signale que parmi les personnes expulsées plusieurs ont été refoulés de l’Angola. Il s’agit de Ouest- Africains qui ont jugé mieux de se replier en RDC en vue de retourner en Angola le moment opportun. Ces expulsions sonnent comme un signal fort adressé à Luanda, probablement pour raffermir les relations de bon voisinage avec Kinshasa, estime le confrère.
AfricaNews révèle un dossier qui divise deux membres du gouvernement, d’un côté, et le PGR, de l’autre: «Lueshe embrasé. Mabunda-Kabwelulu-PGR, l’épreuve de force.» D’après ce trihebdomadaire, le PGR a ravivé la polémique autour de l’identité de la concession Lueshe Mines, dite concession n° 192, dans le territoire de Rutshuru, au Nord Kivu, où, toujours selon le journal, la Somikivu (Société minière du Kivu) exploite les minerais de pyrochlore que lui dispute le groupe autrichien Krall Metal Congo. Sous le titre : « Mabunda-Kabwelulu Vs PGR, l’épreuve de force », AfricaNews qualifie la situation d’incroyable. Le gouvernement et son propre appareil judiciaire n’émettent pas sur la même longueur d’ondes dans l’interminable litige opposant SOMIKIVU à Krall Métal Congo sur la propriété des droits miniers sur la concession 192 à Lueshe. C’est devenu un véritable bras de fer. Où se trouve donc la vérité dans cette affaire ? Qui donc défend la bonne cause ? That is the question.
Laurent au Congo
En Belgique, Le Vif publie à ce sujet les confidences d'Herman de Croo. « Invité par des proches du président Kabila, Laurent décide, contre vents et marées, de se rendre au Congo. Herman de Croo, vétéran de la politique, raconte ». « J’ai tenté de le dissuader d’entreprendre ce voyage à connotation politique, explique Herman de Croo. Mais le prince m’a répondu qu’il avait déjà son ticket et que ses rendez-vous congolais étaient fixés. Quand il a reçu la lettre de mise en demeure envoyée par le Premier ministre, il m’a rappelé. Je lui ai dit qu’il n’avait qu’à se servir de cette lettre pour justifier, auprès des Congolais, l’annulation de son voyage. Peine perdue : deux jours plus tard, il m’a contacté… de Kinshasa ! » Pour de Croo, si Joseph Kabila et Moïse Katumbi, gouverneur du Katanga, ont tenu à rencontrer le prince au cours de son séjour, «c’est parce que Laurent, dans l’imaginaire des Congolais, a tout le prestige d’un fils de roi. Sa présence manifestait une forme de soutien au président élu. » Quand on demande à l’ancien ministre libéral flamand si la problématique de l’environnement était la seule motivation de Laurent et de sa délégation de quatre personnes (dont un avocat français spécialisé dans les fusions et acquisitions minières), il répond, mal à l’aise, « Ppffffut ». A la question plus précise « Le prince, qui s’est rendu non seulement au Congo, mais aussi en Angola et, lors de précédents voyages, en Libye, fait-il du business en Afrique ? », de Croo finit par lâcher : « Il peut, en tout cas, lui arriver d’être manipulé. »
Pour Pierre Legros, qui a accompagné le prince en RDC, l’aspect le plus important du périple était « l’installation de microcentrales électriques dans les villages. Le prince a été impressionné par la misère et le dénuement qui règnent dans des bidonvilles de tôle ondulée, raconte l’avocat. Il a visité des dispensaires dépourvus d’équipement, où les interventions se font à la lumière d’une bougie. Un pays comme le Congo devrait être équipe de panneaux photovoltaïques. » Et la rencontre avec Kabila ? « Elle n’a pas duré plus de cinq minutes, répond Me Legros, le temps pour le président de serrer des mains et de remercier le prince Laurent. »
© CongoForum, le vendredi 8 avril 2011
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7 avril 2011
Vous êtes très nombreux à réagir à la guerre en Libye et à envoyer vos questions. Michel Collon qui a publié plusieurs livres sur les stratégies de guerre des Etats-Unis et les médiamensonges des conflits précédents, répond à toutes ces questions et présente ici une analyse globale de ce conflit. Investig’Action tient à attirer votre attention sur l’importance de ce texte…
Partie 1 : Des questions qu’il faut se poser à chaque guerre
Partie 2 : Les véritables objectifs des USA vont bien au-delà du pétrole
Partie 3 : Pistes pour agir
Des questions qu’il faut se poser à chaque guerre
27 fois. Les Etats-Unis ont bombardé un pays à 27 reprises depuis 1945. Et chaque fois, on nous a affirmé que ces actes de guerre étaient « justes » et « humanitaires ». Aujourd’hui, on nous dit que cette guerre est différente des précédentes. Mais on l’avait dit aussi la fois passée. Et la fois d’avant. On le dit chaque fois. N’est-il pas temps de mettre sur papier les questions qu’il faut se poser à chaque guerre pour ne pas se faire manipuler ?
Pour la guerre, il y a toujours de l’argent ?
Dans le pays le plus puissant du globe, quarante-cinq millions de gens vivent sous le seuil de pauvreté. Aux Etats-Unis, écoles et services publics tombent en ruines, parce que l’Etat « n’a pas d’argent ». En Europe aussi, « pas d’argent » pour les retraites ou pour créer des emplois.
Mais lorsque la cupidité des banquiers provoque une crise financière, là, en quelques jours, on trouve des milliards pour les sauver. Ce qui a permis à ces mêmes banquiers US de distribuer l’an dernier 140 milliards $ de récompenses et bonus à leurs actionnaires et traders spéculateurs.
Pour la guerre aussi, il semble facile de trouver des milliards. Or, ce sont nos impôts qui paient ces armes et ces destructions. Est-il bien raisonnable de faire partir en fumée des centaines de milliers d’euros à chaque missile ou de gaspiller cinquante mille euros de l’heure avec un porte-avions ? A moins que la guerre soit une bonne affaire pour certains ?
Pendant ce temps, un enfant meurt de faim toutes les cinq secondes et le nombre de pauvres ne cesse d’augmenter sur notre planète en dépit des promesses.
Quelle différence entre un Libyen, un Bahreini et un Palestinien ?
Présidents, ministres et généraux jurent solennellement que leur objectif est seulement de sauver des Libyens. Mais, au même moment, le sultan du Bahrein massacre des manifestants désarmés grâce aux deux mille soldats saoudiens envoyés par les Etats-Unis ! Au même moment, au Yemen, les troupes du dictateur Saleh, allié des USA, tuent 52 manifestants à la mitrailleuse. Ces faits n’ont été contestés par personne, mais le ministre US de la Guerre, Robert Gates, a juste déclaré : « Je ne crois pas que ce soit mon rôle d’intervenir dans les affaires internes du Yemen » [1].
Pourquoi ce « deux poids, deux mesures » ? Parce que Saleh accueille docilement la Vème Flotte US et dit oui à tout ce que lui commande Washington ? Parce que le régime barbare d’Arabie saoudite est complice des multinationales pétrolières ? Il y aurait de « bons dictateurs » et de « mauvais dictateurs » ?
Comment les USA et la France peuvent-ils se prétendre humanitaires ? Lorsqu’Israël a tué deux mille civils en bombardant Gaza, ont-ils instauré une « no fly zone » ? Non. Ont-ils pris des sanctions ? Aucune. Pire : Javier Solana, alors responsable des Affaires étrangères de l’U.E. a déclaré à Jérusalem : « Israël est un membre de l'Union européenne sans être membre de ses institutions. Israël est partie prenante à tous les programmes » de recherche et de technologie de l'Europe des 27. Ajoutant même : « Aucun pays hors du continent n'a le type de relations qu'Israël entretient avec l'Union européenne. » Sur ce point, Solana dit vrai : l’Europe et ses fabricants d’armes collaborent étroitement avec Israël dans la production des drônes, missiles et autres armements qui sèment la mort à Gaza.
Rappelons qu’Israël a chassé sept cent mille Palestiniens de leurs villages en 1948, refuse toujours de leur rendre leurs droits et continue à commettre de multiples crimes de guerre. Sous cette occupation, 20% de la population palestinienne actuelle a séjourné ou séjourne dans les prisons d’Israël. Des femmes enceintes sont forcées d’accoucher attachées à leur lit et renvoyées immédiatement dans leurs cellules avec leurs bébés ! Mais ces crimes-là sont commis avec la complicité active des USA et de l’UE.
La vie d’un Palestinien ou d’un Bahreini ne vaut pas celle d’un Libyen ? Il y aurait les « bons Arabes » et les « mauvais Arabes » ?
Pour ceux qui croient encore à la guerre humanitaire…
Dans un débat télévisé que j’ai eu avec Louis Michel, ancien ministre belge des Affaires étrangères et commissaire européen à la Coopération au développement, celui-ci m’a juré - la main sur le cœur - que cette guerre visait à « mettre en accord les consciences de l’Europe ». Il a été appuyé par Isabelle Durant, dirigeante des Verts belges et européens. Ainsi, les écologistes« peace and love » ont muté va-t-en-guerre !
Le problème, c’est qu’on nous parle de guerre humanitaire à chaque fois, et que ces gens « de gauche » comme Durant s’y sont à chaque fois laissé prendre. Ne feraient-ils pas mieux de lire ce que pensent vraiment les dirigeants US au lieu de juste les écouter à la télévision ?
Ecoutez par exemple, à propos des bombardements contre l’Irak, le célèbre Alan Greenspan, qui fut longtemps directeur de la réserve fédérale des USA. Il écrit dans ses mémoires : « Je suis attristé qu’il soit politiquement incorrect de reconnaître ce que chacun sait : la guerre en Irak était essentiellement pour le pétrole » [2]. Ajoutant : « Les officiels de la Maison-Blanche m’ont répondu : ‘Eh bien, malheureusement, nous ne pouvons parler du pétrole’. » [3]
Ecoutez, à propos des bombardements contre la Yougoslavie, John Norris, directeur de com de Strobe Talbott qui était alors vice-ministre US des Affaires étrangères, chargé des Balkans. Norris écrit dans ses mémoires : « Ce qui explique le mieux la guerre de l’Otan, c’est que la Yougoslavie résistait aux grandes tendances des réformes politiques et économiques (il veut dire : refusait d’abandonner le socialisme), et ce n’est pas notre devoir envers les Albanais du Kosovo. » [4]
Ecoutez, à propos des bombardements contre l’Afghanistan, ce que disait alors l’ancien ministre US des Affaires étrangères Henry Kissinger : « Il existe des tendances, soutenues par la Chine et le Japon, à créer une zone de libre échange en Asie. Un bloc asiatique hostile combinant les nations les plus peuplées du monde avec de grandes ressources et certains des pays industriels les plus importants serait incompatible avec l’intérêt national américain. Pour ces raisons, l’Amérique doit maintenir une présence en Asie… » [5]
Ceci confirmait la stratégie avancée par Zbigniew Brzezinski, qui fut responsable de la politique étrangère sous Carter et est l’inspirateur d’Obama : « L’Eurasie (Europe + Asie) demeure l’échiquier sur lequel se déroule le combat pour la primauté globale. (…) La façon dont les Etats-Unis ‘gèrent’ l’Eurasie est d’une importance cruciale. Le plus grand continent à la surface du globe en est aussi l’axe géopolitique. Toute puissance qui le contrôle, contrôle par là même deux des trois régions les plus développées et les plus productives. 75% de la population mondiale, la plus grande partie des richesses physiques, sous forme d’entreprises ou de gisements de matières premières, quelque 60% du total mondial. » [6]

A gauche, n’a-t-on rien appris des médiamensonges humanitaires des guerres précédentes ?
Quand Obama le dit lui-même, vous ne le croyez pas non plus ?
Ce 28 mars, Obama a justifié ainsi la guerre contre la Libye : « Conscients des risques et des coûts de l’action militaire, nous sommes naturellement réticents à employer la force pour résoudre les nombreux défis du monde. Mais lorsque nos intérêts et valeurs sont en jeu, nous avons la responsabilité d’agir. Vu les coûts et les risques de l’intervention, nous devons chaque fois mesurer nos intérêts face à la nécessité d’une action. L’Amérique a un important intérêt stratégique à empêcher Kadhafi de défaire ceux qui s’opposent à lui. »
N’est-ce pas clair ? Alors, certains disent : « Oui, c’est vrai, les Etats-Unis n’agissent que s’ils y trouvent leur intérêt aussi. Mais au moins, à défaut de pouvoir intervenir partout, on aura sauvé ces gens-là. »
Faux. Nous allons montrer que seuls les intérêts seront défendus. Pas les valeurs. D’abord, chaque guerre US fait plus de victimes qu’il n’y en avait avant (en Irak, un million de victimes directes ou indirectes !). Ensuite, l’intervention en Libye en prépare d’autres…
Qui refusait de négocier ?
Mais, dès que vous émettez un doute sur l’opportunité de cette guerre contre la Libye, tout de suite, on vous culpabilise : « Vous refusez donc de sauver les Libyens du massacre ? »
Question mal posée. Supposons que tout ce qu’on nous a raconté se soit vraiment passé. Premièrement, arrête-t-on un massacre par un autre massacre ? Nous savons qu’en bombardant, nos armées vont tuer de nombreux civils innocents. Même si, comme à chaque guerre, les généraux nous promettent que celle-ci sera « propre », nous avons l’habitude de cette propagande.
Deuxièmement, il y avait un moyen beaucoup plus simple et efficace de sauver des vies tout de suite. Tous les pays d’Amérique latine ont proposé d’envoyer immédiatement une mission de médiation, présidée par Lula. La Ligue arabe et l’Union africaine soutenaient cette démarche et Kadhafi avait accepté (proposant aussi d’envoyer des observateurs internationaux pour vérifier le cessez-le feu).
Mais les insurgés libyens et les Occidentaux ont refusé cette médiation. Pourquoi ? « Parce que Kadhafi n’est pas de bonne foi », disent-ils. Possible. Tandis que les insurgés et leurs protecteurs occidentaux ont toujours été de bonne foi ? A propos des Etats-Unis, il est utile de rappeler comment ils se sont comportés dans toutes les guerres précédentes à chaque fois qu’un cessez-le-feu était possible…
En 1991, lorsque Bush père a attaqué l’Irak parce que celui-ci avait envahi le Koweit, Saddam Hussein a proposé de se retirer et qu’Israël évacue aussi les territoires illégalement occupés en Palestine. Mais les USA et les pays européens ont refusé six propositions de négociation. [7]
En 1999, lorsque Clinton a bombardé la Yougoslavie, Milosevic avait accepté les conditions imposées à Rambouillet, mais les USA et l’Otan en ont rajouté une, volontairement inacceptable : l’occupation totale de la Serbie. [8]
En 2001, lorsque Bush fils a attaqué l’Afghanistan, les talibans avaient proposé de livrer Ben Laden à un tribunal international si on fournissait des preuves de son implication, mais Bush a refusé de négocier.
En 2003, lorsque Bush fils a attaqué l’Irak sous prétexte d’armes de destruction massive, Saddam Hussein a proposé d’envoyer des inspecteurs, mais Bush a refusé car il savait que les inspecteurs ne trouveraient rien. Ceci a été confirmé par la divulgation du mémo d’une réunion entre le gouvernement britannique et les dirigeants des services scecrets briatnniques en juillet 2002 : « Les dirigeants britanniques espéraient que l’ultimatum soit rédigé en des termes inacceptables afin que Saddam Hussein le rejette directement. Mais ils étaient loin d’être certains que cela marcherait. Alors, il y avait un Plan B : les avions patrouillant dans la « no fly zone » jetant de nombreuses bombes en plus dans l’espoir que ceci provoquerait une réaction qui donnerait une excuse pour une large campagne de bombardements. » [9]
Alors, avant d’affirmer que « nous » disons toujours la vérité tandis que « eux » mentent toujours, et aussi que « nous » recherchons toujours une solution pacifique, tandis que « eux » ne veulent pas de compromis, il faudrait être plus prudents… Tôt ou tard, le public apprendra ce qui s’est vraiment passé lors des négociations en coulisses, et constatera une fois de plus qu’il a été manipulé. Mais il sera trop tard, et on ne ressuscitera pas les morts.
La Libye, c’est comme la Tunisie et l’Egypte ?
Dans son excellente interview publiée il y a quelques jours par Investig’Action, Mohamed Hassan posait la bonne question : « Libye : révolte populaire, guerre civile ou agression militaire ? ». A la lumière des recherches récentes, il est possible de répondre : les trois, en fait. Une révolte spontanée, rapidement récupérée et transformée en guerre civile (qui avait été préparée), le tout servant de prétexte à une agression militaire. Qui, elle aussi, avait été préparée. Rien ne tombe du ciel en politique. Expliquons-nous…
En Tunisie et en Egypte, la révolte populaire a grandi progressivement en quelques semaines, s’organisant peu à peu et s’unifiant sur des revendications claires, ce qui a permis de chasser les tyrans. Mais quand on analyse l’enchaînement ultra-rapide des événements à Benghazi, on est intrigué. Le 15 février, manifestation des parents de prisonniers politiques de la révolte de 2006. Manifestation durement réprimée, comme cela a toujours été le cas en Libye et dans les autres pays arabes. Et, à peine deux jours plus tard, re-manifestation, mais cette fois, les manifestants sont armés et passent directement à l’escalade contre le régime de Kadhafi. En deux jours, une révolte populaire devient une guerre civile ! Tout à fait spontanément ?
Pour le savoir, il faut examiner ce qui se cache sous le vocable imprécis « opposition libyenne ». A notre avis, quatre composantes aux intérêts très différents. 1° Une opposition démocratique. 2° Des dignitaires de Kadhafi « retournés » par l’Ouest. 3° Des clans libyens mécontents du partage des richesses. 4° Des combattants de tendance islamique.
Qui compose cette « opposition libyenne » ?
Dans cet enchevêtrement, il est important de savoir à qui on a à faire. Et surtout quelle faction a été intégrée dans les stratégies des grandes puissances…
1° Opposition démocratique. Il est légitime d’avoir des revendications face au régime Kadhafi, dictatorial et corrompu comme les autres régimes arabes. Un peuple a le droit de vouloir remplacer un régime autoritaire par un système plus démocratique. Cependant, ces revendications sont jusqu’ici peu organisées et sans programme précis. On rencontre aussi, à l’étranger, des mouvements révolutionnaires libyens, également assez disparates, mais tous opposés à l’ingérence étrangère. Pour diverses raisons que l’on va clarifier, ce ne sont pas ces éléments démocratiques qui ont grand chose à dire aujourd’hui sous la bannière des USA et de la France.
2° Dignitaires « retournés ». A Benghazi, un « gouvernement provisoire » a été instauré et est dirigé par Mustapha Abud Jalil. Cet homme était, jusqu’au 21 février, ministre de la Justice de Kadhafi. Deux mois plus tôt, Amnesty l’avait placé sur la liste des plus effroyables responsables de violations de droits humains d’Afrique du nord ». C’est cet individu qui, selon les autorités bulgares, avait organisé les tortures de infirmières bulgares et du médecin palestinien longtemps détenus par le régime. Un autre « homme fort » de cette opposition est le général Abdul Fatah Younis, ex ministre de l’Intérieur de Kadhafi et auparavant chef de la police politique. On comprend que Massimo Introvigne, représentant de l’OSCE (Organisation pour la sécurité et la coopération en Europe) pour la lutte contre le racisme, la xénophobie et la discrimination, estime que ces personnages « ne sont pas les ‘démocrates sincères’ des discours d’Obama, mais parmi les pires instruments du régime de Kadhafi, qui aspirent à chasser le colonel pour prendre sa place ». (1)
3° Clans mécontents. Comme le soulignait Mohamed Hassan, la structure de la Libye est restée fortement tribale. Durant la période coloniale, sous le régime du roi Idriss, les clans de l’est dominaient et les richesses pétrolières leur profitaient. Après la révolution de 1969, Kadhafi s’est appuyé sur les tribus de l’ouest et c’est l’est qui a été défavorisé. Il faut le regretter, un pouvoir démocratique et juste doit veiller à combattre les discriminations entre régions. On peut aussi se demander si les anciennes puissances coloniales n’ont pas encouragé les tribus mécontentes à saper l’unité du pays. Ce ne serait pas la première fois. Aujourd’hui, France et USA misent sur les clans de l’est pour prendre le contrôle du pays. Diviser pour régner, un vieux classique du colonialisme.
4° Eléments d’Al-Qaida. Des câbles diffusés par Wikileaks avertissaient que l’Est de la Libye était, proportionnellement, le premier exportateur au monde de « combattants - martyrs » en Irak. Des rapports du Pentagone décrivaient un « scénario alarmant » sur les rebelles libyens de Benghazi et Derna. Derna, ville de 80.000 habitants à peine, serait la première source de jihadistes en Irak. De même, Vicent Cannistraro, ancien chef de la CIA en Libye, signale parmi les rebelles beaucoup d’ « extrémistes islamiques capables de créer des problèmes » et que les « probabilités [sont] élevées que les individus les plus dangereux puissent avoir une influence dans le cas où Kadhafi devrait tomber ». (1).
Evidemment, tout ceci s’écrivait lorsque Kadhafi était encore « un ami ». Mais ça montre l’absence totale de principes dans le chef des USA et de leurs alliés. Quand Kadhafi a réprimé la révolte islamiste de Benghazi en 2006, ce fut avec les armes et le soutien des Occidentaux. Une fois, on est contre les combattants à la Ben Laden. Une fois, on les utilise. Faudrait savoir.
Parmi ces diverses « oppositions », quel élément l’emportera ? C’est peut-être aussi un but de l’intervention militaire de Washington, Paris et Londres : veiller à ce que « les bons « l’emportent ? Les bons de leur point de vue évidemment. Plus tard, on utilisera la « menace islamique » comme prétexte pour s’installer durablement
En tout cas, une chose est sûre : le scénario libyen est différent des scénarios tunisien ou égyptien. Là, c’était « un peuple uni contre un tyran ». Ici, on est dans une guerre civile, Kadhafi disposant du soutien d’une partie de la population. Et dans cette guerre civile, le rôle qu’ont joué les services secrets US et français n’est déjà plus si secret que ça…
Quel a été le rôle des services secrets ?
En réalité, l’affaire libyenne n’a pas commencé en février à Benghazi en février, mais à Paris le 21 octobre 2010. Selon les révélations du journaliste italien Franco Bechis (Libero, 24 mars), c’est ce jour-là que les services secrets français ont préparé la révolte de Benghazi. Ils ont alors « retourné » (ou peut-être déjà avant) Nuri Mesmari, chef du protocole de Kadhafi, qui était quasiment son bras droit. Le seul qui entrait sans frapper dans la résidence du guide libyen. Venu à Paris avec toute sa famille pour une opération chirurgicale, Mesmari n’y a rencontré aucun médecin, mais se serait par contre entretenu avec plusieurs fonctionnaires des services secrets français et de proches collaborateurs de Sarkozy, selon le bulletin web Maghreb Confidential.
Le 16 novembre, à l’hôtel Concorde Lafayette, il aurait préparé une imposante délégation qui allait se rendre deux jours plus tard à Benghazi. Officiellement, il s’agissait de responsables du ministère de l’Agriculture et de dirigeants des firmes France Export Céréales, France Agrimer, Louis Dreyfus, Glencore, Cargill et Conagra. Mais, selon les services italiens, la délégation comportait aussi plusieurs militaires français camouflés en hommes d’affaires. A Benghazi, ils rencontreront Abdallah Gehani, un colonel libyen que Mesmari a indiqué comme étant prêt à déserter.
A la mi-décembre, Kadhafi, méfiant, envoie un émissaire à Paris pour essayer de contacter Mesmari. Mais la France l’arrête. D’autres Libyens se rendent visite à Paris le 23 décembre, et ce sont eux qui vont diriger la révolte de Benghazi avec les milices du colonel Gehani. D’autant que Mesmari a fourni aux Français de nombreux secrets de la défense libyenne. De tout ceci, il ressort que la révolte à l’est n’est donc pas si spontanée qu’on nous l’a dit. Mais ce n’est pas tout. Il n’y a pas que les Français…
Qui dirige à présent les opérations militaires du « Conseil national Libyen » anti-Kadhafi ? Un homme tout juste arrivé des USA le 14 mars, selon Al Jazeera. Décrit comme une des deux « stars » de l’insurrection libyenne par le quotidien britannique de droite Daily Mail, Khalifa Hifter est un ancien colonel de l’armée libyenne, passé aux Etats-Unis. Celui qui fut un des principaux commandants militaires de la Libye jusqu’à la désatreuse expédition au Tchad fin des années 80, a ensuite émigré aux USA et vécu ces vingt dernières années en Virginie. Sans source de revenus connue, mais à petite distance des bureaux… de la CIA. [10] Le monde est petit.
Comment un haut militaire libyen peut-il entrer aux Etats-Unis en toute tranquillité, quelques années après l’attentat terroriste de Lockerbie, pour lequel la Libye a été condamnée, et vivre vingt ans tranquillement à côté de la CIA ? Il a forcément dû offrir quelque chose en échange. Publié en 2001, le livre Manipulations africaines de Pierre Péan retrace les connexions d’Hifter avec la CIA et la création, avec le soutien de celle-ci, du Front National de Libération Libyen. Le seul exploit du dit Front sera l’organisation en 2007, aux USA, d’un « congrès national » financé par le National Endowment for Democracy [11], traditionnel intermédiaire de la CIA pour arroser les organisations au service des Etats-Unis…
En mars de cette année, à une date non communiquée, le président Obama a signé un ordre secret autorisant la CIA à mener des opérations en Libye pour renverser Kadhafi. Le Wall Street Journal, qui relate ceci le 31 mars, ajoute : « Les responsables de la CIA reconnaissent avoir été actifs en Libye depuis plusieurs semaines, tout comme d’autres services occidentaux. ».
Tout ceci n’est plus très secret, ça figure depuis un bon moment sur Internet, et ce qui est étonnant, c’est que les grands médias n’en aient pas dit un mot. Pourtant, on a déjà connu de nombreux exemples de « combattants de la liberté » ainsi armés et financés par la CIA. Par exemple, dans les années 80, les milices terroristes contras, mises sur pied par Reagan pour déstabiliser le Nicaragua et renverser son gouvernement progressiste. N’a-t-on rien appris de l’Histoire ? Cette « gauche » européenne qui applaudit aux bombardements n’utilise pas Internet ?
Faut-il s’étonner que les services italiens « balancent » ainsi les exploits de leurs confrères français et que ceux-ci « balancent » leurs collègues US ? Seulement si on croit aux belles histoires sur l’amitié entre « alliés occidentaux ». On va en parler…
A SUIVRE :
2. Les objectifs des USA vont bien au-delà du pétrole
3. Pistes pour agir
Source : www.michelcollon.info
Notes
[2] Sunday Times, 16 septembre 2007.
[3] Washington Post, 17 septembre 2007.
[4] Collision Course, Praeger, 2005, p.xiii.
[5] Does America need a foreign policy ?, Simon and Schuster, 2001, p. 111.
[6] Le Grand Echiquier, Paris 1997, p. 59-61.
[7] Michel Collon, Attention, médias ! Bruxelles, 1992, p. 92.
[8] Michel Collon, Monopoly, - L’Otan à la conquête du monde, Bruxelles 2000, page 38.
[9] Michael Smith, La véritable information des mémos de Downing Street, Los Angeles Times, 23 juin 2005.
[10] McClatchy Newspapers (USA), 27 mars.
[11] Eva Golinger, Code Chavez, CIA contre Venezuela, Liège, 2006
TOGOLAIS, MON FRÈRE! - TOGO, Ô PAYS BIEN AIMÉ - AMOUR ET LIBERTÉ
TOGOLAIS, MON FRÈRE!
- Dis oui à ta Patrie
- Et bas-toi pour elle
- Dis oui à ton Pays
- Et sacrifie-toi pour lui
- Dis oui à ton Peuple
- Et prouve-le-lui
- Dis oui à ton cœur
- Et laisse-le battre pour les tiens
- Dis oui à ton âme,
- Et nourris-la de vertu
- Toi, Togolais mon frère
- Qui que tu sois
- Quoi que tu sois
- Où que tu sois
- Ta Patrie a besoin de toi
- Mets ta force et ton génie
- Au service de ton pays
- Montre-lui que tu l’aimes
- Mais, d’un amour vrai!
TOGO, Ô PAYS BIEN AIMÉ
- Voici pour toi l’hymne
- L’hymne de ton étendard
- Que chantent avec fierté tes fils.
- Ceux qui pour toi ont des rêves
- Te chantent et te glorifient.
- Ceux qui sont désespérés
- Fredonnent en silence
- Le cantique des jours meilleurs
- Qui tardent à se lever
- Ceux qui sont repus
- Chantent la ballade de leur opulence.
- Mais je crains
- Je crains que demain
- Pris dans la tourmente
- D’un ouragan menaçant
- D’autres ne se prennent sans rire
- Pour des nationalistes de fortune
AMOUR ET LIBERTÉ
- Des mots qui de brise fraîche inondent le cœur
- Des mots-symbole qui brisent les bises fausses
- Tamponnant d’encre blanche nos âmes noires
- Sur du parchemin de nos fiers endormis aïeux
- Amour et liberté, liberté et amour, mots-lianes
- Mots vertueux ennoblissant l’âme de leurs forces
- Aimons-nous car nous demeurons tous frères:
- Tem, Éwé, Ana, Naouda, Moba, Tchamba, Kabye,
- Tchokossi, Losso, Bassar, Anyanga, Mossi, mina…
- Ô, que de belles couleurs dans ces peuples riches
- Qui s’entrelacent avec force harmonie et fierté
- J’aime votre liberté de vous aimer des siècles durant
- Et de vous sentir tous fils d’un même peuple
Brême, le 6 avril 2011
Ali Akondoh