KANLENTO-AVULETE "vaillant combattant, nous devons lutter"

06 juillet 2016

Togo Réflexion sur le rôle de l’armée en Afrique à l’ère de la démocratisation et de Boko Haram


 

 

 

L’armée africaine a une triste réputation au sein des peuples qu’elle est censée protéger et défendre contre des ennemis extérieurs et intérieurs. De l’aveu des militaires eux-mêmes, ils ne sont pas aimés par les populations qui les méprisent voire les haïssent. D’où vient ce constat de désamour dans des pays où l’armée est chargée des basses besognes criminels en collusion avec des pouvoirs discrédités et illégitimes, bêtes et méchants ? Triste héritage de l’armée coloniale, l’armée néocoloniale est une armée d’occupation au service de la dictature; elle n’est pas au service du peuple, elle sert à le réprimer, à le terroriser. Elle est parfois tribalisée et tribaliste quand le dictateur qu’elle sert est un tribaliste compulsif. Les armées tribalistes sont toujours les déclencheurs des génocides et autres massacres de masse des ethnies qui s’opposent aux bandits au pouvoir. La démocratie ne peut en aucun cas s’accommoder d’une armée prétorienne conçue pour la tyrannie et l’impunité. A l’ère de la démocratisation, il est capital de réfléchir sur les fondations du nouvel ordre politique dont doit faire partie l’armée. Avec l’avènement des rébellions armées obscurantistes de fanatiques liberticides sur le continent africain, comme Boko Haram au Nigeria, les armées néocoloniales des pays africains ont montré leurs limites. Incapables d’affronter les rébellions armées, leur salut, la plupart du temps, se trouve dans la fuite. Courage, fuyons ! Ce genre d’armée archaïque a fait son temps et doit être changé.


Cette approche holistique qui peut apparaître comme un amalgame, parce que quelques différences existent ici et là entre pays africains, est un résumé des tares de l’armée néocoloniale africaine en général. Si tel ou tel aspect décrit n’apparaît pas dans tel ou tel pays, il ne faut pas en faire l’arbre qui cache la forêt. Etre à l’abri d’une tare aujourd’hui, n’est aucunement une garantie pour demain, car chaque tyran possède ses lubies.

Une armée d’occupation contre le peuple 

Il faut remonter à l’époque de la colonisation transparente d’avant les années 1960 pour mieux appréhender le phénomène. En effet, après les indépendances truquées, les faux pères de l’indépendance, des despotes aux petits pieds, véritables marionnettes au service des colons mafieux qui les ont costumés et poudrés avec une raie au milieu de la chevelure frisée, pour faire plus élégant, à leur image, ont été les vrais fossoyeurs de la lutte de libération nationale. Les colons les ont proclamés chefs d’Etat avec un drapeau et un hymne national, pâle copie de marches militaires, comme La Marseillaise, en « francofaunie » ou de cantiques chrétiens genre God Save The King pour les esclaves des Britanniques. Ces nouveaux pays ont hérité des armées coloniales mercenaires qui besognaient pour le colon afin d’écraser dans le sang et la barbarie toute velléité anticolonialiste de leurs pauvres compatriotes asservis et humiliés.

Toute armée coloniale est une armée d’occupation étrangère. C’est, conscients de ce constat, que les tyrans africains, qui ont pris la succession des colons, au niveau de la visibilité, ont conservé à leur profit, au détriment des peuples, ces armées d’occupation constituées de militaires régnicoles. Quant aux officiers blancs de l’ancien régime, restés à leurs postes, ils ont été affublés de titres ronflants de conseillers techniques ou d’instructeurs. C’est en se servant de ces armées de mercenaires sans patriotisme que les dirigeants africains illégitimes ont assis leur pouvoir crapuleux et leur règne de bêtises ubuesques. Grâce aux armées d’occupation, ils ont bâti les partis uniques, anéanti toutes les oppositions et embrigadé le peuple. Aux opposants et surtout aux anticolonialistes, ils n’offraient que la prison, l’exil ou la mort. 

C’est à force d’utiliser l’armée dans des missions extramilitaires de répression politique et de confiscation du pouvoir prébendier que certains officiers ont aussi pris goût aux combines politiques et aux délices du pouvoir qui les flattait. Préférant se servir eux-mêmes à la mangeoire, ils ont fait des coups d’Etat en se présentant comme des sauveurs patriotes. Mais les peuples allaient déchanter, en découvrant chez ces hyènes revêtues de peau de mouton, des prédateurs encore plus cruels et cyniques que ceux qu’ils ont chassés du pouvoir.

Dans les Etats néocoloniaux, la politisation de l’armée, vouée exclusivement à des missions extramilitaires, a eu pour conséquences graves l’éloignement de l’armée de son objectif véritable, à travers la négligence voire l’abandon de la formation, de la discipline, du patriotisme, de l’éthique. Dans la pratique, cette déchéance se manifeste par le vol, le pillage, le viol, les assassinats, la trahison et les massacres durant les périodes troubles de contestation du régime prédateur en place. En temps « normal » de terreur, ce sont les brutalités, le racket, le tribalisme, les violations massives des droits humains contre les populations qui, pourtant, les logent, les nourrissent et les blanchissent gratuitement. L’armée, au lieu de rassurer, fait peur à ceux auxquels elle est censée offrir la sécurité. Elle est une grave source d’insécurité.
Les Africains ont-ils tort de ne pas aimer leur armée ? Ils ne sont pas masochistes. Certains officiers sont des parrains du trafic de drogue, les principaux acteurs du détournement de la rente pétrolière ou des revenus des sociétés d’Etat. Ils sont riches comme Crésus et volent comme des babouins cynocéphales au milieu d’une bananeraie. Les plus voleurs sont les plus incompétents qui n’hésitent pas à recourir au tribalisme, au népotisme, au trafic d’influence pour s’enrichir, terroriser le peuple et protéger leurs péculats crapuleux. Quand ils sont au pouvoir, ils n’ont pas de politique ; ils n’ont qu’un appétit démesuré. Ils sont les principaux voleurs de la République. C’est la politique du ventre.

A l’heure de la démocratisation des pays africains, il est plus que pertinent de s’interroger sur le rôle de l’armée en régime démocratique. Ne pas le faire, c’est s’exposer aux errements du passé avec la possibilité du retour des coups d’Etat des petits sergents autoproclamés généraux vingt-quatre heures après leur putsch. Quand on procède à une révolution (changement de système politique), le tout premier acte de souveraineté du nouvel Etat, consiste à consolider son nouveau pouvoir en rompant avec l’ancien système par le changement radical de la nature et de la fonction des corps chargés de la sécurité et donc de la survie du nouveau système politique. Il faut changer le commandement lié à l’ancien système à travers les officiers qui l’incarnent. Il faut réassigner de nouvelles missions à l’armée pour la transformer en armée républicaine, c’est-à-dire une armée dépolitisée, détribalisée, représentative du tissu national et vouée exclusivement aux missions militaires au seul service du peuple et non plus d’un homme ou d’un soi-disant parti politique organisé autour d’une mafia politico-administrative prédatrice et illégitime. Elle est illégitime parce qu’elle n’est au pouvoir que par la grâce des fusils pointés sur le peuple et des élections truquées et scandaleusement sanglantes.

Le tribalisme politique consiste à privatiser l’Etat au profit d’une ethnie, au détriment des autres ethnies de l’ensemble national. Le tribalisme politique est le tribalisme ordinaire, peu dangereux, fait de préjugés, instrumentalisé par les politiciens au pouvoir. Son but consiste à faire de l’ethnie du despote un bouclier contre les autres ethnies. Mais l’envers de la médaille est la mise en danger criminelle de l’ethnie « bénéficière » du tribalisme politique, car aux yeux des autres, elle est un bouc émissaire tout désigné, dans l’attente d’une revanche. En Côte d’Ivoire, les deux camps ennemis qui s’affrontaient, lors de la course sanglante au pouvoir, ont, à tour de rôle, tribalisé l’armée pour arriver à leurs fins. Il en va d’ailleurs de même dans l’administration publique de ce pays. Ils sont allés jusqu’à déguiser le tribalisme politique sous l’euphémisme de l’ivoirité. Les Centrafricains sont pris au piège de la tribalisation de la vie politique par une armée tribale, acteur principal de la vie politique depuis Bokassa. Au Togo, La Conférence Nationale Souveraine a exigé, en vain, du dictateur Gnassingbé Eyadema, la détribalisation du recrutement et du commandement au sein de l’armée au pouvoir. Durant ces assises nationales, en 1991, le Comité d’Action contre le Tribalisme et le Régionalisme a révélé que 50% des officiers supérieurs de l’armée étaient originaires du même village que le général-président Eyadema ! Au Congo Kinshasa, de Mobutu aux Kabila père et fils, l’armée prend toujours la couleur ethnique du détenteur du pouvoir. Au Congo Brazzaville, la tribalisation de l’armée a débouché sur une guerre civile, tout comme au Tchad, où le vainqueur fait massacrer l’ethnie de l’opposant vaincu. Cette odieuse politique antinationale a débouché au Ruanda sur un terrible génocide avec la complicité de l’armée française. L’élection d’Alpha Condé en Guinée a été la victoire d’un tribalisme sur un autre tribalisme, à travers la rivalité des politiciens malinké et peuhl. Feu Sékou Touré a fait des petits avec son tribalisme maladif contre les Peuhl. La démocratie a été grossièrement caricaturée à travers des affrontements communautaires. La victoire d’Alpha Condé, très contestée, n’a été possible que grâce à la composition ethnique de l’armée qui a penché en sa faveur en réprimant sauvagement les manifestants du camp adverse, majoritairement des Peuhl. La composition ethnique de l’armée aurait penché du côté des Peuhl, que l’opposant Sellou D. Diallo aurait été proclamé vainqueur.

Pour qu’une armée d’un pays se comporte en armée d’occupation étrangère, il faut un Etat de non-droit et l’impunité dont se prémunissent, contre la loi, tous les lâches qui torturent leur peuple. Avec l’émergence timide ici et là de l’Etat de droit, la peur a changé de camp, les bourreaux civils et militaires ont peur, et considèrent que leur cramponnage au pouvoir à tout prix est leur seule garantie d’impunité, leur bouée de sauvetage.

Après le constat affligent que nous venons de faire, nous sommes légitimement en droit de nous demander si l’armée, dans nos pseudo-Etats néocoloniaux, que d’aucuns considèrent comme un corps parasitaire et inutile, doit être supprimée.

Pour une armée nationale au service du peuple 

L’avènement de la secte fanatique et obscurantiste Boko Haram, au Nigeria, a été le vrai révélateur qui a attiré l’attention de tous ceux qui en doutaient encore sur l’incapacité chronique de l’armée néocoloniale à assumer ses fonctions classiques de défense de l’entité nationale. Le Nigeria, qui se targue de posséder la plus puissante armée de l’Afrique de l’Ouest, voire de l’Afrique subsaharienne, a dû cruellement déchanter en voyant ses militaires fuir comme des lapins poursuivis par une meute de chiens, la queue entre les jambes, devant les barbus de Boko Haram. L’armée de Boko Haram est évaluée à 7 000 hommes, selon les spécialistes, alors que celle du Nigeria dépasse les 200 000 hommes. Quelle honte pour les Nigérians et tous les Africains ! Dans d’autres pays, hors d’Afrique, la sédition de ces fanatiques n’aurait donné lieu qu’à une simple opération de police. Boko Haram, selon les experts, se serait équipé militairement en se servant généreusement dans les arsenaux des camps militaires de l’armée nigériane abandonnés par les troupes fugitives. Il a même été signalé la vente des armes des casernes, à Boko Haram, par des généraux corrompus plus rompus au business crapuleux qu’aux affaires militaires. Si le puissant Nigeria est impuissant face à l’ennemi, que dire des petits Etats qui l’entourent et qu’agresse Boko Haram ? C’est évidemment la débandade de leurs armées dont le salut, bien souvent, est dans la fuite. Il a donc fallu se coaliser régionalement (Nigeria, Cameroun, Tchad, Niger, Bénin.) et pourtant, c’est loin de suffire.

Avant Boko Haram, il y a eu quelques petits groupes insignifiants de djihadistes sécessionnistes cachés dans le désert du Mali. L’armée malienne a pris la fuite devant des rebelles sous-équipés. La honte s’est mêlée d’amertume lorsque l’un des chefs militaires fuyards, un certain capitaine Sanogo, se réfugia à Bamako, loin, loin du front, bien à l’abri, pour y perpétrer lâchement un coup d’Etat au prétexte que l’armement avait fait défaut. Lorsqu’il devint chef de l’Etat et chef de l’armée, les armes ne manquèrent plus, mais l’armée malienne prit la fuite sur tous les fronts ! L’ONU, l’UA, la CEDEAO, la France colonialiste durent envoyer des troupes pour sauver le capiston poltron Sanogo, aussitôt autoproclamé général, et tout le Mali. Sous Mobutu, les différentes rébellions n’ont été combattues victorieusement que par des troupes étrangères appelées au secours, car l’armée tribalisée était incompétente. C’est le même scénario en Centrafrique, au Tchad, au Liberia, en Sierra Leone, au Togo (Attaque d’un groupuscule armé contre le régime militaire en septembre 1986). Le Sénégal n’arrive pas, avec son armée, à éradiquer, depuis plusieurs décennies, la guérilla sécessionniste casamançaise.

Face à tous ces défis armés, les dirigeants durent faire appel à l’aide militaire extérieure contre des groupuscules rebelles armés de bric et de broc.

L’armée néocoloniale léguée aux Etat africains, n’a jamais répondu aux nécessités d’un Etat souverain et moderne. Il s’agit d’une armée prétorienne chargée de protéger ceux qui ont confisqué le pouvoir ou d’aider ceux qui veulent le conquérir sans passer par les urnes. Le paradoxe de ce statut vient du fait que ceux qui ont transformé l’armée en garde du corps, s’en méfient autant qu’elle leur est indispensable. Elle pourrait les renverser à tout moment. Elle-même n’échappe pas à la répression. Les militaires ont peur : les sicaires et les mouchards en son sein font régner la terreur à cause de sa politisation excessive. Etre soupçonné de velléités démocratiques là où règne la dictature, équivaut à une mise à mort pour les soldats et les officiers auxquels il est fait obligation implicitement de soutenir le parti présidentiel, celui du tyran de service. Ils sont surveillés et mis sur écoute par les services de renseignement qui ne rendent compte qu’au dictateur. Au Tchad, lors de la présidentielle frauduleuse de 2016, les organisations des droits humains ont informé l’opinion publique de la disparition d’au moins une vingtaine de militaires qui aurait mal voté dans les urnes. La machine de la répression et de la terreur n’a pas d’état d’âme ; elle broie tout sur son chemin. C’est le monstre qui dévore ses propres enfants.

« Dis-moi quelle est la nature du régime qui gouverne ton pays et je te dirai quel type d’armée tu possèdes ». A travers cette formule, il est facile d’identifier le type d’armée à l’œuvre dans les pays africains. L’armée néocoloniale est une armée archaïque dont la capacité au combat est très limitée et l’équipement généralement obsolète et insuffisant. Quand l’armement existe en quantité et qu’il est sophistiqué, les techniciens pour l’utiliser manquent parfois cruellement, condamnant celui-ci à rouiller dans les armureries. La « guerre des pauvres » qui opposa la Haute-Volta et le Mali, dans les années 1970, parce que la France leur avait fait croire que leur zone frontalière mitoyenne était une formidable réserve de matières premières, en est la parfaite illustration. Chacun, stupidement, voulut avancer ses limites frontalières au détriment de l’autre. La guerre allumée par la France eut lieu et ne dura pas trois jours sans que l’on eût à séparer les belligérants. Le combat cessa faute de combattants parce qu’ils n’eurent pas l’indécence de continuer à s’affronter à la machette et à coups de flèches. Il n’y avait plus de munitions pour les fusils et les canons, ni de carburant pour les rares blindés et transports de troupes ! Ce fut une guerre pichrocoline qui fit des dirigeants de ces deux pays la risée du monde entier avec le spectacle saugrenu et rabelaisien de chars d’assaut en panne d’essence en pleine brousse et que des bidasses éreintés et rigolards devaient pousser à la force de leurs muscles pour les ramener dans les casernes.

L’armée prétorienne est incapable de livrer une guérilla ou une guerre classique. Il ne s’agit pas de mots en l’air. Les faits l’ont démontré à maintes reprises. Le comble de l’ironie, c’est lorsque l’armée prétorienne, non contente de déserter le champ de bataille, s’adonne au pillage et au viol contre les civils dans la débandade et le chaos. Parfois, quand règne le chaos, des hordes de militaires hooligans, maupiteux et paillards terrorisent et tortionnent les populations sans défense sous la conduite d’officiers de pacotille qui « lisent » les cartes d’état-major à l’envers, coiffés par des généraux d’opérette ventripotents, quart-lettrés et incultes. Les statistiques condamnent l’armée prétorienne : à quelques rares exceptions près, elle a perdu toutes les guerres suscitées par des oppositions armées bien structurées (Le Tchad à plusieurs reprises, la Côte d’Ivoire, les deux Congo, le Centrafrique à plusieurs reprises, le Mali, l’Ouganda, Le Ruanda, le Burundi, la Somalie, l’Ethiopie et le Soudan face aux indépendantistes érythréens et sud-soudanais, la Libye, le Sierra Leone, le Liberia, les Comores, le Mozambique, le Sud-Soudan, le Sénégal, etc.).

Alors, à quoi sert-elle ? La réponse se trouve dans la première partie ci-dessus. Cette question ne s’impose plus face à l’évidence. La question doit être dorénavant : « Qu’est-ce qu’elle doit être ? » La question a déjà sa réponse dans la même première partie de notre réflexion. Malheureusement, les transitions démocratiques en trompe-l’œil, compliquent le passage de l’armée prétorienne à l’armée républicaine. En effet, partout où les élections ont été relativement honnêtes et ont permis l’avènement de régimes « démocratiques », la démocratie demeure un vernis plus mince qu’un vernis à ongles. Les nouveaux dirigeants, pour la plupart d’anciens complices des dictateurs recyclés en démocrates occasionnels, peinent à acquérir les réflexes des démocrates. L’usage du bâton vis-à-vis des opposants et leur achat est encore la règle. Les journalistes, les défenseurs des droits de l’Homme et les opposants continuent à être embastillés. La corruption s’étale et la justice est toujours instrumentalisée politiquement. L’armée prétorienne les arrange plus qu’elle ne les dérange dès lors qu’elle se met à leur service pour détruire l’opposition ou pour modifier le verrou constitutionnel du second mandat. C’est seulement lorsque l’armée n’est pas dominée par l’ethnie du nouveau chef qu’elle dérange. Le piège de la démocratisation des pays africains, c’est lorsque les rênes de ce régime sont confiées à des antidémocrates notoires qui ont fait leurs armes dans les partis de la dictature. Les ennemis du peuple, grâce à l’argent volé au peuple, sous les régimes liberticides qui ont fait leur fortune frauduleuse, créent des partis politiques dont ils sont les présidents-propriétaires richissimes et s’affublent du complet-veston ou du boubou trois-pièces amidonné du démocrate pur et dur pour gruger le bon peuple politiquement immature.
Même la démocratisation est devenue une sinistre caricature adoubée par la France, l’Union européenne et les Etats-Unis d’Amérique, les incorrigibles et hypocrites donneurs de leçons de démocratie. On recommence avec l’Afrique le vieux et poussiéreux scénario des fausses indépendances des années 1960 ! Au lieu d’être vigilants et de dénoncer la mascarade, les élites africaines se contentent de solliciter des postes juteux, de réclamer des prébendes, d’encombrer les cabinets présidentiels avec des postes aussi vides que ronflants de conseillers ou d’experts bidon, parfois avec rang de ministres. Comment peut-on être écervelés et donner de bons conseils ? La plupart ne sont d’ailleurs jamais sollicités pour quelque conseil que ce soit. Ils passent leur journée à dormir et à baver sur leur bureau, à lâcher des pets bien sonores, à faire semblant de travailler, tout en planifiant avec un sérieux impressionnant, en tirant la langue comme un écolier appliqué sur une page d’écriture, l’ordre de passage de leurs « deuxièmes bureaux », des moukères aux fesses liquides et aux reins élastiques avec lesquelles ils dansent sur l’air à la mode « Collez la petite. » !

Les ennemis du peuple ont confisqué la lutte démocratique en sortant par la porte et en rentrant par la fenêtre. Ce numéro de prestidigitateur n’a trompé que les naïfs. Avec les nouveaux pouvoirs, les réflexes tribalistes sont toujours vivaces. La construction d’une nation demeure le cadet de leurs soucis. La famille d’abord, la tribu ensuite et après les copains et les coquins.Akpatcho oyé ! Vivent les profiteurs ! s’écrient-ils, entre la poire et le fromage, confortablement installés à la mangeoire !« Collez la petite ! Collez serré ! Collez les hanches ! Pompez la petite ! Pompez les hanches ! Pompez seulement ! » Au Bénin, la présidence de Yayi Boni, élu démocratiquement (2006-2016), a été la période la plus corrompue de l’histoire du pays. Selon des intellectuels béninois, ce faux démocrate a même érigé le régionalisme en arme politique contre ses opposants. Le président sénégalais Abdoulaye Wade a fait pire en emprisonnant ses premiers ministres qui faisaient de l’ombre à son rejeton qu’il préparait pour lui succéder, en imitant les despotes Eyadema, Bongo et Kabila. Cette escroquerie politique des démocratisations trahies, n’est possible qu’avec la possession de la formidable machine de répression qu’est l’armée prétorienne, gage d’impunité dans un Etat de non droit.

Le long chemin de croix des peuples africains est loin d’être fini. Le chômage, la misère, les pandémies, la fuite du continent par sa jeunesse abandonnée, la gestion calamiteuse de l’Etat, la corruption généralisée sont des plaies cruentées qui obèrent l’avenir de nos peuples.

Pour beaucoup d’Africains, traumatisés par les actes barbares toujours impunis posés par des militaires contre les populations sans défense, il faut dissoudre ces armées tribalisées et tribalistes, indisciplinées et politisées qui constituent un obstacle majeur aux processus démocratiques engagés sur le continent. Il ne faut pas être naïfs, nous ne sommes pas seuls au monde ; nous vivons dans un environnement international très concurrentiel voire hostile dans lequel les volontés hégémoniques et les intérêts économiques recourent régulièrement à la force ouverte ou à la subversion par des intermédiaires pour faire avancer leurs pions. Les grandes puissances, vis-à-vis de l’Afrique, sont dans une position de chantage permanent. Elles financent les rébellions, la chute des gouvernements, choisissent leurs hommes liges comme chefs d’Etat, fixent arbitrairement les prix des matières premières que vend l’Afrique. Curieusement, c’est l’acheteur qui fixe le prix de la marchandise et non pas le vendeur. L’armée demeure un outil de souveraineté incontournable jusqu’à nouvel ordre. Il ne faut donc pas l’abolir mais la changer.

Comment la changer ? Cette question nous ramène à celle posée pour l’université néocoloniale en Afrique dont la vocation scandaleuse est de faire du copier-coller des systèmes d’enseignement et des programmes des universités occidentales qui sont bien souvent en déphasage avec les réalités du terrain. Raison pour laquelle les universités en Afrique, des universités sous-développées, demeurent des usines à former des chômeurs. Le financement par l’Etat de la recherche-développement est si insignifiant que l’on comprend que les gouvernants africains n’ont aucune vocation pour le développement de leurs pays. En pourcentage de son PIB, un pays comme le Togo ne consacre que 0,3% environ à la recherche-développement. Ces gouvernants sont des parasites de l’aide internationale, car ils se contentent de gérer le sous-développement et la dépendance. Ils sont au service de l’étranger, du grand capital international.

Il est donc urgent de mener une réflexion sur la nature de l’Etat que nous voulons et le type de développement économique qui nous mènera à l’indépendance et au bien-être de nos populations. Un nouvel Etat signifie aussi un changement de mode de gouvernance basé sur le droit, la justice, la reddition de comptes et la consultation régulière des populations au sujet des décisions engageant la nation. C’est dans ce moule que devra se fondre la nouvelle armée au service du progrès et de la sécurité des populations. Lorsque l’armée ne sera plus un levier politique pour des gangsters politiques assoiffés de pouvoir et d’or, elle pourra se consacrer dans l’ordre et la dignité à sa véritable mission dans le respect des citoyens et de la loi.

Toute société se fonde sur une tradition pour sa reproduction de génération en génération. Tradition, du latin tradere, signifie transmettre. La transmission des us et coutumes, de la culture et la pérennisation des institutions se fait par l’éducation, l’idéologie, la loi, la morale, le respect des institutions qui instaurent la distinction entre le licite et l’illicite, le bien et le mal. Ces mêmes entités relayées par la doxa désignent les tabous, régissent les rapports sociaux, les hiérarchies, la division du travail, la ségrégation entre les genres et la soumission à l’autorité et aux pouvoirs en général.

C’est dire toute l’importance qui doit être accordée à l’éducation dans le processus démocratique et dans toute politique d’émergence. L’homme politique doit d’abord être lui-même bien éduqué avant de prétendre vouloir diriger les autres. Il doit comprendre que l’homme politique doit avant tout posséder une vocation d’éducateur et non de voyou. Le militaire doit être soumis à une éthique et non aux règles du crime. L’Etat ne doit pas être privatisé au profit d’une ethnie, d’un clan ou d’intérêts économiques mafieux nationaux et étrangers. La démocratisation doit abolir l’Etat terroriste. A l’heure où il n’est question que de groupes terroristes sur les médias occidentaux, il serait temps de s’intéresser aussi aux Etats terroristes ! C’est donc de ce moule nouveau d’Etat démocratique et moderne que sortira une armée dont les Africains pourront être fiers.

Pouvoir et armée sont inséparables. Qui tient l’armée tient le pouvoir. Le pouvoir sans la force légitime est un leurre. Le gangstérisme militaro-politique qui a dominé le paysage politique africain depuis près de six décennies a été une catastrophe à tous points de vue. Le Togo en est l’illustration parfaite qui est régenté par un régime militaro-fasciste depuis un demi-siècle et où les dictateurs se succèdent, dans la même famille, de père en fils. Le bilan de la gouvernance est catastrophique : dans la région de la Savane, 90% des Togolais vivent sous le seuil de pauvreté (moins de 20 000 francs CFA par mois), pendant que nombre de dirigeants sont richissimes ! Dans les années 1990, plus de 300 000 réfugiés, fuyant les massacres contre l’ordre démocratique, ont été recueillis par le Bénin et le Ghana. Chaque année, plus de 40 000 jeunes rejoignent les masses de chômeurs. Les violations massives des droits de l’Homme, la terreur, la corruption généralisée, les élections sanglantes et frauduleuses sont le décor d’une sinistre démocrature médiocre. La politique de l’Etat, si l’on peut utiliser ce mot pour la pratique des dirigeants illégitimes qui ont confisqué le pouvoir, se résume à la mendicité internationale et au mensonge. Le pays navigue à vue de dettes en dettes jusqu’à se faire recruter dans la catégorie peu honorable des Pays Pauvres Très Endettés (PPTE) en 2008 ! Le Togo connaît une inexorable et humiliante descente aux enfers avec la complicité des puissances tutélaires étrangères. Le bilan lamentable du régime militaro-fasciste fait honte.

Pour conclure cette réflexion, le constat de la réalité a mis à nu l’armée néocoloniale comme un héritage de l’armée coloniale, c’est-à-dire une armée d’occupation qui vit sur le pays et est perçue par les habitants comme une armée ennemie sans foi ni loi. Elle est un instrument illégitime du pouvoir entre les mains de politiciens incompétents et qui n’ont aucune vision du développement. C’est la politique du ventre, une politique criminelle contre les peuples. Avec l’ordre politico-militaire scélérat, l’Etat-nation en Afrique n’est pas pour demain.

A force d’être dernière, l’Afrique des nuls au pouvoir risque de disparaître ; mais ce continent peuplé de femmes et d’hommes intelligents et très travailleurs ne veut pas disparaître. Les peuples résistent malgré une adversité toute-puissante formée par des ennemis de l’intérieur et de l’extérieur. Les processus démocratiques enclenchés, vaille que vaille, depuis les années 1990, sont détournés, caricaturés, confisqués par des ennemis fascistes et antipatriotiques qui ont pris le pouvoir par la ruse et la corruption pour étouffer l’espoir d’une Afrique indépendante, libre et prospère. Cette scélératesse n’est possible que grâce à la privatisation de l’armée néocoloniale. L’armée républicaine sera l’émanation d’un Etat nouveau au service du peuple et non des puissances impérialistes et des affairistes mafieux. La lutte pour la démocratie qui est fondamentalement une lutte pour la liberté, est une tentative de conquête de l’indépendance volée des années 1960. 

Par
Ayayi Togoata APEDO-AMAH

L'AUTEUR 
Ayayi Togoata APEDO-AMAH

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01 mai 2016

TOGO

A propos du mot d’ordre ABLODÉ.

Il ne fait aucun doute que pour de nombreux togolais, cette cause se résume à un simple mot «ABLODÉ». C’est un mot d’ordre, un slogan magique que nous avons hérité de nos parents et grand parents qui avaient affronté le colonialisme français. Un mot d’ordre magique que nous avons repris pour notre compte, aujourd’hui, parce qu’il a gardé toute sa force mobilisatrice... Mais pour que cette mobilisation, cette organisation dont nous appelons de tout nos vœux reste effective, nous devons donner un contenu politique clair et limpide à ce mot d’ordre, à ce slogan magique.

Dans les années 1950, en effet, le mot d’ordre «ABLODÉ» avait un contenu précis et concret. Il résumait l’aspiration majeure du peuple togolais, la cause de l’indépendance, la lutte pour la fin du colonialisme français. C’était un slogan que l’on répétait en toute connaissance de cause, et qui résonnait comme un appel au combat. Mais aujourd’hui, nous constatons avec peine que la plupart du temps, on se contente de crier «ABLODÉ», sans se demander ce que cela peut signifier aujourd’hui. Comme si nous étions encore à la veille de cette journée historique du 27 avril 1958, comme si la situation n’avait pas évolué depuis lors !

En d’autres termes, ce mot d’ordre de combat tend de plus en plus à se réduire à un slogan dépourvu de toute perspective, sans aucun lien avec une cause bien définie, un simple slogan de meeting que l’on se contente de répéter mécaniquement.Pour que ce noble mot d’ordre retrouve sa véritable actualité, et par là sa légitimité et sa raison d’être, il faut qu’il corresponde à nos aspirations et à nos revendications d’aujourd’hui. Hier, le peuple luttait pour l’indépendance, pour la fin du colonialisme français.

Le mot d’ordre «ABLODÉ», c’est  la lutte pour l’indépendance véritable.

Il semble à première vue surprenant de parler encore aujourd’hui de lutte pour l’indépendance, alors que nous affirmons que nous sommes indépendants, que nous célébrons chaque année, le 27 avril, la fête de l’indépendance. Seulement force est de constater que nous ne sommes pas réellement indépendants. L’image vue sur Internet et sur les réseaux sociaux en août 2010  de cet officier français, Romuald Létendo invectivant et menaçant des journalistes togolais et se comportant à Lomé comme en terrain conquis, suffit à résumer la situation qui prévaut dans notre pays et sur le continent après une cinquantaine années d’indépendance...

Il ne fait plus de doute que ceux qui nous dominaient au temps colonial, continuent à nous dominer aujourd’hui, et notre indépendance n’est pas réelle. Le colonialisme battu par la victoire du 27 avril 1958, a fait place à un colonialisme de type nouveau, un colonialisme indirect: la France continue de nous dominer par le biais de la dictature oligarchique du clan Gnassingbé qu’elle continue de soutenir, à travers la domination économique, politique et  culturelle... Les divers accords de coopération qui nous lient à la France ne sont que des accords de sujétion à celle-ci. Il en est ainsi de l’accord de coopération militaire qui permet à la France de préparer les FAT dans ses entreprises d’agression et de répression contre notre peuple et contre les peuples de la sous -région, comme on l’a vu pendant la crise en Côte d’Ivoire en 2002-2011 !

Le mot d’ordre «ABLODÉ», aujourd’hui,  c’est la lutte pour en finir avec ce colonialisme de type nouveau, pour notre indépendance réelle. L’indépendance réelle, c’est la possibilité pour notre peuple de prendre lui-même, son destin entre ses mains. Au nom de cet idéal, nous devons dénoncer et combattre toute ingérence extérieure dans nos affaires intérieures et dans notre processus démocratique. Notre processus démocratique se construit au Togo, pas à Ouaga, Colmar, Paris ou à New-York, et n’a nul besoin de «d’observateurs, de facilitateurs»,  etc. ! 

 Nous remarquerons également qu’aucun dirigeant de l’UFC ou de l’ANC qui se réclament du mot d’ordre Ablodé ne met en cause la domination de la France comme un obstacle à notre indépendance et à notre démocratie.Ces organisations qui se parent du titre nationaliste, continuent comme les autres partis de parler de «puissances amies», et montent en épingle comme une «victoire» la moindre rencontre avec un fonctionnaire élyséen ou les représentants de l’impérialisme international. Même s’ils continuent de crier d’une manière démagogique  «ABLODÉ», ils vont sans aucun doute  à l’encontre de cet idéal.

Pour les démocrates, à l’instar de ceux qui luttent sous la bannière de la plate forme Togo En Lutte; Ablodé, c’est la lutte pour les libertés démocratiques, pour la destruction du système dictatorial. La lutte pour les libertés démocratiques, c’est la lutte pour des élections justes libres et transparentes; c’est la lutte pour la fin de l’’arbitraire, pour la suppression et l’abolition de toutes les lois et mesures liberticides concernant la presse, les manifestations…C’est une revendication que tous les faux démocrates regroupés au sein des clubs électoraux (CAP-2015/ANC, CAR, CDPA, UFC etc.) mettent en avant aujourd’hui. Mais ils oublient l’essentiel, cette vérité évidente, à savoir qu’il n’est pas possible d’instaurer les libertés démocratiques dans un régime qui reste sous la domination de ce système  dictatorial et mafieux qu’est le système UNIR-RPT.

Il est  évident que le mot d’ordre «ABLODÉ» implique donc la lutte pour le démantèlement complet du système UNIR-RPT et de ses avatars quelque soit  le nom qu’ils se donnent. Il est évident que tous ceux qui oublient cette exigence trahissent cet idéal.

Le mot d’ordre ABLODÉ, c’est aussi la lutte pour une justice sociale.

L’expérience de tous les jours nous montre que les libertés démocratiques deviennent une simple fiction, quand la majorité de la population n’a pas le minimum nécessaire pour se nourrir, soigner et s’éduquer alors qu’une petite minorité fait étalage d’un luxe insolent.

Déjà au XVIII ème siècle, sous la Révolution française un militant révolutionnaire affirmait: «la liberté n’est qu’un vain fantôme quand une classe d’hommes peut affamer l’autre impunément ; l’égalité n’est qu’un vain fantôme quand le riche par le monopole, exerce le droit de vie et de mort sur son semblable». Ces paroles, prononcées il y a plus de deux cents ans, gardent encore toute leur actualité. Il resort clairement qu’il n’est pas possible d’exercer réellement son droit de citoyen quand on a le ventre vide. Il suffit de penser à tous ceux qui,  lors de l’élection présidentielle en mars 2015 au Togo et tout récemment en mars 2016 chez nos voisin béninois, en sont réduits à vendre leur vote pour pouvoir manger.

Dans ces conditions, le mot d’ordre «Ablodé» doit donc signifier également la lutte pour l’instauration d’un régime qui assure à tous les citoyens les droits sociaux indispensables: le droit à la nourriture, le droit à la santé, le droit à l’éducation. C’est la lutte pour un régime d’indépendance réelle, c’est-à-dire capable de mettre fin au pillage de notre économie par des capitalistes étrangers; c’est la lutte pour un régime qui représente réellement le peuple et qui se montre soucieux de mettre nos richesses à la disposition de ce dernier, au lieu de les détourner au profit d’une minorité d’étrangers et de nationaux.  Bref c’est la lutte pour un régime de démocratie sociale.

Toutes ces définitions de Ablodé doivent figurer dans notre  programme  politique et dans celui  de tous les partis et organisations qui se réclament de la démocratie.

Le mot d’ordre ABLODÉ et l’expérience de luttes des peuples

Sans nul doute, on peut aisément faire un parallélisme entre le mot d’ordre Ablodé des années 1950-1960 et le mouvement démocratique amorcé depuis octobre 1990. Nous n’allons pas remonter toute l’histoire... néanmoins on peut ouvrir une petite parenthèse sur la lutte des autres peuples, le peuple tunisien surtout,  par rapport à notre propre expérience. A cet égard, l’exemple que nous a offert le peuple tunisien avant, pendant  et après la chute du dictateur Ben Ali est fort instructif.

En janvier 2011, dès le début de son soulèvement, le peuple tunisien s’est fixé un objectif, qu’il a résumé par ce simple mot «Dégage!»: c’est-à-dire le départ inconditionnel du dictateur Ben Ali. C’est pourquoi, en toute logique et à juste titre, il s’est refusé à toute idée de dialogue ou de conciliation avec le pouvoir, et qu’il n’a pas hésité à écarter sans ménagement tous ceux qui osaient prôner une telle démarche. Il n’a jamais été question en Tunisie, de dialogue, de conférence nationale de table ronde. Mais ce n’est pas tout.

Le peuple tunisien a bien compris que le simple départ de Ben Ali n’était pas une condition suffisante pour instaurer la démocratie. C’est pourquoi il s’en est pris au parti dictatorial, le Rassemblement constitutionnel démocratique (RCD) l’équivalent du RPT/UNIR  de chez nous. Il a attaqué et s’est emparé du siège et des bureaux de ce parti, il a exigé et obtenu sa dissolution. Dans le même sens, il a fait mettre en jugement et condamner Ben Ali (par contumace) et les plus hauts dirigeants, privés de droits civiques. Dans cette situation nouvelle où la peur a désormais disparu, l’élection d’une assemblée constituante s’est déroulée dans de bonnes conditions de transparence et de justice, sans qu’il y ait eu besoin d’intervention extérieure. La Tunisie n’aurait certainement pas connu un tel résultat, si Ben Ali était resté en place...

C’est ce qui aurait dû se passer chez nous en 1990-1992. Contrairement au peuple tunisien, le peuple togolais qui voulait se débarrasser de son despote, s’est laissé impressionner, endormir, par des personnalités politiques et religieuses qui ont réussi à lui imposer la voie du dialogue et de la conciliation. On n’a même prétendu que le départ de l’autocrate Eyadéma «créerait un vide politique!» Le résultat, nous le connaissons.

Alors qu’ils se réclament des héritiers du CUT,  les dirigeants de l’UFC, comme ceux actuels de l’ANC ont participé honteusement à cette politique de trahisons en allant de négociations en élections bidons, pour maintenir les nouveaux représentants du colonialisme français au pouvoir. Ils ont trahi le concept d’Ablodé. Il faut les écarter sans procès de la direction du mouvement démocratique et ce n’est qu’une question de temps.

 Mais pour  ce qui nous concerne, nous avons désormais retenu la leçon: la politique de conciliation et de dialogue avec le pouvoir est incompatible avec l’idéal d’«Ablodé». C’est la raison de nos divergences politiques et organisationnelles avec les partis et organisations qui participent aux négociations avec la dictature.Nous devons nous en démarquer pour montrer le chemin, la voie de la libération aux véritables héritiers d’Ablodé.

Le mot d’ordre ABLODÉ c’est aussi un fonctionnement démocratique

Nous ne pouvons pas prétendre lutter pour la démocratie, si nous ne donnons pas nous-mêmes l’exemple en appliquant au sein de nos propres  organisations, les règles de fonctionnement démocratique.

Ces règles comportent:

  • l’élection régulière et périodique des dirigeants ;
  • la définition de la ligne politique par l’ensemble de l’organisation dans des assises régulières, et non pas par la direction;
  • l’obligation pour les dirigeants de rendre périodiquement et régulièrement compte de leurs actions à l’ensemble de l’organisation, afin que ce dernier puisse en juger.

C’est tout cela que le noble mot d’«Ablodé» doit signifier aujourd’hui.C’est cet «Ablodé»-là qui doit être la seule cause qui vaille la peine qu’on continue de se battre, et qui doit nous rassembler aujourd’hui.

 C’est dans ce but que nous lançons un appel pressant à tous les compatriotes en exil, en les invitant à se regrouper autour de ces grands points de réflexion. Si nous y parvenons, alors les défaillances et les trahisons individuelles de tel ou tel dirigeant n’auront qu’une importance secondaire, que nous pourrons toujours régler. Alors, nous pourrons reconstituer et refaire du mouvement démocratique, une arme de combat, capable d’entraîner le peuple dans sa conquête de la démocratie véritable.

À bas le néocolonialisme !

À bas l’imperialisme francais et ses valets locaux !

Vive la flamme de la  lutte ABLODÉ !

Vive la lutte émancipatrice des peuples Togolais !

Bruxelles, le 27 avril 2016

Le Togo En Lutte

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

Infos : www.togoenlutte.org

Contact : togoenlutte@gmail.com

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28 avril 2016

ENCORE A PROPOS DU SYSTEME PARTISAN AU BENIN

La dernière campagne électorale a mis à l’ordre du jour entre autres questions, celle du système partisan dans notre pays. En effet l’une des caractéristiques de cette élection présidentielle de 2016, c’est l’effacement de l’écrasante majorité des partis politiques et de leurs leaders et l’émergence d’hommes d’affaires jusque-là « télécommandes » silencieuses qui prennent le haut du pavé sans la couverture de partis politiques. Alors le débat sur la réforme du système partisan quitte le cénacle des spécialistes pour tomber dans le domaine public. Des programmes politiques en ont traité comme une des composantes essentielles des réformes législatives et même constitutionnelles devant se réaliser dans les premiers mois du mandat du nouveau pouvoir.

I- LE MULTIPARTISME INTEGRAL BENINOIS, GRAND MAL A COMBATTRE ?

En quels termes se pose la question ? L’essentiel de l’argumentaire des partisans de la réforme tourne autour du nombre trop élevé des partis politiques au Bénin, synonyme de désordre, de régionalisme… bref coupable de tous les péchés d’Israël.

En clair la réponse à la problématique posée plus haut « Le multipartisme intégral béninois grand mal à combattre ? » reçoit une réponse affirmative de leur part.

Les réflexions sont nombreuses et vont dans tous les sens beaucoup plus fondées sur des émotions que sur la science. Toutes ces vues dérivent des constats suivants :

1°- La dernière élection a révélé la faillite de tous les partis politiques de la classe politique béninoise (la bourgeoisie bureaucratique au pouvoir au Bénin), dynamités par la force de l’argent (la bourgeoisie compradore) ;

2°- Depuis 1990 c’est-à-dire depuis l’ère du Renouveau démocratique, aucun Chef d’Etat n’est parvenu au pouvoir par le biais d’un parti ou coalition de partis politiques ;

3°- La plupart des partis politiques n’existent que de nom, n’existent que dans le registre du ministère de l’Intérieur ;

4°- La plupart ne sont porteurs d’aucune idéologie ni de projet de société qui les différencient les uns des autres ne puisant que dans le fonds de commerce que sont les thèmes : Démocratie ; Développement ; Progrès ; Patriotisme ; Solidarité ; Social-démocratie … ;

5°- Les partis dans leur grand ensemble ne sont que des clubs électoraux qui ne s’animent qu’à l’occasion des échéances électorales.

Ce sont des constats réels qui entretiennent la cohue de réflexions actuelles sur la question. Celui qui tient la vedette dans ce débat, beaucoup plus à cause des postes politiques occupés que par formation initiale, c’est sans conteste, Me Abraham ZINZINDOHOUE qui du coup apparait de plus en plus comme le spécialiste-maison en la matière.

Son document-phare est l’opuscule publié par lui en janvier 1998, alors qu’il était Président de la Cour Suprême et intitulé ‘’Réflexions sur le multipartisme béninois et son incidence sur l’évolution de la nouvelle expérience démocratique’’.

1 Les idées exprimées dans cet opuscule et qu’il continue de professer ne varietur tournent autour des thématiques suivantes :

1°- Le multipartisme intégral est une menace pour la démocratie. « Le multipartisme est, il est vrai, est nécessaire à la démocratie. Il permet l’expression des différents courants d’opinions. Mais si l’on n’y prend garde, il peut devenir un obstacle à la jeune expérience démocratique béninoise. Au lieu d’être porteur d’espérances, il peut être vecteur de tous les dangers. C’est pourquoi la prolifération des partis politiques, loin d’être un épiphénomène, est suffisamment grave pour

 

------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------1 Zinzindohoué Abraham ’Réflexions sur le multipartisme béninois et son incidence sur l’évolution de la nouvelle expérience démocratique’’, Cotonou, Edition ( ?), Janvier 1998.------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

qu’on s’y attarde quelque peu, qu’on lui consacre quelques réflexions, qu’on en analyse les causes et les conséquences…avant d’esquisser quelques solutions susceptibles de provoquer un débat profond pour l’inévitable resserrement du paysage partisan » ( p.5).

2°- La prolifération des partis politiques au Bénin est une menace pour l’unité et la cohésion nationale. « Aujourd’hui, très peu de partis répondent aux critères d’un parti politique. Il y a une prolifération de vrais « faux partis ». Cet état de choses affaiblit l’Etat et constitue un risque de désintégration de la communauté nationale » (p 14)…

« Il apparaît de plus en plus aujourd’hui que notre multipartisme sauvage et florissant devient un vecteur du régionalisme nocif et de l’ethno-centrisme » ( p. 17) ;

« Une trop grande dispersion de la classe politique qu’entraîne un émiettement excessif du paysage partisan est une dérive dangereuse, une menace grave pour l’enracinement de la démocratie et pour la cohésion nationale…Le problème Nord-Sud est une véritable hydre qui hante notre univers politique depuis la colonisation» (p.19).

3°- Il faut procéder à une nécessaire rationalisation du multipartisme actuel par « un resserrement (regroupement) du paysage partisan dans l’intérêt de l’expérience démocratique en cours …afin de réconcilier les citoyens avec la classe politique ». Entendez à une limitation des partis politiques au Bénin. Et pour parvenir à ce regroupement (limitation) des partis politiques, plusieurs voies sont prospectées dont notamment la révision constitutionnelle en son article 5, ou « un regroupement négocié » et enfin une « réforme du mode de scrutin. »

2 A la publication de cet opuscule, j’avais à l’époque exprimé, dans un article, ma désapprobation des idées y contenues. Depuis cette publication, d’autres écrits similaires sont venus s’ajouter comme celui de Mme Célestine ZANOU qui écrit dans ‘’Débat national sur le Système partisan au Bénin- examen pour une décision conséquente et responsable’’, Cotonou, janvier 2015) :

« face à un univers partisan aussi éclaté et débridé, seul le critère idéologique constituerait le repère « de reconstitution ou de la recomposition de l’échiquier politique » béninois, ou cet autre du Général des forces armées béninoises à la retraite, Tissou Félix Hessou dans un article « Nécessité d’un assainissement du système partisan au Bénin » in "L’informateur" du 05 avril 2016. Mes vues exprimées dans mes ouvrages et opposées à celles du professeur Théodore Holo relayées ici par Me Abraham Zinzindohoué sont constantes.

Mais avant d’aller dans le développement de ces vues, examinons ce que c’est qu’un parti politique et ce que sont les formations appelées partis politique au Bénin.

II- CE QUE C’EST QU’UN PARTI POLITIQUE, ET CE QUE SONT LES FORMATIONS APPELEES PARTIS POLITIQUES AU BENIN

Il faut dire que dès les débuts de l’expérience démocratique dans notre pays, les spécialistes de la question que sont les constitutionnalistes n’ont pas attendu avant d’émettre des réflexions sur la question du multipartisme intégral en Afrique et au Bénin 3 . Ma position sur la question a été réaffirmée dans l’ouvrage rédigé dès 1994 mais édité aux éditions L’Harmattan en 1999. Il s’agit de « La démocratie au Bénin- Bilan et Perspectives » 4 .--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

2 Op. cit ; 3 Holo Théodore ‘’Constitution et nouvel ordre politique au Bénin’’, RBSJA 1989 ; Noudjenoume Philippe ‘’Multipartisme béninois, avatars et perspectives’’, RBSJA, 1995 ; ABDOU-SALAMI Mama Sani ‘’La renaissance du multipartisme au Togo, espoir et inquiétudes’’, RBSJA, 1995

4 Noudjenoume Philippe ‘’La démocratie au Bénin, Bilan et perspectives’’, Editions L’Harmattan, Paris, 1999, p.184-185)-------------------------------------------------------------------------------

A- QU’EST-CE QU’UN PARTI POLITIQUE ?

Il ne s’agit pas ici de faire preuve d’érudition en la matière ; mais de fournir des éléments essentiels pour apprécier ce qu’on appelle Parti politique et de voir si les formations existantes appelées partis politiques au Bénin en remplissent les critères.

La notion de parti politique, bien qu’énoncée pour la première fois (avec une connotation négative) par l’inventeur de la politologie moderne, Machiavel5 , est consubstantielle à la démocratie moderne, essentiellement tributaire des révolutions anglaise, américaine, puis française des 17 et 18è siècles.

D’où tous les politologues s’accordent sur son caractère de « phénomène récent » dans la politique moderne6 . La définition politique de parti c’est celle de Georges Burdeau : « Constitue un parti tout groupement d’individus qui professent les mêmes vues politiques, s’efforcent de les faire prévaloir à la fois en y ralliant le plus grand nombre de citoyens et en cherchant à conquérir le pouvoir ou du moins à influencer ses décisions » 7

. De cette définition fonctionnelle, on abstrait la définition organisationnelle. C’est celle des auteurs qui paraissent les plus classiques en la matière parce qu’ayant fourni les critères de définition du parti politique. Ce sont les Américains Palombara Joseph et Myron Weiner8 .

« Par le terme de ‘’ parti politique’’, nous n’entendons pas un vague rassemblement de notables entretenant des rapports intermittents et limités avec des personnalités locales. Il faut une définition plus stricte, qui postule :

1°- Une organisation durable, c’est-à-dire une organisation dont l’espérance de vie soit supérieure à celle de ses dirigeants en place ;

2°- Une organisation locale bien établie et apparemment durable, entretenant des rapports réguliers et variés avec l’échelon national ;

3°-La volonté délibérée des dirigeants nationaux et locaux de l’organisation de prendre et d’exercer le pouvoir, seuls ou avec d’autres et non simplement d’influencer le pouvoir ;

4°- le souci enfin de rechercher un soutien populaire à travers les élections ou de toute autre manière » Ces critères font l’objet de consensus aujourd’hui au niveau de l’ensemble des politologues, car constituent un spectre assez large pour embrasser la variété des formes du phénomène social appelé parti politique.

B- BON NOMBRE DE FORMATIONS APPELEES PARTIS POLITIQUES AU BENIN, OU BIEN N’EXISTENT PAS FORMELLEMENT OU BIEN N’EN REMPLISSENT PAS LES CONDITIONS.

1°- Bon nombre de formations dénommées partis politiques n’existent pas ou plus dans la réalité politique de notre pays.

Au regard des critères ci-dessus, on se rend compte aisément que bon nombre d’organisations dénommées partis politiques au Bénin n’en remplissent nullement les conditions dont la première est d’exister en tant que parti politique. Il est vrai que le péché originel vient du fait qu’à la veille de la Conférence nationale en 1990, le Comité d’Organisation présidé alors par Robert Dossou, Ministre du Plan de Kérékou, dans

 

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5 Machiavel « Histoire de Florence (1525), Chap.VIII 6 Ostrogorski Moiséi « La démocratie et l’organisation des partis politiques », traduction Edition Calmann Levy, Paris 1903, repris sous le titre « Démocratie et les partis politiques », Le Seuil, 1979 ; Michels Roberto « Les partis politiques, essai sur les tendances oligarchiques des démocraties », traduction, Paris 1914 ; Duverger Maurice « Les Partis politiques », Paris, Ed. Armand Colin,1951 ; Charcot Jean « Les partis politiques», A. Colin, 1971; Avril Pierre « Essai sur les partis politiques », LGDJ, 1986 7 Burdeau Georges “Traité de Science politique”, T.III- La dynamique politique, Paris LGDJ, 1968, ,p. 268 7 Palombara Joseph et Myron Weiner « The Origin and Development of political parties», in “Political Parties and Political Development”, Princeton, Princeton University Press, 1966.-----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

l’objectif manifeste de noyer le seul Parti politique existant à l’époque en dehors du parti-Etat PRPB, avait fait appel à toutes les « sensibilités » à venir participer en tant que partis à cette Conférence ? 9 Ainsi, bon nombre de « sensibilités » constituées d’à peine trois à dix personnes se sont proclamées partis politiques pour participer à ladite Conférence avec voix égale de deux représentants par parti politique. La Constitution issue des fondamentaux de cette Conférence nationale n’a fait que consacrer cette tendance (à l’opposé des vues ‘’limitationnistes’’ et dirigistes de Théodore HOLO), donnant lieu au multipartisme intégral, lequel a connu une évolution exponentielle par le mode de scrutin choisi pour les élections législatives, communales et locales, à savoir le scrutin de liste à la représentation proportionnelle qui donne une prime d’élection à la personne placée en tête de liste.

D’où la prolifération des partis politiques qui naissent comme de véritables éphémères après les premières pluies au moment des scrutins et par voie de conséquence meurent une fois les élections faites ou avec la disparition du fondateur ;

des partis dont on ne trouve l’existence que dans le registre du Ministère de l’Intérieur. En effet parmi les deux centaines de partis ou environ, enregistrés au Ministère de l’intérieur combien en réalité vivent encore ?!!

Par exemple quid aujourd’hui de l’UDFP, du PNDD de Maga-Chabi-Kao, du MNDD de B. Borna, du PNSP de Sarrè Eustache, de l’ASD de Dossou Robert,.., du PROB d’un Basile Noukpliguidi ou autres UCD de Bernard Houégnon, UNSD d’un Adolphe Biaou, RCV d’un Loth Assogba?

En parcourant la liste des partis politiques enregistrés au Ministère de l’Intérieur et reproduite à la fin de l’opuscule de Me Zinzindohoué, on note ce fait particulier que sur les 92 enregistrés à la date du 26 Juin 1997, à peine 12 ont une existence réelle aujourd’hui.

En recensant ces « vrais ‘’faux partis’’ » et en les extrayant du lot au ministère de l’Intérieur, on voit bien la réalité. On procéderait à un nettoyage substantiel du paysage partisan.

Autrement dit, le caractère « surabondant et atypique » 10 du multipartisme au Bénin n’est donc qu’un leurre. C’est dire que nous avons, en l’absence d’inventaire, une fausse impression du nombre de partis politiques au Bénin.

Par la force des choses, s’effectue, déjà sous nos yeux, une sélection naturelle des partis, un resserrement naturel du paysage partisan.

2°- La plupart des partis existants ne sont que des clubs électoraux.

En effet, l’article 5 de notre Constitution dispose : « Les Partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent librement leurs activités dans les conditions déterminées par la Charte des Partis politiques.

Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale, de la démocratie, de l’intégrité territoriale et la laïcité de l’Etat ». De façon particulière, les partis ont pour rôle d’animer la vie politique nationale. A l’observation de cette vie politique au Bénin, on voit bien quels sont les partis ou alliances de partis qui animent la vie politique. Ils se comptent sur le bout des doigts, donc à peine une dizaine.

Là-dessus, nous convenons aisément avec Me Abraham Zinzindohoué que la plupart des organisations appelées partis …sont « des fonds de commerce…que l’on peut vendre ou donner en nantissement », « l’instrument de puissance d’un individu » et qui disparaissent avec la disparition de leurs fondateurs, des formations sans base idéologique, des partis sans aucune ramification locale…. Puisque la plupart de ces partis sont des instruments que l’on peut vendre ou donner en nantissement, aux plus riches et aux plus puissants pour des postes, il est aisé d’expliquer leur faillite et leur dynamitage par la force de l’argent, par les bourgeois compradores. C’est ce qui est arrivé. 9--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

En réalité, à la date du 07 Décembre 1989 où il fut annoncé la tenue d’une Conférence nationale, il n’y avait comme partis existants ou proclamés tels que le PRPB, le PCD, l’ADP, l’UDFP, le MDPS, le PTD/PTA, l’UNDP, le Club perspective 99 de Sévérin Adjovi.

Mais avec cet appel, en moins d’un mois des dizaines de « sensibilités » se sont annoncées. 10Zinzindohoué Abraham, Op.cit.------------------------------------------------------------------

Du fait que nos Chefs d’Etat sont choisis à l’Elysée, Matignon et non par notre peuple, point besoin d’inscrire dans la Constitution ou la loi que pour être candidat à une élection présidentielle, il faut être militant d’un Parti politique et être présenté par un parti politique, comme cela s’effectue sous d’autres cieux. Tout cela est vrai. Mais en quoi ce phénomène, « la prolifération des partis politiques » constitue-t-il « un obstacle à la jeune expérience démocratique béninoise ? Un vecteur de tous les dangers…? ». Et « loin d’être un épiphénomène, est suffisamment grave pour qu’on s’y attarde quelque peu ? » 11 .

Enfin en quoi « une trop grande dispersion de la classe politique qu’entraîne un émiettement excessif du paysage partisan » est-elle une dérive dangereuse, une grave menace pour l’enracinement de la démocratie ...? » 12 .

En quoi « la flopée des partis politiques » contribue-t-elle dangereusement au divorce entre le peuple et la classe politique » ? 13

J’ai cherché en vain dans le développement la réponse à ces interrogations.

Est-ce la flopée des partis politiques qui contribue au divorce entre le peuple et la classe politique ? Ou plutôt la gouvernance elle même de cette classe politique qui creuse son fossé d’avec le peuple ?

Au-delà de simples affirmations, je ne trouve point d’argumentaire rationnellement fondé. En parcourant son opuscule, je ne vois comme véritable « danger » relevé que le développement du régionalisme et de l’ethno-centrisme.

3°- La prolifération de partis politiques au Bénin est-elle la source des élans et pratiques régionalistes dans notre pays ?

Il s’agit là d’une fausseté qui malheureusement fait école. Le caractère « surabondant » de partis politiques au Bénin n’est pas cause « de la poussée du régionalisme et de l’ethnocentrisme ». Notre pays de 1960 à 1972 a connu trois grands partis à base régionale : le PRD (Parti Républicain du Dahomey) du Président Apithy (présent dans l’Ouémé), l’UDD du Président Ahomadégbé (présent dans l’Atlantique et le Zou), le RDD du Président Maga (ayant pour base tout le Nord du pays).

A ces trois partis, viendra s’ajouter sur le tard l’URD de Zinsou en 1968-69. Il se fait que malgré ce nombre très limité de partis, c’est la période où ont le plus fleuri dans notre pays le régionalisme et l’ethnocentrisme ayant culminé avec les affrontements de Parakou de 1963-64. La période de parti unique, celle du PRPB de 1975-1989, est celle de couverture des tendances régionalistes et ethnocentristes sous manteau d’idéologie populiste.

Le développement qui veut que le grand nombre de partis politiques soit source de déploiement de régionalismes, rejoint dans la pratique, les partisans du parti unique à la mode aux premières heures des indépendances formelles africaines. En effet sous prétexte de la jeunesse de la « nation », de l’inexistence de la notion d’union nationale, l’on théorise que le multipartisme causerait de graves torts à l’unité nationale parce que base et refuge de l’ethnicisme et du régionalisme.

Cela a donné ce que l’on sait désormais. Sous le régime vomi de YAYI Boni qui a le plus poussé loin les bouchons du régionalisme et de l’ethnicisme tant dans ces déclarations que ses pratiques politiques dans notre pays, cela ne s’est pas fait sous le couvert d’un parti politique régional que l’on sache.--------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

11 Abraham Zinzindohoué, Op. cit p.5

12 Abraham Zinzindohoué, op.cit p. 22

13 Op.---------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

C’est dire que les assertions selon lesquelles le grand nombre de partis politique seraient source de régionalisme à la limite tendent à nier au peuple un droit fondamental : celui de la libre association et plus particulièrement celui de la libre création de partis politiques.

III- CE QUE NOUS ENSEIGNE L’EXPERIENCE DES PEUPLES DU MONDE SUR LE PHENOMENE DE PARTI POLITIQUE.

Les partis sont apparus comme éléments sociaux dès l’émergence du peuple, sur la scène politique en tant que souverain. Leur apparition et développement sont liés à la naissance du régime parlementaire en Angleterre et ce dès le 17ème siècle sous l’appellation de Tories et de Whigs, ancêtres du Parti conservateur et du Parti Libéral. Le peuple est constitué de groupes humains, des couches et classes sociales à intérêts différents, souvent même antagonistes dont chacun lutte et aspire à prendre et à exercer le pouvoir.

Ces groupements humains entrent fatalement en compétition pour le pouvoir. Les partis sont donc l’expression des fractions, des couches et classes (et au sein d’une classe, des fractions) en lutte pour le pouvoir. De la sorte, le parti politique comme noté supra est consubstantiel à la démocratie moderne. Il appert de là que la liberté de constitution des partis est un principe fondamental de la démocratie libérale moderne. Toutes les Constitutions des pays se réclamant de démocratie libérale dans le monde, et aujourd’hui c’est l’écrasante majorité, consacrent le principe de la liberté de création des partis politiques.

Ainsi la Constitution française du 4 Octobre 1958 dispose en son article 4 « Les partis et groupements politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent leur activité librement. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale et de la démocratie ».

La Constitution espagnole du 29 décembre 1978 en son article 6 dispose « Les partis politiques expriment le pluralisme politique, concourent à la formation et à la manifestation de la volonté populaire et sont un instrument fondamental de la participation politique. Leur création et l’exercice de leur activité sont libres dans le respect de la Constitution et de la loi. Leur structure interne et leur fonctionnement devront être démocratiques ».

La Constitution de la République italienne du 27 Octobre 1947 dispose en son article 49 « Tous les citoyens ont le droit de s’associer librement en partis pour concourir, par des moyens démocratiques, à la détermination de la politique nationale ».

La Loi fondamentale de la République fédérale d’Allemagne du 23 Mai 1949 dispose en son article 21

I- « 1°-Les partis concourent à la formation de la volonté politique du peuple.

2° Leur fondation est libre.

3°-Leur organisation interne doit être conforme aux principes démocratiques.

4°- Ils doivent rendre compte publiquement de la provenance et de l’emploi de leurs ressources ainsi que de leur patrimoine

II- Les partis qui, dans leurs buts ou d’après le comportement de leurs adhérents tendent à porter atteinte à l’ordre constitutionnel libéral et démocratique, ou à le renverser ou à mettre en péril l’existence de la République fédérale d’Allemagne sont inconstitutionnels …».

Il faut dire que la situation d’alors de pays divisé en deux parties et occupé par des pouvoirs à idéologies opposées expliquait cette clause de réserve.

En Afrique francophone, l’ensemble des Constitutions consacrent la liberté de fondation de partis politiques. Il en est de même de l’Afrique anglophone.

La Constitution de la République fédérale du Nigeria amendée du 7 Mars 2011 dit en son article 40 : « Toute personne jouit du droit de se réunir et de s’associer librement avec d’autres personnes, en particulier de fonder ou d’appartenir à n’importe quel parti, syndicat ou toute 7 autre association pour la défense de ses intérêts.

Sous réserve du respect des dispositions de la présente Constitution concernant les attributions de la Commission Electorale Nationale Indépendante à propos des partis politiques.» (Traduction de l’anglais faite par moi-même Philippe Noudjènoumè)

Comme cela se voit, le principe de la liberté de création de partis politiques, le principe du multipartisme intégral est universel en démocratie moderne libérale.

La Constitution du Béninne déroge donc pas à ce principe en disposant en son article 5 que j’ai cité plus haut que « Les Partis politiques concourent à l’expression du suffrage. Ils se forment et exercent librement leurs activités dans les conditions déterminées par la Charte des Partis politiques. Ils doivent respecter les principes de la souveraineté nationale, de la démocratie, de l’intégrité territoriale et la laïcité de l’Etat »

Quels sont les exemples sur lesquels, pour justifier leur thèse, certains tenants de la limitation par voie administrative ou légale des partis politiques au Bénin se basent-ils ? Ils évoquent- en occultant les dispositions constitutionnelles et sans aucune autre enquête- des cas de pays comme la France où n’existerait qu’un nombre très limité de partis politiques (UMP, PS, PC, le FN, Les Centristes, quelques partis de l’Extrême Gauche etc.) ou les expériences de la Grande-Bretagne (Deux grands partis : Travaillistes et Conservateurs) et des Etats-Unis (Deux : Républicains et Démocrates).

Or cette présentation des choses en ce qui concerne la réalité sur les partis dans ces pays est fausse et n’est qu’une pure vue de l’esprit.

Selon les données très récentes « La France comptait en 2013, 408 partis politiques. On constate qu’il n’existe pas moins de 408 partis recensés par la commission, soit 15 fois plus qu’en 1990.» Parmi la kyrielle de partis, on trouve quelques noms étonnants,comme le « mouvement clérocratique », enregistré dans la Drome, dont l’objet est « la promotion et la mise en place de l’idée clérocratique en tant que mouvement politique ayant pour but de remplacer le système démocratique actuel »…

Ou encore le « Comité central bonapartiste », en Corse. D’autres ont un objectif plus clair, comme « l’Association de soutien à l’action d’Eric Woerth » ou « l’Association des amis d’Eric Ciotti » ou « les Amis de NKM » (Cf François Vignal, 6/01/2015 in www.publicsenat.fr ).

Aux Etats-Unis, on recense officiellement plus de 70 partis politiques légaux. Il en est de même en Grande Bretagne, etc. Dans tous ces pays, le multipartisme est intégral.

IV- LES BONNES REPONSES AUX LEGITIMES QUESTIONNEMENTS SUR LE SYSTEME PARTISAN AU BENIN. A- RAPPEL DES POSITIONS DE PRINCIPES SUR LA QUESTION DU MULTIPARTISME INTEGRAL

Il apparaît clairement que

1°- La « surabondance des partis » n’est pas un grand danger pour la démocratie ;

2°- Il n’est pas a priori vecteur du régionalisme et de l’ethno-centrisme ;

3° - La « surabondance » des partis au Bénin est à relativiser ; car une revue des partis politiques et un nettoyage conséquent du registre de « faux partis » montreront aisément la réalité des choses, à savoir que s’effectue déjà dans notre pays un resserrement du système partisan.

J’affirme ici que l’on ne peut vouloir procéder à la limitation par la loi du nombre des partis sans violer le principe de la liberté d’association et de pensée érigé en règle à valeur constitutionnelle dans la plupart des pays de démocratie libérale.

On ne peut toucher par voie constitutionnelle au principe du multipartisme 8 intégral sans paraître aux yeux du monde comme les plus fieffés anti-démocrates, les tenants d’un nouveau despotisme contemporain.Pour répondre aux justes questionnements sur le système partisan dans notre pays,

je vais reprendre en guise de réponse les positions fondamentales sur la question du multipartisme, positions que je n’ai cessé de développer depuis des années.

En 1995, dans un article intitulé « Multipartisme béninois, avatars et perspectives » publié dans la Revue Béninoise des Sciences Juridiques et Administratives, j’écrivais ceci14 : « Le Professeur Théodore Holo dans un article écrit en 1990 dit ‘’Au lieu d’un multipartisme sauvage qui dégénère rapidement en lutte d’influence entre des personnes et des régions, la constitution peut opter pour un multipartisme rationalisé…dès lors les partis d’idées prendront la relève des partis d’hommes et le paysage politique pourra être composé principalement de trois partis fondés sur trois idéologies essentielles : le libéralisme, le socialisme et la social-démocratie’’…

La démarche qui conduit à de telles propositions tire argument du nombre élevé de partis politiques au Bénin et du risque de dégénérescence en conflits ethnocentristes et régionaux et de la non représentativité de ces partis. Nous nous devons de dire qu’au regard de la science, la question du pluralisme partisan dans un pays revêt des caractéristiques particulières et ces particularités sont liées à son histoire politique et sociale. Le système partisan d’un pays ne peut être le mime de celui d’un autre…

Le multipartisme intégral au Bénin est le produit de l’histoire sociopolitique de ce pays. Sous la dictature moniste du PRPB, s’est organisé le Parti Communiste du Dahomey aujourd’hui Parti Communiste du Bénin ; celui-ci, véritable force structurante anti-autocratique était devenu incontournable au sortir de la longue nuit despotique.La reconnaissance de l’existence de fait de ce parti « extrême » (comme il est courant de dire dans le langage de politologie officielle) exclut tout système démocratique « fermé » sous l’angle partisan… Le multipartisme contrairement à ce que certains peuvent penser n’est pas octroyé par l’Etat. Penser ainsi reviendrait à supposer que l’Etat nouveau pourrait faire autrement.

Le multipartisme intégral au Bénin trouve sa signification dans les analyses suivantes de Georges Burdeau sur le pluralisme en Europe continentale « En effet, écrit-il, les antagonismes sociaux …sont tels que pour éviter les risques d’une lutte extrêmement brutale, il est apparu opportun d’ériger en règle de conduite une coexistence à laquelle on ne pouvait mettre un terme qu’en s’engageant dans une aventure dramatique…

Le pluralisme fut ainsi convié à couvrir du nom d’une philosophie, l’équilibre des forces politico-sociales …Le multipartisme intégral est une donnée de l’histoire sociale béninoise, des luttes de classes, des acquis démocratiques de tout le peuple.

Comme données historiques il charrie du bon grain et de l’ivraie ; mais on ne peut le réprouver et les tentatives de le contenir dans des cadres acceptables pour certains politologues et politiques se heurteraient à des résistances dont on ne peut augurer de l’ampleur sur la vie sociale et politique béninoise ».

Cette position fut reprise dans mon ouvrage intitulé « La démocratie au Bénin, Bilan et perspectives », publié aux éditions "L’harmattan" en 1999 15 en ces termes : « Le multipartisme constitue dans la politologie dominante un critère, sinon le critère de la démocratie. Cela est du moins consacré chez nous au Bénin et répond au modèle tel qu’il est décrit. Notre pays a connu au moment des élections législatives de février au moins une trentaine de partis politiques.

L’analyse prouve que la plupart sont des clubs électoraux à représentation douteuse, ne portant pas toujours un projet de société. La démocratie n’est pas réductible au multipartisme car on peut avoir le « pluripartisme » sans la démocratie. Il est possible d’avoir une myriade de partis politiques simplement au sein de la classe minoritaire déjà gestionnaire de l’appareil d’Etat et----------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

14Noudjènoumè Philippe, ‘’ Multipartisme béninois, avatars et perspectives’’,

RBSJA, 1995.

15Noudjènoumè Philippe ‘’La démocratie au Bénin, Bilan et perspectives’’, p.184-185.-------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------------

complètement coupée de la grande majorité du peuple….Le multipartisme en tant que permettant la mise en compétition de plusieurs couches et classes sociales en vue de la conquête ou de l’exercice du pouvoir politique constitue incontestablement une avancée démocratique…Mais le système des partis dans un pays déterminé est le fruit de cette société, de son histoire, de son économie, de sa géographie. Le mime de l’extérieur relève d’un scénario de l’impossible.»

B : LES CAUSES VERITABLES DE LA CRISE DU SYSTEME PARTISAN AU BENIN

Si les partis politiques concourent à l’expression du suffrage et contribuent par conséquent à l’animation de la vie politique, les causes des problèmes du système partisan doivent être recherchées en rapport avec ces rôles à eux dévolus.

Alors comment s’exprime le suffrage au Bénin et quels sont les problèmes qui se posent à ce niveau aujourd’hui au Bénin ?

Aujourd’hui, et tout le monde le sait, le mal essentiel dont souffre le Bénin, c’est l’impunité des crimes politiques et économiques, laquelle impunité encourage et entretient la corruption, la fraude, et de là l’appui sur les sentiments régionalistes et ethnocentristes pour bénéficier de l’impunité.

On voit par exemple, comment Boni YAYI, après son départ du pouvoir, essaie d’aiguiser les élans régionalistes afin de bénéficier par chantage de l’impunité des crimes économiques et de sang connus et défendus par lui-même sous son règne pendant dix ans.

J’affirme déjà que si l’on menait une lutte véritable contre l’impunité, beaucoup de partis politiques ou plus précisément, beaucoup de leurs dirigeants et animateurs seraient dans l’illégalité et disparaitraient.

En ce qui concerne l’expression du suffrage, elle se déroule aussi dans la fraude et la corruption électorales également impunies. Ce diagnostic, tout le monde en convient. Il a été répété par tous ceux qui ont observé l’impasse politique dans laquelle le pays est plongé avec la débandade des partis politiques hauts bourgeois face à la force d’argent des compradores.

Ainsi, dans une interview publiée par le journal "La Croix du Bénin", ( n° 1324 du 20 novembre 2015), Me Abraham Zinzindohoué situe bien la cause de la crise du système partisan. « Mais, c’est le système d’impunité. Il faut qu’on batte le système d’impunité qui facilite et alimente la fraude ou les corruptions…Ailleurs quand on découvre que la corruption règne au sein d’un parti, on sanctionne ce parti, mais ici on promeut les délinquants et on ne sanctionne pas. C’est notre drame, c’est notre péché.».

Victor Topanou écrit que malgré le code électoral « Le vote s’achète et la fraude électorale est érigée en élément surdéterminant de la victoire. Les institutions qui par nature incarnent le vrai, le juste, le beau sont ici tournées au service de faux, de l’injuste et du vilain. ».

Le journal "La Croix du Bénin" dans sa parution citée plus haut tire dans son éditorial, à propos de l’Impasse politique au Bénin, la conclusion que « Elections du Chef de quartier, du conseiller communal, du député et des membres du bureau de l’Assemblée se font au vu et au su de tout le monde sur fond d’argent ».

Voilà ce qui a conduit à la manifestation de la crise du système partisan lorsque les candidatures des compradores financeurs ont privé les partis politiques clients des ressources de ces télécommandes lors de la dernière élection présidentielle.

La crise du système artisan tient donc à l’impunité des crimes politiques, à l’impunité de la fraude et de la corruption électorales. Si tel est le cas, en quoi le nombre de partis politiques, sa réduction serait ou contribuerait à une solution ?

Maitre Abraham Zinzindohoué dit bien : « Ailleurs quand on découvre que la corruption règne au sein d’un parti, on sanctionne ce parti ».

Pourquoi ne chercherait-on pas ici, chez nous aussi, d’abord les voies et moyens de sanctionner les délinquants au lieu de les promouvoir. J’affirme donc que le grand tapage pour la limitation des partis politiques, pour le resserrement du paysage partisan, sert, consciemment ou non, à cacher la réalité des choses, le règne de l’impunité de la fraude et de la corruption électorales.

La réalité des maux de ces partis, ce n’est pas leur nombre, mais leur nature profonde, leur nature de classe. 10

En effet, contrairement à ce qui se dit, les partis politiques que l’on qualifie de clubs électoraux au Bénin ont une base idéologique, une base commune qui consiste en la défense du système de pacte colonial toujours en vigueur dans notre pays et dont le parapluie essentiel de protection est l’impunité.

Ne pas affirmer explicitement et ouvertement ses bases idéologiques ne peut signifier, notamment pour un scientifique, que l’on n’en a pas. C’est cette base idéologique de défense du système du pacte colonial contre le bénéfice de l’impunité qu’ils essaient de camoufler sous le fonds de commerce que sont les thèmes : Démocratie ; Développement ; Progrès ; Patriotisme ; Solidarité ; Social-démocratie.

Cette base idéologique pro-impérialiste apparaît dans leurs prises de position face aux problèmes cruciaux de notre pays. Ils ne défendent jamais par exemple l’instruction à travers nos langues qui signifierait l’égalité de ces langues avec la langue du colon.

On ne les entend pas ici aller contre le franc cfa, parce que profitant à l’ancien colonisateur auquel ils entendent maintenir allégeance. On ne les entend jamais vouloir le contrôle par les travailleurs et les citoyens de la gestion du bien public dont ils entendent jouir en toute impunité.

Ces partis sont d’essence haute bourgeoise, créés dans la volonté de pouvoir vivre en parasites impunis du bien public et au service des puissances étrangères.

Comme il est difficile de mettre en avant cette volonté, alors ces partis qui, entre eux n’ont aucune différence idéologique se camouflent sous des vacuités et généralités ; ce qui explique aisément les ralliements spectaculaires auxquels on assiste si facilement (ralliement au camp des gagnants donc du pouvoir en place, ou ramper en secret pour composer avec lui), les transhumances sans principe autre que « ne jamais être dans l’opposition » afin de toujours jouir des prébendes de l’Etat.

Que seul le Parti Communiste du Bénin ait affirmé et continue d’assumer explicitement son orientation idéologique, confirme ce fait que ce parti se démarque de tout mensonge au peuple et qu’il est un parti de la vérité, de la liberté, de l’honneur, de la probité, du patriotisme, un parti qui lutte et veut le pouvoir, un pouvoir où la probité et le patriotisme font loi.

Une fois le problème à la base de la crise du système partisan approché et rétabli de cette manière, on peut comprendre pourquoi, avec trois ou quatre partis entre 1960 et 1972, le pays n’a pas pu amorcer son décollage ; on peut comprendre pourquoi, avec un seul parti officiel de 1975 à 1990, on n’a pas pu rompre et vaincre la fatalité. Le tapage sur la réduction par la loi du nombre de partis politiques sert à faire diversion, à détourner le peuple du vrai problème que constitue le combat contre l’impunité et le pacte colonial. Et une loi dans ce sens, serait anti-démocratique, une atteinte à la liberté de pensée et d’association. Prenons des mesures hardies contre les "délinquants" au lieu de les promouvoir et cela réagira nécessairement et durablement sur la composition du paysage partisan.

C- SUR QUELLE TECHNIQUE S’APPUYER SI L’ON VEUT CONTRIBUER A UN RESSERREMENT DU SYSTEME PARTISAN DANS NOTRE PAYS ?

Tout d’abord, examinons des solutions qui consisteraient à sanctionner un parti politique parce qu’il n’aurait pas participé seul ou en alliance à des élections. L’alliance l’Union fait la Nation (UN), au cours de « Les Journées de l’Union » qui a pour thème « Rénover le système politique pour mieux gérer le Bénin » en juillet 2013 a fait une telle proposition: « L’Union fait la Nation propose un toilettage de la liste des partis politiques. Il suffit pour ce faire, d’appliquer la loi n° 2001-21 du 21 février 2003 portant Charte des Partis politiques.

Elle stipule en son article 7 : « Les Partis politiques sont tenus de participer aux élections nationales et locales. Tout Parti politique perd son statut juridique s’il ne se présente pas seul ou en alliance de candidats à deux élections législatives consécutives… » (Pages 31 et 32).

Remarquons d’abord qu’ici, la participation à une élection est réduite à la présentation des candidats. L’appel au boycott, à l’abstention, n’est pas pris en compte d’une participation. Il y a comme une négation de ce droit d’expression de la population (abstention, boycott) au cours d’un scrutin. La liberté d’association, (donc également en parti politique) est un droit constitutionnel. On ne peut opposer à la liberté d’association, 11 au point de la supprimer, le devoir de participer à des élections. La participation à une élection est un droit, et non un devoir. Autrement on devrait incarcérer les 40% d’abstentionnistes observés dans tous les pays développés. On devrait dissoudre tous les partis en Afrique et ailleurs qui appellent au boycott des élections !

Pourquoi ces abstentionnistes n’auraient-ils pas le droit de se reconnaître à travers un parti politique qui appelle au boycott, qui prône l’abstention ? En faisant de la participation à des élections un devoir, on défend une position anti-démocratique.

Cette disposition de la Charte des Partis adoptée sous le règne de KEREKOU 3 avec l’aide des principaux dirigeants actuels de l’UN est contraire à la liberté d’association. Cette négation du droit associatif parait encore insuffisante à l’UN.

Elle propose que « pour produire son plein effet, elle (la Charte des partis) soit complétée par une disposition qui stipule que nul ne peut être élu dans les organes de direction d’un parti politique s’il avait occupé de telles fonctions au cours des cinq dernières années dans un parti dissout ». (Page 32).

En droit commercial, un entrepreneur dont la société a fait faillite n’est privé du droit d’être à la tête d’une autre entreprise que s’il a commis des crimes dans la gestion. La non-participation à des élections qui pourrait entraîner la dissolution d’un parti est-elle devenue un crime qui enlèverait les droits civiques à un citoyen ?

L’arbitraire ne serait plus loin. En fait de disposition technique contribuant à une dispersion du paysage partisan, tous les constitutionnalistes le savent : c’est le scrutin de liste à la représentation proportionnelle adoptée tant pour les élections législatives, que communales et locales dans notre pays qui est le vecteur de la prolifération et de l’émiettement du paysage partisan au Bénin.

Car la recherche de prime à la tête de liste entraîne la course vers la création de partis par scission d’autres partis selon l’adage attribué à Jules César qui dit : « je préfère être le premier dans ce petit village que le second dans Rome ».

Tout constitutionnaliste sait aussi que si l’on veut agir sur le nombre de partis politiques dans un pays dans le sens de leur regroupement, le scrutin uninominal majoritaire à un ou deux tours se révèle toujours le plus efficace sans qu’il soit besoin de recourir à une limitation de partis par voie législative ou constitutionnelle.

Enfin, l’une des préoccupations relatives au système partisan concerne le financement des partis politiques, notamment par l’Etat. Le financement par l’Etat des partis politiques est nécessaire compte tenu du rôle à eux dévolus par la Constitution et dans la mesure où par principe, ce sont des institutions à but non lucratif.

Evidemment, pas plus que la subvention par l’Etat des entreprises ne peut être un argument pour la limitation par la loi de la liberté de création des entreprises, de même, la nécessité du financement public des partis politiques ne peut pas être un motif pour la limitation administrative du nombre de partis. Le financement des partis doit se faire sur des critères correspondant au rôle attendu d’eux. A ce sujet, certains proposent le financement sur la base des résultats aux élections législatives. Ce critère, utilisé dans nombre de pays, serait acceptable si le scrutin chez nous était transparent. Mais il est de notoriété publique, et les déclarations citées supra le montrent à merveille, que les élections au Bénin sont frauduleuses. Alors, baser le financement des Partis sur les résultats électoraux ne revient-il pas à donner une prime supplémentaire à la fraude ? Un autre critère, relatif à l’animation de la vie politique, serait nettement meilleur. Aujourd’hui, il est difficile, voire impossible à un citoyen de connaître la position de beaucoup de partis sur tel ou tel événement, puisqu’ils n’ont ni journal, ni siège ; font rarement de communiqués de presse ou de conférences publiques. Ils ne jouent pas leur rôle d’animation de la vie publique. Un critère satisfaisant prendrait en compte par exemple le nombre de publications, de manifestations publiques. Ce critère a l’avantage de mesurer l’animation de la vie politique, la contribution à l’éducation politique des militants et des populations et non uniquement l’animation de l’Assemblée Nationale. 12

 

CONCLUSION

A la question de savoir si le système partisan au Bénin, à savoir le multipartisme intégral constitue le grand mal à combattre, la réponse est non.

Car il n’est nullement prouvé que « la flopée des partis politiques contribue dangereusement au divorce entre le peuple et la classe politique », au point de rechercher les voies de salut de la démocratie « dans un réaménagement » du système partisan dans le sens de la limitation des partis afin de « réconcilier les citoyens avec la classe politique ».

Une telle vue des choses constitue à n’en point douter une diversion. Tout citoyen quelque peu honnête dira que les grands fléaux qui plombent notre démocratie depuis au moins l’ère du Renouveau démocratique sont l’impunité et la corruption généralisée lesquelles ne sont que les supports de la gouvernance du pacte colonial.

Vouloir aujourd’hui substituer ce consensus à un autre qui serait le multipartisme intégral auquel il faut mettre fin, c’est simplement faire comme le dit la chanson d’Allokpon « voir le serpent à tuer et aller taper ailleurs sur les mottes de feuilles :

« E non mon dan d’ayi bo non zinkpo d’amankpamè ». Il est évident aujourd’hui que le grand mal à combattre pour sauver la démocratie, notre démocratie, ce n’est pas le système partisan, mais la gouvernance de l’impunité, de la corruption et du pacte colonial. Car on crée un Parti pour ne pas payer les milliards qu’on doit à l’Etat, pour cela, il suffit de soutenir le Chef de l’Etat et on vous laisse tranquille. On crée un Parti politique pour aller à l’Assemblée Nationale et bénéficier de l’immunité parlementaire si on a quelque chose à se reprocher ou bénéficier du Passeport diplomatique pour aller faire ses affaires à l’étranger.

Si on met fin à tout cela, avec la fin de l’impunité, on verra que le débat sur le système partisan disparaitra de lui-même. Tout entêtement à vouloir coûte que coûte réformer le système partisan dans le sens de la limitation des partis politiques au Bénin par voie administrative, légale ou constitutionnelle (en ignorant le mode de scrutin électoral), toute muselière imposée au peuple pour je ne sais quels motifs, comme je l’ai dit il y a plus de vingt ans, « se heurterait à des résistances dont on ne peut augurer de l’ampleur sur la vie sociale et politique béninoise ».

Cotonou le 25 Avril 2016.

Pr Philippe NOUDJENOUME

 

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COMMUNIQUE DE PRESSE RENCONTRE DE RECONCILIATION D’ABIDJAN : LA RUPTURE MISE ENTRE PARENTHESES ?

Le peuple a été informé, à sa grande surprise, d’une réunion de réconciliation entre le nouveau président élu Patrice TALON et Boni YAYI, réunion tenue à Abidjan le lundi 18 avril 2016 sous l’égide des présidents togolais et ivoirien Faure GNASSIGBE et Alassane OUATTARA.

La surprise était d’autant plus grande que l’information ne provenait pas des autorités béninoises mais des radios et télévisions étrangères. Déjà à ce niveau, il y a comme un pan du contrat de confiance - entre un peuple (qui a rejeté YAYI et son candidat) et son président élu - qui est mis à mal. Ensuite, dans les discours relayés par ces presses étrangères, on peut entendre

le président TALON dire : « Je fais le serment à Boni YAYI d’être un bon président et je le rassure que je donnerai le meilleur de moi-même pour garantir au Bénin et à toute la sous-région une bonne ambiance de solidarité et de paix ».

Serment à Boni YAYI, à un individu, fût-il un ancien président de la République, d’être un bon président ?! Où se trouve alors le peuple devant lequel un serment a été solennellement prononcé auparavant le 06 avril 2016 ?

Enfin, des bribes de résultats révélées par la presse, indiquent que de « grandes concessions » ont été faites par TALON à Boni YAYI.

Le quotidien "Fraternité" en date du 20 avril 2016 écrit : « Mais, aussi bizarre que cela puisse paraître, au cours du conclave d’Abidjan, Boni YAYI a insisté et a réussi à se faire accorder 15 gardes de corps ». Même si Boni YAYI possède de multiples résidences privées, appartient-il à l’Etat de fournir gratuitement des soldats pour leur surveillance ?

Les anciens présidents ZINSOU et SOGLO vivants en ont-ils autant ? Le peuple ne comprend pas toutes ces concessions de son président élu, Patrice TALON à Boni YAYI.

De partout les protestations fusent pour condamner la réunion elle-même, le serment à un individu, les grandes concessions faites ainsi que le secret qui entoure toute cette entreprise.

Le peuple se sent, et à juste titre, humilié voire trahi. La rupture est-elle déjà mise entre parenthèses ?

Le Parti Communiste du Bénin soutient les protestations populaires qui indiquent que le peuple est debout et vigilant. Il rappelle aux travailleurs, à la jeunesse et au peuple qu’il leur appartient d’imposer la Rupture d’avec le système d’impunité, de la FrançAfrique et du pacte colonial pour le développement véritable et la dignité de notre pays.

Cotonou, le 20 avril 2016.

Le Parti Communiste du Bénin

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18 mars 2016

BÉNIN : LIONEL ZINSOU DANS LES CROCS DU PIÈGE SANS FIN DE LA PRÉSIDENTIELLE DU 28 FÉVRIER 2016

Comi M. Toulabor

On peut se demander si le Franco-Béninois Lionel Zinsou, plus connu à Paris qu’à Cotonou, nommé le 19 juin 2015 Premier ministre du gouvernement du Bénin, n’est pas entré dans une zone de fortes turbulences. Dans le pays de son père qui est pour lui « plus touristique que familier »1, puisqu’il le connaît à peine, il pensait se mouvoir dans un écosystème politique tranquille comme fleuve, capable de gagner la présidentielle du 28 février prochain pour laquelle il a été désigné comme le candidat de la coalition au pouvoir, les FCBE (Forces Cauris pour un Bénin émergent). Brillant normalien de 60 ans, banquier de son état, nègre2 et protégé de Laurent Fabius, ayant fait toute sa carrière en France, son deal avec le très contesté et controversé président sortant Boni Yayi au lourd passif a surpris plus d’un, et son crash du 26 décembre 2015 n’a pas laissé les Béninois indifférents à sa « stratégie de communication ».

Lionel Zinsou : un Éyadéma au petit pied?

Au moment où les chrétiens soignaient leur gueule de bois post-fête de la Nativité, Lionel Zinsou choisissait de mater la mort le 26 décembre dans le crash de son hélicoptère à Djougou, dans le nord-ouest du Bénin, après un déjeuner avec le président togolais Faure Gnassingbé, successeur de son père. Sept passagers sortirent indemnes, excepté deux d’entre victimes de quelques légères blessures. Près de quarante ans plus tôt, le 24 janvier 1974, dans le même périmètre géographique, le DC-3 d’Éyadéma père se crasha à Sarakawa (nord-est du Togo), localité située à une heure à peine de route de Djougou. Celui-ci surexploita en termes magico-religieux et mythificateurs, avec une habileté machiavélique rare, cet accident d’avion au point qu’il en fit la pierre angulaire de son pouvoir, alors fondé sur un État de foi plutôt que sur un État de droit3. En dépit de leur distance temporelle, ces deux événements se lisent néanmoins dans un miroir réfléchissant des proximités très congruentes. Deux pays limitrophes : le Bénin et le Togo ; deux localités voisines : Djougou et Sarakawa ; Lionel Zinsou et Faure Gnassingbé, respectivement neveu et fils d’anciens présidents ; deux aéronefs : l’hélicoptère et l’avion ; etc. Le crash de l’hélicoptère donnera-t-il une densité légitimante à la candidature contestée de Zinsou en établissant une filiation symbolique avec la figure de l’ancien président togolais Éyadéma ? Cette lecture-là, ni Zinsou lui-même, ni les Béninois ni les états-majors des partis politiques ne la font, bien sûr. Dans ce pays comme ailleurs où pratiques religieuses et pratiques politiques sont d’une grande porosité, il n’est pas impossible que l’inconscient collectif, défiant les dogmes catholiques, imagine un Lionel Zinsou en frère jumeau de Jésus en train de naître avec un jour de décalage dans un hameau au nord du pays vaudou, alors que l’annonce du crash ne suscita qu’ironie et moqueries générales sous la plume de Roger Gbégnonvi par exemple4 ou celle anticipatrice de Martin Mateto5.

Au pays des veaux-doux (vaudous), il y a aussi des bœufs-durs (des crocodiles), Monsieur Zinsou !

Ce furent des coups de feu nourris qui accueillirent la candidature de Zinsou. Ont été vite dénoncées la manœuvre et la stratégie de Paris pour l’imposer6 et surtout celles de Boni Yayi qui l’a positionné comme son dauphin. Hermann Boko montre comment cette candidature déchaîna des passions au sein de l’opposition, dans la presse locale, les réseaux sociaux7 et la diaspora béninoise dont certains membres l’ont interpellé par des lettres ouvertes, comme celle du 20 décembre 2015 de Patient Gandaho, un Béninois résidant en France8Son père René Zinsou, docteur en médecine, et son oncle Emile Derlin Zinsou, ancien président du Bénin, dissuadèrent en vain « l’homme qui n’écoute que son devoir ». La plupart des réactions ont insisté sur l’identité du candidat perçu comme « un étranger », « un venu de France » ou comme « un homme seul » et voient en lui un « néophyte » de la politique ou un « ouvrier de la 25ème heure » à qui l’on prédit « un échec cuisant » quand on ne moque pas « ses boubous en bazins bien brodés et taillés sur mesure ». On souligne son exceptionnalité comme étant « le seul Français à la tête d’un pays d’Afrique » chargé de mission de pérennisation de la Françafrique. On lui fait observer qu’il a intérêt à suivre l’exemple de Barack Obama, né de père kényan et de mère américaine, qui n’a jamais songé briguer la présidence du pays de son père et qu’il rendrait un grand service au Bénin en devenant président en France.

Pour déjouer le piège Zinsou, des fronts se sont constitués comme le « Rassemblement nouvelle conscience » lancé par Pascal Koupaki, un ancien Premier ministre de Boni Yayi et activement soutenu par le « faiseur de rois » Albert Tévoédjro, ou le « Front de refus du Bénin Waxala », initié par l’ancien président Nicéphore Soglo dont la famille est aujourd’hui divisée : le père et la mère Rosine anti-Zinsou s’opposent à leur fils Léhady, pro-Zinsou, qui est à la fois maire de Cotonou et président de Renaissance du Bénin, le parti de papa et maman. Tandis qu’au sein de la coalition FCBE, soumises au diktat du chef de l’État, de semblants de soutien et de mobilisation qui s’organisèrent sans grand enthousiasme autour de leur candidat commencèrent à se fissurer. De profonds schismes sont apparus au sein la coalition FCBE avec un nombre incalculable de défections de ses cadres importants fur et à mesure de l’approche de l’échéance présidentielle. Comme l’ancien ministre des Affaires étrangères, Nassirou Afari-Bako9, candidat qui a créé son propre parti ou comme « le taureau de Parakou », le bouillant député FCBE Rachidi Gbadamassi qui soutient un autre présidentiable, Sébastien Germain Ajavon, roi de l’agro-alimentaire et patron des patrons.

Le PM-candidat ne manque pas d’alliés non plus. Ainsi, d’anciens militaires à la retraire, tel le colonel Louis Akanni, se sont désistés en sa faveur face à la surabondance de candidats déclarés (entre quarante et cinquante selon les sources !). Adrien Hougbédji, président du PRD (Parti du renouveau démocratique) et président de l’actuelle Assemblée nationale, véritable figure de la transhumance politique reconnue et assumée, lui apporte son soutien contre un retour d’ascenseur explicite. Sans compter aussi le vieil Olympe Bhêly Quenum (88 ans), auteur du célèbre roman Un piège sans fin, paru chez Stock en 196010. Tandis que son coach électoral, Boni Yayi, qui ne le lâche d’une semelle, n’hésite pas à intervenir pour mettre des bâtons dans les roues de concurrents trop dangereux pour son poulain, comme son ancien argentier lors de la présidentielle de 2006, Patrice Talon, tombé en disgrâce. Et dans la diaspora, notamment en France, des réseaux se sont formés comme le « Soutien à Lionel Zinsou pour la présidentielle en 2016 ». Derrière le PM-candidat se bousculent en réalité de gros intérêts économiques, financiers et diplomatico-politiques hexagonaux tels que Bolloré, Danone, Castel, Rothschild, le MEDEV, le CIAN, des fondations comme celle de Jean-Louis Borloo, le Quai d’Orsay, la presse qui s’intéresse au sujet et tous les lobbies de la Françafrique (ses interventions sur ce thème et sur le franc CFA lors de son passage chez le journaliste Patrick Cohen sur RFI le 1er décembre 2015 sont assez décevantes !) que les élites béninoises au nationalisme bien chevillé au corps voient d’un très mauvais œil débarquer en force et sans complexe dans le pays.

Le 28 février : les carottes sont-elles définitivement cuites ?

Manquant de relais institutionnels et de soutiens politiques et sociaux jusqu’au sein des FCBE en pleine décomposition, sa campagne électorale patine, plombée par l’héritage Yayi. La distribution de lampes-torches dans les villages et la promesse de « lycée gratuit pour les jeunes filles » suffiront-elles à compenser le déficit de son programme électoral qui fait plutôt dans l’incantatoire à l’instar de ses concurrents ? Il pourrait tomber de ses illusions présidentielles et perdre de sa superbe comme Ahouna Bakari, ce héros du roman Un piège sans fin de son soutien Olympe Bhêly-Quenum. Pris dans une spirale d’infortunes et de déconvenues inattendues, Ahouana, pourtant né avec une cuillère en or dans la bouche, se retrouva dépenaillé, meurtrier de sa femme et de son ami, et termina en prison. Le destin d’Ahouana serait-il ici plus prophétique que le communiqué de ralliement olympien à la candidature de Zinsou ? Se référant aux passages de l’évangile de Luc (II : 29-32), – connus sous l’appellation latine Nunc dimittis – Bhêly-Queunum se compare au vieux Siméon ayant vu de ses propres yeux l’enfant Jésus qui peut donc désormais mourir en paix (Cf. benintimes.info du 21 janvier 2016).

Pour autant, toutes les portes de la victoire sont-elles fermées pour lui ? Le citoyen-électeur béninois, souvent intellectuellement démuni et peu ou mal informé et manipulé à l’excès, dont le vote est souvent « marchandisé »11 sera-t-il sur la même longueur d’onde que les états-majors des partis et les leaders d’opinion, où le nomadisme politique est un sport national ?

Partageons ici cette analyse, que je cite in extenso, de Binason Avèkes sous forme de pythie vaudou intitulée « Bénin, Au-delà du Holdup électoral 2.0 : la liste secrète du 1er gouvernement Lionel Zinsou » publiée sur son blog babilown.com-Mawole, le 1er février 2016 :

« Le vin du Holdup électoral 2.0 est, il faut avoir le courage prémonitoire de le dire, tiré ; et, toute honte bue, il ne faut pas faire la fine bouche pour le boire.
Tout d’abord, l’arrivée de Lionel Zinsou dans la course présidentielle, aussi scandaleuse soit-elle du point de vue de la dignité nationale, n’est que la conséquence de ce que les Béninois et le système béninois ont toujours voulu et fait. Nous avons passé 50 ans à nous discutailler, à nous amuser comme des gamins, à humer le parfum lénifiant de l’aliénation, et ce qui devait arriver arrive inexorablement : celui qui nous a accordé l’indépendance sans que nous ayons à mettre notre vie en jeu comme le firent les Algériens ou les Vietnamiens, a décidé de reprendre ce qui dans nos mains est resté à l’état de jouet pour grands enfants inconscients.
Pour nous Béninois, le Président idéal est quelqu’un qui vient de l’extérieur. Et, de proche en proche est arrivé le Français, l’étranger politique absolu, celui qui n’a aucun terroir, d’où/dont il peut parler la langue, signe de son appartenance réelle à la nation multiethnique béninoise. On ne peut pas élever une poule et ne pas vouloir son œuf, disent les Yoruba ; celui qui a appelé le groupe de tam-tam ne peut refuser d’entendre du bruit, disent les Fons.
Par ailleurs, Yayi Boni a fait sortir le lièvre Zinsou de son chapeau à cause de sa rivalité fratricide avec Patrice Talon. Il voulait quelqu’un de suffisamment select pour en imposer à ce sudiste milliardaire assez intelligent et rationnel, quelqu’un qui soit encore plus intelligent et rationnel, et qui ne rougit pas des milliards de Patrice Talon, parce qu’en la matière, il a et sait de qui tenir – la grande Françafrique. Et voilà Zinsou qui a débarqué. L’homme est content d’être là. Cela faisait longtemps qu’il ne demandait pas mieux, et ses désidératas étaient pris pour un rêve insensé. Maintenant, le rêve insensé est en passe d’être réalité. Il piaffe d’impatience de voir venir le jour où, lui qui n’a pas pu même dépasser le stade de nègre d’un ministre français dans son propre pays, sera reçu à l’Élysée, par le Président de France avec tous les honneurs dus à un président de la République : le Président français qui reçoit un président français, beau moment de vertige réflexif, culminant la lente progression de la reconquête néocoloniale de l’Afrique par la France
 ».

Il est probable que l’électorat voit en Zinsou un candidat doté de ressources rares qui font la différence réelle ou supposée avec ses adversaires : virginité politique, intégrité morale, compétence professionnelle reconnue. Ce qui corrèle avec les profils de Nicéphore Soglo ou de Boni Yayi quand ils avaient été candidats à la présidentielle, respectivement en mars 1991 et en mars 2006. Aussi, il n’est pas certain que les électeurs Béninois le boudent ou le condamnent avec des reproches afflictifs comme le fait la classe politique dont les acteurs sont habitués à faire des croche-pieds entre eux. Le crash du 26 décembre 2015 serait pour eux un signe positif du destin envoyé par les vaudous et les dieux que, pour l’instant, le trop technocrate coincé et le très peu politique décomplexé Lionel Zinsou ne sait pas exploiter à la façon Éyadéma. Comme l’observe Roger Gbégnonvi dans un échange de mails informel, « Cet accident par terre, dont tout le monde est sorti heureux et ravi, peut participer en effet de la publicité forcenée que l’on fait au yovo[le Blanc] venu sauver la France au Bénin. Son instrumentalisation mythico-religieuse peut toujours être lancée une fois Lionel Zinsou à la présidence et le Nunc dimittis d’Olympe Bhêly Quenum serait prémonitoire à cet égard.

En attendant le vote des veaux-doux béninois (dans l’imaginaire des états-majors des partis politiques, l’électeur lambda peut être perçu ainsi), la propulsion de Zinsou participe d’une déstructuration croissante du paysage politique en mal de consolidation, notamment au niveau des partis politiques. Le retour ou l’accession à la magistrature suprême de candidats sans parti politique désorganisent beaucoup plus le jeu partisan, contraignant les acteurs à s’ajuster constamment dans des alliances et mésalliances qui ne sont pas toujours propices au processus de consolidation démocratique. La démocratie béninoise, citée en exemple, souffre depuis ses origines de ces déclassements et reclassements comme avec le retour de Mathieu Kérékou en 1996-2006, l’accession de Boni Yayi en 2006-2016 et maintenant Lionel Zinsou. Et on remarque que très tôt celle-ci s’est installée dans ce processus de piège sans fin de candidats sans parti. Comme l’a été la démocratie malienne sous Amadou Toumani Touré (ATT), successeur sans parti d’Alpha Oumar Konaré en 2002, qui s’obligeait à gouverner dans un consensus d’impuissance jusqu’au coup d’État de mars 2012 qui l’emporta. Si les acteurs alignés derrière Lionel Zinsou pouvaient penser au cas malien, ce serait une grande leçon tirée des expériences malheureuses. En politique, il semble que cela ne marche pas ou le moins bien possible.

Bordeaux, le 4 février 2016

 

Comi M. Toulabor

Sciences Po Bordeaux

Les Afriques dans le monde

  1. Chroniqueur prolifique reconnu pour sa plume bien trempée et froidement acerbe et indignée, Roger Gbégnonvi aime interpeller souvent les faits et les grands hommes de son pays. [↩]
  2. Il écrivait les discours de Laurent Fabius, PM puis ministre dont il était un très proche collaborateur. [↩]
  3. Lire Comi Toulabor, Le Togo sous Eyadéma, Paris, Karthala, 1986 [↩]
  4. Roger Gbégnonvi, « Lionel Zinsou ou Jésus des jours mauvais » sur <http://www.24haubenin.info/?Lionel-Zinsou-ou-Jesus-des-jours> du 27 décembre 2015, consulté le 2 février 2016. [↩]
  5. Martin Mateso, « Bénin-Présidentielle : Lionel Zinsou, «le messie surdoué» ou «l’imposteur»? c’est selon… » sur <http://geopolis.francetvinfo.fr/benin-lionel-zinsou-le-messie-surdoue-ou-l-imposteur-c-est-selon-89451> publié le 22 décembre 2015, consulté le 4 février 2016. [↩]
  6. Cf. La Lettre du continent du 19 juin 2015 [↩]
  7. Cf. Le Monde Afrique du 30 novembre 2015 [↩]
  8. Patient Gandaho, « Monsieur le Premier Ministre sans polémique, j’ai quelques questions à vous poser », http://www.sen360.fr/actualite/lettre-ouverte-a-lionel-zinsou-par-patient-gandaho-390050.html, consulté le 3 février 2016 [↩]
  9. Rappelons qu’il a été un contributeur actif de Politique africaine avec ses articles comme « Démocratie et logiques de terroir au Bénin“, Politique Africaine, 59, octobre 1995 ou « La corruption au port de Cotonou : douaniers et intermédiaires », Politique Africaine, 83, octobre 2001. [↩]
  10. Olympe ‪Bhêly-Quenum, « À propos de la présidentielle 2016 au Bénin : «Lionel Zinsou est ma préférence », publié sur BENINTIMES.INFO le 21 janvier 2016, consulté le 3 février 2016 [↩]
  11. Richard Banégas, « Marchandisation du vote, citoyenneté et consolidation démocratique au Bénin », Politique africaine, 69, mars 1998. [↩]

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16 mars 2016

Communiqué du Porte-parole du Parti Communiste du Bénin (PCB)

Le mardi 15 mars 2016, j’ai organisé un point de presse pour réaffirmer l’appel de mon Parti, le Parti Communiste du Bénin (PCB) à battre le candidat de la recolonisation Lionel ZINSOU au second tour de l’élection présidentielle de 2016 et à voter par conséquent pour Patrice TALON. Cet appel de mon Parti a été accueilli avec satisfaction et enthousiasme par les populations.En témoignent les nombreuxmessages de félicitations et de soutien que moi-même ainsi que les autres responsables et membres du Parti continuent de recevoir jusqu’à présent. Je profite donc pour féliciter tous ceux qui ont compris le sens de cet appel et les remercie pour l’encouragement et le réconfort qu’ils nous donnent.
Toutefois, dans cette euphorie, j’ai entendu et lu que c’est « pour la première fois à l’ère du renouveau démocratique que les communistes donnent une consigne de vote pour le second tour » d’une élection présidentielle. Cette affirmation est fausse.
A cet effet, je viens rappeler ici que le PCB à travers son 1er Secrétaire d’alors, le feu Pascal FANTODJI, était candidat à l’élection présidentielle de 1996 ; qu’il était en alliance avec le parti ‘’La Renaissance du Bénin’’ depuis 1995 et qu’au nom de cette alliance, il avait appelé à voter pour le président Nicéphore Dieudonné SOGLO au second tour de la présidentielle de 1996 afind’empêcher le retour au pouvoir du dictateur Mathieu KEREKOU. Mais, les éléments de la FrançAfrique ont mis en œuvre les plans les plus sordides pour que leur homme de main, Mathieu KEREKOU reprenne le pouvoir, le conserve pendant 10 ans, conduise le pays dans le gouffreavant de nous filer YAYI Boniqui, à son tour, tente de nous imposer directement un colon venu de la France.
Il est vrai que mon Parti n’accorde pas son soutien à tout vent, à tout venant et n’importe quand ni contre de l’argent, mais mon parti, le PCB, face à chaque situation,a toujours montré au peuple la voie à suivre ainsi que le rôle qui doit être le sien pour véritablement sortir notre pays de l’ornière.
Cotonou, le 16 mars 2016
Jean Kokou ZOUNON

Nouvelle version joomla 3.4.3 du site la-flamme.org
LA-FLAMME.ORG

 

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PARTI COMMUNISTE DU BENIN (PCB)
01 B.P. 2582 Recette Principale Cotonou (Rép. du Bénin)
Tél. : 21 30 03 22/97 98 35 65 –

Site : www.la-flamme.org

Pcb du Bénin
Cotonou, le 15 mars 2016
POINT DE PRESSE
THEME : APPEL DU PCB POUR LE SECOND TOUR DE L’ELECTION PRESIDENTIELLE 2016
EXPOSE LIMINAIRE

Mesdames et Messieurs les journalistes,
Camarades et amis,

Merci encore une fois pour avoir répondu promptement à notre demande de couverture de la présente manifestation. Ce point de presse porte sur le thème : « Le PCB et le second tour de l’élection présidentielle de mars 2016 ». A ce propos, notre Parti le PCB vient d’adopter et de publier, après la proclamation des résultats du 1er tour par la Cour Constitutionnelle l’appel que voici.

« Peuple du Bénin,
Le dimanche 13 mars 2016, la Cour Constitutionnelle a proclamé les résultats de l’élection présidentielle, confirmant ainsi les ‘’grandes tendances’’ données par la CENA. Lionel ZINSOU et Patrice TALON sont en tête pour aller au second tour. Ainsi, malgré le grand rassemblement de tous les apatrides, Boni YAYI, Adrien HOUNGBEDJI, Léhady SOGLO, Eric HOUNDETE et autres, malgré les fraudes multiformes et les intimidations, il n’a pas été possible de faire le lit à la recolonisation du Bénin.
Lionel ZINSOU est battu dans sa volonté d’Offre Publique d’Achat (OPA) sur le Bénin avec le soutien de François HOLLANDE et de Laurent FABIUS.
Bravo, peuple du Bénin, pour ta combativité, ta clairvoyance et ton patriotisme à travers ta participation active à la campagne contre la recolonisation de ton pays organisée par le Parti Communiste du Bénin (PCB) depuis août 2015.
Une bataille vient d’être gagnée mais le combat n’est pas fini. Le colon, le nouveau Gouverneur est au second tour, et ses soutiens, comme s’ils avaient été surpris par la puissance de tes coups, se remobilisent pour aller plus à fond dans le combat contre toi. Il y aura encore plus de fraude, plus de vol,
davantage d’utilisation des moyens de l’Etat et de distribution d’argent, etc.
C’est pour cela que toi aussi, tu dois bander tes forces pour enterrer définitivement l’envie de l’impérialisme français de te remettre à genoux à travers la candidature de Lionel ZINSOU, enterrer à jamais l’envie de Boni YAYI et sa suite de perpétuer le système de la mal gouvernance à travers son dauphin qu’il tente d’imposer au peuple.
C’est pour cela que tu dois voter de nouveau contre Lionel ZINSOU, et donc pour Patrice TALON.
Mais je t’ai entendu. Je t’ai entendu dans les rues et dans les marchés ; dans les écoles et les bureaux ; un peu dans la presse et surtout sur les réseaux sociaux. Tu es sceptique par rapport à la capacité de Patrice TALON à réaliser les ambitions du Bénin d’aujourd’hui. Tu doutes de la capacité de TALON à impulser une vraie rupture d’avec l’ancien système et à incarner un nouveau départ, car à ces mots il ne donne aucun contenu. Mais, toi, en votant contre Lionel ZINSOU, tu voulais une vraie rupture,un véritable nouveau départ, un nouveau système de Gouvernement. Pour cela, tu as voté contre l’impunité et la perpétuation des crimes économiques et politiques, comme les scandales de l’eau, du siège de l’Assemblée Nationale, CEN-SAD, ICC-Services, Maria Gléta, fraudes et corruptions dans les concours d’Etat et attribution des marchés publics, les disparitions et assassinats, etc. ; et tu doutes de la volonté et la capacité de Patrice TALON à rompre avec le système qui génère cette mal gouvernance. Tu as raison de douter. Il n’y a qu’à regarder tous ceux qui sont autour de lui ou s’apprêtent à le rejoindre.
Tu as d’autant plus raison que ses premières déclarations de refus de la ‘’chasse aux sorcières’’ peuvent cacher une tolérance à l’impunité.
Ne t’illusionne pas : les auteurs et bénéficiaires de ces nombreux crimes ne seront exhumés et jugés que par ta propre volonté, ton action déterminée envers et contre tous.
En votant contre Lionel ZINSOU, tu voulais réaffirmer ta dignité et la souveraineté de ton pays, donner la primauté à une industrie nationale et aux produits locaux contre l’envahissement de nos marchés par les produits importés ; tu voulais une monnaie nouvelle, indépendante, sous-régionale pour servir de base de développement économique au Bénin.
Et tu doutes de ce que « le TALON que tu connais » œuvre à cela. Tu dis : ses intérêts ne sont pas là. Et tu as raison. Parce que sans ton action déterminée et résolue, aucun messie, aucun Président ne le fera pour toi.
Tu veux que soit enrayé l’analphabétisme ; tu veux l’élection des dirigeants de sociétés et des grandes administrations pour arrêter la politisation de l’administration et le clientélisme ; tu exiges le suffrage uninominal pour l’élection des députés et des représentants locaux pour en finir avec la transhumance et la corruption ; tu veux la publication de tous les accords internationaux et des marchés publics et tu dis que TALON avec tous ceux qui l’entourent, ne le fera jamais.
Et tu as raison. Tu as raison sur toute la ligne mais il faut d’abord arrêter l’agression caractérisée qu’est l’imposition de Lionel ZINSOU à notre pays en le chassant définitivement. C’est pour cela qu’il faut voter TALON.
Ensuite seulement, et surtout alors, il faudra que tu prennes ton destin en main. Ton exigence pour des Etats-généraux pour ta dignité et la souveraineté nationale, contre l’impunité et l’apatridie doit grandir et prendre corps. Tu dois cesser d’espérer en un messie qui vient résoudre les problèmes à ta place et ériger en loi ta volonté de désigner, de surveiller et de destituer les dirigeants à travers des assises nationales souveraines et patriotiques. Seuls ces états généraux pourront définir et imposer les bases pour un assainissement des mœurs politiques et économiques et impulser un programme patriotique pour le développement du Bénin. Sinon, les mêmes causes produiront les mêmes effets.

Cotonou, le 14 mars 2016
Pour le Parti Communiste du Bénin
Le Porte-parole,
Jean Kokou ZOUNON »

Il s’agit là, d’un appel franc, exigeant et responsable.
D’abord, il s’adresse au peuple. Des hauts bourgeois relayés par des hommes de presse, ont souvent raillé le PCB pour son appel et sa référence constante au peuple. On entend des gens dire, mais le peuple, c’est qui, c’est où ?
Mais, force est de constater, que devant le danger de recolonisation, tout le monde en appelle au peuple. Le peuple, c’est l’ensemble des ouvriers, des petits employés des secteurs public et privé, des paysans, des artisans, des vendeurs et vendeuses des marchés, de la jeunesse, l’ensemble de ceux-là qui souffrent et se plaignent de la situation actuelle. Ce sont ceux-là qui se sont mobilisés contre la tentative de recolonisation et qui ont infligé un premier échec à Lionel ZINSOU.
Ensuite, notre appel est franc. Il se démarque d’abord du triomphalisme et recommande le maintien de la mobilisation, de la détermination et de la vigilance. Le camp du nouveau colon ne baisse pas les bras. A son profit, Boni YAYI tente de remobiliser ses troupes avec des actes irresponsables et provocateurs : remaniement ministériel pour chasser ceux des ministres qui n’ont pas fait une campagne réussie pour lui et Lionel ZINSOU, promotion des autres y compris l’organisateur des derniers concours frauduleux élevé au rang de ministre d’Etat, décret provocateur de bonification des primes des membres des cabinets ministériels (DC et SG), etc. Sans compter les préparatifs de la fraude et des achats de voix. L’appel est clair et franc : il faut, pour le second tour, voter Patrice TALON afin de barrer la voie au colon Lionel ZINSOU.

Notre appel est franc et responsable. La responsabilité exige que l’on n’oublie pas les maux qui minent notre société, la gangrène qui ruine le peuple, les entraves qui empêchent son essor vers le développement. L’appel ne tait pas alors, afin de faire plaisir, des doutes que le peuple émet sur l’avenir. Il reconnaît avec le peuple les attentes légitimes résultant de ses revendications et de ses luttes contre l’impunité, la mauvaise gouvernance et la misère.
Il reconnaît avec le peuple que ce serait un drame si tous les crimes politiques, économiques et de sang commis sous Boni YAYI passaient pour perte et profit, si les assassins de Dangnivo, de dame Bernadette Agbossou, si les auteurs des scandales politico-financiers, etc, continuaient d’être libres et tranquilles pendant que le petit peuple, le jeune en quête d’emploi qui s’est levé contre la continuité et la recolonisation lui, continue de souffrir, de galérer. Mais l’appel dit sans ambages au peuple que pour le présent, « il faut d’abord arrêter l’agression caractérisée qu’est l’imposition de Lionel ZINSOU à notre pays en le chassant définitivement. C’est pour cela qu’il faut voter TALON » Il y va de la dignité, de la souveraineté. Charbonnier doit être maître chez lui.
La responsabilité demande que l’on dise au peuple : n’attend point de messie dans l’arène politique, n’attend point que l’on te charge la jarre sur la tête si toi-même tu ne fais pas l’effort de la soulever sur tes genoux. Nous luttons contre toute illusion. Nous en appelons ainsi à tous pour ce sens de responsabilité.
Enfin, l’appel est patriotique, ouvertement, franchement anti-impérialiste. Jusqu’à présent, les hauts bourgeois, alliés et complices de l’impérialisme, théorisaient que l’impérialisme n’existait plus. 
Lionel ZINSOU a pu dire que la FrançAfrique était un mythe. Mais le peuple sait que l’impérialisme existe bel et bien, qu’il est l’instigateur des troubles et le profiteur de l’exploitation de nos pays ; qu’il est le parrain de tous les grands corrompus et
dictateurs qui nous oppressent.
Nicolas Sarkozy, l’ancien président français et actuel président du principal parti d’opposition de droite, a pu dire que le franc CFA ne doit pas changer sous peine d’entraîner l’accélération du déclin de la France. Et c’est ce franc CFA que Lionel ZINSOU défend bec et ongle comme la meilleure monnaie pour nous. Et d’autres hauts bourgeois sont à ses côtés. La haute bourgeoisie, alliée et complice de l’impérialisme est là, à la tête de nos institutions, à la commande de notre destin.

La responsabilité demande alors de dire ce qu’il faut pour l’avenir. Il faut refonder notre pays. Il faut que le peuple se rasseye pour définir les voies de l’avenir. Il faut des Etats généraux contre l’impunité, contre l’apatridie, la fraude, le clientélisme, le régionalisme, pour une nouvelle éthique et le patriotisme.

C’est cela la voie.
Merci
Jean Kokou ZOUNON

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01 mars 2016

Togo - Enlèvement d'Antoine Randolphe : Le vrai visage du système Gnassingbé


Antoine Ati Randolphe est un ami et un compagnon de lutte. Nous nous sommes retrouvés dans plusieurs réunions de la diaspora togolaise en Europe. C'est un homme pétri des valeurs humaines et démocratiques, qu'il met au-dessus de tout. Un homme de conviction. Ce qui est arrivé à Antoine peut arriver à n'importe lequel d'entre nous qui vivons en exil et que la nostalgie brûle ardemment. Hier, c'était Koffi Folikpo, revenu au pays, arbitrairement arrêté dans les rues de Lomé, détenu à la prison civil sans motifs, puis un jour relâché, sans jugement, sans que personne n'ait jamais su ce qu'on lui reprochait. C'est à cela que servent les forces dites de l'ordre au Togo? C'est à cela que servent même la justice, et les prisons? C’est de cette façon qu’un système réellement démocratique fonctionne ? C’est cela l’État de Droit ? Je ne rappelle plus ce qui était arrivé à David Do Bruce, lui aussi enlevé et disparu : personne ne connaît son sort final. Je n'évoque pas non plus le cas d'Atsutsé Agbobli, kidnappé, assassiné, noyé, dans des circonstances qu'aucune enquête n'a élucidé de manière convaincante.

Nous devons être vigilants et prudents. On nous dit : vous pouvez rentrer chez vous. La sécurité est garantie pour tous. La liberté d'expression y règne. La vie est belle au Togo...Combien de fois n'ai-je pas entendu ce discours? Combien de fois, des personnes que je peux dire bienveillantes ne m'ont-elles pas parlé dans ces mêmes termes? Presque des chansons d’animation qui reviennent sous une autre forme, par d’autres personnes que par les animateurs interposés.

Une fois, j'ai failli retourner au Togo, dans une délégation du ministre allemand des Affaires Etrangères et de la Coopération, sur une proposition du directeur du Goethe Institut à Lomé. Je n'avais pas dit non, jusqu'au moment où la condition était que j'aille à l'Ambassade du Togo en Allemagne me faire délivrer un nouveau passeport togolais. Là, j'ai répondu carrément non. J'ai fui un système et tant que ce système sera en place, il n'est pas question que j'aie quelque rapport officiel que ce soit avec lui ou ses représentants, que je formule quelque demande que ce soit qui signifierait que je le reconnaissais. Rentrer au Togo, je ne souhaite que cela. Mais, une fois au Togo, détenant un passeport togolais et plus légalement le passeport de réfugié dont je jouis en ce moment, que se passerait-il si des agents dits des forces de l'ordre, ou même en secret, des hommes au service du système m'enlevaient comme Folikpo ou même me faisaient subir le même sort que Do Bruce?

Une autre fois, des collègues de l'université de Lomé que je connais bien, des amis, à qui je pouvais faire confiance, ont organisé une journée d'hommage à mon intention pour mes oeuvres. J'étais invité, c’était normal. Je devais prendre l'avion jusqu'à Cotonou et faire le reste du voyage en voiture. Mais, comment traverser la frontière? La réponse qui me fut donnée est : faire comme tout le monde, c'est-à-dire soudoyer policiers et douaniers. Moi, Zinsou? Pris en flagrant délit de corruption d'agents de l’État? Ce serait le meilleur argument que je fournirais moi-même à ceux qui ne me souhaitent pas du bien de m'arrêter et de faire de moi ce qu'ils veulent. Ou bien Zinsou, clandestin, voyageur sans pièce !

Si Antoine Randolphe a été enlevé alors qu'il se trouvait sur la plage de Lomé, cela ne signifie-t-il pas que ce système, le même depuis des décennies peut nous kidnapper, nous faire disparaître partout où nous nous trouvons, surtout sur le territoire togolais, que ce soit à notre domicile, dans la rue, à la plage, à la frontière? 

J'ai dit : cet homme, l'homme qui dirige la Bodémakuterie est faux, le jour même où, pour la troisième fois, contre la volonté du peuple togolais exprimée par le moyen des urnes, il s’est fait proclamer élu. Et je le maintiens : IL EST FAUX ! Le grand problème, c'est qu'il est difficile de se faire comprendre de certains de nos compatriotes, je veux surtout parler de ceux qui se disent de l'opposition. Nous voilà, presque tous, à notre corps défendant, installés, en train de nous enliser dans la fausseté du système Bodémakutu. Comme si nous étions tous insensibles à la voix, sinon de la vérité, au moins de la conscience. Je suppose que chacun en a une. Par résignation, lâcheté pour certains. Mais pire, à cause de l'argent.

Ce n'est pas sans raison que je faisais dire aux personnages de On joue la comédie :

« Quand nous voir argent-là, nous être ensorcelés comme par grand sorcier »1 . En réalité, il ne faut pas un grand sorcier pour nous faire perdre notre âme, notre conscience, notre être. 

Qui a vendu Antoine Randolphe? Qui avait vendu Koffi Folikpo? Qui avait vendu Atsutsé Agbobli? Même si personne, nommément, ne les a vendus, des gens nous ont tous vendus, vendu ce peuple togolais qui connaît et a bien exprimé, de mille manières cette réalité : nous ne connaîtrons la vraie liberté de parole, de circulation...et la vraie démocratie que le jour où nous mettrons fin à ce système.

Bien sûr que le plus urgent est la libération d'Antoine Randolphe. Mais, par-delà cette libération, il faut que nous envisagions sérieusement la fin du système Bodémakutu. Et, ce n’est pas avec une opposition domestiquée, achetée, neutralisée…(je ne dirai pas décapitée, car elle n’a jamais véritablement eu de tête) sous le couvert d'une nomination par décret d’un chef de file, que nos souhaits seront réalisés.


Sénouvo Agbota ZINSOU

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Dr. Senouvo Agbota-Zinsou, universitaire, écrivain et membre influent de la diaspora togolaise en Europe 

Si la plupart des partenaires économiques ont renoué la coopération avec le Togo, il n’en demeure pas moins qu’il y a encore 2,5 millions de Togolais qui vivent en exil. Certes, on ne pourra pas dire que ces Togolais vivant loin de leur pays ont connu  tous des démêlées politiques. En revanche beaucoup  ont été victimes des exactions à l’époque de l’ancien président dictateur Gnassingbé Eyadema, disparu en 2005 et remplacé par son fils. Agbota Zinsou, ancien directeur de la troupe nationale togolaise, ancien membre du haut conseil de la république, grand écrivain dramatique fait partie de cette diaspora  togolaise. Lorsque M. Zinsou n’est pas au bureau, c’est peut-être qu’il est  en train de répéter avec sa troupe théâtrale, de tenir une conférence ou d’assister à une réunion  concernant l’avenir de son pays le Togo, pays qu’il a quitté à contre gré manu militari pour sauver sa peau et celle des siens.

Depuis plus de 20ans, ce grand Togolais vit  en Allemagne où il continue d’enseigner le théâtre, d’écrire des livres et bien entendu de parler de son cher Togo, pays meurtri part tant d’années de souffrances. Occhionews.com est allé à la rencontre de cet homme qui se livre à cœur ouvert sur ses doutes, ses inquiétudes, sa nostalgie pour son pays et de  ses espoirs.                                            

Dr. Senouvo Agbota-Zinsou: « L’espoir, malgré ce tableau sombre, c’est qu’un jour, proche ou lointain, nos populations vont, une fois pour toutes, prendre leur destin en main. » 

M. Zinsou, vous n’êtes plus à présenter, vous êtes auteur dramaturge togolais, ancien directeur de la troupe nationale du Togo, figure de proue de l’opposition et membre influent de la diaspora togolaise en Allemagne. Il y a quelques années vous étiez sceptique vis-à-vis de la situation politique de votre pays le Togo.

Quel est aujourd’hui votre état d’âme concernant ce pays que vous aimez tant ? Est-ce que votre scepticisme a fait place à l’espérance ?

L’espérance, je ne l’ai jamais perdue. Non pas que la situation se soit améliorée, bien au contraire elle est devenue encore plus confuse, plus sombre, parce que nous nous installons de jour en jour, chacun dans son rôle. Au pouvoir d’user de tous les moyens pour se maintenir en place : distribution de quelques strapontins, nantis de quelques prébendes à l’opposition ou aux soi-disant opposants, parfois de guerre lasse, de se résoudre à cela, d’où : corruption généralisée et achat de conscience. À cela s’ajoutent les coups montés comme les incendies des marchés de Kara et de Lomé. Mais avant cela, le prétendu coup de force de Kpatcha Gnassingbé qui a occasionné un affrontement militaire ayant entraîné la mort de citoyens parmi lesquels des innocents, répressions violentes des manifestions des populations, emprisonnements sans causes et sans preuves…À une certaine opposition de se complaire dans une forme de contestation qui devient de jour en jour un fonds de commerce, parce qu’elle ne trouve pas, d’une part, la voie de son unité pour être réellement en mesure de renverser le pouvoir, et parce qu’elle est, d’autre part, en panne de stratégie. Ces deux choses, l’unité et la stratégie, manquant à l’opposition, on ne peut vraiment pas dire qu’elle porte en elle, sur elle, l’espoir de nos populations. Et dans ce climat, précisément, nos populations s’enfoncent de jour en jour dans la pauvreté et la misère. Tandis qu’une minorité accapare presque toute la richesse du pays, la très large majorité qui est contrainte de se nourrir d’un boule de pâte de maïs  ou de mil et de piment, par jour si elle le peut, doit acheter ce même piment à 300 francs le tas (5 francs à peine dans les années 70). Combien de nos concitoyens ont 300 francs par jour pour vivre ? Et nous ne voyons venir, dans les toutes prochaines années, ni État de droit, ni démocratie véritable, ni justice sociale. Faut-il attendre une implosion comme celle à laquelle nous assistons actuellement, regardant du côté d’un pays comme l’Ukraine ou la Syrie, car les hommes, je le crois et l’ai toujours dit, sont faits de la même pâte partout, à l’Est, à l’Ouest, au Nord, au Sud. Ils ne peuvent supporter aucun totalitarisme qui, non seulement réduit leur liberté, mais en plus les condamne à la misère pendant trop longtemps.

L’espoir, malgré ce tableau sombre, c’est qu’un jour, proche ou lointain, nos populations vont, une fois pour toutes, prendre leur destin en main. Il ne faut jamais perdre espoir quand il s’agit d’un peuple. La vie d’un peuple, ce n’est pas dix ans, ce n’est pas vingt ans. Ce n’est même pas cinquante ans. 

Dans moins d’un an très exactement, les togolais seront appelés à élire  leur prochain président, pensez-vous que l’opposition togolaise a enfin une chance de remporter ces énièmes élections ? 

Il faut être aveugle, ou menteur, ou démagogue pour faire croire aux Togolais que l’opposition, dans son état actuel, ou n’importe lequel de nos opposants qui  chacun se déclare le « plus présidentiable » puisse remporter les élections présidentielles de 2015. Le simple bruit ne suffit pas pour renverser l’appareil militaro-politique des Gnassingbé et les réseaux  qui soutiennent celui-ci. Je n’en dis pas plus. 

Qu’est-ce qui selon peut aujourd’hui servir de ciment d’unification à l’opposition togolaise engluée dans de stériles querelles de chapelle ? 

Une seule chose : la conscience qu’il ne s’agit pas de leur personne, limitée dans le temps et l’espace, mais de la Nation togolaise, appelée à la pérennité.  Mais cette conscience-là, je doute fort que nos leaders politiques actuels l’aient ou puissent l’acquérir dans les quelques mois qui nous séparent de l’échéance de 2015. 

Quel rôle devrait jouer la diaspora togolaise dont vous êtes une figure de proue dans la perspective d’une alternance en 2015 ? Ne croyez-vous pas que la diaspora togolaise est un peu désorganisée presque inactive voire inaudible? 

La diaspora est divisée, désorganisée, c’est une ritournelle. Elle est à l’image de cette opposition qui se dit « du terrain ». On pourrait espérer qu’elle joue un rôle déterminant, mais voyez ce qui se passe : les mêmes gens « du terrain » comme ils disent, veulent se servir de la diaspora, soit pour conserver et renforcer le pouvoir (il s’agit, bien sûr du clan Gnassingbé et du RPT-UNIR), soit comme une arrière force pour peser et obtenir les strapontins, les prébendes, ou dans les meilleurs des cas, alimenter leurs fonds de commerce comme je l’ai dit. Une diaspora qui inaugure une nouvelle manière de concevoir la politique dans ses méthodes, ses stratégies et surtout dans ces buts, où se trouve-t-elle ? 

Évoquant le contentieux togolais un eurodéputé dira : « l’opposition togolaise ne sait pas ce qu’elle veut et n’a ni stratégie de communication, ni stratégie de lutte ». Qu’en dites-vous ? 

Je dirai simplement que c’est vrai. Avec cette nuance que le peuple togolais, lui, sait ce qu’il veut. Le drame c’est que certains opposants, pour recruter leurs militants, commencent par dire au peuple, vraiment, ce qu’il veut, ou au moins ce qu’il veut entendre. Nous avons tous entendu un leader d’opposition clamer haut et fort, dans toutes les langues du monde « Faure Gnassingbé doit partir, Faure Gnassingbé must go ! » Ce langage-là correspondait à ce que le peuple veut. De nombreux citoyens et citoyennes l’ont donc suivi. Mais nous savons comment, où, cette belle histoire s’est terminée : par et sur de minables sièges  dans une assemblée  dominée par le RPT-UNIR, qui ne permettront jamais d’atteindre aux aspirations du peuple. Les indemnités parlementaires, ça compte, même si pour les toucher, il faille sacrifier le peuple, piétiner le peuple. Et maintenant, de quoi parle-t-on encore ? D’élections locales et pour beaucoup, ça sonne : « avantages pécuniaires et prestiges sociaux pour conseillers municipaux et maires ». Qui s’occupent vraiment de « ceux qui mangent du piment rouge », comme je l’ai écrit dans une de mes pièces jouées déjà dans les années 87 au Togo. 

L’union sacrée de l’opposition tant réclamée par les partisans de l’opposition apparaît aujourd’hui comme  une quête du Graal, pourquoi selon-vous l’opposition togolaise n’a jamais réussi à présenter un candidat unique aux élections présidentielles ? 

Si, l’opposition a failli réussir à présenter un candidat unique en 1993 par exemple, en la personne de Edem Kodjo, qui s’est  retiré, par la suite, la veille du scrutin, pour une raison, à l’époque, incompréhensible pour le commun des mortels togolais. Je crois avoir compris aujourd’hui les raisons du retrait de Edem Kodjo, en observant la suite du parcours des hommes qui animaient l’opposition ces années-là : Edem Kodjo lui-même, Agboyibo, Gnininvi, Zarifou Ayeva : ayant vite compris qu’ils n’avaient aucune chance, ni la force, ni l’envergure nécessaire pour devenir président, ni surtout l’assentiment des puissances qui de l’extérieur faisaient tout pour maintenir Eyadema au pouvoir, ils avaient préféré suivre bien sagement les conseils de ces puissances qui leur garantissaient des postes de ministres, de premier ministre dans le meilleurs des cas. Et ils ont été premiers ministres ou ministres. En 2005, à la mort d’Eyadema, ces hommes ont, d’une manière que je n’hésite pas à qualifier de cynique, désigné Bob Akitani, en espérant que le vieillard mourrait bientôt et les laisserait s’entredéchirer pour que le meilleur gagne, ou que le clan Gnassingbé fasse encore un coup  d’État. Celui qui dit que ces opposants-là ne savent pas ce qu’ils veulent a raison. Ou plutôt, ils savent ce qu’ils veulent, mais ce n’est pas ce que veut le peuple togolais. 

Croyez-vous  cette fois-ci que le CST et la coalition Arc-en-ciel accorderont enfin leurs violons pour présenter un candidat unique capable d’affronter et de gagner les prochaines élections ?  Ne voyez-vous pas que la tâche devient compliquée voire  impossible avec l’absence de dialogue entre les deux coalitions et récemment, la défection de Monsieur Agbéyomé Kodjo des rangs du CST ? 

La question n’est pas là. J’étais, tout dernièrement, dans une réunion politique de Togolais à Brème et au cours d’une séance, une jeune compatriote, prénommée Akpédjé (Dieu merci de nous l’avoir envoyée pour « prophétiser », sans jouer sur le sens de son nom en ewe) nous a dit que la question n’est pas de savoir qui pourra être président au Togo. Akpédjé m’a impressionné, nous a impressionnés et je ne suis pas prêt d’oublier ce qu’elle a dit. On a eu beaucoup de prophètes au Togo, on en a encore. Mais, les vrais prophètes ne sont pas ceux qui entrent en transe et crient : «  Dieu m’a dit que tel sera président » ou « Je suis le nouveau Josué togolais ! Suivez-moi pour faire les trois derniers tours de Jéricho ». Entre parenthèses, les tours de Jéricho, il faut en faire sept ou rien. Mais, les vrais prophètes sont ceux qui, par intuition, ou par une analyse rationnelle savent ce qui se passe au Togo et le disent sans crainte, sans arrière-pensée. Sur quoi les dirigeants du CST et d’Arc-en-ciel vont-ils se mettre d’accord ? Sur le fait que l’un sera président, un autre premier ministre, un autre président de l’assemblée nationale, un autre encore président de la Cour Constitutionnelle, les autres enfin, ministres, Directeurs Généraux… ? Dans ma pièce On joue la comédie [2][2], le meneur de jeu, Chaka, distribue les rôles aux autres comédiens de la même manière. Or, les accords entre les leaders de l’opposition sont presque toujours fondés sur le même principe. Croyez-vous qu’un accord de ce genre résoudra le problème togolais, même en cas de victoire de l’opposition ? Il ne nous faut pas seulement un autre type d’accord, un autre type d’hommes politiques, mais aussi et surtout une autre vision de la politique. 

Le 03 avril 2012, Mgr Nicodème Barrigah-Bénissan président de la commission vérité, justice et réconciliation rendait son rapport au gouvernement. Depuis bientôt 2 ans, les recommandations émises par cette commission sont restées lettres-mortes, que vous suscite cette indifférence, ce statut quo  du pouvoir en place ? 

J’ai déjà dit et je répète ici, qu’en tant que croyant, je respecte les autorités religieuses. Mais, Mgr Barrigah s’est fait proprement utiliser par le pouvoir clanique qui n’a jamais été et ne sera jamais (je souhaite me tromper) en quête de vérité, qui ne proclame la justice que du bout des lèvres et qui, depuis l’assassinat de Sylvanus Olympio en 1963, veut se donner des apparences de réconciliateur. Et, Mgr Barrigah qui est un homme très intelligent, avant d’accepter sa mission a dû penser à tout cela. Ce qui manque à Mgr Barrigah et qui fait la différence entre lui et un certain nombre de Togolais dont je suis, c’est la force de dire NON. Or cette force-là, certains hommes de Dieu l’ont eue. D’abord Jésus, devant les marchands et les escrocs au temple [3][3] l’a eue. C’est ce qu’on a appelé la sainte colère de Jésus. Lorsque les valeurs morales qui fondent une nation et les valeurs de la République sont  bafouées par des pratiques devenues moyens de conquérir et de conserver le pouvoir et d’accroître les richesses des tenants de ce pouvoir, l’homme de Dieu doit-il se compromettre avec eux? Plus proche de nous dans le temps, un homme d’église comme Martin Luther King a su dire non. Voilà ce que Mgr Barrigah pourrait faire pour que le peuple togolais lui soit un jour reconnaissant. Ce n’est pas en se compromettant encore une fois, en s’affichant aux côtés d’un ambassadeur pour pousser l’opposition à des élections législatives que son intelligence et son expérience lui permettent de savoir gagnées d’avance par le clan Gnassingbé, vu les circonstances dans lesquelles ces élections sont organisées. J’attends la sainte colère de Mgr Barrigah pour lui rendre le respect dû à un homme de Dieu. 

Les incendies des marchés de Lomé et de Kara ont vu plusieurs membres de l’opposition jetés en prison sans procès, plus d’un an après ces deux  drames, les résultats des enquêtes se font toujours attendre au grand dam des commerçantes aujourd’hui, dépourvues de tout et abandonnées. Quel sentiment éprouvez-vous vis-à-vis cette situation ?                                                                                                                                            J’ai parlé des coups montés comme faisant partie des moyens et méthodes habituels du pouvoir. Que l’on nous apporte les preuves que les présumés actuels soient les vrais auteurs de ces incendies. 

Si on vous demandait de choisir entre la politique du père : feu Gnassingbé Eyadema et la politique du fils : Faure Gnassingbé, lequel choisirez-vous ? 

Je n’ai pas à choisir entre un pouvoir politique instauré par un coup d’État et un autre qui lui est semblable, également instauré par un coup d’État. Les circonstances dans lesquelles le second est apparu sont peut-être aggravantes dans la mesure où il hérite tout du premier et risque de nous installer dans un régime dynastique alors que le Togo est censé être une République.

Quel bilan faites-vous de la gestion du pays par le président actuel, presque 10 ans qu’il est aux affaires ?  On dit que Monsieur Faure Gnassingbé a entrepris une  politique des grands travaux avec la construction de différentes infrastructures à l’instar des ponts, des routes etc.… Êtes-vous satisfait de ces réalisations ? 

J’ai écrit un article intitulé « Lui (Faure Gnassingbé), c’est encore lui (Gnassingbé Eyadema), toujours lui », c’est-à-dire  Gnassingbé tout court. Je vous y renvoie pour ne pas me répéter ici. La notion de « politique des grands travaux », est-ce la première fois que nous l’entendons ? Cette notion journalistique, n’existait-elle pas déjà dans les années 70 alors que Faure Gnassingbé n’était qu’enfant ? Lui, c’est encore lui, toujours lui, ce titre résume tout. 

On dit aussi que sous Faure, la parole s’est un peu libérée, la liberté d’expression a fait un peu du  chemin, qu’en dites-vous ? 

Je ne nierai pas cette évidence. Mais, à qui devons-nous cette libération de l’expression ? Aux luttes du peuple togolais, comme à  celles des autres peuples africains et à un environnement politique international dans lequel les méthodes des anciennes dictatures, africaines, entre autres, ne peuvent plus être les mêmes. Ceci dit, il faut être vigilant et savoir que le pouvoir a d’autres moyens pour acheter, brouiller, étouffer et même fermer les organes de communication qui diffusent des opinions qui le gênent.  

Au-delà de votre engagement en faveur de la démocratie dans votre pays le Togo, le nom Agbota Zinsou s’est inscrit ad vitam aeternam  dans les annales de la littérature africaine et francophone, vous êtes comme je l’ai souligné plus tôt un grand homme de lettres, vous aviez écrit  des pièces de théâtre dont « la Tortue qui chante » « on joue la comédie » pièce qui a d’ailleurs reçu le premier prix du concours théâtral interafricain de Lagos en 1972. À part la sortie de votre livre médicament en 2003, vous n’aviez plus publié de livre jusqu’à ce jour, aviez-vous mis en veilleuse l’écriture où il y a encore d’autres projets littéraires à venir ? 

Je parle à nos compatriotes, je parle aux Africains, je parle aux hommes. J’essaye de le faire au moyen de mes écrits. L’essentiel n’est pas dans le nombre de livres publiés, encore moins dans le nombre de prix obtenus. L’essentiel est d’être utile. J’essaye de l’être, donc d’écrire toujours. J’ai beaucoup de pièces non publiées qui ont été jouées et continuent d’être jouées. J’ai des romans, à part ceux qui sont édités, Le Médicament et Yévi et l’Éléphant chanteur. Mes derniers romans sont encore au stade de manuscrits. Est-ce que tout cela sera publié un jour ? Je l’espère. Mais, en attendant, je n’ai pas cessé d’écrire. 

Que pensez-vous  de la littérature togolaise aujourd’hui et quel rôle devrait jouer les jeunes auteurs togolais selon vous dans la lutte pour l’avènement d’un véritable  État de droit au Togo ? On a plutôt l’impression que les auteurs, les artistes à quelques exceptions près semblent  plutôt étranger à ce qui se passe dans leurs pays, qu’en dites-vous ? 

D’abord, il faut savoir lire les auteurs. Un de nos problèmes est que nous ne savons pas lire. Lire entre les lignes. Nous semblons perdre le sens de la métaphore, d’un certain humour hérités de nos traditions. Par exemple, il y a proverbe ewe-mina qui dit : «Ne wo be wo nyõa, z?e, ne wo be wo nyrã tchã, z?e » (si on dit que tu es beau, c’est une insulte, si on dit aussi que tu es laid, c’est une insulte). Combien de nos compatriotes font preuve aujourd’hui de cette finesse d’esprit de nos ancêtres pour discerner, lire dans quel contexte la beauté est laideur et la laideur beauté ? Moi, j’aime beaucoup les proverbes, parce qu’ils contiennent la clé même de la lecture de nos écrits. Ce que nous écrivons aujourd’hui est forcément empreint, sciemment ou inconsciemment, du méta-texte de nos cultures.  C’est en ce sens qu’il faut lire. Et en ce sens-là, je ne crois pas que les vrais écrivains togolais, vrais écrivains, dis-je, soient étrangers à la situation de leur pays, au drame de leur pays. Maintenant, il peut y avoir des divergences, des différences sur les moyens d’expression choisis, les styles… 

Cela fait une vingtaine d’années que vous vivez loin de votre pays le Togo, qu’est-ce ça  fait d’être séparé durant 2 décennies loin de sa patrie ? On dit souvent que lorsqu’on vit à l’étranger, plus le temps passe, plus on se sent moins concerné par ce qui se passe dans  son  pays mais, il semble que chez-vous, c’est tout à fait le contraire, qu’est-ce qui vous pousse à  garder ce lien permanent et si affectueux avec le Togo ? 

 Le Togo, j’en rêve presque chaque nuit, je m’y retrouve presque chaque nuit en rêve, le plus souvent dans des situations plutôt pénibles á vivre. Et chaque matin, quand je me lève, je cherche á savoir ce qui s’y passe, je me préoccupe de ce qui s’y passe, je réfléchis sur ce qui s’y passe. Cela explique pourquoi j’écris continuellement des articles. Le temps ? Pour moi, plus le temps passe, plus j’ai peur de ne pas voir se réaliser le Togo idéal. Plus le temps passe, plus j’ai peur de mourir à l’étranger, sans voir le Togo pour lequel nous luttons tous. L’exil est un déchirement. On ne peut pas vivre le déchirement et se dire heureux. J’ai au Togo des âmes chères, celles des morts et celles des vivants. Qui peut emporter avec soi les âmes chères ? Et j’ai des enfants, des petits-enfants en Europe, au sujet desquels je me pose des questions : vont-ils rentrer au Togo ? Vont-ils pouvoir y vivre ? J’avoue que je ne suis pas toujours calme quand j’évoque ces questions. 

Essayez de vous projetez dans le futur, comment imaginez-vous le Togo en 2030 ?  Aviez-vous un message à l’endroit de tous vos lecteurs qui vous suivent sur différents portails d’information où vous publiez vos humeurs, vos réflexions et analyses au quotidien ?  

En 2030, je ne serai peut-être plus de ce monde. Mais, j’espère qu’avant  2030, des hommes et des femmes animés de la sainte colère vont chasser du temple des valeurs, les escrocs, les truands, les usurpateurs, les assassins impénitents. Je n’en dis pas plus. 

Aviez-vous un message à tous ces milliers d’hommes, de femmes du Togo qui battent le pavé chaque semaine pour le changement ?  

Que chacun s’interroge sincèrement et de manière lucide, aussi bien les organisateurs et meneurs de ces marches que ceux qui y participent : ce sont des marches qui nous mènent où ? Qui ont produit et peuvent produire quel résultat ? Je comprendrais ceux qui sont naïfs et ceux qui ne voient pas d’autres moyens de manifester leur existence. Mais, je condamne ceux qui en profitent de quelque manière que ce soit.

Propos recueillis par Aristide Viala

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27 janvier 2016

Tunisie, Egypte : Des leçons pour la lutte démocratique du peuple togolais.(Deuxième partie)

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Les  mouvements  de lutte populaire  qui se sont  déroulés vingt  ans  auparavant en Afrique subsaharienne, et notamment dans notre pays,  n’ont pas abouti au même résultat  qu’en Tunisie et en Egypte. Si  et si nos dictateurs sont toujours  là, c’est que  ces mouvements  ont suivi une voie  différente. Chez nous par exemple  le mouvement insurrectionnel  qui s’était levé à partir du 5 octobre 1990 ne laissait planer aucun  doute sur  la revendication populaire.  Ce que voulait le peuple, ce que disait leur cri de ralliement, c’était «Eyadema démission !», un mot d’ordre qui n’est pas sans rappeler  le fameux   «Dégage», des peuples tunisien et égyptien. Mais alors que la lutte  se développait, acculant de plus en plus la dictature dont les jours semblaient comptés, on a vu apparaître et s’agiter au-devant  de la scène politique des   «savants et experts en démocratie»,  des «leaders» se disant de l’opposition qui ont commencé à tenir  un autre discours. Ils ont  prétendu  que la démocratie   pouvait  résulter de leurs négociations avec l’autocrate,  et que  la lutte populaire n’était plus nécessaire.

Ainsi, il a suffi  qu’Eyadema ouvre la bouche, le 30 octobre 1990 et parle de «réformes constitutionnelles», pour que ces leaders de l’opposition dite démocratique proclament que «nous sommes sur la bonne voie» et appellent  à la fin du combat populaire. Ils ont répété  la  même manœuvre en mars 1991,  au moment où,  à la veille d’une grève générale  illimitée, on  a annoncé l’imminence d’une rencontre gouvernement-opposition. Au Togo,  ces leaders ont fini par imposer leur point de vue et ont réussi à  empêcher le soulèvement populaire d’aller jusqu’au bout. On nous objectera qu’on a tout de même mené  une grève générale illimitée, et que celle-ci a lamentablement échouée. Nous ferons remarquer que cette grève, mal engagée et mal conduite par ailleurs, avait été déclenchée  dans le but non pas de faire déguerpir Eyadema, mais  seulement d’engager une énième  négociation avec lui. L’autocrate n’avait qu’à laisser pourrir le mouvement, et c’est ce qu’il a fait. Que n’avons-nous pas vu  au Togo  en matière de dialogue et de conciliation : conférence nationale souveraine, négociations de  Colmar, de  Ouaga, Accords  cadre de Lomé, les 22 engagements, accord politique global….Tout y est passé,  avec dans l’intervalle, des massacres, des coups tordus, et encore des massacres ! Mais le seul résultat a été  de  légitimer et de consolider une dictature de type monarchique,  où le fils  a succédé au père !

Justement,  les élections législatives  qui  ont eu lieu en Tunisie  le 23 octobre 2011 nous  confirment  de manière flagrante  la seule voie juste pour la conquête  de la démocratie c’est celle de la lutte populaire.  En effet, les témoignages tant intérieurs qu’extérieurs s’accordent pour reconnaître que ces élections tunisiennes étaient justes,  libres et transparentes,  en dépit de quelques incidents mineurs  dont tous ont reconnu le caractère  marginal.

En effet,  Contrairement à  ce qui  se passe   habituellement  chez nous,  on a su éviter  les  querelles et  les  contestations  à propos des cartes et des listes électorales ; de même, personne n’a eu à se plaindre de fraudes massives, de bourrage d’urnes,  de tripatouillages; les résultats ont été proclamés dans un délai relativement  court, et n’ont pas donné lieu aux contestations et aux affrontements postélectoraux  que l’on observe généralement  dans notre pays. Même si certains ont déploré le succès d’ENNAHDHA, le parti islamiste,  il n’a jamais été question de mettre en cause l’honnêteté du scrutin. Et tous ont reconnu le sérieux de l’ISIE (Instance supérieure indépendante pour les élections, l’équivalent de  la  CENI de chez nous). Nous remarquerons par ailleurs, que les Tunisiens n’ont jamais senti  le besoin  de recourir  à des organismes   de la «communauté internationale» pour superviser, voire contrôler  leur processus  électoral. Certes, des observateurs étrangers étaient présents, mais ils n’ont fait qu’observer et témoigner, et rien d’autre.

Mais pourquoi donc cette différence avec ce qui se passe chez nous où les élections ne sont que des mascarades ?

Cette différence tient dans l’orientation de la lutte du peuple tunisien. Le peuple tunisien, en effet, a visé juste dans le choix de ses priorités et de ses objectifs. Sans se laisser distraire  par des semeurs d’illusions et autres partisans de la conciliation et du dialogue, il s’est d’abord occupé d’abattre l’obstacle immédiat  qui barrait la route à sa volonté émancipatrice: le tyran Ben Ali et son système autocratique. L’éviction de ce dernier  et  de sa clique, leur traduction devant la justice, l’interdiction du RCD (Rassemblement constitutionnel démocratique, l’équivalent du RPT de chez nous), la dissolution de la Sûreté d’Etat, de la police politique, ont sans aucun doute supprimé la principale cause des pratiques d’intimidation, de répression antipopulaire, de fraudes et de corruption. De ce fait, il s’est instauré dans ce pays un climat nouveau, où la peur et la méfiance ont fait place à l’enthousiasme, à la mobilisation vigilante. Dans ce nouveau  climat de liberté conquise, la mobilisation et la vigilance populaire  ont suffi pour assurer la transparence et l’honnêteté du scrutin. Ainsi, le peuple tunisien nous a apporté la preuve et la confirmation qu’un peuple, dès lors qu’il a conquis sa liberté, est à même d’assurer par sa mobilisation et son organisation,  des élections transparentes , justes et crédibles. L’exemple tunisien montre bien que l’argument qui veut nous faire croire que c’est une question d’expérience  qui demande du temps, est un argument trompeur qui ne sert que d'alibi. .

chute benali hicAjoutons sur un autre registre que la chute de Ben Ali et de sa clique  a permis  de se saisir des biens  et des  immenses fortunes  qu’ils ont frauduleusement accumulés en Tunisie même, et d’entreprendre des démarches en vue de récupérer ceux qui se trouvent  à l’étranger. C’est ainsi qu’une soixantaine de  commissions rogatoires internationales ont été lancées  par le gouvernement de transition, qui ont abouti au blocage de certain, et que  des sommes ont déjà été récupérées. Tout cela n’aurait  pas été possible si le peuple n’avait pas «dégagé» l’autocrate.  On voit en comparaison ce qui se passe chez  nous à la  «conférence nationale souveraine» de juillet 1991  on  a entendu de grandes révélations sur les détournements et les pillages opérés par Eyadéma et sa clique; une commission  des biens mal acquis avait même été  mise sur pied. Mais Eyadéma  a gardé sa fortune et ses descendants l’ont  hérité en toute tranquillité. Faure s’en servira certainement pour acheter des votes  comme en son habitude, lors de la prochaine élection.

Contrairement au peuple togolais, les peuples tunisien  et égyptien ont mené résolument  leur lutte sans se laisser divertir par les sirènes de la démocratie  par le dialogue et la conciliation avec l’autocratie. Cette résolution dont ils ont su faire  preuve  s’explique sans doute par leur  propre expérience de lutte; mais c’est aussi le résultat du travail d’explication et de mobilisation entrepris en leur sein par de véritables partis et organisations démocratiques.

C’est le lieu de souligner ici l’importance de la propagande dans la lutte pour la démocratie. En effet, les observateurs n’ont pas manqué de relever le rôle joué par  les moyens électroniques (Courriel, Twitter, Facebook.) dans la  mobilisation populaire. Cela est incontestable.  Mais nous ne devons pas oublier  qu’il ne s’agit que de simples supports techniques, et  que l’essentiel est le contenu qu’on y met.  Il est indéniable en effet  que ces moyens ont permis de  développer au sein du peuple les idées démocratiques, l’esprit de résistance et de lutte sans concession, et que cela a permis d’écarter toute idée de conciliation avec les autocrates. Bref, l’exemple tunisien et égyptien montre  que  «la démocratie par le clavier» a aussi  son importance, et  qu’à  vouloir négliger cette forme de lutte, on risque seulement de laisser le terrain aux faux démocrates et aux démagogues.

Certes la démocratie est loin d’être acquise de manière complète et définitive en Tunisie et  en Egypte aujourd’hui.  Elle peut encore connaître des  avancées ou des reculs. Il appartient aux démocrates de ces pays, de continuer et d’amplifier  leur travail de mobilisation et d’organisation, afin que les peuples poursuivent leur lutte dans le sens de leurs intérêts  et de leurs  aspirations véritables.

 

Bruxelles, le 24 janvier 2016

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

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tunisie-2011Il y a cinq ans jour pour jour, un  vent formidable soufflait en Afrique du Nord et au Moyen-Orient. Partout les peuples, victimes d’une oppression sans borne, acculés à la misère pendant des décennies, ont brandi étendard de la révolte. Faisant preuve d’un courage inouï, ils ont osé affronter les dictatures autocratiques, sanguinaires et corrompues pour conquérir la liberté politique, la dignité et la justice  sociale. Déjà la bourrasque populaire a emporté Ben Ali et Hosni Moubarak, autocrates tunisien  et égyptien. Ces dictateurs autocrates et  prédateurs, qui s’étaient incrustés au pouvoir à l’abri d’un appareil répressif puissant et pléthorique. Ils bénéficiaient du soutien matériel  et politique des puissances impérialistes. Ils passaient pour inébranlables mais ils n’ont pas résisté  devant la  tourmente populaire. Aujourd’hui,  Ben Ali  est en fuite, réfugié en Arabie Saoudite, et Hosni Moubarak est prisonnier en Egypte. Tous deux sont l’objet de procès et doivent rendre compte devant la justice de leur pays.

L’exemple tunisien et égyptien a sans aucun doute galvanisé les autres peuples, en particulier les peuples   arabes. Ils osent engager eux aussi la lutte  pour la satisfaction de leurs  aspirations légitimes. Pour l’instant, il n’est pas possible d'augurer une issue de ces luttes que nous saluons par ailleurs. Mais d’ores et déjà nous pouvons en tirer des  enseignements  forts  utiles. En effet, en Afrique subsaharienne et en particulier au Togo, les peuples et les démocrates ont  suivi avec admiration la grandiose victoire  des  peuples  tunisien et égyptien. Ils ont salué avec  enthousiasme la chute des tyrans Ben Ali et Hosni Moubarak, mais ils n’en sont pas restés  là. Ces victoires ont également suscité des interrogations,  et la plus courante de ces interrogations  c’est de savoir  si  de  tels  événements  sont  également  possibles  chez-nous  en d’autres termes, si nous  pourrons   nous aussi  en finir  avec nos dictatures. 

Nous pensons pour notre part, qu’il serait   plus pertinent  de nous  demander pourquoi  nos propres luttes n’ont pas  abouti à l'évition de nos autocrates Et pourquoi ceux-ci sont toujours en place ? Car on a tendance  à oublier que dans les années 1990, de nombreux pays en Afrique subsaharienne ont connu des soulèvements populaires. Ils n’ont rien à envier en ampleur et en intensité, à ceux auxquels nous venons d’assister en Tunisie et en Egypte.  C’est le cas de notre pays, avec le  mouvement insurrectionnel populaire commencé le 5 octobre 1990 à Lomé, et qui a fini par embraser le territoire national tout entier.

tunisie-ben-ali-revolutionQui  ne se souvient  en effet,  de  ces commissariats  désertés ou en flammes,  des statues déboulonnées, de ces  préfets en fuite, désertant leur poste  devant la déferlant populaire ?  C’était simplement incroyable ! Or, malgré  tout cela, malgré les lourds  sacrifices consentis par  notre peuple, Eyadéma a réussi  à  demeurer  au pouvoir  jusqu’à sa mort, et son fils Faure Gnassinbgé s’est même  permis d’y accéder à son tour. Comment expliquer un tel résultat ? Prétendre que c’est parce que Ben Ali et Hosni Moubarak auraient été  des dictateurs  moins redoutables  qu’Eyadma, ce serait  nier la réalité et faire injure aux peuples tunisien et égyptien. La  véritable explication tient dans l’orientation des luttes.  Les peuples tunisiens et égyptiens  en effet, ont suivi dans leur lutte la seule voix juste,  parce que éprouvée  par l’expérience de lutte des peuples et du mouvement démocratique mondial  alors  que c’est le  contraire qui s’est passé chez nous. En effet, Les peuples  tunisien   et égyptien étaient animés par la certitude qu’aucun changement n’est possible sans l’éviction  préalable de leurs autocrates et sans  le démantèlement  de leurs  systèmes autocratiques. C’est cette certitude qui les  avait amené  à adopter  comme revendication un mot  d’ordre  tout simple mais fort significatif: «Dégage !».

 
Ils s’en sont tenus jusqu’au bout  à ce mot d’ordre, même quand  les dictateurs,  après avoir vainement tenté de les intimider  par  des menaces et par la répression, ont cherché à les amadouer en multipliant  des promesses d’ouverture et de réforme  (promesse de libéralisation de la presse,  de  non renouvellement du mandat présidentiel..). Tout simplement parce  que  les peuples tunisien et égyptien n’ont  jamais cru à un quelconque changement par la  conciliation et la négociation avec le système dictatorial.  Pour  cette raison, il n’a jamais été question de dialogue avec les autocrates ; il n’a jamais  été question de «conférence nationale souveraine»,  de table ronde, de facilitateurs! Etc.

 

Par ailleurs, les peuples  tunisien et  égyptien  se sont convaincus  que  c’est de leur propre  lutte que peut venir la démocratie et  leur salut. Ils ont conscience qu’ils n’ont rien à attendre  d’une  bienveillante  intervention de puissances étrangères. C’est  donc en leur propre  sein, qu’ils  ont recherché et  trouvé  le ressort et  les moyens nécessaires  pour précipiter  la chute de leurs  tyrans. Il ne fait aucun doute que  c’est  après avoir chassé  Ben Ali et Hosni Moubarak du pouvoir  qu’ils ont pu les  traduire en justice pour être condamnés  pour leur   politique de répression, anti-populaire et  leurs pratiques de pillage et de détournement  des  biens du pays. Tout cela n’aurait  jamais  été  possible si ces dictateurs étaient restés en place.

Bruxelles, le 11 janvier 2016

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

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23 janvier 2016

Parti communiste du Bénin : au-delà de Yayi, «il faut changer le système»

Publié le 15 janvier 2015 

Parti communiste du Bénin : au-delà de Yayi, «il faut changer le système»

Après la commémoration du 37ème anniversaire de sa création mercredi 31 décembre, le Parti communiste du Bénin (Pcb), un des plus vieux partis politique au Bénin, a tenu vendredi, un point de presse animé par Jean Kokou Zounon, porte-parole du parti, pour préciser le défi à relever par les Béninois qui seront appelés aux urnes cette année pour les élections locales, communales et législatives avant la présidentielle très attendue en 2016.

«Il ne suffit pas de faire partir Yayi Boni, il faut changer le système» a lancé Jean Kokou Zounon, porte-parole du parti, avant de préciser, «Yayi Boni va partir. Le débat sur ce point est clos. Mais Yayi Boni n’est qu’un élément d’un système où l’on tue sans rendre compte au peuple ; où l’on vole soit à la cuillère, soit à la louche ou à la pelle mécanique et ceci impunément». En remplacement à ce système, le Pcb invite les Béninois à choisir un système qui répond à leurs aspirations. «Les vœux du Parti communiste du Bénin aux travailleurs et à tout le peuple, c’est de parvenir à changer de système et d’instaurer effectivement dans notre pays un gouvernement du peuple, par le peuple et pour le peuple» a indiqué M. Zounon.

Créé depuis décembre 1977 sur initiative de Pascal Fantodji, le Pcb se présente comme cette formation politique idéale pour bien conduire les affaires du pays. Le Pcb soutient son porte-parole, est «un parti pour les ouvriers et autres travailleurs, les paysans, les jeunes, les intellectuels révolutionnaires. Un parti pour les opprimés et exploités et les patriotes à l’opposé des partis des oppresseurs et des alliés aux puissances étrangères».

Parti communiste du Dahomey (Pcd) à sa création, le Pcb a la réputation d’être le parti qui a toujours lutté pour le respect des libertés démocratiques au Bénin. Avant l’avènement de la démocratie, plusieurs de ses cadres ont été victimes du régime dictatorial et sanguinaire du Parti de la révolution populaire du Bénin (Prpb) de Mathieu Kérékou de 1972 à 1989. Dès le départ a rappelé, Jean Kokou Zounon, «le parti a défini sa ligne ainsi que les étapes pour l’émancipation totale des peuples du Bénin». Et si le parti a décidé de se dénommer communiste explique-t-il, c’est «parce que le communisme est tout simplement les prémisses, les conditions réelles qui abolissent l’état actuel d’exploitation, de misère, d’aliénation des masses».

source:http://www.lanouvelletribune.info/index.php/actualite/une/22368-pcb-au-dela-de-yayi-il-faut-changer-le-systeme#!/ccomment-comment=169824

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Burkina-Faso :

Communiqué sur les attaques terroristes en cours dans notre pays

attentat-Faso

Depuis hier 15 janvier 2016, notre pays fait face à des attaques terroristes meurtrières. La première, survenue dans la mi-journée à Tin-Akoff a pris pour cible un convoi de gendarmerie faisant deux (2) morts selon un communiqué des forces armées nationales. La seconde, intervenue aux environs de 19h, est une série d’attaques ayant pris pour cible l’hôtel Splendide et le restaurant Capuccino. Très tôt ce matin, alors que l’on pensait ces agressions terminées, l’on apprend que d’autres attaques ont cours dans un second hôtel de la ville de Ouagadougou. Le bilan provisoire de ces attaques est évalué à, au moins, une vingtaine de morts et de nombreux blessés.

Ces attaques qui, selon certains médias seraient revendiquées par la branche Almoura Bitine de AQMI, constituent la plus grave des agressions terroristes que notre pays ait jamais subies. Elles surviennent dans un contexte marqué, au plan sous régional, par le développement d’actes terroristes dans la zone ouest-africaine. Au plan national, ces agressions font suite à une succession d’évènements dont les attaques terroristes de Tambao, de Oursi et de Samorogouan en 2015 et le coup d’Etat défensif de type fasciste perpétré par le Gl Gilbert Diendéré en septembre 2015. Dans le cadre des procédures judiciaires engagées contre les auteurs de ce coup d’Etat, l’on apprend qu’un mandat d’arrêt international a été émis par la justice burkinabè contre Guillaume SORO, président de l’Assemblée nationale ivoirienne suspecté de connivence avec les forces terroristes.

Pour la Coordination des CCVC de la Ville de Ouagadougou, ces attaques procèdent d’un plan de déstabilisation de notre pays en vue :

de faire regretter le départ de Blaise Compaoré chassé par l’insurrection populaire d’octobre 2014 et présenté comme l’homme indispensable pour contrer les invasions djihadistes dans notre pays ;

de légitimer et renforcer la présence des forces étrangères notamment américaines et françaises sur notre sol sous le prétexte de lutter contre le terrorisme ici alors même qu’elles n’ont pas encore vaincu le terrorisme qui sévit mortellement dans leur pays natal ;

d’étouffer la lutte de notre peuple pour son indépendance véritable, et anéantir les acquis précieux de l’insurrection populaire d’octobre 2014 et de la résistance au putsch de septembre 2015.

En cette période cruciale pour notre Peuple, la Coordination des CCVC de la Ville de Ouagadougou :

présente ses condoléances aux familles endeuillées et souhaite un prompt rétablissement aux blessés ;

condamne fermement ces agressions terroristes qui bouleversent toute la vie au plan social, économique et politique ;

dénonce et exige le départ des forces étrangères notamment américaines et françaises présentes sur notre sol, source d’insécurité et d’agression contre notre Peuple ;

soutient et encourage les éléments des FDS mobilisées pour faire face à cette barbarie ;

appelle les populations de la ville de Ouagadougou à rester mobilisées et vigilantes et à continuer à s’organiser en Comités de veille et de défense des acquis de l’insurrection populaire d’octobre 2014 et de la résistance au putsch de septembre 2015.

Fait à Ouagadougou le 16 janvier 2016

Coordination des CCVC de la Ville de Ouagadougou
CCVC/Baskuy – CCVC/Bogodogo – CCVC/Boulmiougou 
CCVC/Nongr-Massom - CCVC/Sigh-Noghin

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Hommage à Laurent Désiré Kabila, continuateur des nobles combats de Patrice Lumumba

Lumumba-Kabila

Le document que nous publions ci-dessous sur la vie et l’œuvre d’un des plus grands patriotes et anti-impérialistes congolais a été publié, il y a quelques années, dans le journal L’EXILÉ. A l’occasion de la commération de l’assassinat des deux grands dirigeants congolais en ce mois de janvier, nous reproduisons ce document -qui par son analyse garde toute sa fraicheur- afin de rendre un vibrant hommage à tous ceux ou celles qui ont farouchement dénoncé, combattu la dictature et l’impérialisme en République Démocratique du Congo.

 Le 16 janvier 2001 a été marqué par un événement tragique pour l’Afrique: l’assassinat, de Laurent-Désiré Kabila, Président de la République Démocratique du Congo. C’était un coup terrible qui a frappé en plein cœur tous les patriotes, qui considèrent -à juste titre- sa disparition comme une grande perte pour les peuples congolais et africains. Il a été tué 30 ans presque jour pour jour après l’assassinat du patriote Patrice Lumumba dont il s’est toujours réclamé, tant dans ses déclarations que dans son action. Un symbole ! On raconte encore des tas de bêtises et de mensonges sur Laurent-Désiré Kabila, mais cela ne nous surprend pas. Ce que nous savons et qui s’avère indéniable, c’est qu’il a fait très tôt preuve de patriotisme, en se jetant dans la lutte anticolonialiste dont Patrice Lumumba était alors la figure emblématique. Nous savons comment ce dernier fut diabolisé, traité de tous les noms (dictateur, communiste etc.), puis finalement tué. Après cet assassinat et l’écrasement des mouvements de guérillas de Soumialot et de Pierre Mulele par les troupes de Mobutu, avec le soutien officiel et officieux des mercenaires des pays impérialistes, Kabila n’a jamais abandonné le combat. Ce qui est remarquable et constitue un exemple et une leçon pour tous les patriotes et les démocrates, c’est que Laurent-Désiré Kabila a toujours rejeté toute idée de compromis avec le régime de Mobutu.

Il n’a jamais laissé croire qu’un changement démocratique résulterait d’une entente avec ce dernier. Pour lui, il n’était rien d’autre qu’un tyran «qui a vendu le Congo», un personnage dont le départ devenait un préalable indispensable. Ce n’est certainement pas chez lui que l’on trouverait les termes de «mouvance présidentielle», de «sensibilité présidentielle».Aussi est-il de ceux qui se sont démarqués des «conférences nationales», et ont dénoncé celles-ci comme une nouvelle tactique de l’impérialisme pour sauvegarder les régimes néocoloniaux contre toute contestation populaire, afin de prolonger le mobutisme au Congo. C’est cette ligne politique démocratique et anti-impérialiste qui l’a conduit à la tête de l’AFDL. Cette plate-forme a négocié une l’alliance aux objectifs différents avec le Rwanda et l’Ouganda dont les actions militaires finirent par emporter Mobutu et son régime. Sa conduite et son attitude pendant toutes les opérations militaire est un exemple. Toutes les pressions pour le contraindre à négocier une trêve, puis un compromis avec l’autocrate Mobutu, furent vaines. «La seule négociation, c’est le départ de Mobutu», répétait-il. Même le négociateur Nelson Mandéla s’y est cassé les dents ! Bref, il était clair dès le départ, que Laurent Kabila était d’une autre trempe que ces pantins que l’Occident impérialiste a l’habitude de placer à la tête de nos pays pour y assurer un ordre conforme à ses intérêts.

Laurent Désiré Kabila face aux manœuvres impérialistes.

Alors les impérialistes ont commencé à lui créer toutes sortes de misères. On a cherché à le ridiculiser, puis à le discréditer, à le diabolise et à l’isoler. Rappelez-vous comment a-t-on voulu le traiter de matamore et de farfelu, lorsqu’il affirmait que son objectif était Kinshasa et qu’il y arriverait dans les 6 mois. Quand il prit le titre de Président de la République, on a fait fi des conditions historiques particulières que traversait le pays pour le traiter de «président autoproclamé», afin de semer des doutes sur sa légitimité. Après la victoire, on a vu ceux-là mêmes qui, quelques semaines auparavant, jugeaient Mobutu «incontournable», et n’étaient nullement choqués de voir ce dernier user de tous les moyens pour éviter toute élection durant 7 ans, se mettre tout à coup à exiger des élections dans les 3 mois ! En effet, ils n’ont pas tardé à traiter Laurent Kabila de dictateur au même titre sinon pire que Mobutu ! Ce genre d’accusations n’était pas un hasard. Le régime Mobutu avait disloqué, désagrégé, ruiné, pourri le pays à un tel point qu’un travail minimum de réorganisation, de remise en ordre aussi bien matériel que moral était nécessaire, si l’on voulait que la victoire militaire se traduise en acquis démocratiques. Et l’occident impérialiste, qui entretient dans le pays, outre les mobutistes, des milliers d’agents parés du titre d’«opposants», savait ce qu’il faisait, en exigeant des élections rapides dans de telles conditions. Comme quoi, on peut bien se servir d’un principe de la démocratie, les élections, pour combattre la démocratie. Mais dans ce cas également, Laurent Désiré Kabila ne céda pas.

 Du côté des alliés du moment, rwandais et ougandais, on s’est vite rendu compte que Kabila n’était pas manipulable, qu’il n’était pas du tout disposé à jouer les hommes de paille. Alors on tenta une première fois de l’assassiner, mais ce fut un échec. La suite, ce fut alors la rébellion. Une rébellion qui n’est qu’un paravent pour couvrir une véritable agression extérieure: celle du Rwanda et de l’Ouganda, sans oublier le Burundi. A cette occasion, on peut remarquer une fois de plus et dans toute sa splendeur, l’hypocrisie de cette fameuse «communauté internationale». En effet, Quand l’Irak a envahi le Koweït, on a immédiatement mis ce pays sous embargo et une coalition militaire gigantesque s’est formée sous la direction des Etats-Unis pour l’attaquer de toutes parts. Mais quand le Rwanda et l’Ouganda, occupent ouvertement une partie du Congo et y pillent sans vergogne les richesses, qu’a donc fait cette «communauté internationale» ? Ce sont les agresseurs qui continuent à recevoir aides et subventions des fameux «bailleurs de fonds», tandis que Laurent Kabila est traité d’autoritaire, de ne pas accepter le dialogue !

Le facteur décisif était le facteur interne.

 kabila

Mais loin de céder, il avait décidé de faire face. Sans doute a-t il bénéficié du soutien de l’Angola, de la Namibie et du Zimbabwe. Il savait que le facteur décisif était le facteur interne, c’est-à-dire la prise de conscience patriotique, la mobilisation et l’organisation des masses.  Malgré tous les obstacles tant internes qu’externes, Kabila s’était attelé à cette noble tâche. Ainsi, on a vu des jeunes commencés à s’enrôler en masse dans l’armée. Celle-ci ne s’est pas effondrée, comme certains s’y attendaient. Bref, la situation était certes difficile, mais il devenait de plus en plus évident que le temps travaillait en faveur de Laurent-Désiré Kabila et du peuple congolais. Alors à qui profite le crime ? Il ne fait aucun doute que son assassinat arrange les ennemis du peuple congolais, notamment l’Occident impérialiste. Ce dernier dissimule à peine son soulagement. Il suffit pour s’en convaincre, de parcourir la presse de l’époque: de nombreux journaux ne parlent que «d’autoritarisme» et laissent entendre que sa mort lève un obstacle à la paix.

 La grande leçon, c’est qu’il lui a manqué l’organisation capable de traduire, de matérialiser ses idées. Ce problème aurait donc dû être résolu avant même la prise du pouvoir, mais ce n’était manifestement pas le cas. Dans ces conditions, qu’il ait même réussi à tenir aussi longtemps, c’est déjà  là une preuve de sa capacité. Mais nous devons retenir la leçon et nous dire que notre tâche prioritaire, c’est dès maintenant d’apprendre, d’étudier, nous organiser, nous donner une formation technique et politique, si nous voulons réellement participer à l’édification d’un Togo réellement démocratique.

Bruxelles, le 17  janvier 2016

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

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2016 : Une nouvelle année de combat contre la tyrannie du clan Gnassingbé et les fausses solutions des faux démocrates

Faure G France

 

L'année 2015 qui s'achève aura été riche en enseignements  pour les peuples opprimés de notre sous-région et sur l'ensemble du continent africain. Elle s'achève avec beaucoup d'enthousiasme, d'exaltation et laissera derrière elle mille et un enseignements pour les patriotes et démocrates sur le continent, au Togo en particulier. Partout sur le continent: de Mango à Brazzaville en passant par Bujumbura et Ouagadougou les peuples se sont dressés comme un seul homme contre la tyrannie, l'injustice, pour plus de liberté, de démocratie et de justice sociale.

Notons au Togo la révolte de la jeunesse à Mango suivie d’une sanglante répression orchestrée par le régime Faure-France. L'année 2015 qui s'achève a été marquée surtout par une énième mascarade électorale en complicité avec les pouvoirs néocoloniaux de notre sous-région et l'impérialisme français. Comme à l'accoutumée les faux démocrates avaient joué leur partition en participant à cette parodie d'élection qui donna une nouvelle légitimité à l'apprenti dictateur FAURE. Les moments forts de cette année de lutte sont les grèves dans les secteurs vitaux du pays tels que l'enseignement, la santé, le transport et surtout dans les bassins miniers de Tabligbo. Ces différentes luttes sociales ont indéniablement confirmé une prise de conscience grandissante des masses populaires; de par ses propres expériences elles ne veulent plus se fier aux turpitudes, aux ignobles paroles de ces véreux politiciens qui se sont donnés le nom  de "démocrates" dans le but d'usurper la tête du mouvement démocratique et ensuite négocier leur place au sein du pouvoir prédateur, néocolonial. Elles ont enfin compris que la politique de dialogue, des négociations et des urnes menée de bout en bout depuis des années par les leaders de l'opposition dite démocratique n'a servi qu'à prolonger la dictature et la misère du peuple.

Il apparaît clairement que le vingt-cinquième anniversaire du 5 octobre qui s'achève en cette fatidique année 2015 ouvre de nouvelles perspectives de lutte pour notre peuple. Elle l'a constamment instruite, édifiée sur ses propres faiblesses par rapport à la lutte des peuples frères du Burkina-Faso qui par sa mobilisation et son organisation à plusieurs niveaux a su tout d'abord chasser Compaoré du pouvoir et quelques mois plus tard imposer crânement une résistance acharnée à sa garde prétorienne dirigée par son homme de main le tristement célèbre Gilbert Dienderé. L'expérience Burkinabè a suffisamment montré qu'il ne suffit pas de chasser un dictateur du pouvoir. La courageuse lutte du peuple burkinabé a confirmé avec acuité que les démocrates et le nouveau pouvoir qui s'installeront après la chute d'une dictature ne doivent en aucun cas lésiner sur les moyens d'état dont ils disposent pour mettre hors d'état de nuire les forces rétrogrades et les ennemis du peuple qui de par leur nature et les moyens financiers qu'ils ont amassés impunément  tenteront de reconquérir par la force ou par les urnes leur paradis perdu.

Bien entendu, en tant qu'organisation politique en terre d'exil, l'année 2016 nous ouvre  sans nul doute d'énormes perspectives de bataille, de lutte et nous ne manquerons pas, non seulement, d'intensifier notre propagande politique mais aussi de créer partout en Europe, aux Etats-Unis et au Canada nos Comités d'Etudes d'Actions et de Soutiens pour combattre méthodiquement les fausses solutions qui permettent à la dictature de perdurer. C'est en atteignant ces objectifs que nous pouvons apporter avec succès notre modeste contribution aux démocrates et anti-impérialistes qui luttent sur le terrain.

Bruxelles, le 25 Décembre 2015

Le Front des Organisations Démocratiques Togolaise En Exil

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TOGO

Togo : Ni la répression de la jeunesse à Mango. Ni les menaces proférées à l’encontre des démocrates en exil par le sinistre Yark ne briseront l’elan de la lutte populaire

mango2

 

Depuis le 6 novembre dernier la ville de Mango est assiégée par les militaires et autres éléments incontrôlés de la dictature  pour réprimer la révolte légitime de la jeunesse de Mango qui ne cesse de lutter depuis des années contre l’injustice sociale et pour les libertés démocratiques... Lors de ces tragiques évènements survenus à Mango, la station radio canadienne CKRL a ouvert son antenne à notre militant Gligli-Amorin... C’est la teneur de cette interview que nous aimerions partager ici avec tous les patriotes et démocrates qui luttent contre ce pouvoir sanguinaire du couple Gnassingbé-Olympio...

Lisez plutôt...

 1-      Les 6 et 7 novembre dernier nos concitoyens vivant à Mango ont été victime d’une sanglante répression militaire... Pouvez-vous nous expliquer les causes réelles de ces événements douloureux ?

  Avant d'aborder les causes de cette  répression, ne serait-il pas mieux d'ouvrir une petite parenthèse pour approfondir les dégâts  écologiques organisés par ce régime ? Un pouvoir dictatorial, moribond qui dans ses réflexes de survie tente de se reconvertir à l'écologie  pour empocher les milliards de nos francs envoyés par le PNUD pour l'exécution de ce fameux projet de réhabilitation de l'écosystème dans la région des Savanes du Togo. Ce projet sur l'écosystème  n'est qu'un moyen de plus pour occulter les dégâts environnementaux causés par ce régime et surtout son incapacité à proposer un véritable projet de société aux peuples du Togo...

 • Ainsi, selon les organisations écologiques, le Togo perd plus de 15.000 hectares de terre chaque année... Cette situation est due à la coupure systématique des tecks dans la région des plateaux par les gros propriétaires terriens qui sont des barons et des apprentis barons de ce pouvoir dictatorial. Ces gros propriétaires terriens du pouvoir détruisent nos forêts pour alimenter l'industrie du bois en Europe et aux États Unis. Voilà de quelle manière ce régime dictatorial  bat le record du dégât écologique dans notre pays. Le comble du ridicule c'est   donc ceux-là qui veulent donner des leçons sur l'écosystème aux populations de Mango !

 • Il va sans dire que c'est ce pouvoir qui a exproprié dans les années 1970 des hectares de terre en pays Ouatchi pour l'extraction du phosphate.... C’est dans cet objectif que ce pouvoir avait déplacé des centaines de villages, détruit des habitations,  et organisé l'abattage des arbres afin de faire de l'exploitation à ciel ouvert du phosphate. Ceci a eu des conséquences terribles sur l'environnement en pays Ouatchi. Pendant que l'exploitation du phosphate sert à enrichir Faure Eyadema et sa clique, une misère effroyable sévit depuis plus de quarante ans chez les Ouatchi.

 • Il en est de même de l'exploitation du fer à Bendjeli (Bassar) par des capitalistes indiens. Une honteuse exploitation qui fait des dégâts environnementaux et laisse les peuples Bassar dans des conditions de vie effroyable sans nom.

 • C'est toujours cette dictature corrompue qui a voulu enfouir sur notre sol des déchets toxiques dans les années 1980...

 • C'est aussi ce régime qui aujourd'hui se reconverti à l'écologie, qui a laissé depuis des années la progression de l'érosion côtière dans le Sud du pays à Aného et à Agbodrafo....

 • Ajoutons à tous ces crimes écologiques, les expropriations des terres des populations de Bè pour élargir le Port, l'aéroport et la construction de la fameuse résidence de Lomé II...

  Voilà succinctement les crimes écologiques de ce régime qui veut nous donner des leçons sur l'écosystème à Mango !

  2) Que pensez-vous des réactions des  ministres Johnson de l’environnement et surtout du ministre de la sécurité Yark qui déclaraient sur les médias que ce sont les jeunes de Mango qui ont voulu s’emparer des armes et les militaires étaient obligé de réagir ?

  En ce qui concerne les réactions, nous connaissons depuis fort longtemps les positions politiques du ministre de la sécurité Yark en matière de répression des mouvements populaires... Le moins qu'on puisse dire c’est que les déclarations de Yark pour justifier cette répression est du déjà-vu. Yark a été formé, et moulé pour faire perdurer la dictature au Togo. Un démocrate ne peut rien attendre de bon de ce sinistre personnage qui organisa du vivant de l'autocrate Eyadema l'industrie de la torture au sein du camp de la gendarmerie de Lomé.

 Quant à la réaction de Johnson, on voit comment l'ambition personnelle amène un homme qui se disait, il y a quelques années, démocrate à cautionner la répression des militaires... L’attitude de Johnson à vouloir justifier l'expropriation des terres des paysans de Mango au profit d'un projet dit écologique où les populations ne trouveront jamais leur compte;  confirme une fois de plus, non seulement, l'accord intervenu en mai 2010 entre le RPT et l'UFC.... Mais aussi l'alliance entre les deux ploutocrates du pays Faure et Gilchrist. Sans aucun doute, l'UFC fait partie du système dictatorial et ils sont obligés évidemment par solidarité gouvernementale à défendre les crimes les plus abjects de la dictature... Indéniablement, les démocrates doivent appeler le peuple et la jeunesse de Mango surtout à combattre l'UFC au même titre que les tenants de la dictature...

 3) Parmi les réactions il y a également celle débitée par le préfet de Mango pour dénier la nationalité togolaise aux peuples Anoufo et Tchokossi... Quelle est votre réaction sur une telle déclaration qui frise la division du Togo ?

 Abordons à présent la honteuse déclaration du préfet de Mango ! Dans cette situation, ce qui nous interpelle beaucoup plus, ce sont les déclarations du préfet de Mango... Un préfet, tout comme Yark, est un éminent officier de l'armée.

 Dans une honteuse déclaration, il prétend que "les peuples Tchokossi et les Anoufo ne sont pas des togolais".... Cette déclaration confirme bien que UNIR et son préfet n'ont pas encore rompu avec l'ère Eyadema où certaines familles ont été privées de leur nationalité togolaise sous prétexte qu'elles ne sont pas des vraies togolais. Nous faisons allusions ici aux Afro-Brésiliens installés sur la côte du Togo-Benin depuis la fin des années 1780 ! Rappelons également que cette histoire de nationalité a été utilisée dans les années 1970 contre le mouvement syndical chez nous où le syndicaliste  Abdoulaye Salami fut reconduit de force à la frontière sous prétexte qu'il n'est pas togolais.

 Aujourd'hui, on peut aisément déduire que cette question de nationalité que brandit le préfet est une énième provocation; une vielle arme de la dictature pour isoler sur le plan national la révolte du peuples de Mango afin de  briser la solidarité des autres peuples contre les actes iniques et répressifs du pouvoir RPT/UNIR à Mango.

 Remarquons par ailleurs que pendant qu'on dénie le droit à la nationalité togolaise aux peuples Tchokossi et Anoufo; il n’y pas longtemps Faure et sa clique avaient nommé un rwandais d'origine à la tête de notre régie financière... La nomination d'un rwandais d'origine à la tête des finances du pays ne dérange nullement UNIR et son préfet.... Tout ceci confirme que cette question de nationalité est un faux problème que les liens entre les exploiteurs; entre les bourgeois néocoloniaux et les gangsters en col blanc priment sur tout le reste !

 Dans ces conditions, les démocrates doivent appeler toutes les nationalités du Togo  à rester vigilant, à ne pas tomber dans ce piège qui servira à nous diviser contre nos ennemis communs qui sont issus de toutes les nationalités du Togo et ailleurs dans le monde.

   4) Pendant ces événements, le pouvoir RPT-UNIR parle de récupération politique alors que d’aucun déclare que lors de la dernière élection présidentielle, la population de Mango avait voté massivement pour le RPT-UNIR...

   Pour les démocrates, ce qui se cache derrière cette récupération dont parlent les barons du régime, c'est le musèlement des cris du peuple; c'est d'imposer le silence des cimetières au camp du peuple... Et nous n'allons pas nous laisser faire en croisant les bras et en laissant le régime répandre comme à l'accoutumée de fausses informations et nouvelles au sein du peuple... Il est tout à fait normal que tous ceux qui luttent pour les aspirations des peuples du Togo doivent condamner ouvertement la sanglante répression qui s'était abattue sur les populations de Mango et de ses environs. Mais nous nous démarquons des condamnations et autres prises de positions de l'opposition dite démocratique qui sert de béquilles à la dictature... Ces partis qui sont allés s'asseoir sur les bancs du parlement pour jouer le jeu démocratique avec les assassins du peuple ne peuvent nullement déclarer qu'ils ne sont pas au courant de cet infâme projet à Mango. Comble de l'hypocrisie, ils se sont tu jusqu'aux massacres...des fils de Mango ! 

 Les démocrates et patriotes condamnent cette barbarie et marquent leur solidarité avec les familles des victimes de la lutte pour un développement harmonieux de la préfecture de l'Oti et de toute la région des Savanes. L’œuvre pour le développement de la région des Savanes doit aller de paire avec la lutte sans concession pour abolir la dictature... Nous sommes convaincus que c'est la fin de la dictature qui ouvrira la voie à un véritable développement de Mango mais aussi de toutes les régions du Togo.

 Concernant le vote des populations de Mango en faveur du RPT-UNI: C'est une contre-vérité de faire croire que 80% de la population de Mango avaient voté pour le pouvoir en place... Nous savions tous que cette élection n'était qu’une mascarade de plus où la fraude a été organisée à haute dose dans tout le Nord du pays, à Mango en particulier. On sait également que pendant cette parodie d'élection, le clan Gnassingbé pour assurer sa «victoire» avait mis en place de gigantesques moyens de corruptions... Pour les démocrates, Il y a donc continuité en matière de fraudes électorales entre feu Eyadema et Faure qui, aujourd'hui, organise une répression contre les populations de Mango...

   5) Dans cette situation, entant qu’organisation en exil est-ce que vous avez les moyens de peser sur ce pouvoir dictatorial ?

 Il faut reconnaître que notre organisation (le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en exil) comme son nom l'indique clairement est un mouvement en terre d'exil et nos actions se limitent ici. Notre travail en terre d'exil est de contribuer à travers nos publications et prises de positions à l'éveil des conscience d'une façon générale de nos compatriotes... Cette prise de conscience passe nécessairement par l'étude tant individuelle que collective de nos documents et autres publications des organisations démocratiques étrangères que nous côtoyons en exil... C'est de cette manière que nous pouvons comprendre l'essence de la lutte que nous menons contre la dictature oligarchique du clan Gnassingbé et de son allié le clan Olympio... L'étude et la formation politique doivent être au centre de nos activités pour faire comprendre à nos compatriotes que sans l'étude et la formation politique, le mouvement initié depuis vingt-cinq ans restera entre les mains des faux démocrates, des faux amis du peuple qui vont continuer à imposer au peuple leurs solutions de sauvetage de la dictature. Leurs solutions de sauvetage de la dictature consistent à vouloir réformer la dictature par des réformes institutionnelles, constitutionnelles ou bien par des élections bidons. La vie a confirmé que toutes ces revendications ne sont que des subterfuges pour maintenir la dictature au Togo. Les démocrates doivent s’organiser et mobiliser le peuple contre les partis et organisations qui prônent une telle ligne politique catastrophique.

  6) Est-ce que vous pouvez nous expliquer brièvement comment votre plateforme Togo En Lutte compte mobiliser la communauté togolaise en exil forcée depuis plus de 20 ans ?

 Pour ce qui concerne la réorganisation de la lutte en exil...  Afin que cette réorganisation de la lutte soit efficace, nous comptons créer à travers l'Europe jusqu'aux États Unis les comités de base du Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil.... Ces comités, nous les appelons CEAS...(Comité d'Etude d'Action et de Soutien)... Ces comités doivent être des lieux d'étude et de formation politique. Face à une dictature prête à tout pour conserver le pouvoir, nous devons reconnaître que la formation et l'étude ne sont qu'une étape de cette lutte. Pour nous imprégner avec efficacité de cette implacable lutte, l'étude et la formation entre quatre murs ne suffiront pas. C'est pourquoi nous devons également organiser des actions afin d'enrichir notre connaissance, notre formation... Dans ces conditions, nous pensons que l'étude et l'action doivent être intimement liées. C'est en fonction de cette démarche que nous comptons organiser, des soutiens matériels aux organisations démocratiques et anti-impérialistes qui luttent sur le terrain.Ce soutien doit aller directement à ces organisations qui, par leurs programmes sont contre toutes négociations, conciliabules avec ce pouvoir vermoulu et qui sont d'accord qu'aucune réforme institutionnelle, constitutionnelle et élection ne peut mettre fin à cette dictature. Des organisations qui font de la lutte du peuple, le seul moyen d'abattre cette dictature...

  On voit bien que notre démarche et notre attitude sont antagoniques, totalement différentes des souscriptions qui sont actuellement organisées dans le but de financer les faux amis du peuple qui utilisent l'incrédulité de nos compatriotes de la diaspora pour s'enrichir effrontément et en plus négocient leurs places et avantages au sein de la dictature...

 Plus que jamais nous lançons un vibrant appel à nos compatriotes en exil à rejoindre les rangs de notre organisation afin de renforcer dans leur pays d'accueil nos comités d'étude, d'actions et de soutien. C'est le seul moyen d'apporter notre contribution à la lutte pour la démocratie...

 Bruxelles, le 21 novembre 2015

 Togo En Lutte.... !

 Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil

 Plus d'infos: www.togoenlutte.org

 Contact : togoenlutte@gmail.com

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06 novembre 2015

Togo: Interview de Togoata Apédo-Amah sur le théâtre togolais

Togo: Interview de Togoata Apédo-Amah sur le théâtre togolais

Le Magazine Reflets a publié cette interview de Togoata Apédo-Amah, écrivain et enseignant à l’Université de Lomé. Après la publication du magazine littéraire Reflets N° 001 du 15 octobre 2015, l’écrivain se dit victime de la censure et écrit « Quand des écrivains censurent un écrivain au Togo » dans lequel il s’en prend au directeur de publication Claude Assiobo, à l’écrivain Dieudonné Ewomsan et l’ancienne Ministre de la Communication et de la Culture Germaine Kouméalo Anaté. Togocultures publie l’interview en intégralité et souligne les parties qui ont provoqué l’ire de Togoata Apédo-Amah.

 

Vous êtes un enseignant-chercheur dans les universités du Togo. Dans le champ littéraire, le genre ou la matière qui a le plus imprégné votre carrière, c’est le théâtre. Qu’est-ce qui explique votre passion pour le théâtre plutôt que pour un autre genre ?

C’est vrai, le théâtre est mon genre de prédilection parce que, derrière le texte, il y a la magie de la métamorphose qu’est la mise en scène et le jeu des comédiens. Comment expliquer une passion ? Cela dépend du plaisir que vous procure quelque chose. Je ne saurai en dire plus. Dans la passion, il y a toujours quelque chose d’irrationnel qu’on a du mal à expliquer. Je pratique aussi les autres genres comme le roman, la poésie et la nouvelle.

Votre nom est attaché à une forme de théâtre en particulier : le concert-party. Pourquoi avez-vous très tôt choisi de consacrer des études à ce théâtre populaire éminemment oral ? Est-ce à cause de la pauvreté du théâtre écrit à l’époque ? Vous avez même consacré tout un livre au genre. Est-ce par nostalgie pour le genre qui semble avoir disparu ? Ça fait deux questions.

Au départ, je n’avais jamais pensé au concert-party ; c’est en travaillant sur ma thèse de doctorat à la Sorbonne que je me suis dit qu’il fallait que je travaille sur une forme théâtrale originale bien de chez nous, pour la faire connaître aux autres, surtout que les travaux étaient assez rares à l’époque. Je n’aime pas beaucoup enfoncer des portes ouvertes en matière de recherche. La difficulté du genre venait du fait qu’il ne possédait pas de texte écrit pour les littéraires que nous étions, habitués à ne travailler que sur des textes. Ce qui était encore plus passionnant pour moi, était les langues d’expression du concert-party : le guingbé et l’éwé. Dans notre cursus universitaire de pays colonisé, nous sommes a priori de parfaits analphabètes dans nos langues maternelles. Le défi était donc double pour moi. J’ai fait mes recherches sur ce théâtre lorsqu’il était à son apogée. Mon livreThéâtres populaires en Afrique. Le cas de la kantata et du concert-party togolais (Awoudy, 2013) est le résultat de cette recherche. La crise de ce théâtre populaire qui se manifeste par sa rareté sur la scène aujourd’hui, ne m’inquiète pas outre mesure, car il inspire des dramaturges qui utilisent son esthétique dans leurs créations. Hubert Arouna, Frédérique Gakpara et moi-même sont de ceux-là. J’ai déjà écrit deux pièces de concert-party soumises à ma propre esthétique théâtrale. En adoptant un genre populaire, on se doit d’essayer de le renouveler. C’est le meilleur hommage qu’on puisse lui rendre. Pendant longtemps, on me posait la question sur l’avenir du concert-party ; je répondais que je n’étais pas devin. Un jour, je me suis dit : « puisque le genre tend à disparaître, pourquoi ne pas le ressusciter à ma manière ? » J’espère que je pourrai publier ces pièces de concert-party pour enrichir le genre.

Vous êtes un grand témoin de l’évolution du théâtre togolais. Le pionnier de ce théâtre est sans conteste Agbota Zinsou. Qui est Agbota Zinsou ? Que doit-il au concert-party ? Qu’est-ce que les jeunes dramaturges togolais lui doivent ?

Sénouvo Agbota Zinsou a été, dans les années 1970-1980, la figure de proue d’un théâtre togolais qu’il était pratiquement le seul à hausser à un niveau digne de ce nom au niveau du théâtre francophone togolais. Le théâtre qui rayonnait véritablement était le concert-party que la Kantata imitait au niveau de l’esthétique. Il a été influencé par le concert-party qui avait énormément de succès à l’époque où il écrivait. Cela se ressent dans certaines de ses œuvres. Le fait pour lui d’avoir régné sans concurrence durant deux décennies, l’a érigé en référence incontournable à l’époque où les autres dramaturges essayaient tant bien que mal de l’imiter. Mais à partir des années 1990, son influence a disparu après le renouvellement du théâtre togolais par ceux que j’ai appelés les tractographes. Une autre forme d’écriture s’était imposée et la thématique est devenue plus politique. Zinsou était même devenu un repoussoir pour la nouvelle génération. C’est le meurtre du père que l’on a toujours rencontré dans le renouvellement des arts dans tous les pays. Il faut aussi dire que son exil l’a beaucoup desservi puisque, en matière théâtrale, il a disparu depuis lors du paysage togolais bien qu’il continue de créer en Allemagne. Il n’a malheureusement plus aucune visibilité littéraire dans la création théâtrale locale, car aucune de ses œuvres n’a été éditée, depuis les années 1990, à ma connaissance.

 Les années 90 sont une date-repère dans l’évolution du théâtre togolais : coup sur coup, trois jeunes auteurs ont été remarqués par Radio France Internationale, dans le cadre de son concours de théâtre, célèbre à l’époque, dans l’espace francophone : Kossi Efoui (1ier prix pour sa pièce Carrefour), Kangni Alem (1ier prix pour Chemins de croix). Lanvasso Bodelin  a été distingué comme finaliste pour sa pièce Le compte rendu. Comment expliquez-vous ce boom du théâtre togolais à l’époque ? Etait-ce un théâtre révolutionnaire dans le fond et dans la forme ?

Les trophées s’expliquent par le talent, quand il n’y a pas de magouilles. C’était une nouvelle génération très imprégnée de l’art théâtral, contrairement à la précédente, en dehors du cas notoire de Zinsou. Elle avait la technique et le style. L’un de ces éléments fondamentaux manquait souvent chez leurs devanciers encore trop attachés au théâtre scolaire. Tout renouvellement se fait toujours en rupture avec l’esthétique dominante et un certain ordre du discours. A l’époque, c’était la langue de bois et le mensonge érigé en politique sur fond de terreur et d’autocensure.

Dans la forme, ce sont des pièces qui gardent le parfum de Sony Labou Tansi ; comment l’expliquez-vous ?

Vers la fin des années 1980, j’ai introduit Sony Labou Tansi au programme de mon enseignement de Théâtre à l’Université. Ce fut avec enthousiasme que les étudiants avaient adhéré à ce cours qui leur révélait un autre langage théâtral, différent de ce qu’ils connaissaient avant. De plus, Sony était un nouvel écrivain à la mode. L’enseignement qui a fait connaître son art et la découverte de ses textes par la nouvelle génération de dramaturges a fait le reste. Il faut aussi citer Sélom Gbanou, Kadjangabalo Sékou et Tingayama Mawo. L’influence était saine dans la mesure où dans leurs œuvres ultérieures, ils ont coupé le cordon ombilical en trouvant leur propre style. Souvenez-vous, le jeune Victor Hugo s’est écrié : « Je serai Chateaubriand ou rien ! » Chateaubriand l’a influencé, certes, mais il a su devenir Victor Hugo, pas un Chateaubriand bis.

Et puis, vous attendez vous-même pour publier très récemment Un continent à la mer,réanimant ainsi la flamme du théâtre togolais. C’est une pièce qui, dans le style, fait penser encore à Sony Labou Tansi mais la structure est un grand renouvellement, une grande innovation dans le genre. Beaucoup disent que ce sont vos recherches d’universitaire sur le théâtre que vous avez tout simplement mises en pratique ou du moins qui vous ont permis d’arriver à cette originalité ? Qu’en dites-vous ?

Vous savez, je vais vous faire une confidence : mon adhésion à l’œuvre de Sony est une rencontre esthétique. J’écris depuis que j’étais étudiant, je ne publiais pas et ne cherchais pas à le faire, car je cherchais mon style ; mais bizarrement, ce style, je le développais plutôt à l’oral en guingbé et en français. Le choc pour moi a été de découvrir quelqu’un qui pratiquait ce style à l’écrit. Il m’a devancé dans un style que j’ai toujours plus ou moins pratiqué dans mes pamphlets politiques qui paraissaient sous formes de chroniques dans la presse ou sur Internet. Relisez mes textes politiques ou mes essais polémiques et vous verrez. Il s’agit d’un style différent de mes travaux universitaires. J’ai plusieurs styles en fonction de ce que je veux écrire et du genre.

J’ai commencé à publier mes textes de théâtre, dont le plus ancien a été écrit en 1989, à partir de 2012 avec Un continent à la mer !, qui n’est donc pas le plus ancien de mes textes. Je n’ai pas voulu être un auteur de plus ; c’est peut-être pourquoi j’ai mis tant de temps pour les rendre publics. Le critique et l’écrivain ne font pas toujours bon ménage ! Il ne s’agit pas d’une affaire de cours. Tous les profs de théâtre ne sont pas des dramaturges. Mon ambition esthétique est d’offrir un théâtre original à la culture togolaise. Je ne fais pas du Sony Labou Tansi mais de l’Apédo-Amah.

 Vous venez de publier une autre pièce : La Guerre civile des aputaga. Avant de laisser la critique la faire découvrir, pouvez-vous en donner un avant-goût, sur le fond, aux amoureux de la lecture et de la scène ?

La Guerre civile des Aputaga a été écrite en 2004 comme Un continent à la mer ! Ce n’est plus un drame mais une tragédie. L’écriture des tragédies m’a toujours intéressée à cause de la tension tragique qui pousse les personnages à des excès par pur égoïsme ou pour défendre une cause. Dans ma dernière parution, l’histoire du Guenyi m’a servi d’inspiration pour montrer le conflit éternel entre l’intérêt égoïste et l’intérêt d’État au moment où le royaume, au XIXème siècle, est envahi par les colons européens. L’or a tourné des têtes, d’où la tragédie vécue par tout un peuple.

 Politiquement, vous êtes un leader d’opinion, une voix remarquée de la société civile où vous êtes revenu après avoir fait un tour sur la scène politique comme un militant et un fondateur du CAR. Qu’est-ce qui vous a fait sortir de ce théâtre ?

La politique togolaise, au sein de l’opposition, c’est un véritable nœud de vipères. Moi je suis un révolutionnaire de toujours, un combattant qui s’est toujours rangé dans le camp des opprimés. Mon combat politique de tous les jours est plus efficace sans esprit partisan et sans des zozos dans les pattes. Vous avez la naïveté de croire que vous tirez tous dans la même direction mais ce n’est pas le cas. L’ennemi, le vrai, est souvent oublié aux dépens des vrais démocrates que l’on consacre toute son énergie à dénigrer, à salir, à vilipender en usant des méthodes fascistes et malhonnêtes du RPT. La réalité est triste : la dictature militaro-fasciste, à travers ses taupes, les faux démocrates, a infiltré les forces démocratiques pour briser l’élan irrésistible du peuple togolais vers la liberté. D’ailleurs, ils finissent tous par retourner à la source nauséeuse dont ils proviennent. Tous ces bandits ne font que retarder l’inéluctable, mais la victoire viendra plus tôt qu’ils ne le croient. La peur a déjà changé de camp. Si j’ai quitté la pétaudière de la politique politicienne togolaise, c’est parce que j’ai la conviction que l’honnêteté, la vérité, le sens du bien commun sont une autre façon de faire de la politique. Le gangstérisme politique, légué à ce pays par des individus de sac et de corde sans foi ni loi, n’est pas une fatalité. Les zigzags en politique sont totalement incompatibles avec ma pratique intellectuelle qui est basée sur une rigueur scientifique. Je ne peux pas dire noir le matin et blanc l’après-midi sans un changement de situation ! L’intellectuel en politique doit faire de la politique en intellectuel. Telle est sa différence avec les wouya-wouya.

 Vous n’êtes jamais resté indifférent face à l’évolution politique de notre pays, par vos prises de paroles. Dans un de vos livres Théâtres Populaires en Afrique. Le cas de la kantata et du concert-party togolais, vous n’hésitez pas à comparer notre situation politique à un concert-party. En faisant abstraction de tout jugement, que pouvez-vous répondre à ceux qui pensent que la scène politique togolaise a tout d’une tragédie classique ?

La politique a toujours été du théâtre. Au Togo, elle se caractérise surtout par ses revirements en nous montrant des dirigeants politiques qui retournent leurs vestes ou boubous puants pour aller occuper une place à la mangeoire. Très peu de personnes dans ce merdier ont des convictions politiques. C’est le ventre qui leur indique la direction du vent de la trahison. Les antidémocrates notoires aussi recourent au masque ou à la métamorphose en changeant d’étiquette, en changeant de sigle pour abuser le bon peuple. C’est l’art du mensonge et de l’escroquerie politique. Les hyènes se cachent sous des peaux de mouton pour continuer leur œuvre sordide de prédation contre le peuple togolais. C’est la démocrature. La plupart des membres de l’actuel gouvernement dictatorial vomissaient, il y a peu, sur le régime Gnassingbé. C’est pitoyable ! C’est ce que nous appelons la politique du ventre ! Sur ce terrain fangeux, ceux qui méritent la palme du déshonneur, sont les universitaires aigris. La tragédie débouche sur la mort des Togolais lâchement assassinés, une répression sauvage, la misère et l’exil. Dans ce microcosme politique de pieds nickelés, le tragique le plus poignant le dispute à la bouffonnerie la plus cocasse. Comme au concert-party. Au Togo, les larmes supplantent le rire dans notre tragédie nationale. Mon théâtre ne peut pas ne pas être politique. Dans ce contexte de lutte de libération nationale contre le militaro-fascisme et le colonialisme français, il ne peut en être autrement.

Question d’ordre littéraire un peu plus général : que vaut la littérature dans un pays comme le nôtre où les gens ne lisent pas ? Vous qui êtes passé de la presse écrite à la fiction, qu’en pensez-vous ?

Moins les gens lisent, plus il faut écrire, car certains lisent malgré tout ! Le plus grand malheur que peut connaître un peuple, c’est l’abandon de son imaginaire à l’étranger. Regardez les dégâts que cause notre absence sur le plan de la création au niveau des médias audio-visuels où tous les programmes sont importés, notamment les séries télévisées brésiliennes, mexicaines, indiennes et américaines. Nos compatriotes totalement aliénés ou zombifiés, comme le public féminin, en est réduit à affubler grossièrement leur progéniture de noms étrangers ridicules qu’ils ne comprennent même pas par admiration pour les héros de ces séries télévisées qui sont le théâtre privilégié de la dissolution des mœurs, de l’incivilité et d’idéologies réactionnaires ! La mode togolaise a ainsi disparu de l’horizon au profit des modes étrangères véhiculées par ces films. Les dégâts sur notre jeunesse sont visibles comme un nez au milieu de la figure. Nous subissons là une forme de recolonisation qui ne dit pas son nom. Les dirigeants africains, de véritables marionnettes, sont au service d’intérêts mafieux et de réseaux mafieux internationaux dont l’objectif non avoué est notre esclavage mental qui débouche sur la servitude volontaire. L’Etat doit réfléchir à une vraie politique culturelle qui n’a jamais existé dans ce pays. Il faut un vrai ministère de la Culture qui ne s’occupe pas que des défilés à la gloire du régime, de Miss Togo (qui n’est pas de la culture) et des discours aux fêtes traditionnelles bidon qui ne sont des occasions d’arnaques politiques. Au Togo, jusqu’à ce jour, le ministère de la Culture a toujours été un ministère inutile, une bouche inutile, pour parler comme les Chinois qui, sous la Révolution culturelle, à l’époque de Mao Zedong, qualifiaient ainsi les personnes improductives. Si cette politique culturelle ne vient pas, je propose la suppression pure et simple du ministère de la Culture pour faire des économies budgétairesL’art est l’âme d’un peuple. Sans avoir jamais visité certains pays physiquement, la littérature nous permet d’en connaître un peu l’âme à travers leurs grands auteurs. L’imaginaire est inséparable de la culture, c’est la nourriture de l’esprit. Si les Togolais se désintéressent des livres, il faut réfléchir à la cause. Il faut surtout que l’Etat ait le courage et la lucidité de faire de la culture un outil de développement. Une politique du livre réglerait facilement ce problème en accord avec l’Education nationale et les médias. La consommation quasi-exclusive de l’audio-visuel dans une culture orale en transition où le livre apparaît comme un produit de luxe, est une attitude culturellement suicidaire.

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TOGO

Polémique: Quand des écrivains censurent un écrivain au Togo !

Polémique: Quand des écrivains censurent un écrivain au Togo !

L’effondrement des libertés fondamentales et des valeurs qui les accompagnent dans un pays, commence toujours par l’opportunisme, la complaisance et la lâcheté des élites. A.T. A.-A.

Par Ayayi Togoata APEDO-AMAH

Décidément, le Togo est un pays spécial ! En effet, au moment où les Togolais se battent pour libérer leur pays du fascisme et de l’obscurantisme, quelques zozos attardés qui pissent sur la lutte du peuple, recourent sans vergogne aux procédés scélérats de la censure avec leurs grands ciseaux de gougnafiers. Si c’était l’État RPT qui procédait de la sorte contre un écrivain, c’eût été « normal » eu égard à la nature antidémocratique du régime militaro-fasciste. Mais il s’agit d’individus qui se disent écrivains, démocrates et le proclament urbi et orbi.

Que s’est-il passé ? En février-mars 2015, le sieur Claude Assiobo Tis, rédacteur en chef de la revue de l’Association des Écrivains Togolais (AET), me sollicite pour me soumettre un questionnaire d’interview pour la revue Reflets de ladite association (dont je ne fais pas partie. Heureusement !) Le numéro 000 de cette revue avait été publié auparavant. Dès la parution du numéro 001, datée d’octobre 2015, j’ai la très désagréable surprise de constater que mon interview publiée a été censurée par les malfrats qui dirigent cette revue. Sachant que je n’aurais jamais négocié une censure avec eux, puisque j’aurais carrément interdit la publication de toute l’interview, ils ont choisi de me poignarder dans le dos comme des traîtres. Ils ont même violé la déontologie journalistique, ces apprentis journaleux. Depuis quand le journaliste se permet de modifier le texte de l’interviewé à son insu ?

Les malfrats en question sont la dame Kouméalo Anaté, présidente de l’AET, ministre de la Culture, les sieurs Claude Assiobo Tis, rédacteur de Reflets, et Dieudonné Ewomsan, vice-président de l’AET et directeur de publication de Reflets.

Quel est mon crime à leurs yeux ? Dans la dernière question de l’interview, j’ai demandé la suppression pure et simple du ministère de la Culture qui, à mes yeux, ne sert à rien. A l’époque du parti unique, il ne servait qu’à organiser le défilé du 13-janvier. Aujourd’hui, il est toujours sans budget conséquent pour l’épanouissement de la culture togolaise. Pour protéger leur chère ministricule Anaté, ses comparses Assiobo et Ewomsan, qui cultivent des mœurs courtisanesques, m’a-t-on dit, se sont transformés en petits toutous à ses pieds pour lui lécher les pompes. Quelle honte ! Vive la brosse à reluire ! Ce qu’ils oublient, c’est que je critiquais le rôle du ministère de la Culture depuis l’époque du parti unique, c’est-à-dire avant les années 1990. La critique concerne la place insignifiante que le régime accorde à la culture dans le développement du pays. A cette époque, Anaté était encore étudiante et peut en témoigner. C’est dire qu’il ne s’agit en rien d’une attaque personnelle contre la ministricule Anaté. Si je devais l’attaquer, ce n’est pas dans cette revue que je le ferais. Et je l’aurais fait sans crainte comme je l’ai toujours fait, car les dirigeants, même illégitimes, ont un devoir de reddition envers le peuple. Ils ne sont pas nos propriétaires ; le Togo est notre patrimoine commun.

Alors pourquoi cette provocation ? Après analyse, j’ai tiré la conclusion suivante. A l’époque où l’interview devait être publiée, entre mars et avril, en tenant compte du harcèlement d’Assiobo qui me talonnait pour avoir rapidement mon texte, la dame Anaté était encore ministre de la Culture. Elle a été éjectée, entre-temps, du ministère vers le mois d’août 2015. C’est dire que ma proposition de suppression du ministère de la Culture n’aurait eu aucun impact sur sa carrière ministérielle au service de la dictature, puisque le numéro 001 de Reflets n’est sorti que le 15 octobre 2015. Et quel pouvoir ai-je pour faire et défaire un gouvernement fasciste ?

L’acte de censure scélérat perpétré par le trio maléfique de myrmidons Anaté, Assiobo, Ewomsan, est un crime. Je n’eusse pas réagi que je fusse leur complice. J’interpelle tous les écrivains et artistes togolais afin que cette forfaiture ne passe pas par pertes et profits. C’est en fermant les yeux et en se taisant que l’on encourage de tels crimes. Demain ça se répètera encore et encore parce que lorsque cela s’est produit une fois, personne n’a réagi. Ces trois écrivains de la souillure se sont-ils substitués à la censure officielle en mission commandée ? Nombreux sont les écrivains et artistes que j’ai informés qui les soupçonnent d’être en mission très commandée. Il m’a même été dit que j’ai eu de la chance, car ils auraient très bien pu travestir mes propos au lieu de les couper aux ciseaux.

Aujourd’hui, au Togo, ce n’est plus l’Etat qui censure les écrivains ; au contraire, ce sont des écrivains crapuleux qui font ce sale boulot. C’est extrêmement grave ! Si les trois pieds nickelés Anaté, Assiobo et Ewomsan avaient été au pouvoir à l’époque odieuse des partis uniques fascistes, ils auraient emprisonnés Sakharov, Soljenitsyne, Yves-Emmanuel Dogbé, Huenumadji Afan, Wolé Soyinka, Ken Saro Wiwa, Ngugi Wa Thiong’o, Ahmadou Kourouma, Mongo Béti… et moi-même évidemment ! Quand des écrivains sont embrigadés pour lutter contre la liberté d’expression, il y a péril en la demeure. Cette régression historique réactionnaire nous ramène en URSS, en Albanie, en Corée du Nord, en Chine populaire des années 1950-1960 où des écrivains encartés au parti unique faisaient de la délation et dénonçaient leurs collègues écrivains qui étaient des esprits libres défenseurs de la liberté et de la démocratie. Si on recule quelques siècles en arrière, Zola, Victor Hugo, Voltaire, Diderot, Rabelais, La Boétie, Sade, Lord Byron, Shakespeare, Goethe, Dante Alighieri… n’auraient même pas fait carrière.

Le ver est dans le fruit. Le ver ronge le cœur du fruit que représente la littérature au Togo. Le défi provocateur lancé aux écrivains, artistes et intellectuels togolais est de taille. La censure aime toujours tâter le terrain avant d’agir. L’absence de réaction signifie feu vert. Dans le cas qui nous préoccupe ici, le pouvoir aura beau jeu de se défausser sur les écrivains : « Je n’y suis pour rien ; ce sont les écrivains qui censurent leurs pairs. » La dénonciation de ces caudataires de la tyrannie est une opération de salubrité publique d’autant plus indispensable que leurs maîtres ont déjà fermé deux radios privées (Radio X Solaire et Radio Légende.) qui accordaient leur antenne au public pour s’exprimer sur la politique du pays. A l’occasion de ces actes antidémocratiques et illégaux contre la liberté de presse, je n’ai entendu aucune protestation venant de ces tristes sires armés de grands ciseaux liberticides.

L’art est le terrain privilégié de la liberté. Au nom du principe inaliénable de la liberté d’expression, il est hors de question que nous laissions des aventuriers alimentaires et fascistes porter atteinte aux acquis de la lutte héroïque du peuple togolais contre l’ordre terroriste. Parmi ces acquis, l’un des plus importants est la liberté d’expression. Ces acquis doivent être défendus sans complaisance, car ils ont été conquis au prix du sang. Ce sang et ces vies perdus sont notre héritage sacré. Nous n’avons pas le droit de les banaliser. Nous devons les défendre coûte que coûte. La révolution qui mobilise l’énergie et l’espoir du peuple togolais est un humanisme, car elle a pour finalité l’être humain à travers tout ce qui peut concourir à son épanouissement. Les ennemis du peuple togolais ont pour finalité l’accumulation des biens matériels, la consommation sur le dos du peuple par tous les moyens, confortés qu’ils sont par l’impunité crapuleuse d’un pouvoir volé au peuple et les violations massives des droits de l’Homme.

Les écrivains qui jouent à ce jeu dangereux de la souillure, ont vendu leur âme au diable. Ils n’ont rien compris à la portée intellectuelle et tribunitienne de la fonction de l’écrivain et de l’artiste dans la Cité. L’acte indigne qu’ils ont posé relève du gangstérisme politique et du reniement de l’idéal artistique. C’est de l’obscurantisme et de l’inculture. Ce satané trio d’antidémocrates photophobes se comporte comme des vampires qui n’agissent que dans la noirceur des ténèbres.

Cette trahison doublée de papelardise met l’Association des Écrivains du Togo devant ses responsabilités. Les membres de ladite association ont-ils autorisé, dans leurs statuts, leurs dirigeants à pratiquer la censure pour défendre la dictature ? L’AET est-elle devenue une « aile marchante » du RPT dictatorial ? L’AET est-elle un instrument au service de l’agenda de la carrière politique des Machiavel aux petits pieds que sont le trio comique de la commedia dell’arte et du concert-party Assiobo, Ewomsan et Anaté ? Si l’écrivain au Togo ne peut plus s’exprimer librement, où allons-nous ? Demain, enchaînera-t-on nos plumes ? Ce sont là des questions auxquelles les membres de cette association, dont le but est la liberté d’expression et la liberté artistique, doivent répondre en interpelant ces trois dirigeants, des écrivains tarés, qui grenouillent dans l’ombre pour la zombification de l’écrivain togolais. C’est en s’enfermant dans un silence résigné et souvent complice que des écrivains, à travers les siècles, ont assisté, impuissants, à l’embastillement, à la torture, à la pendaison haut et court et à la fusillade des écrivains dont le discours ne plaisait pas ou faisait tache dans l’ordre du discours dominant. Les bûchers de l’Inquisition sont aussi passés par là.

Le régime militaro-fasciste qui opprime notre peuple a inventé les « élections à la togolaise », c’est-à-dire des élections frauduleusement frauduleuses, grotesques, voire sanglantes qui se sont répandues dans toute l’Afrique des dictatures. A présent, le trio génuflecteur de L’AET vient d’inaugurer la censure des écrivains par leurs pairs. Souhaitons que ce poison ne se répande pas sur le continent africain comme l’ébola. Il sera étouffé dans l’œuf si nous réagissons vivement pour isoler et condamner la canaille avant qu’il ne soit trop tard.

Je le répète, le ver est dans le fruit, il faut l’en extirper avant que tout le fruit ne pourrisse de l’intérieur.

Il fallait le dire !

Voici en intégralité l’Interview de Togoata apédo-Amah sur le Théâtre Togolais

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02 novembre 2015

TOGO : La démocratie par les urnes n’est qu’illusion 

maurice-gligli-amorin1
Il y  a quelques semaines dans son émission hebdomadaire «Tout feu tout flamme», la station canadienne CKRL 89,1 ouvrait, comme à l’accoutumée, son micro à notre compatriote Maurice Gligli-Amorin pour partager avec les auditeurs de la diaspora togolaise et africaines ses analyses et approches de solutions concernant l’épineuse  crise togolaise qui dure  depuis une vingtaine d’années et qui s’est exacerbeé avec la réélection frauduleuse de Faure Gnassingbé. Comme il se doit, la rédaction de notre journal en ligne (www.togenlutte.org) a décidé de retranscrire cette interview dans le but de la faire partager massivement au sein du mouvement démocratique en exil. 

 Lisez plutôt !
 

CKRL : Monsieur Gligli-Amorin, avant toute chose pourriez-vous vous présenter brièvement à nos auditeurs ?
 
 
Je suis Maurice GLIGLI-AMORIN, militant de la plate-forme Togo En Lutte.  Notre organisation  se bat pour la fin de dictature en place au Togo. Aussi l’un de nos objectifs  est-il  d’amener nos compatriotes à une analyse juste, sincère et conséquente de la situation politique  de notre pays. Depuis sa naissance, notre organisation continue inlassablement ses tâches de  mobilisation et de  sensibilisation de nos compatriotes en exil  à travers nos déclarations et publications....notre raison d’être est d’apporter notre soutien indéfectible aux partis et organisations démocratiques et anti-impérialistes qui luttent au pays dans le but de renverser la dictature clan Gnassingbé et son allié le clan Olympio.
 
 
CKRL : Après quelques semaines ou mois de tergiversation et de silence du côté de l’opposition et du pouvoir, on remarque avec acuité que la vie politique reprenne au Togo. Ainsi, par exemple, une conférence de presse du candidat de CAP-2015 sur le hold-up électoral d’avril dernier vient de démontrer à l’opinion nationale et internationale que c’est Fabre qui aurait remporté l’élection présidentielle... Quelle analyse faites-vous  de cette sortie tardive de CAP-2015 ? 
 
 
Il est clair que les résultats proclamés du scrutin du 25 avril ne peuvent  pas  surprendre les vrais démocrates. Comme il fallait s’y attendre, c’était qu’une mascarade de plus. Tout cela nous l’avons prévu, et cette prévision ne signifie nullement que  nous serions plus intelligents, ou que nous aurions des dons de prophétie mais  tout simplement, que c’est l’analyse des démocrates qui correspond le plus à  la réalité. Nous l’avions dit: une fois qu’on a une notion claire de ce qu’est le pouvoir d’Etat en général, la  démocratie en tant que pouvoir, on est à même de prévoir et de comprendre ce qui se passe. C’est la preuve de la justesse de notre ligne politique démocratique.  Il n’est donc pas nécessaire de  nous étendre sur les diverses  fraudes organisées par le pouvoir de l’apprenti dictateur pour se donner une légitimité. Parce que ce n’est pas notre préoccupation majeure. Nous ne nous y arrêterons que lorsque ce sera strictement nécessaire. Cette fois-ci, on n’a pas vu des militaires entrer de force dans un bureau de vote pour en chasser les électeurs et s’emparer des urnes. Par contre, on a vu comme en Côte d’Ivoire, le président de la CENI aux ordres d’un seul candidat.

Ajoutons à cela, l’usage massif de procurations et l’invalidation de dizaines de milliers de votes, les pratiques de corruption à un niveau inégalé ont été les moyens mis en œuvre par le clan Gnassingbé pour assurer sa «victoire». Il y a donc continuité en matière de fraudes électorales entre feu Eyadema et son fils. Par ailleurs, la manière dont les forces de répression se sont déchaînées contre les compatriotes  qui ont osé protester contre les fraudes, montrent bien  que  la brutalité et la terreur ne sont pas loin, et que même dans ce domaine, la continuité est assurée. Toujours comme il fallait s’y attendre, en matière de débats, c’était  la cuisine électorale, et non des programmes politiques. Nous avons donc la preuve une fois de plus, que la voie des élections n’est pas la voie du changement, que la démocratie par les urnes n’est qu’illusion. Mais ce serait une erreur de croire que  les élections du 25 avril 2015 dernier n’ont aucune conséquence sur la situation politique nationale. Nous ne sommes pas tombés dans cette erreur, puisque nous avons abordé cette question dans ses grandes lignes.
 
 
 CKRL : Lors de cette élection, le clan Gnassingbé a tout fait pour présenter l’image d’un Togo divisé en deux avec un «Nord massivement RPT», et un «Sud massivement acquis à l’opposition». Quelle est la position de  votre organisation sur cette question délicate ?
 
 
Effectivement il s’agit du vote soi-disant massif des populations du Nord pour le RPT-UNIR. Il va sans dire que l’objectif d’une telle politique est de susciter, d’amplifier l’animosité entre le Nord et le Sud, et de resserrer tout le Nord autour du pouvoir. Elle répond aussi aux intérêts de barons régionalistes du Sud tels qu’un Agboyibo et un Agbeyomé qui ont mobilisé les populations Ouatchi lors de cette élection. Ces derniers justifient leur alliance avec le clan Gnassingbé en prétendant que c’est parce que le RPT passe pour un parti du Nord. 

Nous devons combattre résolument cette politique dont nous pouvons percevoir les dangereuses conséquences:
 
·      a)  le soi-disant vote massif du Nord est le résultat  d’une pratique de corruption, d’intimidation, de pression, de chantage de fraudes appliquées à une échelle jamais atteinte même du temps d’Eyadéma. Des équipes aux ordres du pouvoir ont distribué nuitamment des millions de francs, des «cadeaux» de toutes sortes; on a multiplié les pressions, répandu le bruit qu’une victoire de CAP aurait de graves conséquences pour le Nord; on  a forcé les gens à jurer sur le Coran qu’ils ne voteraient pas pour l’opposition. Tout cela pendant que les observateurs dormaient  dans leurs hôtels. Et on a aussi fraudé: même de simples compatriotes ont pu justement en faire le constat, en faisant remarquer que le résultat proclamé était mathématiquement impossible.
 
·         b) cette politique visant à empêcher tout mouvement d’opposition dans le Nord afin de pouvoir présenter le Nord comme opposé au Sud n’est pas nouvelle; elle est en continuité de la politique du «diviser pour régner» initiée dans les années 1950  par le colonialisme français.  En effet, dans les années 1950  pour contrer le  succès grandissant du CUT et de la JUVENTO   sur tout le territoire national, le colonialisme français a entrepris de  rassembler quelques-uns de ses agents, apprentis barons (chefs, fonctionnaires employés..) du Nord pour mettre  en place un parti politique dénommé UCPN (Union des Chefs et des Populations du Nord). Ce parti n’avait qu’un objectif, combattre l’idée d’indépendance, aussi bien à l’intérieur que devant les instances internationales, sous prétexte que l’indépendance entraînerait la domination du Sud sur le  Nord, etc.  Déjà à cette époque, l’intimidation, la pression la répression étaient les méthodes utilisées. Mais cela n’avait pas empêché la progression de la revendication d’indépendance  et des partis nationalistes dans le Nord, et la participation pleine et entière du Nord à la lutte anti-colonialiste malgré tous les obstacles.
 
 
Ces deux exemples montrent que la situation d’aujourd’hui n’est pas fondamentalement différente. Aujourd’hui comme hier des barons régionalistes, pour préserver et étendre leurs intérêts, sont prêts à tout pour  opposer  Nord et Sud. Ces barons régionalistes sont aussi bien au Nord qu’au Sud. Il existe d’indécrottables régionalistes au sein de l’opposition comme au sein du RPT/UNIR, et le risque d’aboutir un jour à une situation à l’ivoirienne existe. C’est ainsi qu’il faut comprendre la situation actuelle.  Pour nous démocrate, aujourd’hui, il ne peut pas être question de rentrer dans leur jeu, parce que, non seulement, le résultat qu’on nous présente n’est pas vrai, mais aussi parce que cela reviendrait à donner à ces élections une importance qu’elles n’ont pas. Ce qu’il nous faut surtout c’est de faire preuve de vigilance de défendre fermement notre ligne politique sur la question nationale.
 
 
CKRL : Conformément à vos analyses les élections du 25 avril sont une étape de l’intégration de l’opposition au sein du pouvoir. Cette intégration est en train de s’achever pour l’UFC sous nos yeux avec la formation du gouvernement Klassou... Que pensez-vous de cette question d’intégration de l’opposition au pouvoir,  et de l’attitude de CAP-2015 et l’ANC ?.
 
 
Sans nul doute, pour l’UFC  et le CAR, dont les leaders ne représentent plus qu’eux-mêmes, les jeux sont  déjà faits. Ils ont seulement suivi à quelques mois de distance, l’exemple des Ayéva, des Edem Kodjo et les Gnininvi etc. Comme eux d’ailleurs, ils ne représentent plus rien, sinon eux-mêmes.Qu’ils soient ou non au gouvernement n’a aucune importance.
 
D’abord, quelques clarifications sur le CAP-2015 en tant que front politique.

Après avoir tiré les leçons du mouvement démocratique initié en octobre 90, on se rend compte que les leaders de l’opposition ne cessent d’ériger toutes sortes de fronts qui évidemment on lamentablement échoué... C’est le cas du FAR, COD, FOD dans les années 1990. Tous ces fronts y compris le CAP-2015  avaient des limites et des lacunes évidentes notamment :
 
* Par son caractère de simple conglomérat conjoncturel de partis et d’organisations, sans aucune structure permanente.
 
*  Par son objectif purement électoral ;
 
*  Par leur refus de définir le contenu de la lutte pour la démocratie et de tracer une perspective claire... Bref par une absence de programme. Voilà ce que nous pouvons noter sur le CAP-2015 en tant que structure politique.
 
Quant à L’ANC, elle  apparaît  comme un parti qui ne diffère pas des autres partis de l’opposition dite démocratique, et qui ne vit que sur  le mythe de feu Olympio. C’est un parti qui n’a aucune stratégie.  Autant dire qu’ils sont allés aux élections parce qu’ils ne savent  pas quoi faire. Il est d’ailleurs bien clair que le recours à un énième mémorandum sur les élections du 25 avril dont on peut prévoir le résultat n’est qu’une simple gesticulation, une manière stérile d’occuper la scène politique pour continuer d’exister.  Il n’en demeure pas moins que c’est le seul parti de l’opposition dite démocratique qui continue de semer des illusions au sein des masses togolaises.
 
Il doit être clair que l’ANC  fait partie du système au même titre que les autres partis: depuis sa naissance en octobre 2010, elle a participé à toutes les  discussions et dialogues avec le clan Gnassingbé,  sur la question du pouvoir, en sont la preuve. Bien qu’ayant déjà un pied dans l’appareil d’Etat, elle n’y participe pas encore de manière visible et  elle a  su  ainsi éviter le discrédit qui frappe les autres partis. Aujourd’hui elle n’a plus le choix: ou bien elle participe au pouvoir d’Etat, par ses députés ou par sa future entrée  au gouvernement à travers une énième négociation. Dans ce cas elle ne fera qu’accélérer son discrédit; ou bien elle refuse d’y participer, mais elle n’a rien à proposer en dehors d’une opposition sans perspective. Il va sans dire que l’absence de perspective est de plus en plus perçue par une grande fraction du peuple et surtout par la base de l’ANC.
 
 
CKRL : Dans cette situation lamentable, si vous osez parlez de discrédit de l’ANC et des autres partis de l’opposition ; quelle perspective vous donnez-vous donc à cette lutte qui depuis 25 ans et qui peine d’aboutir ? En somme, que faire pour conduire cette lutte démocratique  à son terme?
 
Nous devons comprendre que la nature même a horreur du vide, les compatriotes les plus sincères, déterminés pour continuer cette noble lutte ne vont pas rester les bras croisés....Sur ce, une des conséquences de cette  situation sera sans nul doute l’afflux vers les véritables organisations démocratiques et anti-impérialistes de nombreux militants déçus des partis de l’opposition dite démocratique. Ces organisations y compris la nôtre auront de nouveaux venus qui vont à leur tour nous demander pourquoi nous ne nous sommes pas fait connaître plus tôt, si ce n’est pas trop tard. Ce ne sera pas pour nous une surprise. C’est là une confirmation de la justesse de notre ligne politique et de notre pratique qui consiste à laisser les masses faire leur propre expérience. C’est une situation politique qui nous invite à redoubler de vigilance et d’esprit de responsabilité.  En effet, les nouveaux viendront en notre sein avec les préjugés,  les conceptions, les pratiques  erronées des partis dits de l’opposition démocratique notamment :
 
*  les conceptions régionalistes, tribalistes et putschistes exacerbées par les résultats électoraux ;
 
*  les  conceptions erronées du chef ;
 
* le refus d’étudier, d’approfondir ses connaissances politiques sous prétexte qu’il faut agir ou bien «faire quelques choses»... ! 
 
*  le refus d’une démarcation claire d’avec les faux démocrates ;
 
* le refus de la discipline etc.
 
  Il faudra veiller à  éradiquer toutes ces conception et pratiques erronées pour ne pas en subir nous-mêmes l’influence. Par ailleurs il ne faut pas négliger les tentatives d’infiltrations, surtout lorsqu’il apparaîtra de plus en plus clair que nous représentons l’alternative. Nous y parviendrons si nous appliquons les règles et les principes qui ont été les nôtres jusqu’à présent. Plus que jamais, notre rôle en tant qu’organisation politique en terre d’exil est de rassembler, mobiliser et d’organiser tous les compatriotes dans nos Comités d’Etude d’Action et de Soutien -CEAS – dans la diaspora afin qu’ils apportent leur contribution à cette intrépide lutte que nous menons contre la dictature oligarchique  du clan Gnassingbé et la France impérialiste.
 
Bruxelles, le 30 octobre 2015
 
Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil
 
 

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