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INTERVIEW 
 
La  lutte pour la fin de la dictature demeure notre projet pour le Togo! 
 
 
L'élection frauduleuse qui vient de conforter la dictature dans notre pays ne cesse de faire couler beaucoup d'encre. Chacun y va de son commentaire ou bien de son bilan sur cette situation catastrophique. Parmi ces commentaires, il y a ceux qui, pour justifier leur participation honteuse à cette parodie d'élection, veulent nous faire croire que c'est ce énième hold-up qui a montré, aux yeux du monde entier, la véritable nature de la dictature. Nous nous démarquons de ces balivernes et autres affabulations honteuses qu'ils nous servent afin de se dérober de leurs responsabilités politiques et morales ! Pour la simple raison que, ce sont les mêmes qui, il y a plus de vingt ans criaient dans les meetings et sur les ondes internationales que les accords du 12 juin 91 et la conférence nationale pouvaient  dégager le tyran Eyadema du pouvoir.Il n'en est rien.Ces multiples accords, négociations et conférences ont plutôt conforté la dictature avec à la clé une succession monarchique.
 
 L'interview que nous publions ci-dessous a été accordée il y a un mois à une station radio québécoise CKRL (http://www.ckrl.qc.ca/index.php/emissions/423-tout-feu-tout-flamme du 09 mai 2015).
Nous la reproduisons pour continuer notre travail de clarification, de démarcation vis-à-vis des faux amis du peuple qui viennent de légitimer la dictature oligarchique du clan Gnassingbé et son allié le clan Olympio.  D'une façon évidente, cette interview est, non seulement, le fruit de notre analyse sur le processus démocratique au Togo et ailleurs en Afrique, mais également, elle situe concrètement  la responsabilité et les tâches qui incombent aux démocrates et patriotes face à ce pouvoir vermoulu.
Lisez plutôt ! 
 
 
CKRL : Depuis les premiers souffles de démocratie qui ont traversé le continent Africain à la tombée du mur de Berlin, on peut aujourd’hui faire l’amer constat que les pays Africains ont toujours du mal à renouer avec l’État de droit et de  liberté des peuples africains.  Selon vous à quoi est dû ce manquement démocratique notamment dans les pays francophones,  tels que le Gabon, le Togo, le Cameroun, pour ne citer que ceux-là ?
 
 
Gligli-Amorin : Tout d'abord j’aimerai vous remercier pour cette opportunité que vous me donnez d’intervenir sur votre antenne. Je suis militant politique de la plate-forme dénommée Togo En Lutte, une organisation qui se bat pour un Togo débarrassé de la horde des Gnassingbé et de la France impérialiste. Notre analyse sur la situation politique n’a pas varié d’un iota depuis la mort de l’autocrate Eyadema jusqu’à ce jour; à savoir que ce ne sont pas les bulletins de vote, les négociations au sommet, les réformes constitutionnelles qui peuvent faire plier une dictature de la trempe de celle qui sévit au Togo depuis l’assassinat du Président Sylvanus Olympio en janvier 1963. 
 
Ceci étant dit, revenons à la première partie de votre question, on doit d’entrée apporter une clarification historique sur les événements en Europe de l'Est en 1989-1991 et la lutte des peuples africains. Cette clarification consiste à faire comprendre aux peuples en lutte en Afrique que la chute du mur de Berlin n’a rien à voir avec les revendications populaires des peuples d’Afrique.
L'effondrement du mur de Berlin n'est pas synonyme de démocratie. Puisque les peuples européens de l'Est sont aujourd'hui sous domination des multinationales qui achètent à tour de bras leurs sociétés, licencient comme en Afrique… La chute du mur de Berlin a montré la nature immonde du système capitaliste en Europe de l'Est où la misère et la guerre rythmaient la vie notamment dans l'ancienne Yougoslavie,l'URSS et en Albanie.  L'effondrement du mur avait, sans aucun doute, engendré une dictature du marché qu'on peut désigner une démocratie à la solde du grand capital.
 
C'était ce contexte agressif du capitalisme international, de l'impérialisme que François Mitterrand avait choisi pour organiser la conférence de La Baule en juin 1990. Une conférence qui avait pour objectif d'éteindre le feu de la lutte qui couvait sur le continent africain et à organiser subrepticement une transition politique en douceur pour sauver les valets de la France... Ainsi, rappelons-nous qu'à cette époque, les peuples africains étaient déjà en effervescence avant les événements de l'Europe de l'Est. On peut citer des exemples de luttes qui s’étaient  soldées par l'arrestation massive dans les rangs des démocrates et patriotes au Togo en 1984-1985, 1986 et 1989. Sans oublier les tentatives de putsch de septembre 1986 où l'impérialisme français envoya illico presto des légionnaires pour protéger le pouvoir d'Eyadema.  
 
Ajoutons dans ce registre de lutte, le cas particulier du Bénin où une implacable lutte populaire fut déclenchée en Août 1989 par la Convention du Peuple. Cette lutte salutaire menée de bout en bout par la Convention du Peuple avait complètement affaibli l'autocrate Kérékou ; en décembre 1989 plus de 100 mille manifestants étaient descendus dans les rues de Cotonou pour décréter la fin de l'autocratie. Sans nul doute, les peuples africains n'avaient pas attendu la chute du mur de Berlin en août 1989, ni un prétendu vent de l'Est pour entrer en résistance, pour se soulever contre les régimes dictatoriaux ! Prétendre le contraire  serait, non seulement, une fable, mais aussi, une insulte à nos peuples. 
 
D'une manière évidente, les peuples d’Afrique qui ont subi toutes sortes de brimades, d’injustices et  de répressions, depuis les années 1960, en sont arrivés à un  point de non-retour. C’est ainsi qu’ils s’étaient levés  vers la fin des années 1980 et début 1990 contre les régimes mis en place par l'impérialisme français, au Gabon, au Cameroun et au Togo. Lesquels régimes pillaient sans frein nos Etats. Ajoutons aux pillages, les plans d'ajustement structurel du FMI et de la Banque Mondiale qui ont beaucoup contribué à accentuer la paupérisation des populations africaines en supprimant les budgets sociauxen mettant en place la privatisation des secteurs juteux et vitaux, et avec à la clé un vaste plan de licenciements massifs des fonctionnaires. 
 
Il ressort que la mise en fer des libertés et le manque d'une justice sociale dans ces pays (Togo, Cameroun, Gabonsont dus à la nature autocratique de ces régimes qui, avec le soutien de l'impérialisme français et ses multinationales comme Bolloré, Elf-Total, Bouygues, le groupe Castel, Areva, le groupe hôtelier Accor qui régentent la vie politique et économique de ces pays depuis une trentaine d'années... Ainsi donc c'est l'impérialisme français qui est et demeure à la manette au Togo et surtout au Gabon des Bongo pour protéger ses intérêts au détriment des peuples africains. D’où, depuis 2005, les différents scénari de putsch militaire et constitutionnel pour garantir une succession monarchique à la tête de ces régimes.
 
 
CKRL : Pensez-vous que le problème c’est l’opposition ou alors c’est plutôt le refus catégorique des systèmes dictatoriaux très expérimentés dans leurs forfaitures ? Selon vous quelles sont les erreurs de l’opposition ?
 
 
Gligli-Amorin : Les peuples d’Afrique sont dans leur majorité des peuples en lutte pour leur affranchissement de la main de la France.... Mais il se fait qu’en réalité, ceux qui se sont déclarés leaders du peuple n'ont pas les mêmes intérêts que les masses populaires africaines. La plupart sont des bourgeois qui aspirent à accéder au pouvoir néocolonial et de surcroît ne représentent pas une force politique qui veut aller vers un changement notable et qualitatif. C'est plutôt une clique envoyée par l'impérialisme français pour détourner les mouvements démocratiques sur le continent dans le but de sauver le néocolonialisme en Afrique.  Ainsi, on a vu des anciens barons des partis-Etats au Gabon, au Cameroun et au Togo qui se sont taillé des manteaux de démocrates. De par leurs connivences avec la France, ils refusent de décréter la fin de ces régimes hideux. Ainsi, ils sont donc devenus des interlocuteurs, des complices des pouvoirs autocratiques avec qui ils dialoguent constamment. Ils siègent également dans des parlements fantoches et dans les conseils d’administrations des sociétés étatiques. Sans aucun doute, la prétendue lutte pour la démocratie est devenue un véritable fonds de commerce, un business pour ces oppositions au Togo, Gabon et ailleurs sur le continent.
 
Il est évident que toutes ces pratiques puantes n’ont rien à voir avec la lutte pour la liberté, la démocratie et une justice sociale que réclament les peuples sur le continent. Que ce soit au Cameroun, au Gabon et au Togo, les peuples sont toujours en lutte, déterminés mais à leur tête nous avons une opposition collaboratrice et collaborationniste.  Cette  opposition, d’une manière générale, constitue une entrave à une véritable lutte contre la dictature; elle est au service de la France impérialiste et constitue une digue devant le mouvement populaire. 
 
 
CKRL : Monsieur Maurice Mouta Wakilou Gligli-Amorin, on vous connait pour votre prise de position contre l’opposition Togolaise. Vous êtes de ceux qui prônent  pour la fin du régime militaire cinquantenaire, un soulèvement  populaire car vous pensez qu’après toutes les tentatives rien ne pourra déboulonner le système UNIR/RPT.  Pouvez-vous nous dire un peu comment ce soulèvement peut s’opérer après tant d’échecs de l’opposition et d’essoufflement du peuple ?
 
 
Gligli-Amorin : En matière d’insurrection, notre cher pays le Togo a déjà expérimenté la voie insurrectionnelle avec le mouvement historique du 05 octobre 1990. Ce mouvement inédit avait complètement rejeté ce régime vomi et honni. Ce mouvement s’est caractérisé par des actes de bravoure où le peuple  s’est attaqué aux symboles du régime du dictateur Eyadema. Notons bien que ce  vaste mouvement s’est poursuivi durant des années jusqu’à 1994, permettant au peuple d’arracher les quelques rares libertés démocratiques dont il jouit aujourd’hui. Seulement, nous n’avons pas été loin dans cette révolution. Parce qu'une révolution a besoin d'une direction conséquente qui par son programme politique et son mot d'ordre précis aide le peuple à s'orienter, à se prendre en charge jusqu'au renversement du pouvoir dictatorial. Malheureusement, au Togo, cette direction politique du mouvement démocratique a été vite récupérée,jusqu'aujourd'hui, par un courant politique conciliant avec la dictature.  Ce courant conciliant est issu de la bourgeoisie libérale et  de la couche supérieure de la petite bourgeoisie. 
 
Souvenons-nous donc de la fameuse phrase d'un Agboyibo en pleine insurrection populaire en mars 1991. Je le cite "le départ d'Eyadema créerait un vide politique" Quelques mois plus tard, la palme d’or revenait à un Gnininvi  qui renchérit dans Jeune Afrique Économique N°148 d'octobre 1991 :
 " la population n'a jamais demandé une conférence nationale ;'elle exigeait le départ de Eyadema... que c'est nous (les opposants) qui voulions jouer le jeu démocratique en allant à cette conférence afin de battre Eyadema, plus tard, dans les urnes".
 
Ainsi donc, cette bourgeoisie libérale, conciliatrice a imposé à la lutte plus d’une dizaine de négociations et six élections présidentielles truquées d'avance depuis août 1993. D’échec en échec, on peut déduire que le pouvoir en place et cette opposition sont devenus un obstacle, un ennemi; qu'il faut  combattre politiquement en le renvoyant dans les poubelles de l’histoire.
 
Pour revenir à votre question, indéniablement la seule voie à suivre est effectivement le soulèvement populaire. Seule une lutte populaire peut abolir cette dictature comme en Tunisie et au Burkina-Faso. Pour conduire ce mouvement avec succès, il nous faut d'abord une préparation politique c'est- à- dire la conscientisation et l'organisation des masses populaires afin qu'elles se rendent  compte que c'est elles qui constituent la force principale de cette lutte. Sur ce, cette organisation du peuple suppose que les patriotes et démocrates se donnent des tâches et des moyens de résistance face  à ce régime sanguinaire.  Cet intrépide combat implique également la mobilisation de tous les secteurs du peuple à savoir : les enseignants, les intellectuels, les paysans, les ouvriers, les jeunes, les vieux, les soldats, les chômeurs etc. Sans aucun doute, la tâche des démocrates et des organisations démocratiques est de travailler pour que toutes ces conditions soient impérativement réunies.  
 
 
CKRL : Pouvez-vous nous dire quels sont vos projets pour le Togo ?
 
Gligli-Amorin : Notre projet pour le Togo est d'amener les peuples du Togo à prendre conscience que nous menons une lutte émancipatrice, une lutte de libération nationale. La première étape de cette lutte est d'aider notre peuple à s'organiser afin de vaincre, non seulement, l'autocratie, mais également, ses alliés tacites qui se réclament de l'opposition. Cette lutte émancipatrice passe aussi par la lutte pour débarrasser notre pays de toute domination étrangère en commençant par celle de la France. Sans la réalisation de ce programme minimum, le Togo demeurera un pays dominé et sous- développé.
D'une manière claire, la lutte pour la fin de la dictature demeure notre projet de vie.
 
Je vous remercie
 
Bruxelles, le 15 juin 2015
 
Togo En Lutte 
 
Le Front des Organisations Démocratiques Togolaises en Exil