Élection au Togo: Business partout, démocratie nulle part ! 

L'élection présidentielle qui va finalement se dérouler, selon les dernières décisions, le 25 avril prochain, ressemble fort à un mauvais théâtre. Les scènes sont déjà écrites d'avance, les acteurs désignés, les rôles distribués. Cette élection  n'est qu'une formalité destinée à assurer une nouvelle  légitimité à  l'apprenti dictateur FAURE dont la réélection est déjà  programmée, et au-delà, à asseoir le tandem FAURE-GILCHRIST. Si FAURE  peut se permettre  de s'acheter dès maintenant un nouvel avion  présidentiel et d'engager des travaux de rénovation à la présidence, c'est bien parce qu'il sait qu'il n'a aucun souci à se faire. Même le report de dix jours de l'échéance électorale fait sans doute partie  de cette mise en scène.  

En effet, c'est l'occasion pour FAURE de jouer à l'homme politique  «magnanime»,  au dirigeant «à l'écoute et prêt à faire un geste pour une démocratie apaisée»; mais c'est aussi une manière de donner un peu de crédibilité à Jean-Pierre FABRE et par là au spectacle lui-même. Ayant oublié entre temps qu'il y a quelques semaines encore il exigeait, menaces de  boycott à l'appui, des réformes constitutionnelles et institutionnelles avant les élections, le leader de l'ANC peut  présenter ce report comme le fruit  de son combat à propos des listes électorales,  et comme sa victoire personnelle. Même ses   gesticulations de  dernière minute  font partie du scénario. Il pourra ainsi se refaire le profil de dirigeant «ferme»,«radical» qu'il cherche à se donner  en lieu et place de Gilchrist OLYMPIO. D'ailleurs ses partisans n'ont pas manqué de saisir l'occasion pour agiter l'espoir d'une victoire rendue maintenant possible par cette intervention de la «communauté internationale»mais personne n'est dupe et nous savons que les explications post électorales sont déjà prêtres: ce sera la faute à la fraude, mais aussi aux candidatures multiples et aux boycotteurs

En effet la véritable  préoccupation, ce sont «des élections apaisées». Cette préoccupation est également  celle des vrais maîtres de notre pays, les puissances  impérialistes et la«communauté internationale» qui leur sert de couverture. Car la crainte que tous  partagent  et qui explique cette manœuvre de dernière minute, ce n'est certainement  pas le résultat, déjà garanti; c'est ce qui peut survenir autour de ce scrutin; c'est  de voir se reproduire chez-nous ce qui vient de se passer au Burkina Faso, l'insurrection populaire qu'ils redoutent  par-dessus tout,  parce qu'ils ne savent pas sur quoi elle peut déboucher. Et ils essaient tant bien que mal de se rassurer, de se persuader que la situation n'est pas la même «Le Togo, ce n'est pas le Burkina Faso», répète Gilchrist OLYMPIO en écho à son compère et partenaire FAURE. 

Des sommes importantes ont circulé; elles ont contribué par exemple à calmer les menaces de boycott d'un Jean-Pierre FABRE. Même la presse dite indépendante a eu sa part par le biais de la HAAC, ce qui a d'ailleurs engendré des querelles pour le partage du magot. On parle même de «listes électorales peu fiables mais consensuelles», ce qui montre à quel point tout ce beau monde s'entend comme larrons en foire. Dans le même temps, les récentes mesures en  matière d'organisation militaire et territoriale décidée dans le but avoué d'assurer «un maillage efficace et permanent du territoire» les menaces, les discours incendiaires du sous-fifre BAWARA, la répression déclenchée contre le mouvement gréviste actuel, illustrent fort bien la volonté du pouvoir de mater toute contestation. 

Mais si nous qualifions cette élection de théâtre c'est que nous savons très bien,  que pour l'essentiel, c'est-à-dire pour ce qui  concerne  la répartition des forces de la bourgeoisie réactionnaire, les jeux sont faits depuis bien longtemps, et que tout a été déjà réglé ailleurs. Le fait majeur dans ce sens, c'est l'accord intervenu en mai 2010 entre FAURE GNASSINGBE et GILCHRIST OLYMPIO. Cet accord a scellé une alliance entre les deux clans  les plus importantes de la grande bourgeoisie togolaise, le clan  GNASSINBGE et le clan  OLYMPIO. 

Cette alliance était déjà souhaitée par les inspirateurs et les fondateurs du RPT et était alors placée sous le signe de la «réconciliation nationale» depuis  1969; mais les conditions n'étaient pas alors réunies: le clan OLYMPIO, comptant sur ses grands moyens financiers, a longtemps caressé l'espoir de renverser l'autocrate EYADEMA, et ne cherchait pas à collaborer avec lui; le clan Gnassingbé  de son côté, était préoccupé  par la consolidation de son pouvoir, et n'entendait pas le partager. Par ailleurs, il faisait plutôt  partie de la  bourgeoisie politico-militaire et ne s'était pas encore constitué une base économique suffisante  pour se hisser à la hauteur du clan OLYMPIO et pour traiter avec lui. Mais, aujourd'hui, les choses ont changé. 

A coups de détournements de fonds publics, de pillages des richesses nationales, de trafics en tous genres, le  clan GNASSINGBE,  sous la direction de l'autocrate EYADEMA, a réalisé de façon classique peut-on dire, son accumulation primitive capitaliste; il  est devenu une branche importante de la grande bourgeoisie togolaise d'aujourd'hui. Sans pour autant perdre ses vieilles habitudes de prédateur, il s'est donné les moyens de s'engager dans une ère nouvelle, celle du business, et dans ce sens, le choix d'un FAURE, avec sa  formation universitaire, comme successeur de l'autocrate n'était pas un hasard. 

Il était donc logiques qu'à la longue, FAURE et GILCHRIST se  découvrent  un langage commun: le langage du business; ils ont pu ainsi se  rapprocher et ont fini par s'allier. Cet accord n'a donc rien de circonstanciel. Il  a une portée  stratégique. Par des participations communes dans  de nombreux projets et entreprises, (projet sucrerie, projet hydraulique de la Volta, usine de clinker au Ghana...), les deux compères sont en train de donner à cette alliance une assise  économique; au plan  politique  l'UFC participe au gouvernement et Gilchrist  joue même le rôle d'un vice-président officieux.

Il est  vrai  que  FAURE, comme il fallait s'y attendre d'ailleurs, garde la haute main sur ce qui fait l'ossature de ce pouvoir d'oppression anti-populaire, c'est-à-dire l'armée, la police politique..., mais c'est néanmoins un régime oligarchique qui s'est mis en place et qui s'est substitué au régime autocratique représenté par la seule branche des GNASSINGBE. Même le domaine familial n'est pas oublié, à voir les liens matrimoniaux  qui se sont tissés  entre ces deux clans. 

Quant à la  fraction de la bourgeoisie bureaucratique qui joue les opposants, une partie de celle-ci va sans doute se rallier cet attelage FAURE-GILCHRIST, soit à  titre individuel, soit par le biais d'une organisation, dans l'espoir d'une carrière, d'un probable siège d'élu local  d'un probable siège de sénateur. Ce sont des perspectives à ne pas négliger; l'autre partie continuera dans ses vaines revendications de réformes constitutionnels pour exister, en espérant une oreille attentive assortie d'éventuelles contributions de la  part de la«communauté internationale»

Voilà donc la vraie réalité de notre situation, le contexte dans lequel se déroule ce cirque électoral. Peu importe le montant du cachet touché par les principaux acteurs; En revanche, il est incontestable que ce cirque électoral est aussi devenu  un vaste marché, une véritable foire; une occasion où nos politiciens bourgeois, ces faux démocrates veulent d'abord faire des affaires, faire du business. «Business partout, démocratie nulle part, c'est le mot qui convient à ce contexte électoral». Il n'est pas permis de se moquer à ce point du peuple de sa misère de ses souffrances et de ses morts. 

La seule attitude juste face à cette vaste escroquerie à laquelle on a donné le nom d'élection présidentielle, c'est le boycott. Nous appelons donc le peuple à boycotter ce scrutin. 

Mais soyons clairs. Il ne s'agit pas de se joindre à ceux et dont les revendications se limitent aux réformes constitutionnelles et institutionnelles. En effet, comme nous l'avons toujours affirmé, et comme le confirme l'expérience des peuples, un régime de dictature anti-populaire ne se réforme pas; pour instaurer la démocratie, il faut commencer par le détruire. C'est ce que nous n'avons jamais cessé de rappeler au moins depuis 1990. Notre appel au boycott n'a rien à voir non plus avec celui du CAR d'AGBOYIBO-APEVON. Pour ce parti dont le président d'honneur a été  le premier ministre du putschiste FAURE, le boycott relève du simple opportunisme; ce n'est qu'un épisode des rivalités  qui l'opposent à l'ANC de Jean-Pierre FABRE pour le qualificatif «d'opposant radical». 

Notre appel au boycott signifie que pour nous, la mobilisation, l'organisation et la lutte populaires sont les facteurs décisifs pour l'instauration de la démocratie; qu'un peuple organisé et mobilisé, peut venir à bout de l'oppression. Le peuple burkinabé vient encore de nous donner un exemple. 

C'est le lieu de saluer les grèves des travailleurs à Lomé, Tabligbo, Kpémé, Sokodé et à  Dapaong, qui,  par la forme qu'ils donnent à leur mouvement en dépit de la répression qui les frappe,  sont en train d'ouvrir une nouvelle page dans l'histoire du mouvement syndical et démocratique dans notre pays. 

Nous appelons donc le  peuple à renforcer ses organisations de lutte, à en créer là où elles n'existent pas encore en vue de créer un large front de lutte, seul susceptible de venir à bout de ce régime  C'est l'insurrection populaire qui a fait reculer l'autocratie en 1990-1992. C'est l'insurrection victorieuse qui mettra fin à l'oppression, à l'injustice. 

 

A bas la farce électorale ! 

En avant pour la mobilisation et pour la lutte ! 

Lomé, le 15 avril 2015 

 Le Parti Communiste du Togo 

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