Gligli-Amorin: «...l’UFC et l’ANC, c’est bonnet blanc et blanc bonnet»

A bâtons rompus avec Mouta Gligli-Amorin: Gligli-Amorin:

«...l’UFC et l’ANC, c’est bonnet blanc et blanc bonnet» (Etiame.com 02/11/2010)  

 

Quelles analyses faites-vous de la situation politique togolaise actuelle?

La situation politique actuelle est la conséquence des conditions qui l’ont vue naître. Chaotique! Je cite de mémoire le dictateur Eyadema qui disait que ’ si vous ne prenez, garde’, vous allez reculer de 100 ans en arrière’. En bon français on recule tout simplement. Aujourd’hui, les faits sont là. Prophétie lugubre ou macabre Nous nous retrouvons à la période d’avant octobre 1990. Regain de la dictature qui continue de bafouer et de piétiner les libertés démocratiques: arrestations arbitraires, le refus au togolais de vaquer librement à ses cultes, bâillonnement de la presse et des radios libres, etc. Par exemple, le régime togolais qui est né dans le sang et a poussé dans le sang ne peut que se nourrir du sang pour sa survie. Voyez-vous que si rien n’est fait contre ce torrent de sang, la prédiction maléfique du despote Eyadema se réalisera en fin de compte.

L’accord RPT-UFC change-t-il la donne sur un plan purement politique?

 Ce marché de dupes n’engage que ses signataires. Permettez-moi de ne pas trop m’y appesantir. Je ne me sens nullement concerné. Les AGO sont des citrons qui seront pressés et jetés à la poubelle de l’histoire comme toutes les autres formations politiques qui s’y sont déjà fait prendre au piège. 

Avant cet accord, vous souteniez bec et ongle Gilchrist Olympio comme le seul intermédiaire crédible de la lutte pour l’alternance politique au Togo.

A un moment donné de la lutte démocratique togolaise, M. Olympio, par rapport aux autres soit- disant opposants qui étaient sur place à Lomé, a incarné, le changement. Mais, je n’ai pas la maîtrise ni du destin ni du comportement politique de personne. D’où, comme tout autre Togolais, je ne peux répondre des égarements politiques de M. Olympio. Que dites--vous de Jean Pierre Fabre lui-même, membre de l’UFC avant les élections bidons de 2010 et son groupe de l’ANC? Est-ce un crime passible de peine d’emprisonnement que d’avoir soutenu M. Olympio à un moment de la lutte quand nous pensions qu’il représentait la seule alternative? Dois-je toujours continuer de le soutenir quand il dévie de la trajectoire initiale et s’associe à la gestion de la dictature que nous combattons? Il n’y a que «des sots et des huîtres qui adhèrent» selon Paul Valéry. Je ne suis pas un garçon de course d’un quelconque ‘opposant’ ni un ‘vendeur d’illusion’. Je suis libre de ma pensée et de mes mouvements. 

Pensez-vous que le pouvoir togolais a fait mieux de s’ingérer dans la vie politique d’un parti politique légalement constitué?

 Cher monsieur le journaliste, lorsque vous allez chez un tailleur, c’est en fonction de votre commande qu’il vous coud votre costume. Les AGO sont venus au secours du RPT moribond qui, leur a retourné l’ascenseur. Je n’ai que faire des loups qui hurlent et se mangent! Je sais que le temps travaille contre eux.

Il y a quelques jours vous publiiez une tribune contre la création de l’ANC (Alliance nationale pour le changement) par Jean-Pierre Fabre, dissident de l’UFC (Union des Forces de Changement), ce qui n’a pas été du goût de la majeure partie de l’opinion. 

Ecoutez, cher Monsieur le journaliste, nous ne sommes pas tenus d’être d’accord sur tout avec des illusionnistes. Pour ma part, l’UFC et l’ANC, c’est bonnet blanc et blanc bonnet. Les mêmes qui, hier, ont animé l’UFC se retrouvent au sein de l’ANC. C’est dire que les raisons de la dissidence n’ont pas pour fondement, ni l’idéologie ni la méthode. C’est plutôt, une guéguerre de chefs, une guerre de chapelle. Qui plus est, ce n’est pas parce qu’on est en grand nombre qu’on détient la vérité. Ma réflexion n’avait pas pour objectif de faire l’unanimité. 

Etes-vous Mouta Gligli-Amorin l’éternel dissident et insatisfait? Beaucoup de gens disent que vous n’êtes jamais d’accord sur rien? 

Dites-moi, avant de vous répondre, Monsieur le journaliste, ce qui a changé au Togo par rapport aux objectifs de la lutte déclenchée le 05 octobre 1990 pour que je me satisfasse de quoi que se soit? Ce sont les pirouettes qui changent d’avis sans attendre la réalisation de leurs objectifs. Celui qui change au gré du vent et de la tempête sans réussir, voilà un insatisfait. Celui qui n’arrive pas à mener à terme sa lutte, voilà un éternel dissident car il s’écarte de sa position initiale. Et par ce fait devient un éternel insatisfait. Tel n’est pas mon cas. Je persiste dans ce que je crois. Ensuite, qu’’entendez-vous par l’éternel dissident et insatisfait? Si c’est le fait de dire non à la dictature et à ses alliés que vous me traitez de la sorte je l’accepte et je l’assume. Pourquoi faire des concessions à ceux-là qui tuent chaque jour nos parents, nos mères, nos enfants, etc.? Pour abattre un citoyen, est ce que la milice du RPT, je veux dire, l’armée tribale (les FAT) demande –elle notre avis? Sans vous mentir, je trouve que la vérité n’est pas plurielle. La preuve en est que nos peuples continuent de dire non et mille fois non à la dictature et à ses collaborateurs. Petit à petit, regardez comment l’électorat des Agboyibo, des Gnininvi et toute la clique des soit –disant opposants s’est étiolé à chaque fois que l’occasion lui est donnée. Sur quels critères vous basez--vous pour affirmer que je ne suis jamais d’accord sur rien? Est –ce que les podosants demandent l’avis de qui que ce soit avant d’aller négocier avec la dictature? 

Dans la diaspora, on semble comprendre comme qu’il y a un certain défaitisme, la mobilisation d’après le 04 mars 2010 a faibli ou est presque inexistante. Et vous particulièrement vous aviez disparu. Pourquoi ?

Je vous réponds par cette boutade : Pourquoi, alors, n’aviez-vous pas lancé un avis de recherche à mon sujet? (rires). Ecoutez, que voulez-vous que je fasse concrètement quand la masse ne suit pas toujours ? A notre niveau et avec nos moyens et l’espace dont nous disposons et où nous évoluons, j’ai toujours fait ce que je peux sans relâche. Tant que nous ne chasserons pas la dynastie Eyadema en perdition du pouvoir, cette horde en place, renforcée aujourd’hui par les AGO, nous resterons toujours sur la braise! Jusqu’ à la veille de l’élection de 2010, j’ai donné une série d’interviews dont l’une publiée sur www.togonews.be 

Dans la perspective de l’élection présidentielle de 2010, ici à Bruxelles, nous avions convoqué une réunion publique pour donner la parole à nos compatriotes. Toujours dans cette optique, nous avons fait des propositions d’organisation des séries de manifestations et conférences. À plusieurs reprises j’étais à Paris chez M. Olympio pour associer entre autre sa formation politique à notre démarche. Ce fut sans suite. Aussi, ai-je discuté avec certains responsables d’associations de la diaspora, sur la nécessité d’ameuter la communauté internationale en braquant les projeteurs sur le Togo. Rien n’y fit. Dire que j’ai disparu, c’est un peu fort le café. Si c’est pour soutenir le FRAC et réclamer la victoire de Jean Pierre, que vous pensez que j’ai disparu, vous êtes à côté de la plaque. Je ne me suis jamais reconnu dans le panier à crabes du FRAC ni dans sa stratégie de revendication et de conquête du pouvoir. Enfin, je ne suis pas un éternel dissident et insatisfait. 

Qu’entendez-vous faire pour fléchir la position du pouvoir? Finalement à quand votre retour?

Comme on dit chez nous au Togo, le puits public se construit par le peuple. Le Togo nous appartient tous. En tant qu’individu, je ne sais rien faire. C’est le peuple organisé et conscient avec des dirigeants aguerris qui pourront changer le cours de l’histoire inacceptable de notre cher pays le Togo. Pour cela nous devons nous organiser sur des bases claires et démocratiques. Ne pas faire des associations à caractère personnel où des individus inamovibles s’instituent en roi refusant de remettre en jeu leur mandat. Les associations ne sont pas la propriété privée de certains individus qui en font leur marque déposée et leur fonds de commerce médiatique. Par ailleurs, je sais que mon retour au pays préoccupe beaucoup de mes compatriotes. Certains vont jusqu’à me faire des reproches à ce sujet. Soyez rassurez-vous, mon retour au Togo est prévu à tout moment.

Au plan économique, social et au niveau des infrastructures, tout est à refaire…Je suis d’accord avec vous. Il faut commencer d’abord par renverser ce pouvoir despotique en place. A tout prix. Avant de parler de reconstruction. C’est le préalable. Rappelez-vous des déclarations de Claude Améganvi et Tavio Amorin lors de la CNS Conférence Nationale Souveraine. C’est donc sur les ruines de la dictature que naîtra le Togo de nos vœux et celui de nos aïeux. 

Un message de fin?

Toute vérité finit par naître malgré l’évidence. Nous vaincrons car notre cause est juste. Le peuple togolais finira par identifier ses propres dirigeants en son sein quel qu’en soit le temps que cela mettra. L’histoire des peuples en lutte nous l’enseigne chaque jour. Le problème de la classe politique togolaise, c’est l’absence d’une direction conséquente et anti impérialiste. Je ne suis pas en exil par gaieté de cœur et je ne contribue pas au débat en cours dans mon pays en tant que «vendeur d’illusion» selon que le pensent certains ni un aigris selon les dire d’autres. Presque 20 années loin des siens, est un calvaire, un chemin de croix, un vide dans sa vie qu’on ne peut combler. Mes analyses et autres articles sur la situation intolérable au pays ne visent pas à donner des leçons à qui que ce soit. Nous n’avons pas besoin de loupe pour s’apercevoir que le Togo est malade dans sa gestion et de ses dirigeants. Solennellement, j’affirme que mes interventions ne sont pas des ambitions cachées. En outre, elles ne visent pas à prendre une quelconque place d’un individu en mal de sensation. C’est en homme révolté et épris de justice que modestement j’apporte ma contribution afin qu’il soit mis fin au règne de l’arbitraire, du népotisme et de la corruption. Chacun à son niveau doit essayer d’apporter sa pierre à l’édifice pour la reconstruction du Togo. La «Kollaboration» ne nous mènera à nulle part. Aussi, hier nos pères n’avaient-ils jamais négocié l’indépendance du Togo, de la même manière, aujourd’hui, le peuple doit chasser ses oppresseurs. Il n’y a aucune «avancée» au Togo. Au contraire, tous les acquis arrachés de haute lutte depuis 20 ans ont régressé. Pour ce faire, mobilisons-nous, organisons-nous pour «briser les chaînes de la traîtrise» et «la victoire sera certaine plus que le lever du jour». Enfin «recommençons et l’impossible devient possible».

Je vous remercie.

 

Propos recueillis par Jules Symféïtchéou

 

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