Poème de Sayouba Traoré : Ton pays est malade

mardi 11 novembre 2014
       

Ton pays est malade, le coton et le mil, le fils, la fille, l’enfant
Ton pays est malade, la femme, le mari, le couple, la famille, la narine
Ton pays est malade, le sang, le rang, le gang, le quartier, la ville, le viol
Ton pays est malade, la fratrie insouciante, la matriarche et la patrie ténébreuse
Ton pays est malade, du blâme inacceptable des ivresses colorées
Parce que ta jeunesse est malade, malade des rosées noctambules
La transmission errante, la perception incroyable, la conversation nomade
Ta jeunesse est malade, la réception chancelante, lente mante allante galante
Le réseau ne suit pas. Que faire dans ce cas kaka Tata ?

Ta jeunesse est malade, du taux, du faux et du carbure frauduleux
La main de la cuisinière calculeuse brimant les tripes
Les tripes nouées de colères impuissantes
Impuissances des muscles difficiles qui disent les bras brandis en vain
Bras longs au pas lourd, levain fâché haché jusqu’à Yalgado
Yalgado, premier, évasement des sens et puis Zinda
Qui a pu dire qu’il n’aime pas l’énoncé du nom nombreux ?
Nom nombreux et péniblement engageant, sur le front de l’au-delà
Zinda, élargissement de la patrie au nous, aux tous épatants
Philippe décapant tentant
Monseigneur dédaigneux qui n’en demande pas tant
Philippe sans philippique et dénué de pique
Frère père amer Compaoré jeanmarieoériques
Le regard détourné devant l’impossible trahison
Trahison saumâtre de ceux qui dosent le savoir
Savoir douloureux qui coule, qui roule, qui croule, et circonvient
Circonlocutions confuses de ce front dit républicain
Républicain qui hésite et abdique au premier aboiement des armes

Ton pays est malade de revendications muettes
Parce que les femmes ont sorti le sein du saint secret
Les mamans, les filles et les nubiles sont malades
Le cœur lesté de lourdeurs impossibles
Le ventre saturé de sévères détresses
Les lèvres révulsées devant les sinistres hommages
Qui font tchiorrrrrrrrrrr, qui font pschiiiiiiii
La bouche amère qui raconte la victoire éplorée
Les jambes endolories par les marches inutiles
La spatule offensive devant le trouble mâle

Blaise blessé qui rêve de blesser la foule indécise
Honoré, le mal nommé, le bien nommé, qui honore
Et qui recule d’un pas
Du père, de la mère, de l’amère, du père, de la fille choquante
La barbe, le poitrail vestibule, l’amertume et le sourcil écume
Il fallait agir avant, il fallait faire devant, direct, droit et debout
Blaise Ebola puis Zida Sida, sans mentionner Honoré
Honoré Tiramangan Tirant manquant la cible
Banzoumana regrettant le mourou diman endimanché é

Pourquoi taire François, demi Moukila parfaitement malhabile
La blennorragie dégoulinante et urticante
Le carquois débile dans une Sala sourcilleuse ensorcelante
La ride furieuse, désormais encombrante, salace et futile
Parce que 27 ans de silences lanternés roucoulants
27 dents, 27 sangs, 3.597.075 de jours !!!!!!!!
1484 semaines miséreuses de la crainte frémissante
70 battements de cœur par seconde au détour
Ton pays est malade
Des hésitations angoissées ne constituent pas un homme

Zida, frère, petit frère, grand frère
Désormais, chef du chef du chef
Entends-tu le grincement rouillé
Zida, comprends-tu le roucoulement malheureux