DEVOIR DE MEMOIRE POUR FOLLY KANGNI BERTIN 
19 mai 1994 – 19 mai 2014
Au Togo, la date du 19 mai 1994 est digne de mémoire. On se souvient, en exil, au Bénin, fuyant les foudres de la dictature, que Folly Kangni Bertin trouva la mort dans des conditions qui demeurent jusqu'aujourd'hui non élucidées. Certes, notre histoire regorge des héros anonymes. La plupart sont morts lors des différentes manifestations démocratiques sans que personne n'en parle. D'autres comme Bertin, Amorin, Améga Felly, ont été assassinés directement ou indirectement par la main de la dictature. Aussi, pour que la mort de Bertin et de son combat comme celle d'autres patriotes ne soient jamais jetés dans les oubliettes de l'histoire, avons-nous voulu parler, à présent, de son combat et de sa vie. Ceux-ci méritent d'être connus et reconnus comme des exemples de lutte pour les jeunes togolais désireux de changer radicalement la donne politique au Togo.
Conscient de l'importance que revêt un organe de presse dans la lutte politique, Bertin fonda La Parole . Ce journal satirique au ton humoristique et irrespectueux, a éveillé la conscience politique de la population togolaise de façon agréable mais vraie. Hommes, femmes, enfants, tout le monde aimait s'instruire dans les colonnes de La Parole.
Ce journal a été créé dans la foulée du mouvement insurrectionnel des mois d'octobre - novembre 90 à Lomé. Finalement, La Parole sortira des presses pour la première fois en janvier 1991. Son succès a accéléré son évolution. C'est ainsi que, de bimensuel, La Parole deviendra très vite un hebdo.
A l'instar d'autres médias acquis à la cause du changement, ce journal par ses analyses, phrases assassines et la caricature, contribuera à l'ébranlement de la dictature. La réplique et les esquives de la dictature ne tarderont pas. En peu de temps, La Parole fera l'objet de la censure, voire des saisies. La Parole sera traînée devant les tribunaux de la république dictatoriale. Un exemple de ces procès iniques: pour avoir porté à la connaissance du public togolais, le séjour à Pya du capitaine béninois Pascal Tawès, le fondateur de La Parole fut traduit en justice et obligé de prendre le chemin de l'exil au Bénin.
On peut penser que son appartenance au GRAD (Groupe de Réflexion et d’Action des jeunes pour la démocratie) lui a inspiré la création de son organe de combat. Ce mouvement étudiant a été l'un des fers de lance du mouvement démocratique togolais des années 90. Pour la petite histoire de son combat, c'est en Centrafrique que Bertin a été initié à la lutte politique.
Né le 5 septembre 1962 à Brazzaville (Congo) où son père a émigré et travaillait à l’Ambassade des États-Unis au Congo, Bertin a passé comme ses frères et sœurs, une bonne partie de sa jeunesse en Afrique Centrale, d’où ce petit accent qui n’empêche en rien sa parfaite maîtrise du mina, montrant ainsi qu’il n’a rien perdu des racines de ses origines familiales. Voulant renouer avec son pays d’origine, Bertin avec un de ses frères, fut envoyé au Togo par ses parents pour y poursuivre ses études.
- de 1971 à 1972 au Collège St Joseph à Lomé
- de 1972 à 1973 à Togoville.
Mais les rigueurs de la vie de l’internat et surtout la nostalgie de la famille dont les deux frères ont été séparés, les fait retourner en Centrafrique en 1973 où son père était muté depuis 1965.
Encore étudiant, en 1979, Bertin participe en Centrafrique au soulèvement de la jeunesse scolaire et étudiante contre le tyran Bokassa. La manifestation est réprimée dans le sang.
Plus tard, élève au Lycée qui porte alors le nom du dictateur Jean Bedel Bokassa, qui par la suite, deviendra Lycée des Martyrs, le jeune Togolais Bertin participe activement au soulèvement ayant conduit à la chute de l'Empereur.
Toujours et encore à Bangui, cette fois en 1984, Bertin après l’obtention du Bac II série B (économie), entre à l'Université à la faculté de Sciences Economiques.
Comme profession, Bertin était gérant de sociétés.
En 1987, Bertin retourne au Togo, sa terre natale. La PUBLIKA, une société de publicité (Publicité Kangni) sera créée à son initiative.
Ayant compris que les négociations politiques n'aboutiraient à rien, il a tout de suite compris qu'il fallait le changement du rapport de force jusque-là en faveur de Eyadéma. C'est ainsi qu' en bon stratège, il avait pensé à d'autres formes de lutte pour le renversement du régime dictatorial, c'est-à-dire la force, la lutte armée. En optant pour cette forme de lutte, Bertin savait avant la plupart de ces camarades de lutte, que Eyadema ne partira ou cédera que par le langage des armes comme son grand-frère Mobutu. Aujourd'hui, la suite des événements, ne lui donne-t-il pas raison? N'est-ce pas dans cette direction que semble prendre la lutte démocratique togolaise? Qui vivra verra.
Traqué par les forces de répression d’Eyadéma, il a été contraint à l’exil où il est mort en vaillant combattant le 19 mai 1994.
Adieu Bertin, soldat du peuple.

Bruxelles, le 18 mai 2014 
Le Club des Amis et Sympathisants de Folly Kangni Bertin (CAS-FOKABE) 
Eugène Kouvahey