Des freins à la bonne gouvernance au Togo:       

Le cumul de postes de Faure Gnassingbé et de son clan

28 janvier 2011

Faure GnassingbéPrésident de la République, Chef de l’Etat, Chef supérieur des armées, premier magistrat…ces titres ne sont visiblement pas suffisants pour Faure Gnassingbé. A ces titres, il faut ajouter depuis 2007 Ministre de la Défense, puisque depuis le départ de son demi-frère Kpatcha Gnassingbé de ce poste, le premier des fils Gnassingbé n’a plus jugé utile de confier le poste à un autre citoyen. Depuis tout ce temps, Faure Gnassingbé conserve les deux responsabilités en toute violation de la loi fondamentale. La constitution définit clairement les prérogatives du Chef de l’Etat. Elle définit également la composition du gouvernement qui englobe tous les ministres dont celui de la Défense.

En rattachant ce dernier ministère à la Présidence, Faure crée une situation hybride dont lui seul a les secrets. Est-il pour autant membre du gouvernement? Est-il sous la responsabilité du premier ministre qui est chef du gouvernement? Ce ministère est-il toujours dans le gouvernement? Voilà autant de questions que ce cumul de poste suscite dans l’opinion.  Sans réponses. Et cette situation dure depuis deux ans. Qu’est-ce qui peut justifier cette situation illégale mais à laquelle on ne trouve pas de solution, peut-être aussi parce que personne ne veut en parler, puisque c’est le Prince même qui en est l’auteur.  Faure veut-il nous dire qu’en dehors de lui et de la famille Gnassingbé, plus aucun Togolais n’a les capacités de gérer ce ministère ? Ou encore, que le pays est une propriété d’un clan qui ne délègue ses pouvoirs qu’au gré des humeurs de ses princes?  Aujourd’hui, c’est le ministère de la Défense, demain, ce sera un autre ministère qui sera rattaché et ainsi de suite et on en arrivera à une situation où les institutions de la république telles que la Cour constitutionnelle, la HAAC pourront être rattachées au palais du prince, parce que son occupant en a décidé ainsi. Tellement, au Togo, on est devenu coutumier de toutes les grossièretés juridico-politiques. Dans les cas, cette illégalité à la tête de l’Etat donne libre cours à toutes les rumeurs, même les plus folles. Certaines mauvaises langues croient savoir qu’il existerait bien un ministre de la Défense différent de Faure Gnassingbé, allusion à ces barbouzes qui défilent quotidiennement à la présidence et auxquels la gestion de certaines sociétés serait même confiée. Le Togo nous appartient-il réellement à nous tous Togolais, ou à un clan qui a des racines à l’extérieur du pays?

Ainsi donc, le pourrissement a commencé par la tête. Notre administration est rempli de ces supers et irremplaçables ministres, directeurs généraux, cadres supérieurs jusqu’aux derniers commis qui occupent plus d’un postes et ce, pour de très longues années et jouissent des privilèges liés à tous ces postes, pendant que des centaines de milliers d’autres sont à la recherche d’un premier emploi, sans succès.

L’un des cas les plus frappants aussi, c’est celui de la Directrice de cabinet de la présidence. Depuis le premier gouvernement Houngbo, elle a conservé le ministère du développement à la base. Ensuite, elle sera nommée Directrice de cabinet du Chef de l’Etat. Tout le monde a espéré, vainement, qu’elle soit remplacée au développement à la base. C’est bien le contraire qui se produira à la surprise de tous. Au sein du présent gouvernement, on lui rattache un grand département, celui de la jeunesse. C’est sans surprise qu’au lieu des actions audacieuses, harmonieuses et d’envergure, on retrouve Mme Victoire Dogbé-Tomegah (lorsqu’elle n’est pas entre deux avions avec son mentor) dans des actions isolées sur le terrain sur fonds de cafouillage appuyées d’une forte médiatisation, comme pour dire, je sais être directrice de cabinet et ministre. Seulement, cela ne trompe personne.  Et pourtant, cette ancienne Onusienne devrait savoir (même s’il ne faut être onusienne pour le savoir) que, qui trop embrasse mal étreint. A moins que ce n’est vraiment pas des résultats qu’on attend et que ce sont des actions justes pour tuer le temps.

Dans le gouvernement Houngbo, Victoire Dogbé-Tomegah n’est pas la seule qui cumule plusieurs postes. Il y a également le militaire du groupe, le désormais Général Atcha Titikpina. On a tous récemment appris, non sans étonnement bien sûr, la nomination du tout puissant ministre de la Sécurité au poste de Chef d’Etat major des Forces armées togolaises. Depuis que cette nomination est tombée, et que beaucoup au cabinet ont même jubilé en criant même «bon débarras», le Chef de l’Etat n’a pas encore trouvé un autre citoyen togolais qui peut gérer la sécurité. Et dans ces conditions, Atcha Titikpina est toujours membre du gouvernement, donc sous l’autorité du Premier ministre pendant qu’il est encore sous les autorités de l’invisible ministre de la Défense. C’est, mine de rien, toute la défense et la sécurité du pays qui sont ainsi remises dans des mains d’une seule et même personne avec tous les risques que cela comporte, sans oublier les conflits de compétences et les trafics d’influence que  cela va certainement engendrer.

Toujours à la présidence, il y a un autre cas grave de cumul. C’est celui de Ingrid Awade. Elle est seulement connue comme Directrice des Impôts. Mais, on tient de plusieurs sources que Mme Awade est aussi Conseiller économique à la présidence. Mais, quelle nomination ! Quelqu’un qui tout en dépendant du ministre de l’Economie et des Finances se retrouve, au-dessus de lui, au poste de conseiller sans quitter ses prérogatives précédentes. Quelle considération pourra-t-elle encore accorder à son ministre de tutelle. Ce n’est un secret pour personne que le domaine d’influence de cette dame déborde largement les limites des impôts. Mais on n’aurait pu nous faire économie de sa nomination. Et pourtant, c’est ce à quoi on assiste, malheureusement.

A la présidence comme à la primature, la situation est la même. Les cumuls sont légion. Le Directeur de cabinet de Gilbert Houngbo se nomme Pré Simfétchéou. Ce qu’on sait également de lui, c’est qu’il demeure Président de la commission des marchés de l’Etat, poste qu’il occupait avant d’être appelé à la primature, mais qu’il n’a jamais abandonné. Et pourtant, dans le secteur de la gestion des marchés de l’Etat, ce ne sont pas des jeux de pressions qui manquent. Et de plusieurs sources, l’homme disposerait des actions au sein des entreprises de BTP (ce qui est naturellement difficilement vérifiable, mais pas vraiment surprenant). Pourquoi alors s’étonner que les travaux publics dans notre pays sont de qualité douteuse mais que les entreprises ne sont presque jamais interpelées. Au contraire, elles sont les premières à bénéficier d’autres adjudications. Çà, c’est tout près du Premier ministre Gilbert Houngbo.

Encore, tout près de Houngbo, Palouki Massina. Le nom est souvent mentionné dans les dossiers de fermeture de radios et d’opérateur privé de téléphonie au Togo. Il est vraiment passionné de la matière. Les trois chaines de radio actuellement sous le coup de l’abus à Lomé, ont fait les frais de son zèle. Il exerce de cette façon ses prérogatives de directeur de l’Autorité de Règlementation des Télécommunications et Postes (ARTP). L’homme n’est pas que ça. Il est aussi depuis de longues années le Secrétaire général du gouvernement. Veut-on nous dire qu’au Togo il n’y a que lui pour occuper ces deux postes?

Comment passer  sous silence le cas flagrant du contre amiral Fogan Adégnon. Ce général ( c’est le correspondant de son titre) de marine tient depuis plusieurs années les rênes du très convoité Port Autonome de Lomé. On lui ajoutera plus tard la responsabilité de diriger la commune de Lomé. Et depuis, il cumule les deux postes allègrement, bien sûr, en n’ignorant surtout pas  qu’il doit d’abord servir les intérêts, non du peuple, mais de ses promoteurs. Ne vous étonnez pas des dégâts dans la ville de Lomé.  Et la liste est longue, très longue.

C’est un fait. Non seulement les pontes du régime Rpt on fait mains basses sur l’économie du pays, mais aussi, gourmands et insatiables, ils ont amassé pour eux-seuls tous les postes juteux. Et si ces postes ne sont visiblement pas eux-mêmes juteux, ils servent souvent à protéger et à alimenter des réseaux mafieux.

Ce qui est aussi parfois surprenant, c’est le mutisme de ceux qui se nomment nos partenaires financiers et qui se font passer pour les grands prophètes de la bonne gouvernance mais qui multiplient les visites auprès de nos gouvernants et qui dès leur sortie multiplient les louanges à l’égard du régime.

Dans tous les cas, comme l’a si bien dit Mme l’ambassadeur des Etats-Unis au Togo Patricia Hawkins, c’est à nous Togolais de nous battre pour libérer notre pays des griffes des prédateurs de notre économie. Et le nouveau vent qui souffle sur le continent (suivez mon regard) prouve qu’il est encore possible. Un nouveau Togo est-il possible.

Mensah K. L’Alternative