19 décembre 2010


"Pourquoi je suis devenu rebelle

La Côte d’Ivoire au bord du gouffre".

Guillaume Soro Hachette littératures. 2005

Dans son ouvrage, « Pourquoi je suis devenu rebelle, la Côte d’Ivoire au bord du gouffre » paru aux éditions Hachette littéraire en 2005, l’auteur, Guillaume Soro, s’explique sur les raisons qui l’on conduit à prendre les armes contre le fragile processus démocratique naissant dans son pays.Pour comprendre et situer l’auteur, nous allons, pour faire court, mettre en exergue quelques éléments pertinents de son parcours. Commençons par évoquer quelques épisodes de sa jeunesse.

C’est au Petit Séminaire qu’il effectua une partie de ses études secondaires. Fait marquant de cette période : il eut à diriger une grève qui se solda par un échec. De son passage dans cet établissement religieux, on retiendra plutôt l’influence de l’Église catholique sur l’individu, au point de prénommer son fils comme un prêtre membre de cet établissement.Plus tard, en 1991, Guillaume Soro rejoint le mouvement estudiantin, la FESCI, mouvement d’obédience socialiste, avec l’objectif de le réhabiliter. Ce qui lui donnera l’occasion de côtoyer la « gauche » ivoirienne. De Gbagbo, il dira, qu’il était en avance sur les autres (page 52). Comme on le sait, Gbagbo, alors professeur, avait une certaine influence sur ce mouvement estudiantin.

A cette époque, la FESCI est contrôlée par le FPI et d’autres organisations de gauche. Soro sera installé à la tête de cette organisation, après quelques péripéties électorales. C’est par le biais de ce mouvement que Soro fit la connaissance de Simone et Laurent Gbagbo.On peut affirmer sans risque de se tromper que, c’est le FPI qui contribua à l’émergence de Soro sur la scène politique nationale afin de combattre le pouvoir d’Houphouët, sans pour avoir pris la peine d’approfondir son degré de conscience patriotique et politique. On peut considérer ceci comme une première instrumentalisation de l’individu. A la suite de quelques remous au sein de l’organisation estudiantine, il rejoint la « droite » ivoirienne conduite par le RDR de Henriette Diabaté et d’Allassane Ouattara.

Naturellement de ce bord, il côtoie les réseaux néocolonialistes. Par la suite avec quelques soldats nordistes, il crée le MPCI, dont il deviendra le secrétaire général, pour attaquer le pouvoir FPI. Ici aussi apparaît une deuxième instrumentalisation de l’individu.Après ce survol de son cursus, intéressons-nous, avec ce qu’il nous fournit, à la personnalité de l’individu. On commencera par la description qu’il a faite lui-même de sa personnalité. En classe de seconde, il dénonce un de ses camarades de banc qui trichait. Cet acte, en soi est louable. Mais comment le coupable et les autres vécurent-ils cet acte ? Était-ce une traîtrise ou une simple délation ? Au chapitre 2, nous lisons ce qui suit : « J’étais brillant sujet » page 29. « Je me faisais remarquer par mon style. J’aimais cela » (page 31). En 1991, avoir le bac était un véritable événement (page 41).. ..Je n’étais pas mauvais élève. J’organise un congrès en 1998. (page 55) Conscient du danger afférent... J’ai décidé l’annulation du congrès (page 56).

J’ai aujourd’hui les moyens humains. (p143) Ces phrases, et d’autres encore que le lecteur découvrira en parcourant son ouvrage, suffisent à cerner la nature de l’homme. L’emploi abusif du ’Je’ révèle l’absence de modestie frisant même le narcissisme. Ce qui précède nous interroge sur les raisons profondes qui amènent le citoyen Soro à se lancer dans l’agression militaire contre son pays, le 19 septembre 2002 ? Est-ce une ambition personnelle ou un acte dicté par un concours des circonstances ou encore par une puissance étrangère, en l’occurrence la France ? Ces questions valent leur pesant d’or car rien dans le parcours de cet homme ne le prédestinait au rôle qu’il joue dans le déclenchement et dans la gestion de la crise ivoirienne. Lorsque nous analysons le mouvement qu’il dirige afin de prendre les rênes du pouvoir dans son pays, on n’y voit aucun programme politique, ni la ligne politique. Par ailleurs, il se dit avoir été le chouchou des hommes politiques ivoiriens (page 49). Cela prouve que Soro n’a pas suivi une ligne politique claire. Il a plutôt été l’instrument des hommes politiques ivoiriens dans leur règlement de comptes politiques. Une ligne politique claire et conséquente lui aurait donné l’intelligence et le doigté pour comprendre les véritables enjeux de la situation politique de son pays. Un parcours si peu consistant fragilise un homme politique, en fait un instrument pour toutes les convoitises ; lui ôte la lucidité de comprendre qu’on ne peut conquérir le pouvoir par les armes sans l’appui du peuple.Par ailleurs, on doit fustiger la comparaison inadaptée entre la situation ivoirienne et celle du Rwanda. De part l’histoire, les deux situations sont très différentes. Sans parler des acteurs et du rôle de la communauté internationale. En Côte d’Ivoire, il y a plusieurs ethnies comme dans la plupart des pays en Afrique.

Or au Rwanda, il y en a deux : Hutus et Tutsis, bien sûr il y a les Pygmées. Les Nordistes ivoiriens ne sont ni les Hutus ni les Tutsi, moins encore les pygmées.Un exemple tout simple de l’impopularité de l’action du groupe de Soro : lors de la qualification de la Côte d’Ivoire au Mondial 2006, ce peuple frère de qui, de part et d’autre de « la ligne de front », a vibré à l’unisson lors de cet évènement sportif. Ceci nous révéla que ce pays a été artificiellement divisé. En outre, le maintien de Gbagbo au pouvoir, malgré l’épuisement de son mandat, révèle l’aberration de la conduite de Soro. Une meilleure formation politique de Soro lui aurait permis de comprendre le rôle véritable de l’impérialisme français dans son pays. Compte tenu de la prépondérance politique et économique de la Côte d’Ivoire dans le creuset francophone en Afrique, on peut, sans autre forme de procès, affirmer que l’influence négative de la France est le premier facteur du sous développement de la liberté et de la démocratie en Afrique francophone.

Le véritable problème en Côte d’ivoire et en Afrique francophone, c’est donc la domination de l’impérialisme(1) français, qui, ici, veut contrôler l’économie ivoirienne à travers les pompes à fric que sont les « multiafricaines » Bolloré, Bouygues etc. Note de lecture tirée du livre de Guillaume Soro "Pourquoi je suis devenu rebelle La Côte d’Ivoire au bord du gouffre".

Hachette littératures.2005.
(1)*qu’est ce que Gbagbo a fait de son mandat de dix ans ? Que Gbagbo respecte la vérité des urnes, c’est tout ce que nous lui demandons.Que GBAGBO sorte par la grande porte. Voilà ce que l’histoire cherche à retenir de lui. Plutôt que de s’entêter et finir ses jours dans les geôles du TPI ou carrément d’être assassiné. Gbagbo est battu. Qu’il le reconnaisse et fasse oeuvre historique. Il ne sert a rien de vouloir mettre ce pays a feu et a son pour son orgueil, et son égo, pour les intérêts de son clan (dont fait parti en premier Mme Gbagbo). Gbagbo est battu. Qu’il rende le tablier. La contradiction principale, c’est d’abord le départ de Gbagbo. Pour le reste, le rôle de la FRANCE et de tous les impérialismes, les peuples ivoiriens eux mêmes vont s’en charger. Allons étape par étape. Point de confusion. D’abord, que Gbagbo quitte le pouvoir et tout le reste suivra.

Même si nous ne sommes pas d’accord avec Allassane Ouattarra, Gbagbo n’est pas mieux que les Eyadéma, Bongo, Mobutu qui font tout pour confisquer la victoire de leur adversaire politique. Gbagbo doit rendre son tablier. Vivement.

Bruxelles, Belgique, ce 17 décembre 2010

Maurice Mouta W GLIGLI-AMORIN