Mouta_Interview

Gligli-Amorin Mouta: Que la vérité triomphe et qu’un soleil démocratique se lève sur notre beau pays le Togo !

Togonews: Maurice Mouta Wakilou GLIGLI-AMORIN, vous êtes l’une des figures de la Diaspora Togolaise à lutter pour l’avènement de la démocratie et un réel état de droit, parlez-nous de votre parcours politique.

Parler de soi n’est pas un exercice tout facile pour moi. Je pense qu’il vaudrait mieux s’adresser aux personnes qui me connaissent et qui m’ont vu à l’œuvre.
Cependant, comme c’est peut être une question qui vous tient à cœur, je dirai que mon parcours est comme celui de toute la jeunesse togolaise qui s’était  soulevée contre le régime du général Eyadema au début des années 90. Cette jeunesse altruiste qui a voulu donner un espoir à notre pays. Naïfs et sans direction conséquente du mouvement démocratique togolais, nous pensions  que nos seules pierres allaient mettre fin à l’arbitraire, à l’injustice et nous conduire à la démocratie.
C’est dans cette période que je pris part en tant que 1er responsable  de la JSP (Jeunesse du parti Psp de Tavio Amorin) à la  CNS (Conférence Nationale du Togo).
A la fin de ce forum, nous avions jugé bon de porter le message de notre parti,  le socialisme, le panafricanisme et la démocratie à  la jeunesse estudiantine .C’est ainsi que nous créâmes le CKN (Le Cercle Kwame Nkrumah) aujourd’hui CINK (Cercle International Kwame Nkrumah). Au départ, nous avions  comme objectifs, les revendications syndicales.  Après de nombreuses épreuves et répressions, nous avons pris la route de l’exil comme des milliers de togolais, un exil que nous considérons comme un sacrifice pour la libération de notre peuple, un exil que nous ne souhaitons même pas à nos ennemis. Nous avons dû affronter l’inconnu, les difficultés, les dépressions, les souffrances multiples et parfois indescriptible, tout cela pour un Togo libre, tout cela pour que  nous puissions circuler, parler, penser et agir librement dans notre pays, sur notre terre, le Togo, comme tous les êtres humains. Notre combat et  notre exil  ne sont rien d’autres qu’une simple  quête d’humanité mise en œuvre de manière ferme, vigoureuse, et libre.

Togonews: Arrivez-vous à poursuivre la mission  du Cercle en exil ?

En exil depuis 1992, le Cercle  s’est élargi à toutes les bonnes volontés soucieuses du meilleur devenir de l’Afrique.  Nous continuons à l’animer jusqu’à ce jour à travers des conférences, des colloques et des séminaires, des manifestations de rue, etc. Nous avons rencontré d’autres personnes, d’autres ressources et d’autres expériences pour être encore plus fort et résister) à tous vents violents et toutes sirènes du fatalisme et de la capitulation. Par ailleurs, je suis président du F2P (front patriotique panafricain) crée il y a 9 ans avec des camarades pour accompagner le peuple togolais dans sa lutte pour sa liberté, son pain et la démocratie. Comme support idéologique de  toutes ces structures, nous éditons « Kanlento-Avulété » (Vaillant combattant), un périodique d’information et d’analyses politiques. Nous poursuivons ce chemin depuis deux décennies, loin des nôtres, loin de notre pays, mais toujours au front contre l’arbitraire, les injustices, avec l’espoir que la vérité triomphe et qu’un soleil démocratique se lève sur notre beau pays le Togo.

Togonews: Pourquoi n’êtes-vous pas membre d’aucun parti politique ?

Devenir membre d’un parti politique est une affaire de programme politique et de philosophie. En quoi les  programmes des formations politiques en place  aujourd’hui  sont différents  les uns des autres ? Et qu’est ce qu’on y retrouve ? Etat de droit, démocratie, droits de l’homme, etc. La question la plus curieuse que je me pose : est-ce que ces programmes diffèrent de celui du parti au pouvoir ? Ce sont autant de choses qui troublent notre conscience et notre volonté. L’exil est une école dans laquelle nous avons appris à critiquer et prendre du recul sur les questions importantes. Nous ne  pouvons pas suivre les gens aveuglément. Comment ne  pas être critique et troublé par la présence des prétendus socio-démocrates dans un gouvernement de la dictature, par exemple ? Quels que soient les arguments et les raisons qu’ils invoquent, nous sommes contre ce genre d’incohérence. Une dictature mérite de croiser le fer avec les combattants démocrates. Toute collaboration avec le système  en place lui donne un sursis et prolonge la souffrance des peuples du Togo que nous défendons. Je comprends que les hommes ont des faiblesses et qu’ils ont faim.  Mais au lieu d’écouter la voix de leur ventre, ils feraient mieux d’écouter la voix et les cris du peuple togolais.

Togonews: Selon vous quelles sont les véritables raisons de l’échec de l’opposition traditionnelle à accéder à la magistrature suprême ? Ces mêmes raisons minent l’ensemble des associations  de la diaspora, à croire que les togolais ne peuvent pas s’unir pour une même cause ?

L’échec momentané du mouvement démocratique a une seule et unique cause : la direction. Notre peuple est prêt à tous les sacrifices pour en découdre avec la dictature mais il nous manque une direction conséquente, vaillante et courageuse. Le peuple a montré sa capacité à résister à la dictature  du « père et du fils » Et comme dirait l’autre, nous sommes comme une armée. Nous avons des  vaillants  soldats mais de lâches Généraux. Et ces derniers ont usurpé la tête du mouvement, l’ont conduit à l’abattoir et à la situation que nous connaissons aujourd’hui. Un ennemi, on le combat pour l’abattre ; on n’en fait ni un interlocuteur ni un maître, encore moins un allié.
En ce qui concerne la  diaspora, nous avons toutes sortes de personnes et d’associations. Certains veulent s’unir pour le combat et d’autres non. C’est une triste réalité avec laquelle, il faut composer. Mais la diaspora reprend les clivages et les contradictions du pays. Nous sommes  à l’image du pays et de toutes ses divergences. Certaines personnes de la diaspora sont très zélées  et avides de pouvoir. Elles ne poursuivent que leurs ambitions personnelles. C’est exactement le problème global du pays et de nos luttes contre la dictature.

Togonews: Nous sommes à quelques semaines de l’élection présidentielle, et nous assistons à cette bataille  rude entre les différents protagonistes, quelle est votre  position ?

A propos de l’élection présidentielle, les dés sont à priori pipés. Le gagnant est connu d’avance. Les perdants aussi. Gilchrist va gagner dans les urnes mais, comme  toutes les autres  élections présidentielles, sa victoire sera confisquée par la dictature et le système en place. Celui-ci n’acceptera jamais de perdre des élections qu’il a organisées.

Togonews: Au lendemain desdites élections ne faut-il pas penser au rajeunissement de la classe politique de l’opposition ? Êtes-vous prêt à assumer vos responsabilités ? Si oui comment ?

Je suis dans  la lutte, à ma place. Je ne cherche pas à tout prix à être à la tête  d’une association ou d’une structure quelconque. Ce qui m’importe c’est l’avenir du Togo, la liberté,  et la démocratie. Je pourrai suivre toute formation qui partage la même vision et qui la poursuit sans contradiction, ni opportunisme, ni capitulation face aux ennemis intérieurs et extérieurs. Le rajeunissement se fera d’une manière ou d’une autre mais ce n’est pas là la question stratégique. La question stratégique est de savoir dans quelle direction toutes ces organisations regardent et quel vent les y pousse.

Nous avons besoin des jeunes, des vieux et de tout le monde pour ce combat qui nous engage.  On peut être vieux et être jeune d’esprit et de perspectives. Pour mes responsabilités, je les assume depuis  20 ans. Chacun  doit agir pour le bien commun là où il est. "Chaque génération doit, dans une relative opacité, découvrir sa mission, l'accomplir ou la trahir » disait Frantz Fanon. Je l’ai fait à Lomé et je la continue en exil. La lutte est multiforme et je ne pense pas baisser les bras contre vents et marées.  Ni le zèle ni l’ambition intéressée, la jalousie et la méchanceté gratuite ne feront avancer la lutte du peuple togolais. Bien au contraire, nous devons  apprendre à être humbles dans notre fermeté farouche  contre la dictature pour les libertés, les droits de l’homme et la démocratie au Togo.

Togonews: Votre mot de fin

Je  souhaite une bonne année2010 au peuple du Togo. Qu’elle leur apporte la liberté et scelle la fraternité entre ses filles et ses fils..  Le Togo est notre pays, notre seul pays. Aimons-le en lui donnant le meilleur de nous même pour sa libération et non pour son asservissement. Puisse Dieu  jeter sur notre pays et son peuple un regard miséricordieux en cette année décisive. Bonne année et la lutte continue ! Je vous remercie.

Propos recueillis par notre correspondant à Bruxelles
Publié, le 7 janvier 2010