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Hommage au grand Maître Paul Ayi

Le grand sculpteur togolais Paul Ayi s’est éteint, le 4 janvier 2010, à l’âge de 80 ans. Après Atsutsé Kokouvi Agbogbli, le Togo vient de perdre un autre intellectuel de renommée internationale. Tous ceux qui ont eu le bonheur de rencontrer Paul Ayi sont unanimes pour reconnaître la grandeur et la haute humanité de l’homme qui transparaissent dans ses œuvres. La récente distinction de l’UNESCO n’est que le couronnement d’une carrière bien remplie.

La disparition de Paul Ayi en ce début d’année qui marque la célébration du cinquantenaire des indépendances des Etats de l’Afrique francophone est une immense perte pour le Togo, l’Afrique et le monde entier. Le grand maître aurait pu traduire sa conception et sa vision de cette célébration dans ses œuvres. Comme à l’accoutumée, les autorités togolaises rendront un vibrant hommage à l’illustre disparu. Mais au-delà de cette tradition soporifique, il convient de s’interroger sur la définition d’une réelle politique culturelle et artistique au Togo afin de soutenir réellement la production des œuvres de l’esprit. Quels sont les moyens matériels, financiers et humains déployés par le gouvernement dans la formation des artistes togolais ? Quels sont les résultats obtenus et quelles sont les perspectives d’avenir ? En effet, aucun pays ne saurait réellement se développer s’il n’investit pas une part importante de ses richesses dans le développement intellectuel de l’homme.

Le décès de Paul Ayi à quelques semaines de la très controversée élection présidentielle du 28 février 2010 doit de plus interpeller l’élite togolaise face à la situation sociale, économique et politique très difficile du Togo cinquante ans après les indépendances.

Les intellectuels togolais, s’ils en existent encore, doivent avoir l’audace de faire leur autocritique face à la dégradation de la situation togolaise tant sur le plan politique, économique et social. Ils doivent surtout s’interroger sur leur responsabilité dans la dégradation des conditions de vie de leurs concitoyens qui souffrent. D’ailleurs, l’homme et ses souffrances fut un thème majeur de l’œuvre de Paul Ayi. Ce thème demeure malheureusement d’actualité au Togo et ailleurs dans le monde. Les dirigeants politiques de l’opposition dite démocratique sont-ils réellement conscients de la souffrance affreuse de l’écrasante majorité du peuple togolais ? Ce n’est pas sûr !!!

Arsène Ouidiraogo