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Interview:

Maurice Mouta Wakilou GLIGLI-AMORIN: «… Les démocrates togolais que nous sommes ne voyons rien venir de la part de M. Olympio.»

24 février 2009

Maurice Mouta Gligli-Amorin et le leader de l'UFC à Paris tout récemment à Paris en FranceEtiame.com: Depuis quelques temps, on vous suit à travers vos notes de lecture, analyses et autres contributions. Mais de l’avis général, on a l’impression que vous déifiez ou divinisez M. Gilchrist Olympio.
Maurice Mouta Wakilou GLIGLI-AMORIN: Avant toute réponse, je souhaiterais partager avec vous et avec votre lectorat, cette pensée sans pour autant la commenter.

«L'homme, tout compte fait, n'a rien à dire de l'homme. Etant seul à se juger, il peut se grandir ou se réduire à sa guise: tel un fou qui, sans risque de contradiction, pourrait choisir entre le délire des grandeurs et celui de l'indignité.» (Pensées d'un biologiste. Paris, Stock, 1954, p. 112)

Pour répondre à votre question, je signale que je ne suis pas un membre du parti politique de M. Olympio.

Mes prises de position politiques relèvent de la vision d’un homme révolté face à une situation chaotique. M. Olympio est à ce jour à mon humble avis celui qui a le plus tenu et résisté face aux appâts du clan des Gnassingbé. Mais sur toute la ligne de sa pratique, nous avons des divergences. Voilà pourquoi, je vous réponds tout simplement que je ne déifie pas un homme ni ne l’idéalise; je ne divinise pas M. Olympio. Dites-moi! A ce jour, qui, parmi toute la classe politique togolaise toutes tendances confondues, représente l’alternative togolaise? Je précise bien excepté la classe politique montante. M. Olympio est un homme. Il n’est pas un Dieu. Il a ses forces et ses limites. Il a ses faiblesses et ses qualités.

Si vous me permettez l’expression, dans ce cas, vous faites l’avocat du diable. Soyons concrets. A quelques minutes de 2010, quel est l’état des lieux des préparatifs pour la conquête du pouvoir par l’opposant historique, M. Olympio?
Je l’ai écrit noir sur blanc dans un commentaire sur le site Togocity: le peuple togolais dans son ensemble n’a pas besoin de meeting de campagne présidentielle ni de sensibilisation. Le peuple togolais sait ce qu’il veut. Il aspire au changement radical, véritable par les urnes. Mais là où le bat blesse, c’est qu’effectivement à deux minutes de 2010, les démocrates togolais que nous sommes ne voyons rien venir de la part de M. Olympio.

Par exemple au Colloque de Cologne en décembre de l’année passée, nous avions lancé un appel en direction des peuples du Togo en invitant en premier lieu, M. Olympio  et tous les autres candidats à prendre la mesure de l’enjeu de l’élection de 2010 afin que partout où les togolais s’organisent, le leader historique  se fasse le rassembleur des attentes et des désidérata de ses concitoyens sur la base d’une plate forme large. De notre point de vue il se pourrait que M. Olympio ait un agenda qu’il nous révélera au moment opportun! Wait and see.

M. GLIGLI-AMORIN, à vous entendre parler, on dirait que vous  rejoignez ceux des démocrates togolais notamment messieurs Toulabor, Folikpo, Ferdinand Ayité, etc. qui ont émis des critiques à l’endroit de M. Olympio et que vous dénoncez sur tous les sites?
Je n’ai dénoncé personne par rapport à une critique constructive. Mes textes sont encore sur les sites. Je vous prierai d’aller les revisiter. J’ai de bons rapports avec Messieurs Toulabor et Folikpo. Ma lettre ouverte au chercheur Toulabor a pour seul objectif de remettre de l’ordre dans ses idées, c’est-à-dire lui rappeler de ne pas perdre de point de vue la cible principale: le camp d’en face; la dictature clanique des Gnassingbé.

Quand à ma réponse à mon jeune frère et camarade de lutte (réponse à Ferdinand Ayité en neuf points), j’ai voulu simplement lui signifier qu’on apprend toujours de ses devanciers, de ses aînés. D’ailleurs, je veux bien reprendre une phrase de ce texte et qui illustre à suffisance et à merveille ma pensée à ce propos: «Par contre, ma différence d’avec M. Folikpo dans son analyse et son approche est la suivante.  M. Folikpo dit dans l’une de ses interventions qu’il n’a jamais rencontré le Président Gilchrist  Olympio. Je suggère à mon camarade de lutte de faire les démarches nécessaires pour aller à la rencontre de M. Olympio afin de discuter avec lui de vives voix. Ceci dit, ce n’est pas parce qu’on n’a jamais rencontré une personne qu’on n’a pas le droit de le critiquer.»

Je voulais dire, que du moment où Folikpo et Olympio sont des citoyens poursuivant le même objectif, il n’y a pas de raison pour que les oiseaux d’un même plumage ne se rencontrent. Voilà pourquoi, je dirai que les propos de M. Folikpo se doivent d’être «mesurés» vis-à-vis d’un devancier qui nous a tous montré le chemin de la lutte politique. Ne pas attaquer pour attaquer. Non. Ni dénoncer pour dénoncer.

Quant aux anciens ou nouveaux militants de l’UFC Ferdinand Ayité et Toulabor, je ne vous apprends certainement rien de nouveau à ce que je sache, mais dans toute formation politique, il y a la discipline de parti, la discipline de groupe. Lorsqu’on a des critiques et autres revendications, on les formule à l’endroit de la direction de son parti. Ensuite, dans le parti parfois la majorité n’a pas toujours raison. Là, il s’agira de lutter pour faire triompher la justesse de ses idées. Voilà ma modeste expérience de la vie et du fonctionnement du parti politique. Discipline, débats contradictoires internes, propositions, analyses et surtout cotisations à jour. Ce sont là les principes démocratiques qui régissent la vie d’un parti. Lorsqu’on ne remplit pas tous ces critères, on s’exprime en sympathisant de la formation politique en question. Dans ce cas, on ne pèse pas sur les décisions importantes.

Plutôt que de venir exposer des divergences en dehors du cadre du débat au sein du parti, il fallait lutter, continuer de lutter pour finalement obtenir gain de cause et faire triompher ses propositions. Là j’avoue que je ne connais pas le fonctionnement de l’UFC. Je trouve les sorties du chercheur Toulabor inopportunes. Du moment que l’ennemi à déraciner est bien vivant et en place, il aurait fallu trouver d’autres canaux toujours au sein du parti pour faire signifier ses désaccords au Président. Soit on s’exclut et on crée sa propre structure et là on a droit de faire entendre sa voix comme on veut. Ou bien on est membre et l’on est soumis au règlement d’ordre intérieur qui régit la vie interne du groupe en question.

En dehors de l’UFC et de l’opposition traditionnelle en général, d’autres personnalités peuvent constituer une alternative crédible face à la machine à fraudes RPT. Je parle de MM. Boko ou Kofi Yamgnane. En ce temps de rassemblement pour 2010, pourquoi vous les critiquez  souvent dans vos écrits et déclarations? Sérieusement Gilchrist Olympio ne doit-il pas tirer sa révérence?
Je n’ai rien contre ces deux citoyens franco-togolais. Pour moi, le démocrate se définit comme un homme avec sa pratique, ses prises de position en faveur de la démocratie et des libertés publiques. Un démocrate, c’est le passé, le présent et le futur. Partant de ces considérations, où était M. Kofi Yamgnane quand les hommes du despote tiraient sur les paisibles citoyens togolais. Que conseillait-il à Eyadèma lors de leurs rencontres où champagnes et autres caviars coulaient à flot alors que dans le même temps, nos bourses d’études restaient impayées, nos parents ne touchaient pas leurs salaires, des démocrates sont pourchassés et contraints à l’exil? Il y avait des assassinats politiques systématiques.

Aujourd’hui, après la mort de Eyadèma, on voit le même Kofi, l’ami de François Mitterrand (celui qui a convoyé des militaires pour soutenir le régime de la dictature lorsqu’en 1986, des patriotes exaspérés par la gestion despotique du Timonier National ont pris les armes) changer de fusils d’épaule et se dit être du côté du peuple togolais. Tant mieux. Pourvu que cela dure!

Pour Boko, je n’ai pas grand chose à dire. A un moment ou un autre, il a choisi de servir la dictature. Et pourtant, il avait le choix de rester en exil à la fin de ses études, où il avait plusieurs opportunités de poste important, où il pouvait exceller. Ceci dit, Boko a, à un moment donné, posé un acte politique qui n’a pas réussi. Il n’a certainement pas pris la mesure de la difficulté à rassembler autour de lui les partisans d’un changement radical de politique et d’attitude au Togo. La configuration de l’élite politique au pouvoir nous en apprend d’avantage sur les gangrènes des transfuges du RPT dans les rangs de l’opposition. Dans d’autres pays et d’autres circonstances, les choses auraient pris une tout autre tournure, et notre pays serait actuellement sur le chemin de la paix, de la liberté, de la démocratie et du développement. Tout en nuançant, l’histoire nous dira aussi si tout cela était vrai ou pas. S’il était dans son bon droit et si réellement il a voulu sauver le Togo du clan des Gnassingbé, alors qu’il ne se décourage pas, même si je ne suis pas partisan des coups de force par les armes. Bref, nous avons besoin de tout le monde pour faire un Togo libre démocratique et prospère.

On a l’impression que vous ne savez que dénoncer. Aucune proposition concrète ne ressort de vos diverses déclarations. Au point que la plupart de vos camarades de lutte vous qualifient de «cyber militant». N’êtes-vous simplement qu’un agitateur, un militant de rues? Vous considérez-vous comme un homme politique? Si oui pour quel programme politique? Et pour quel mandat?
Votre question appelle plusieurs réponses. Mais je veux être concis et précis.
Tout d’abord, je suis un amoureux de la Terre de nos aïeux et  par ailleurs un militant démocrate panafricain du Togo. Je concède que vous me traitiez de tous ces noms ou qualificatifs. Tout cela m’ennoblit car je trouve que tous ces attributs sont graduels. Pour moi, faire de la politique est un sacerdoce; c'est-à-dire apprendre dans l’humilité à servir les autres. Je laisse le soin à ceux qui suivent mon action depuis le 05 octobre 1990 à ce jour de me juger. Les ouvriers de dernière heure (qui ont eux aussi droit à leur salaire), ceux-là qui perdent leur temps à vouloir m’épier; à me chercher noise, qu’ont-ils mieux que moi? Quels sont leur état de service  depuis 18 ans? En termes de bilan, que nous présentent-ils? N’est ce pas parce qu’eux aussi fréquentent les cybers café qu’ils me rencontrent? Cyber militant ou pas, en quoi mon combat dérange-t-il? Suis-je l’homme qui a détruit la vie d’au moins trois générations entières? Qui suis-je? Ensuite, vous me dites que je ne fais que dénoncer. Vous savez, je propose aussi. Lorsque par  exemple dans mes textes et autres analyses, je lance le mot d’ordre suivant: Togo debout! Mobilisons-nous! Organisons-nous! N’est-ce pas là tout un programme politique que nous mettrons des heures et des heures à expliquer et à défendre? Je vous retourne alors la question: qu’est-ce que la mobilisation? Comment faut-il la Faire? Et pourquoi faut-il la faire? Quand faut-il la faire?

Vient ensuite  le volet organisation. Un grand révolutionnaire nous enseigne que l’organisation est tout. Alors que faire pour mettre fin au long règne des Gnassingbé? Qu’entend-on par organisation? Dans une organisation, quelle est la place de la question militaire par exemple? Comment devons-nous nous organiser pour réclamer l’effectivité de notre victoire électorale en 2010? Je ne sais pas si sur cet aspect de votre préoccupation, j’ai été claire!

Enfin, je reste et demeure inflexible et intraitable face au mal quand il s’agit de cohabiter avec la félonie, la délation, le mensonge, la traitrise. Je ne me fais pas passer pour celui que je ne suis pas. Je reste un homme révolté face au drame auquel nous assistons. Contrairement à ce que certaines «bonnes âmes» de la communauté  togolaise ici en Belgique disent, je n'ai jamais cherché à me mettre en scène mais à prendre ma place dans le combat pour l'instauration de la démocratie au Togo et ailleurs en Afrique. Alors que d'autres ont choisi de se faire photographier dans leur quête de promotion, j'ai toujours cherché à aider nos compatriotes en difficultés.

Pendant ce temps, certains ont mis leur force et leur intelligence dans la collaboration avec les autorités belges pour refuser à des citoyens togolais le statut de réfugié. Certes ma vie n'est pas une vie facile et toujours réjouissante. Non. J'ai conscience que ce n'est pas la vie que j'aurais souhaité avoir. Comme ça l'est pour des millions d'hommes et de femmes. Mais je ne vis pas dans la haine de l'autre. Je ne me lève pas en échafaudant des projets pour nuire à mon prochain. Pour quel résultat?

L'histoire de notre pays est à écrire. Un jour, les langues se délieront et on apprendra qui a fait quoi. Ce jour-là, beaucoup de ceux qui s'agitent aujourd'hui se feront tout petits tant ils ont contribué à opacifier notre lutte, à la pervertir en servant des objectifs qui ne sont pas ceux de notre cause commune. La communauté est un ensemble d'hommes et de femmes que le destin a réunis. Chacun avec ses qualités et ses défauts. Certains dans la communauté auraient été pire que Etienne Eyadèma s'ils avaient eu à exercer le pouvoir d'Etat. Parce que ce qu'ils nous ont donné à voir dans leur petite vie de militants ou de responsables d'association est tout simplement ahurissant: cynisme, médisance, méchanceté, confiscation de mandat de responsable, autopromotion  etc. Le règne d'Etienne Gnassingbé Eyadèma, son trop long règne, a donné naissance à des comportements pervers. C'est ainsi que nous nous retrouvons avec des petits chefs, des tyranneaux qui ont ingéré sa culture du pouvoir à tout prix. Sortir d'Eyadèma est un défi pour nous tous!

Que ceux que mon engagement politique dérange se rassurent! Je ne suis pas un salarié de la lutte. Je ne revendique rien. Ni honneur ni reconnaissance de quiconque. Mon «carburant», ce sont mes convictions. Et elles sont au-dessus des petites attaques des uns et des autres, dois-je dire de celui qui semble redouter ma présence dans notre communauté? Il m'arrive de m'interroger sur la bêtise humaine. Je n'ose pas imaginer certains compatriotes avec des armes, tant ils portent en eux la haine des autres. Nous nous proclamons «démocrates» parce qu'opposants. Alors que nous avons des méthodes aussi ignobles que celles des hommes que nous prétendons combattre. Pauvre Togo: Dieu, vient à notre secours. Préserve-nous de ces chefaillons qui n'hésiteront pas à nous occire tout simplement parce que nous les dérangeons.
Il ya un temps pour tout. On ne peut pas semer et chercher à récolter le même jour. A vouloir tout tout de suite, on devient une menace pour les autres, une menace pour soi-même. A celui qui est pressé d'arriver, je conseille la patience, l'honnêteté, l'humilité.

Je lui demande, je le supplie d'oublier le «pauvre type» (mais avec un cœur énorme) que je suis. Pour ma part, je ne rends compte qu'à mes collaborateurs et à mon créateur. Dieu, Celui qui donne l'être, la vie et le souffle. Je n'ai peur de rien. D'où mon nom de plume Kanlean ou Kanlento.

Votre mot de la fin
Je vous remercie de m’avoir donné la possibilité de m’exprimer sur un sujet aussi sensible. Je vous suis bien reconnaissant. Pour me résumer, je dirai deux choses capitales:

J’adresse un pressant appel au Président Olympio et à tous les autres candidats à l’élection présidentielle de 2010

- à prendre en compte les avis du peuple togolais (qu’il soit de la diaspora ou résident au pays). Les enfants du Timonier national continueront à fêter le 13 janvier car c est l’acte fondateur de leur régime criminel. C’est  comme dirait l’autre, leur acte de naissance. Ces enfants n’ont jamais rien fait dans leur et de leur vie. Ils vivent du patrimoine de leur cher papa le despote Etienne Eyadèma. Pour les démocrates, les militaires démocrates, les communistes togolais, les patriotes, la grande question aujourd’hui à résoudre ici et maintenant, c est bien comment réclamer notre victoire. La victoire électorale de 2010 qui  est plus certaine comme le lever du jour. Comment faire pour réclamer notre victoire? Remuons nos méninges;

- à discuter et à rassurer les démocrates et les patriotes en tenue; les hommes en armes afin de constituer un programme minimum de gouvernement pour l’après règne des Gnassingbé: le règne de la théorie de l’aapa (Amehouhou, Akpossosso, Patapa, Ametafoutafou (arbitraire et injustice en langue éwé du Togo). Gamessou, levons –nous! Togo debout! Mobilisons-nous! Organisons-nous! Et organisons-nous conséquemment! Les  peuples du Togo sont prêts. Ils n’ont pas besoin de campagne. Même si on leur demande de voter ce matin, ils savent leur choix: detia kpoe le yi.

Propos recueillis par la Rédaction Etiame.com