2andrytggLa Grande-Ile, otage d’un conflit entre deux hommes

Analyse

Andry Rajoelina reproche au président Ravalomanana son affairisme.

THOMAS HOFNUNG

Lors de son accession au pouvoir en 2002, Marc Ravalomanana incarnait l’espoir d’une vie meilleure pour de nombreux Malgaches. Sept ans plus tard, ses forces de sécurité ont tué, ce week-end, plusieurs dizaines de partisans du maire de la capitale, Andry Rajoelina. Comment en est-on arrivé là ?

Pourquoi Ravalomanana est-il contesté ?

Cruelle ironie de l’Histoire : lors des élections contestées de 2001, l’entrepreneur qui promettait des lendemains qui chantent à une population très pauvre était soutenu par la rue face à l’«Amiral rouge», le président sortant Didier Ratsiraka, qui refusait de céder le pouvoir. A l’issue d’un bras de fer de six mois, émaillé de violences, mais de peu de morts, le patron de l’entreprise agroalimentaire Tiko s’emparait du pouvoir, tandis que Ratsiraka prenait le chemin de l’exil en France. Bien que réélu démocratiquement, de justesse, en 2006, Ravalomanana a déçu une fraction croissante des Malgaches. S’il a multiplié les grands travaux, le Président n’est pas parvenu à améliorer le quotidien des habitants de la Grande-Ile. Ces derniers mois, l’exaspération est montée d’un cran quand l’opinion a appris qu’il avait prévu d’acheter un luxueux Boeing présidentiel et de louer 1,3 million d’hectares de terres en jachère à la firme coréenne Daewoo. Soit la moitié de la Belgique.

Qui mène la contestation ?

A la surprise générale, un quasi-inconnu, ex-DJ reconverti dans l’affichage publicitaire, était élu, en décembre 2007, maire d’Antananarivo, la capitale qui avait justement servi de tremplin politique à Ravalomanana. Agé de 34 ans, Andry Rajoelina, surnommé «TGV» pour son côté fonceur, est progressivement entré en conflit ouvert avec le Président. Il lui reproche sa dérive autoritaire, et de confondre les intérêts de l’Etat avec ceux de ses entreprises. De fait, les affaires de Ravalomanana n’ont cessé de prospérer depuis son élection. Le président est à la tête d’un empire - à l’échelle de la Grande-Ile - mêlant agroalimentaire, téléphonie, médias, BTP… Le conflit a éclaté quand le pouvoir a décidé de fermer une chaîne de télé affiliée au maire après la diffusion d’un entretien avec l’ex-président Ratsiraka. Soutenu par une partie de la population, notamment dans la capitale, «Andry TGV» va de plus en plus loin dans sa fronde : samedi, il a pris la tête d’une «Haute autorité de transition» et nommé un gouvernement.

Comment enrayer la spirale de violences ?

A la suite du carnage de samedi, l’hypothèse d’une réconciliation entre les deux rivaux semble plus éloignée que jamais. Ravalomanana a la légalité pour lui, mais Rajoelina est soutenu par la rue et certains milieux d’affaires, excédés par la dérive affairiste du Président. Traditionnellement légaliste, l’armée pourrait jouer les arbitres en cas de conflit persistant. Lors des événements de 2001-2002, elle avait veillé à préserver sa neutralité.