Au Sud comme au Nord, un silence qui arrange bien des gens !

A lire: L'argent noir, corruption et sous-développement
De Pierre Péan, publié chez Fayard en septembre 1988
ISBN : 9782213022048

 

Un catalogue des pratiques de la corruption accompagnant les grands contrats, principalement en Afrique. L'ouvrage montre comment l'Occident a tiré profit de la cupidité et de la mégalomanie de la plupart des dirigeants du Tiers-Monde: ventes d'armes, dépenses somptuaires, usines rouillées dans les caisses non ouvertes des expéditeurs.

Est-ce pudeur, honte ou hypocrisie? Nul ne se hasarde vraiment à parler de corruption. De temps à autre, un scandale éclate, dont le bruit s'éteint vite, et les pots-de-vin, commissions et autres bakchich continuent leurs parcours discrets, comme devant. Or la corruption n'est pas uniquement une pratique répandue que seule la morale privée réprouverait. Pour de nombreux pays, parmi les plus démunis, la corruption est un véritable drame: elle ronge les cadres dirigeants, elle ruine les ressorts du peuple, elle détourne vers divers paradis fiscaux des ressources indispensables. Bref, elle appauvrit encore les plus pauvres.

Depuis le début des années 70, le quadruplement des prix du pétrole, le gonflement de la dette du Tiers monde, elle est devenue l'une des causes majeures du sous-développement. Il n'existe pas de corrompus sans corrupteurs. Certaines élites tropicales ou équatoriales portent une lourde part de responsabilité dans la misère de leur pays. Mais que dire de nos industriels, soutenus fidèlement par nos gouvernements, qui vendent au Tiers monde ces " éléphants blancs ", usines inutiles, cathédrales de béton, routes qui ne mènent nulle part, projets sans autre objet que de fabriquer du chiffre d'affaires au Nord et des pots-de-vin au Sud? L'affairisme du Nord, la corruption du Sud sont les facettes d'une même attitude: un mépris aveugle ou cynique de l'intérêt général.

A sa manière habituelle, sans circonlocutions ni complaisances, citant des noms, des faits, des chiffres, Pierre Péan nous ouvre cette fois les portes de l' " argent noir ". Nul doute qu'après Affaires africaines ou le dossier des " avions renifleurs ", cette nouvelle enquête fera grincer des dents: au Sud comme au Nord, le silence en ce domaine arrange bien des gens.

Né en 1938, diplômé d'Etudes supérieures de Sciences économiques, Pierre Péan fut notamment collaborateur à l'Agence France Presse, à L'Express, aux Informations, avant de devenir grand reporter au Nouvel Economiste jusqu'en octobre 1982.
Il a publié de nombreux ouvrages dont Les Emirs de la République (1982), Les Deux Bombes (1982), Affaires africaines (1983), V, L'Affaire des avions renifleurs (1984), Secret d'Etat (1986), L'Argent noir (1988), L'Homme de l'ombre (1990), Vol UT 772 (1992), Le Mystérieux Docteur Martin (1993) et Une jeunesse française, François Mitterrand (1994). Des Affaires africaines à la biographie de Jacques Foccart, Pierre Péan est reconnu comme l'un des journalistes d'investigation les plus audacieux et opiniâtres de sa profession.

Pierre Péan est néanmoins un auteur controversé.

Ainsi, il s’est retrouvé sur le banc des accusés pour son livre sur le génocide rwandais "Noires fureurs, blancs menteurs", publié en novembre 2005 chez Fayard, sous le chef d’inculpation de diffamation et incitation à la haine raciale, suite à une plainte déposée par l’Association SOS Racisme, estimant que l’occasion était une fois de plus donnée à certains milieux en France d’exprimer tout leur mépris pour le nègre!

L'association et le ministère public avait reproché à l'écrivain d'affirmer que les Tutsis recourent systématiquement au "mensonge" et à la "dissimulation"». "On peut écrire sur le Rwanda, mais pas dire n'importe quoi n'importe comment", avait déploré le procureur, regrettant que Pierre Péan n'ait eu "ni recul ni critique" dans son ouvrage.

En conclusion, l’oeuvre de Pierre Péan est à lire avec un esprit critique toujours en alerte.