MEA CULPA » DU PRESIDENT WADE : JE SUIS FRANC-MAÇON, ET ALORS ?

par SUDONLINE.SN , lundi 9 février 2009 |

Le Sénégal est un bien curieux pays, une terre de paradoxe, d’amalgame et d’hypocrisie manifeste. Que reproche-t-on réellement au président Wade ? D’appartenir ou d’avoir appartenu à une loge maçonnique ? Autant que je sache, il n’est écrit nulle part dans les textes de la République que l’appartenance à une loge pourrait porter atteinte à la bonne gestion de l’Etat et au bon fonctionnement de ses Institutions. Devant la mondialisation de la débauche et de la perversité, les « vices cachés » prolifèrent, tels que l’homosexualité et la franc-maçonnerie qui surgissent toujours, là ou l’on s’y attend le moins. Qui n’est pas franc-maçon de nos jours ?

Même une chatte n’y retrouverait pas ses petits. Combien de personnages publics, parmi nos politiciens, nos petits marabouts, artistes-musiciens, journalistes, membres de réseaux d’entre-aide et d’amitié, haute administration, police, députés et autres à travers le monde appartiennent à la Grande Loge Nationale Française ou à la Grande Loge Unie d’Angleterre ? Pour le cas du Sénégal, l’audacieux Sidy Lamine Niass aura sans doute droit à l’exclusivité, et se fera un plaisir de démasquer ces « cagoulards », puisqu’il n’hésite pas à divulguer sans vergogne, des secrets de famille horribles dont se seraient passés volontiers, les téléspectateurs de Walfadjri l’ « horreur ».

Quitte à humilier publiquement un proche, la recherche du « sensationnel » pousse certains irresponsables à exposer leur vie privée au grand jour. Il est très regrettable de constater que ces soi-disant professionnels de la communication ne disposent que la « répression audiovisuelle » pour communiquer. Ces gens n’ont rien à faire de la déontologie journalistique, malgré tout ce que représente cet organe de presse dans le paysage médiatique. Le minimum de décence aurait voulu que l’on accordât à l’adversaire, ne serait-ce qu’un droit de réponse. Ces comportements puérils sont pires que la franc-maçonnerie, et inquiètent la République au plus haut niveau. Une faute avouée est à moitié pardonnée Abdoulaye Wade a eu le courage d’affirmer son appartenance jadis à une loge maçonnique, ce qui n’est point un crime contre la République. Les Sénégalais, fussent-ils les plus ouverts au monde, préfèrent de loin la politique de l’autruche. Tant que les choses se passent en privé, il n’y a pas de quoi fouetter un chat, la société peut toujours faire preuve de « tolérance ».

Voilà un pays où l’on préfère l’hypocrisie à la franchise, et les ténèbres de l’obscurantisme aux lueurs ascendantes de l’astre solaire qui risque de les éblouir au grand jour. Et pourtant, Abdou Diouf a été plusieurs fois « accusé » d’appartenir à une loge, et cela n’a ébranlé personne, tant que cela demeurait des « allégations ». La lumière n’a jamais été faite non plus sur sa « supposé » appartenance maçonnique déjà rangée aux oubliettes. Devant les tracasseries de la vie chère, cette question se situe aux antipodes des préoccupations immédiates de nos concitoyens. Interrogé par Christophe Barbier de l’Express en février 2008, Xavier Bertrand déclarait publiquement son appartenance au Grand Orient de France (loge maçonnique). Le nouvel homme fort de l’UMP, toujours à propos de la franc-maçonnerie, nous rappelle qu’un ministre ne doit pas mentir (sur ses convictions maçonniques), de peur que son action publique perde toute sa crédibilité. »

Que dire d’un président de la République ?

Abdoulaye Wade, même s’il a dissimulé la vérité à ce sujet, n’a pas persisté dans le mensonge. Toutefois, mieux vaut tard que jamais. Ce qu’on peut reprocher au président Wade, c’est de réserver sa « bonne humeur » et ses « scoops » aux journalistes étrangers, français de préférence, au détriment de la presse locale qu’il continue de boycotter pour on ne sait quelle raison. Combien de groupes de presse sont hostiles à Bush ou Sarkozy, ce qui n’empêche pas ces derniers de s’exprimer dans la presse de leur pays ? Au Sénégal, pourquoi ne pas organiser des débats télévisés tous les trois ou six mois entre le président de la République et les leaders de l’opposition, ou entre les différents responsables des formations politiques ? N’est-ce pas là une occasion pour mieux asseoir le dialogue politique, comme cela se passe dans les grandes démocraties ? Réserver une exclusivité à l’international sur des questions d’ordre national ou « privé » relève d’un complexe d’infériorité, voire d’un mépris de soi. En tant que militants du panafricanisme, Abdoulaye Wade et ses pairs africains devraient donner le bon exemple et prôner la fierté nationale, voire africaine en dotant la presse continentale de la crédibilité qui lui revient de droit, pour l’illustre travail que cette dernière est en train d’abattre, même si presse et pouvoir ne font jamais bon ménage. Charité bien ordonnée commence « par les siens ». Un président africain n’a pas besoin d’une béquille occidentale pour donner du crédit à ses propos. Entre autre, quiconque a des ambitions présidentielles ou locales, doit aussi avoir le courage de s’adresser aux citoyens sénégalais en personne, au lieu de leur envoyer des messages « codés » sur une dizaine de pages dans Jeune Afrique. « Les chats aiment manger le poisson mais pas le pêcher »…

Ce complexe européen ou atlantiste semble avoir de beaux jours devant lui, malgré les beaux discours tenus par l’Union Africaine dont le nouveau président devrait commencer par balayer devant sa porte et mieux traiter les clandestins et candidats à l’émigration, de passage sur le sol libyen. Voilà une priorité à laquelle devraient s’atteler les autorités, afin que certains de nos « frères » arabes ou maghrébins arrêtent de stigmatiser et de porter leur regard méprisant sur l’homme noir.

Même si l’habit ne fait pas le moine, Un moine sans habit aurait du mal à justifier sa nudité Au lieu de s’acharner inutilement sur « Macky le blanchisseur », pourquoi ne pas faire la lumière sur les « méandres » de Korhogo qui ont valu à El Malick Seck son naufrage carcéral, un crime de lèse-majesté, suite aux « crues » survenues dans les « lits » de Bouaké, Man et Korhogo ? Et si à la place d’El Malick, un journaliste français mettait en cause les autorités sénégalaises dans cette histoire de blanchiment d’argent ?

Serait-il envisageable une seule fois que l’Etat du Sénégal traîne en justice un journaliste français pour quelque raison que ce soit ? Il est temps que les autorités sénégalaises et journalistes locaux arrêtent de prendre les « scoops » de la presse étrangère pour le Coran ou la Bible. Ces derniers ne sont pas plus crédibles que les journalistes sénégalais qui, somme toute, devraient laver leur linge sale « en studio » et mettre fin à l’amateurisme ambiant qui n’a pas fini de ternir l’image de la presse locale. Si le mariage ne permet pas d’en savoir plus sur l’orientation sexuelle des personnes (les bisexuels gagnent du terrain), l’appartenance à une confrérie ou à une religion ne nous apprend rien non plus sur les convictions maçonniques de nos leaders politiques ou personnages publiques.

La vie publique est un bal où les danseurs arrivent tous masqués pour la plupart. Le premier à être dévisagé risque de perdre la vedette. Le revers du masque peut réserver le meilleur comme le pire. Toutefois, l’apostasie existe bel et bien dans la franc-maçonnerie, contrairement à la religion musulmane. Ce serait relater une lapalissade que de dire qu’en Afrique comme dans beaucoup de pays au monde, il est nécessaire, voire indispensable d’être franc-maçon, pour accéder au pouvoir. Ignorer cet état de fait relève de la naïveté ou de la mauvaise foi.

  • Momar Mbaye
  • mbayemomar@yahoo.fr