25 décembre 2007

Déclaration du CODE sur le décès de Lansana Conte

Logo_code200Le CODE (Collectif des Organisations Démocratiques et Patriotiques des Camerounais de la Diaspora) a appris ce 22 décembre 2008, le décès de Lansana Conte, président de la Guinée, survenu à Conakry, de suite d’une longue maladie qui l’avait rendu incapable de diriger un pays auquel il s’est pourtant accroché pitoyablement jusqu'à sa mort.

Suite à ce décès, de jeunes officiers de l’armée Guinéenne ont pris pacifiquement le pouvoir, prenant de cours les vieux généraux qui dirigeaient dans l’ombre la Guinée d’une main de fer. Les jeunes officiers ont ensuite suspendu la Constitution, dissout le gouvernement Guinéen et toutes les institutions républicaines. Ils ont promis de restaurer la démocratie après une période transitoire, et de rentrer ensuite dans leurs casernes.

Lansana Conte est arrivé au pouvoir au moyen d’un coup d’Etat en 1984, après le décès  d’un autre tyran, Sékou Touré, premier président de la Guinée. Il s’était s’appuyé sur une armée de « Tonton Macoute » pour terroriser le peuple Guinéen, massacrant sa jeunesse en quête d’avenir et a régné en proliférant la peur. La Guinée, qui fourni la moitié de la demande mondiale de bauxite, a été appauvrie par une gestion prédatrice et mafieuse de ses ressources naturelles, confisquées piteusement par l’un des plus sombres potentats de l’histoire de l’Afrique.

En novembre 2001, pour se maintenir au pouvoir au delà de son dernier mandat qui finissait en 2003, Lansana Conte organise un referendum constitutionnel truqué, qui lui permet de faire passer le mandat présidentiel de 5 a 7 ans, de lever la limite d’âge pour les candidats aux élections présidentielles ainsi que toute limite aux mandats présidentiels successifs,  toutes ces combines  ayant pour but de faire de lui un président à vie. En 2000, son principal opposant, Alpha Condé, est condamné sous son instigation pour « atteinte à la sécurité intérieure de l’Etat » et banni.

Lansana Conté quitte ce bas monde et entre dans l’Histoire par la petite porte, couvert de déshonneur, les mains couvertes de sang, laissant derrière lui un pays exsangue et un Peuple qui ne versera aucune larme pour lui. 

En tant qu’organisation démocratique et citoyenne, le CODE condamne la nature même des coups d’Etat militaires. Mais l’acte posé par les officiers Guinéens est un acte héroïque de salut public, et dans ce contexte, le CODE

- Trouve absolument justifié, fondé et approprié le putsch des officiers Guinéens et les félicite d’avoir opéré une prise de pouvoir sans effusion de sang
- Appelle la communauté internationale, particulièrement l’Union Africaine, à reconnaître l’équipe de transition constituée par ces officiers, et à l’aider par des moyens diplomatiques, politiques, humains et financiers dans sa démarche de restauration d’une véritable démocratie en Guinée
- Souhaite qu’ils respectent leur engagement d’organiser une courte période de transition pour mettre en place des institutions républicaines nouvelles, et suggère qu’une telle démarche devrait s’inscrire dans le cadre d’une Conférence Nationale Souveraine, ou autre rencontre populaire du même genre, ou le peuple Guinéen aura la possibilité de redéfinir lui-même son avenir  en reprenant en main son destin
- Souhaite, en guise d’ouverture et de leur bonne foi, que les peines et condamnations politiques contre Alpha Condé soient levées, et que tous les prisonniers politiques qui pullulent dans les geôles de Guinée soient remis en liberté
- Souhaite au Peuple frère de Guinée beaucoup de courage pendant ces périodes troubles de fin d’année pleine d’incertitudes
- Décide d’envoyer une délégation à Conakry pour porter le soutien indéfectible du CODE au gouvernement de transition

Il y a entre Lansana Conte et Paul Biya des similarités troublantes.  Les deux potentats ont pris le pouvoir pendant la première moitié des années 80. Ils sont arrivés au pouvoir par des moyens antidémocratiques, et s’appuient sur une armée grassement payée pour semer la terreur et étouffer toute velléité de contestations. Comme Lansana Conte, Paul Biya a organisé un véritable génocide, en noyant dans le sang les émeutes de la faim organisées spontanément par de jeunes Camerounais au mois de février 2008. Lansana Conte et Paul Biya ont le même âge. Les deux ont organisé d’ignobles tricheries pour perpétuer éternellement leurs crimes sur leurs peuples respectifs, en supprimant la limitation des mandats présidentiels.

Face à ces analogies, le CODE

- estime que le décès de Lansana Conte est un signe prémonitoire qui s’adresse aux potentats comme Paul Biya, qui se croient immortels lorsqu’ils ont le pouvoir et l’utilisent pour opprimer leurs peuples
- demande à Paul Biya de considérer la disparition de Lansana  Conte comme un message personnel de l’histoire qui le jugera
- lui demande de saisir l’occasion de son « discours de fin d’année » pour annoncer son départ. C’est la dernière chance que lui offre l’Histoire.

Fait à Londres, le 24 décembre 2008.

Brice Nitcheu
Secrétaire Exécutif