La mort de Miriam Makeba, une grande voix africaine

Une grande voix a disparu dimanche soir. Et elle est partie en beauté, comme elle a vécu, dans l'engagement en faveur de causes universelles. Miriam Makeba, la "Mama Africa", la "mère de l'Afrique" comme elle avait été surnommée, a succombé dimanche soir à une attaque cardiaque à l'age de 76 ans, immédiatement après avoir chanté à un concert, à Naples, en faveur de l'écrivain italien menacé par la mafia, Roberto Saviano, l'auteur de "Gomora".

La chanteuse sud-africaine, universellement connue pour son tube "Pata Pata", a longtemps incarné l'engagement contre l'apartheid, le système de discrimination raciale institutionalisée mis en place dans son pays à partir de 1948. Elle a payé son engagement de 31 ans d'exil, auquel elle n'a mis fin qu'à la libération de Nelson Mandela en 1990.

Voici un cadeau pour saluer son départ: ces images extraordinaires datent de la fin des années 50, et la jeune Miriam Makeba chante dans l'ambiance d'un shebeen, ces bars clandestins où la bière coule à flots, installés dans les maisonnettes de Soweto, le grand ghetto noir à côté de Johannesburg. C'est dans ce milieu que s'est forgée une musique des townships, mix de jazz et de ryhtmes africains. (Voir la vidéo)


Contrainte à l'exil en raison de ses prises de position, alors que Nelson Mandela et la plupart des dirigeants du Congrès national africain (ANC) étaient emprisonnés au pénitencier de Robben Island, Miriam Makeba a incarné à travers le monde la résistance à l'apartheid.

Fidèle à son engagement, elle s'est d'abord installée dans la Guinée d'Ahmed Sekou Touré, qui faisait figure, dans les années 60, de fer de lance contre le colonialisme. Elle n'a pas voulu se désolidariser de lui quand l'ancien syndicaliste est devenu un abominable dictateur. Mais lorsque sa fille est morte en donnant naissance à son enfant, en 1985, en raison de l'état de décomposition du système de santé guinéen, Miriam Makeba, meurtrie, a quitté Conakry poour s'installer à Bruxelles.

La chanteuse a été mariée à deux grandes personnalités, le génial trompétiste de jazz sud-africain Hugh Masekela, et le dirigeant des Panthères noires Stokely Carmichael, originaire de Trinidad, lui aussi réfugié en Guinée alors qu'il était menacé de prison aux Etats-Unis.

Elle avait annoncé en 2005 qu'elle mettait fin à sa carrière, s'estimant, à 73 ans, trop fatiguée pour parcourir le monde. Mais elle ne savait pas dire non aux invitations à défendre les causes auxquelles elle croyait, contre le sida ou pour la liberté d'expression, comme dans le cas de Roberto Saviano.

En dernier hommage à une grande dame, (ré)écoutez le célèbre "Pata Pata", vieux d'un demi-siècle et qui lui survivra. (Voir la vidéo)


Photo: Miriam Makeba en concert à Cape Town en 2006 (Mike Hutchings/Reuters).