Maître Occansey est mort en exil au Ghana, il y a cinq ans, le 05 novembre 2000 dans des conditions difficiles comme bon nombre de combattants de la liberté connus ou anonymes.

Au delà du panégyrique, s’il est un digne hommage à rendre à ce patriote togolais, c’est de lire, assimiler, et faire connaître le message contenu dans l’opuscule qu’il nous a laissés : "Si Eyadéma m’était conté." Mais avant d’attaquer le contenu du livre. Arrêtons nous un moment sur le parcours de l’homme afin d’éviter des erreurs historiques sur sa vie militante. S ’il est juste que maître Occansey ait milité au sein de la FEANF (UNETO-Jeunes- Togo), nous ne devons pas occulter le fait qu’il avait renoncé à cette lutte dès la fin de ses études pour rejoindre et servir le pouvoir néo-colonial. Pendant vingt cinq ans d’autocratie barbare nous n’avions rien trouvé comme trace de résistance de sa part. C’est au cours du soulèvement populaire d’octobre novembre 1990 qu’il avait commencé à soutenir fébrilement le mouvement mais toujours dans l’objectif de chercher un compromis acceptable avec l’autocrate et la France. C’est de cette manière que nous devons présenter le leader Occansey avec l’idée et la volonté de faire comprendre aux compatriotes l’essence et les méandres du mouvement démocratique togolais.

Nous devons arguer clairement qu’a la veille de son décès, Me Occansey avait commencé, timidement, à faire une sérieuse autocritique sur la voie des négociations, des tractations au sommet et des urnes avec l’autocrate Eyadema, dont il a été un des promoteurs.
Après cet aperçu, nous pouvons à présent attaquer le contenu du bouquin.

Me Occasey est mort avec le ferme conviction que le peuple togolais avec en tête sa jeunesse continuera la lutte politique à travers sa propre mobilisation et son organisation afin d’abattre le régime du couple France-clan Eyadéma.
Dans son livre, Me Occansey en est arrivé à la conclusion que c’est bien deux lignes politiques diamétralement opposées qui s’affrontent au sujet de la lutte de libération du peuple Togolais :
d’un côté, il y a ceux qui défendent becs et ongles la ligne du dialogue, de la conciliation, la voie des urnes etc. de l’autre il y a le peuple qui s’est manifesté par la voie insurrectionnelle du 05 octobre 90.

L’auteur du livre :"Si Eyadéma m’était conté.." n’a pas fait cette déduction de façon hasardeuse. C’est la somme de combat d’une vie ; combat qui fait référence à son passé de militant de la Féanf aux côtés d’autres jeunes étudiants de l’époque en France.

Rappelons que la FEANF est une association d’étudiants basée en France qui a contribué à la formation politique des cadres africains avant et après les indépendances et qui été dissoute par décret présidentielle en France dans les années 1980.
Ainsi des rangs de la FEANF, sont sortis ceux qui ont hérité le pouvoir néo-colonial d’un côté et ceux qui sont restés dignes hors de tous les réseaux de pouvoirs et des magouilles.

Me Occansey voit clairement qu’il n’y a pas de troisième voie comme nous le claironne "une certaine opposition."

Abordant l’épineuse question du bilan de la lutte de ces quinze dernières années, tout comme Gnininvi d’ailleurs l’a reconnu dans un numéro de Jeune Afrique Economie N°148, Me Occansey dit ceci : " la Conférence nationale n’a été pas le vœu du peuple. (page 140).
Il poursuit en citant un journaliste sénégalais : la démocratie n’a pas échoué au Togo mais ce sont les hommes chargés de la gérer qui ont échoué... (page 156).... c’est le reconnaître que ce sont nos pseudos-intellectuels et faux patriotes qui par carriérisme ont offert à Eyadéma la belle occasion qu’il guettait depuis des années pour s’emparer entièrement du pouvoir et imposer au peule la dictature implacable.. (page 41)

Parmi ces pseudos -intellectuels et hommes qui ont consciencieusement fait échouer le processus et qui, de surcroît ont usurpé la tête du mouvement démocratique, il cite entre autre noms l’actuel Premier de la dictature Edem Kodjo qui qualifie d"’illustrissime énarque", Atsutsè Agbobli "l’intello", Joseph Koffigoh "un tartuffe patriote", un ex "premier ministre falot incompétent et faux démocrate. A lui seul il a consacré à une dizaine de pages dans son bouquin.
Et il en vient à donner l’une des raisons de l’échec en ajoutant ce qui suit :" si le Togo avait une culture démocratique ces messieurs n’auraient pas eu l’occasion de mentir et de tromper le peuple."

Le livre de Me Occansey est truffé d’enseignements de la culture des principes démocratiques. Nous conseillons vivement sa lecture aux Togolais. Tout comme le tribun Tavio Amorin et les soldats du peuple Tabou et Folly Kangni Bertin, l’avocat engagé Me Occansey en est arrivé au même constat qu’eux : pas de changement démocratique à travers le dialogue et les négociations.

Note de lecture tirée de "Si Eyadéma m’était conté." de Maître Simeon Occansey.

Gligli Mouta Wakilou Maurice
Bruxelles, le 16 janvier 2006