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Logo Dossouvi, acteur et témoin.

En prenant sa plume en tant que témoin et acteur afin d’écrire sur les enjeux de la lutte pour la démocratie au Togo et son histoire, l’un des premiers soucis de l’auteur de Défendre ses Droits au Togo http://www.editions-harmattan.fr/index.asp ? avig=catalogue&obj=livre&no=18428était, on l’imagine, d’édifier la jeunesse de son pays.

Logo Dossouvi, puisque c’est de lui qu’il s’agit, a participé comme tant d’autres fils et filles du pays bien avant lui à l’éveil de la conscience politique de ses compatriotes.
Tout au début de la contestation étudiante à la fin des années 80 et début 90, Logo s’est illustré par la confection et la distribution des tracts et pamphlets contre le régime en place au Togo. Il le paiera très cher, car il est tombé dans les filets du dictateur.

En prison, il connaîtra le sort malheureux réservé aux prisonniers politiques dans les bagnes togolais, notamment la torture et les humiliations abjectes.
Le développement du livre se ressent de son expérience carcérale : des passages douloureux sur les traitements inhumains et dégradants qui lui ont été infligés.
On peut trouver dans les pages de Défendre ses droits au Togo, compte tenu de l’expérience de son auteur, une chronologie assez cohérente des événements qui ont jalonné jusqu’ici le mouvement démocratique au Togo. Les lecteurs découvriront dans ce livre une explication assez pertinente pouvant leur servir d’éclairage.
En tant que Togolais et intéressé à la vie politique de notre pays, nous ne saurions lire ce livre sans émettre un avis.

Sur la forme.
Depuis sa fondation à ce jour, le mouvement MO5 - auquel appartient l’auteur du livre- a connu trois coordinations successives qui ont conduit sa direction. Mais à notre surprise, il n’y a que les photos de l’actuel coordinateur à l’arrière plan du livre. Il n’y a pas des photos d’autres membres. On aurait souhaité y voir d’autres documents d’archives comme les « adomenou » On ne trouve pas non plus d’autres documents signés de la main des anciens coordinateurs.
Est-il stratégiquement opportun de révéler, pendant que le combat se poursuit, certains actes et situations dans lesquels les démocrates se sont montrés résistants et patriotes face à la dictature ? On se rappellera que lors de la conférence nationale, des stratégies ont été dévoilées, des positions assez radicales ont été prises. Pendant cette période, le dictateur a eu l’occasion de voir qui était de son côté et qui ne l’était pas.
On le sait, après l’euphorie, Eyadéma a frappé les démocrates. C’était bien les cas de Tavio Amorin et Marc Attidépé. Tous deux assassinés par les escadrons de la mort du général Eyadema.
Claude Améganvi qui été contraint à prendre le chemin de l’exil pour un temps, Me Dovi, etc. Pourquoi encore exposer les militants à la vengeance de l’autocrate ?

À la question de savoir si nous avons échoué (Page14) l’auteur répond en arguant que « nous avons survécu ». Le fait d’avoir survécu est une réponse qui ne suffit pas et ne convainc guère. On a vu des organisations survivantes qui sont restées des coquilles vides. L’objectif primordial chez nous, c’est bien le départ sans condition du général Eyadéma du pouvoir. Si nous partons de ce postulat, l’objectif n’est pas atteint. Eyadéma est toujours là.
Nous devons reconnaître que la lutte pour la démocratie au Togo a échoué à cause de la direction opportuniste à la tête de la lutte.
En termes assez sibyllins, l’auteur reconnaît tout de même l’échec du mouvement démocratique lorsqu’il affirme ( page16) que après plus de 15 ans, « nous revoilà  ». Je lui complète la phrase en disant : « nous revoilà à la case départ ».
En conséquence, l’une des raisons de cet échec, précise l’auteur, est que la lutte a manqué de direction idéologique. (page 61). Cette absence de direction conséquente s’est fait ressentir fortement dans toutes les actions qui ont marqué les différentes étapes de la lutte.
Tant l’amateurisme et l’improvisation ont pris trop de place par rapport à l’étude classique des expériences des autres luttes à travers le monde. D’où les questions lancinantes aujourd’hui : par où commencer ? avec qui commencer quoi ? en d’autres termes « Que faire ? »
La lutte a besoin des militants assez déterminés et convaincus mais formé idéologiquement. L’amateurisme a caractérisé notre lutte. C’est ce qui explique en partie notre échec. Logo le reconnaît. Sans une direction conséquente face à la dictature du Général Eyadéma aucun changement véritable ne pourra s’opérer au Togo. Alors que l’auteur parle de la lutte armée comme seul moyen qui reste à explorer pour trouver la solution à l’équation Eyadéma .
Par ailleurs, quelques acteurs ou animateurs de la vie politique sont épinglés sans circonscrire réellement leur combat. Logo épargne Gilchrist et s’attaque à Agboyibor à fond. En faisant allusion à ces animateurs, est-ce que l’auteur pense les intégrer dans cette option ?
Somme toute, le livre de Logo a sa place dans le débat politique au Togo. Il reste à savoir la place que l’histoire et les bibliothèques lui réserveront. Mystère !
Enfin, c’est un livre teinté de mysticisme. On peut y lire « des liens invisibles, les ancêtres et Dieu ». Le mysticisme n’est-il pas l’ennemi de l’action ?

Défendre ses droits au Togo,ouvrage écrit par DHL Hilaire Logo Dossouvi paru aux éditions l’Harmattan novembre 2004

GLIGLI Mouta
paris nov.2004