LE TOGO EN ROUTE POUR LE CHANGEMENT

 

Dimanche 13 janvier 1963, l'Afrique apprenait, effarée, que des hommes, venus de nulle part et sans mandat de quiconque, ont assassiné le président de la république togolaise.

Cet acte odieux, condamné du bout des lèvres par la communauté internationale, qui n'avait pas très bien appréhendé sa gravité, mis à part le Premier ministre du Nigéria, Tafawa Baléwa, et le chef de l'Etat guinéen, Ahmed Sékou Touré, qui demandaient qu'un corps expéditionnaire fût envoyé au Togo pour mettre un terme à cette façon de faire. Mis en minorité par leurs pairs africains parmi lesquels le Dr Kwame Nkrumah, Tafawa Baléwa et Sékou Touré  durent renoncer à ce projet qui aurait sauvé notre continent de la vague de coups d'Etat qui allaient  durablement hypothéquer son développement.

Le Togo s'est négativement illustré après avoir été parmi les Etats pionniers de la lutte pour l'indépendance et de l'unité africaine.

En effet, la lutte du peuple togolais pour son indépendance a été couronnée par la victoire des nationalistes sous la direction de Comité de l'Unité Togolaise (CUT) aux élections générales du 27 avril 1958.

Cette victoire historique a bouleversé la donne politique sur notre continent et encouragé les nationalistes guinéens qui s'illustreront par le "Non" lors du référendum de septembre 1958.

   

Depuis ce jour de 1963, le peuple togolais est tombé dans un traquenard qui se poursuit à ce jour.

Pris en otage par Etienne Eyadéma et son groupe, les Togolais, qui ont espéré en vain la chute de la dictature, ont appris avec stupeur la mort du dictateur le 5 Février 2005. Stupeur, non pas parce qu'ils regrettaient la mort de cet homme, "briseur de vies", mais à cause de la nature du régime. Que va t-il se passer? Ces gens laisseraient-ils le peuple choisir enfin et de façon libre ses dirigeants ou allaient-ils confisquer le pouvoir?

La réponse n'a pas tardé. Et c'est avec dégoût que les Togolais vont assister à cette scène tragi-comique qui vit des officiers faire allégeance au fils du dictateur, Faure Gnassingbé, au mépris des dispositions de la Constitution, la constitution du rpt, comme si le Togo était une monarchie.

Cette succession héréditaire était en réalité l'échec de tout ce qui a été fait dans notre pays, la négation de la révolte populaire du 5 octobre 1990.

   

L'abandon de la voie tracée par le 5 octobre 1990, faute de direction unique du mouvement, et l'absence de militants politiques capables de conduire la lutte du peuple ont permis à la dictature de se relever et de se réorganiser.

Ce qui s'est passé au Togo depuis le 5 octobre 1990 est un énorme gâchis. Malgré l'embrigadement de la jeunesse, malgré la férocité de la répression, la jeunesse togolaise a réussi à faire trembler la dictature. Hormis la jeunesse de l'Afrique du Sud, on n'a vu nullle part ailleurs des jeunes aussi determinés et pleins d'initiatives de luttes de toutes sortes: Ekpémog, Etumog, les abrafos etc.

   

Le peuple togolais, que d'aucuns pensaient avoir définitivement renoncé à se battre, s'est remis dans la lutte pour contrer la mise en place de la dictature de père en fils qui lui est imposée.

Cette détermination, hélas, n'aboutira pas à "rendre le pouvoir" au peuple souverain. Faute de direction. Car les leaders politiques n'ont pas réussi à se mettre d'accord sur les moyens à mettre en oeuvre contre le système qui opprime les Togolais depuis 1963.

 

Ce nouvel échec, loin d'enterrer la soif de liberté des citoyens togolais, prépare des victoires futures contre lesquelles ce régime à bout de souffle ne pourra rien.  

Le moment venu, les forces démocratiques sauront faire l'unité autour des mots d'ordre simples, précis et clairs qui ouvriront la voie vers la démocratie pour le Togo et pour les Togolais de toutes origines et de toutes conditions.

La fin du règne du Clan des Gnassingbé est proche. Mobilisons- nous, organisons-nous dans l'unité certes, mais aussi dans la clarté et dans la convivialité.

C'est ce sentiment qui m'habite en cette journée de réflexion et que je souhaite partager avec tous mes compatriotes de bonne volonté qui aiment leur pays, qui aiment notre pays.

Togo Debout!

   

   

  GLIGLI MOUTA WAKILOU MAURICE

BRUXELLES LE 13 JANVIER 2006